‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 53 sur 146 · MATTH., X · texte numérisé non relu

MATTH., X

sur celui des autres par la clarté et la précision techniques.

Qu'ils sont à l’aise pour rendre compte de ces détails les partisans de l’opinion traditionnelle !

Qu’un véritable apôtre, pour mieux exalter l’ineffable bonté de son Maitre, ait tenu à mentionner l’ignominie de la condition d’où celui-ci a dû le tirer pour l’admettre au nombre de ses amis, y a-t-il lieu d’en être surpris ?

Un sincère disciple de Celui qui enseignaït si HS de parole et d'exemple, l'humilité du cœur, ne devaitil pas se sentir invinciblement porté à céder à son compagnon la première place, ne revendiquant pour lui que l’humiliation d’un qualificatif déshonorant”? ?

Un employé du fisc enfin n’est jamais complètement illettré; le bureau que tenait le futur apôtre Matthieu, à Capharnaüm, près du lac, le mettant en rapports continuels avec les pêcheurs et les commerçants, l’obligeait à parler l’araméen et à comprendre le grec. Est-il surprenant qu’un collecteur d'impôts connaisse mieux que d’autres le langage du fisc?

4. L'expression technique « numisma census » lui est propre. MATTH., XXII, 19.

2. C’est la réflexion que faisaient déjà, Eusèbe, dans sa Deémonstration évangélique, 1. 11, 5, Migne, P. G. t. 22, col. 213, 216, et saint Jérôme, dans son commentaire sur saint Matthieu, 1. 1, 9, v, 9. Migne, t. 26, col. 55-56. « Itaque Matthæus, dit Eusèbe, abundantia quadam modestiæ, studium præ se ferens veritatis, in suis moribus indicandis, publicanum se appellavit neque priorem suam vitam occultaré voluit, et secundo loco post æqualem suum se nominavit. »

6. Sans Prologue. L’Évangile selon saint Marc a cela de particulier qu’il est sans prologue. Saint Matthieu et saint Luc commencent par donner une généalogie du Sauveur et un récit de l’enfance ; saint Jean raconte la génération: éternelle du Verbe fait chair; saint Marc, lui, sans préambule, nous montre Jésus ‘et Jean en présence, sur les bords du Jourdain.

Il faut, disait saint Pierre, au moment de l’élection de saint Mathias, «il faut que, de ceux qui ont été avec nous tout le temps que le Seigneur Jésus allait ‘et venait parmi nous, à commencer depuis le baptême de Jean jusqu’au jour de l’Ascension, il y en ait un qui devienne témoin avec nous de sa résurrection. !»

Le témoignage des Apôtres portant sur ce qu'ils ont vu de leurs yeux et entendu de leurs oreilles, l'objet spécial et direct de leur prédication se bornaïit au récit de la vie publique; l'Évangile oral, sur leurs lèvres, commençait donc au baptême de Jean et finissait à l’Ascension; et ce n’est que plus tard que d’autres souvenirs 2 venant s’ajouter à leur témoignage, l'Évangile s'enrichit des quelques renseignements qui nous ont été conservés sur l’enfance du Sauveur et sur ses origines. Ce « plus tard, » semble-t-il, n’était pas encore venu au moment où fut arrêtée la rédaction du second Évangile; l’absence de toute allusion aux faits qui ne sont pas du témoignage strict des Apôtres, sous la plume d’un secrétaire de saint Pierre, n'aurait rien que de très naturel; un résumé fidèle

4, Actes, 1, 16, 21, 22.

2, «Leur vérité as de foi; leur source se cache dans 1 tradition anonyme des premiers jours. » BATIFFOL.

des premières prédications apostoliques aurait certainement débuté, comme notre saint Marc, par le baptême de Jean.

7. L'Évangile des miracles. « Commencement de l'Évangile de Jésus-Christ, fils de Dieu, » nous voilà, dès la première phrase, initiés sans détour au dessein de l’auteur : prouver la divinité de son Maitre, persuader que Jésus est le «Fils de Dieu. »

Or de tout temps, la preuve nécessaire mais décisive de l’action divine fut le miracle ; ! pour établir que Jésus est le Fils de Dieu, il est donc indispensable mais suffisant de prouver qu’il fut thaumaturge. Donner cette preuve et la donner précise, réitérée, irrécusable, tel devait être et tel est bien le souci dominant de notre Évangéliste. Nul plus que lui ne s’est, non seulement empressé à mentionner les actions miraculeuses du Sauveur, mais préoccupé d’en faire saisir au lecteur la vérité historique et le caractère divin. Tandis qu’il ne donne, des discours, qu’un canevas rapide, — et ne mentionne même pas le sermon sur

1. Le livre des Actes nous a conservé deux exemples frappants de l'effet produit sur le peuple, par la vue d’un miracle, au temps des Apôtres. Pierre et Jean guérissent un boîteux à la porte du Temple de Jérusalem, 115, 1-10 ; Paul et Barnabé en guérissent un autre dans un carrefour de Lystres en Lycaonie, XIV, 7-14.

« Et le peuple, est-il dit, à propos du premier, le peuple le vit marchant et louant Dieu. et ils furent étonnés et hors d'eux-mêmes de ce qui lui était arrivé. » Et à propos du second : « La foule ayant vu ce qu'avait fait Paul, éleva la voix, disant en lycaonien : Des dieux, sous forme humaine, sont descendus parmi nous! »

la montagne, il insère des descriptions saisissantes, d’un nombre considérable de prodiges variés.Délivrances de possédés, guérisons de malades, résurrections de morts, maîtrise des éléments, tempêtes apaisées et multiplication des pains, tous les genres de surnaturel figurent dans ses récits, dont le plus significatif est celui de la guérison de l’aveugle de Bethsaïda qu'il est seul à nous faire connaître.

Que cette insistance à raconter des miracles, s’explique sans peine quand on sait que l’Évangéliste écrit à Rome et pour des romains!

8. Hellénistes romains. L'auteur sent le besoin de dire que le Jourdain est « un fleuve, ? » et que le mont des Oliviers est « en face du Temple. 3 » Ses lecteurs ne savent donc pas le premier mot de la géographie de la Palestine ?

Vient-il à mentionner un usage juif— füt-1il universel et journalier comme celui des ablutions, — 1l s’arrête pour nous expliquer que « les pharisiens et tous les juifs ne mangent rien sans s'être lavé les mains plusieurs fois, selon la tradition des anciens... et qu'ils ont beaucoup de pratiques ou traditions de ce genre comme de laver les coupes, les mesures et les vaisseaux où ils mettent ce qu’ils boivent, et les divans où s'étendent les convives. 4 » Ses lecteurs ne sont donc jamais entrés dans une maison juive?

Page 1