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disciples beaucoup d’autres miracles qui ne sont pas consignés dans ce livre. Mais ceux-ci ont été écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et que, possédant une telle foi, en son nom vous ayez la vie, 1 »
Ensemble et détails, épisodes et discours, tout converge à mettre en plein jour cette conclusion à la fois théorique et pratique : Heureux ceux qui croient en Jésus Messie, Fils de Dieu. Dès le prologue, Jésus nous est présenté comme le « Verbe fait chair 2» le € Fils unique ? » de Dieu le Père. Jean-Baptiste n’est que «son Précurseur et son témoin ; *» André découvre en lui « le Messie ; 5 » Rabbi, s’écrie Nathanaël, vous êtes « le Fils de Dieu, le roi d'Israël. 6» Emportez cela d’ici, dit Jésus aux vendeurs du Temple, vous faites de la maison de « mon Père 7» une maison de trafic.
Dieu a tellement aimé le monde, qu’il a donné «son Fils unique ; $ » il n’est question que de ce Fils dans le discours de Jésus à Nicodème. Je sais que « le Messie 9 » vient. Je le suis, répond Jésus, moi qui vous parle; et les habitants de Sichar de dire, à la Samaritaine qui leur a rapporté ce discours: nous l’avons entendu lui-même et nous savons que c’est vraiment lui qui est le «Sauveur du monde. 10 » Filia-
nissent un brillant commentaire : bien loin de ralentir la marche, ils la favorisent, car ils sont comme le dialogue de ce grand drame, et ils accentuent le mouvement. » FILLION, p. 4. 1. JOAN., XX, 30-31. Remarquez la force des articles dans le texte grec, o yprotès 0 vins Toù Oeoù.
2. JOAN., 1, 44. — 3. 1, 14, 18. — 4. 1, 7, 34. — 5. 1, 41.— 6. 7, 49. 7. JOAN., 11, 16. — 8. xx, 16. — 9. 1V, 25. — 10. 1v. 42.
tion et mission divine, ! c’est tout le fonds du dis- Cours dans le temple après la guérison du paralytique. Qui ne connaît le cri de saint Pierre après la multiplication des pains et la promesse de l’Eucharistie : Seigneur, à qui irions-nous ? vous avez les paroles de la.vie éternelle. Pour nous, nous avons cru et
nous avons connu que vous êtes « le Christ, le Fils de
Dieu. ? » Et l’auteur continue, jusqu’au bout fidèle à son but, insérant de préférence les discours dogmatiques, dont il n’oublie jamais de souligner les affirmations réitérées de la divinité de son Maître, et ne retraçant, parmi les miracles, que ceux qui lui sem-
blent présenter au plus haut degré le caractère d’une
révélation, véritables « signes * » dont il aime à faire remarquer le sens profond et la portée pratique.
La marque de son style. L'auteur a écrit en grec, en grec même assez pur, du moins en ce qui concerne l’emploi des mots ; simplement d’ailleurs et avec une certaine aisance. Peu de paroles et beaucoup d'idées.
Le vocabulaire est pauvre: de là la répétition fréquente des mêmes expressions et des mêmes phrases. 4 La phrase est courte : peu ou point de ces périodes tant aimées des grecs; mais une succession
MJOAN::V, 18:49,.97: etc —:2..VI, 69-70.
3. Saint Jean appelle les re cauesiz « des signes. » Sur le but principal de l'Évangéliste saint Jean, voir BAUNARD, l’Apôtre saint Jean, ch. XVII.”
4. JOAN., 1, 1, 7,8, 11; xx, 1, 17, 34; v, 31, 39, 44-47, etc.
rapide de sentences brèves, détachées, alignées sans art à la suite les unes des autres. 1
Les figures préférées sont, après la répétition, 2 l’antithèse $ et l’apposition.
Beaucoup de citations manifestement fidèles, et une préférence marquée pour le langage direct. * Les particularités abondent. Citons parmi les plus caractéristiques : le redoublement de amen «en vérité » au commencement d’un discours ou d’un sujet nouveau, — vingt-cinq fois ; l’emploi habituel de la locution « après cela » pour désigner le temps, —- onze fois; l’usage remarquablement fréquent et très spécial de la particule « donc » comme conjonction.
L'auteur a des expressions qui lui sont propres surtout pour rendre les rapports du Père avec le Fils et
1. «Au commencement était le Verbe, — et le Verbe était auprès de Dieu, — et le Verbe était Dieu. — C'est Lui qui était auprès de Dieu. » 1, 1-2. « Là était le puits de Jacob. — Jésus fatigué se tenait assis auprès du puits. — C'était la sixième heure. » etc. IV, 6.
2. Les pronoms sont répétés d’une manière emphatique, vu, 4, 7; 1x, 33; vil, 18, etc. — Le même mot revient trois ou quaire fois coup sur coup enfonçant chaque fois plus avant l’idée dans l'esprit, 1, 1; vi, 33; V, 31-32, etc. — Parfois l’auteur réitère en termes négatifs la pensée d’abord exprimée en termes positifs, 1, 3; 1, 20; x, 28.
3. C'est ainsi qu’il oppose « les lumières » aux « ténèbres » 1, 5, — ceux qui sont « né de Dieu » à ceux qui sont «né des hommes » 1, 13, — « Jésus-Christ » à « Moïse » v, 46; VI, 32, — la & loi » à la « gràce » It, 17, — les « fidèles » aux « incrédules » ILE, 30. ;
4. 11 laisse toujours aux paroles la forme que les personnaces leur ont donnée, et une seule fois, dans son récit, il a employé le langage indirect. IV, 5, 52.
du Fils avec nous. ! Il en a de préférées et de familières — celles spécialement dont il use pour rendre les idées qui lui sont les plus chères. ?
8. L’élévation de ses pensées. Hautes et pures sont ses idées ; sublimes même comme l’Infini qui en est ou l’objet, ou l’occasion, ou le principe, ou le terme. Dieu, en lui-même, dans l'essentiel mystère de la Trinité adorable ; Dieu avec nous, dans l’apparition et le séjour sur la terre du Verbe fait chair; Dieu en nous, dansla très réelle communication de la vie divine résultant de notre incorporation au Sauveur Jésus. Trinité, Incarnation, Justification, c’est le fonds même et la substance de notre quatrième Évangile. Dieu partout, Dieu toujours ; comme on comprend bien, après l’avoir lu, le glorieux surnom de « théologien » décerné à son auteur par l'antiquité chrétienne; et qu’on est heureux de voir à ses pieds, vivante image de son génie, l’aigle qui, des hauteurs sublimes où
1. Être «chez » Dieu, — être « dans » le Père ou le Fils; — « demeurer » en Dieu, dans le Christ, dans la charité; — Être ou venir « de » Dieu, de l'Esprit, de la charité, du diable, de la chair; — « marcher » dans la lumière, dans les ténèbres. II dit encore d’une manière absolue « le Père » et Le « Fils. »
2, Tels que, « croire » qui revient 98 fois ; le « monde » 78; «connaître » 55; « parole » 50 ; «aimer » 45; « prendre » 44; « vie » 86, et « vivre » 16 ; « témoigner » 33 et «témoignage » 14; « contempler » 33; « vérité » 25 et « vrai » 15; « gloire » 20 et «glorifier » 22; « juger » 19 «et jugement» 11; « œuvre » 27; « nom » 25; « lumière » 23; « signe » 17; « ténèbres » 13; etc. Indications complètes dans DAVIDSON, Introduction to the New Testament, t. 11, p. 431-436.
l'emporte son aile, sans baisser la paupière contemple le soleil ! 1
Et ces splendeurs divines que son œil peut fixer, comme il sait les voiler sous de profonds symboles, pour en rendre l’éclat supportable à nos yeux ! Sous sa plume tout prend un corps, même les choses les plus abstraites ; la lumière et la vie éclatent dans ses récits. Tout ce qu’il décrit rayonne, tout ce qu’il dit est vivant. Les scènes qu’il évoque semblent se reproduire ; un trait rapide, et les acteurs se représentent; une phrase ou deux, et ses héros nous sont familiers. 2 . Nul surtout, comme lui, ne sait revêtir d'images empruntées aux réalités tangibles du monde naturel et terrestre les invisibles réalités du monde idéal et surnaturel. Ses tableaux sont des emblèmes, et les faits qu’il rapporte, en évoquant des souvenirs, suggèrent des idées ; le présent dans ses récits figure l’avenir et chaque mot qui sort de ses lèvres contient une prophétie, un mystère et une leçon.
1. « Quelle montagne que celle-là, s’écrie saint Augustin, quelle élévation que celle de ce génie! Voyez-le qui dépasse toutes les âmes terrestres, tous les espaces éthérés, toute la région des astres, puis les chœurs célestes eux-mêmes et la légion des anges. Que lui parlez-vous du ciel ou de la terre? Ce ne sont que des créatures. Que parlez-vous de ce que le ciel et la terre renferment? Créatures encore. Même que font ici les êtres spirituels? Ces êtres sont l’œuvre de Dieu, ce n’est pas Dieu lui-même. » In JOAN. tract. 1. MIGNE, 35, col. 1382.
2. Voir en particulier le portrait si rapide et si vivant de saint Pierre, v, 69; xt, 6, 9; de saint Thomas, x1, 16; xx, 28; de Caïphe, x1, 49, 50, etc.
8. Saint AMBROISE, De Sæc. Il, 11. Voir JOAN., xt, 51; xIx, DD :XK 81020
Tel est, dans ses grandes lignes, notre quatrième Evangile. Qui donc a pu l'écrire? Voilà l’œuvre, où donc est l’ouvrier”?
9. Silence révélateur. L'auteur du quatrième Évangile, quel qu'il soit, n’a écrit qu'après la publication des trois synoptiques.
De l’existence de ces derniers au moment où il compose son récit, et de la connaissance qu’il en a personnellement, nous ne voudrions pour preuve que le silence gardé par notre auteur sur un grand nombre de faits qu’il n’a pas pu ne pas connaitre et dont plusieurs vont directement au but qu’il s’est si nettement assigné.
Nul comme lui, n’excelle à rendre pleins et vivants les récits de la vie publique de son divin Maitre. On sent si bien, à le lire, la netteté de sa vision et l’impeccabilité de sa mémoire ! Que de souvenirs il doit garder en son âme d’une prédication dont il nous fait entendre de si vibrants échos, d’un ministère dont il retrace de si émouvants épisodes! Que peut-il ignorer d’un ministère dont il a noté si exactement les limites extrêmes, les phases multiples et la durée, par lindication des fêtes pascales et autres ? Et cependant les faits qu’il rapporte, tiennent dans un si petit nombre de jours, nous l’avons dit, trente à peine. A partir de la première Pâque, à peu près rien du ministère en Galilée; son récit nous fixe en Judée et nous tient à Jérusalem de préférence à l’époque des fêtes principales. Son parti-pris est si évident de ne raconter que les faits dont la Judée fut le théâtre que
lorsque Jésus retourne en Galilée, il le suit jusqu’à la frontière et l’y laisse, interrompant tout à coup son récit, pour ne le reprendre que lorsqu'il pourra nous montrer son maître de retour à la ville sainte.
Pourquoi ces interruptions et pourquoi ces lacunes”? Sur le ministère de Jésus en Galilée dans les synoptiques, les détails abondent; l'essentiel est donc déjà connu de ce que le Maitre a fait et dit jusqu’au jour où la conclusion de l’histoire le ramène à Jérusalem. À quoi bon revenir sur des événements que des récits antérieurs ont depuis longtemps gravés dans toutes les mémoires? N'est-il pas naturel, pour notre écrivain, de s’en rapporter à ses devanciers pour tout ce qu'ils ont dit de l’histoire évangélique et de se contenter de suppléer à leurs omissions relativement au but qu’il se propose ?
Ce but nous l’avons dit est, avant tout et par-dessus tout, de prouver que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu et Dieu lui-même. Son principal devoir est donc de rapporter les paroles et de raconter les actions du Sauveur, qui mettent en évidence son double caractère de Messie et de Fils de Dieu. Et cependant, pas un mot, dans son récit, de ces délivrances de possédés, où les démons eux-mêmes rendent un si éclatant hommage à la divinité de celui qui, d’un mot, brise leur puissance ; pas une allusion à la voix surnaturelle qui, sur le Jourdain et sur le Thabor, le proclame ouvertement Fils de Dieu ; et, à propos des miracles proprement dits dont il est le premier à reconnaitre la force probante 1 et qu’il suppose très
4. Joan., v, 20,36; 1x, 8, 4; x, 25-30; x1v,10-13; xv, 24; XX, 90.
nombreux, ! une discrétion extraordinaire, et une réserve inattendue. |
Les synoptiques ont tant de fois raconté les victoires de Jésus sur les démons! Ils ont fait entendre le cri du démoniaque de Capharnaüm : « Vous êtes le Saint de Dieu, ? » et l’exclamation furieuse des possédés de Gérasa : (Qu’y a-t-il entre vous et nous, Jésus Fils de Dieu ? $ » Ils ont rapporté tout au long le témoignage du Père céleste : « Celui-ci est mon Fils pien-aimé en qui J'ai mis toutes mes complaisances ; écoutez-le. * » Ils s'étendent sur les prodiges accomplis par le Sauveur. Pourquoi recommencer des récits si fidèles? N'’est-il pas tout indiqué, pour un écrivain postérieur, de les supposer connus et de se borner à reproduire celles des preuves de la divinité de Jésus qui n’ont pas trouvé place dans le cadre de ceux des Évangiles qui sont déjà dans toutes les mains ? Seule, l'hypothèse de la préexistence et de la notoriété des synoptiques peut rendre compte de la marche suivie par notre quatrième évangéliste ; seule elle peut expliquer ses préférences et ses omis- SIONS.
10. Allusions transparentes. Mais nous avons mieux encore que cet argument d'apparence plutôt négative. En maint endroit, notre auteur fait aux autres évangélistes des allusions transparentes. Aïnsi,
L'JOAN,, 11, 23; nr 25 1V, 45 ;.V, 20 ; VE, 2; VI, 3, 90, ete: 2. MarC., 1, 24; LUC, 1V, 34.