FILLION, saint Jean, p. XXXV1; Introd. générale
l’auteur du quatrième Évangile ait, vis-à-vis du judaïsme, une attitude plus militante, et donne à sa prédication une forme philosophique ?
De ces explications les critiques n’ont cure. Le système qui a leurs préférences exige qu'entre les deux types évangéliques il y ait contradiction formelle ; elle y sera. Dans leur esprit prévenu, de simples divergences deviennent des contrastes; les contrastes, des oppositions ; les oppositions, des antinomies. À les en croire tout est contradictoire dansles deux narrations : le théâtre, les faits, les discours, les idées, le genre, l'esprit.
Et ceshommesse croient très forts et sedisentlibres! Est-ce de l'illusion seulement ? Suffit-il de le vouloir pour se persuader que raconter le ministère de Jésus en Galilée, c’est exclure le ministère de Judée pendant la même période ; et que s’attacher de préférence aux événements négligés dans les récits synoptiques, c’est donner un démenti à tous ceux qu’ils reproduisent ?
On ne refute pas de pareilles extravagances. |
Toutes ces imaginations pour légitimer la conclusion que si les trois premiers Évangiles sont authentiques le quatrième ne saurait l’être. Est-ce seulement logique ? Des contradictions, même évidentes, sontelles des preuves certaines d’inauthenticité? Voilà pourtant à quoi aboutit l’effort du rationalisme pour rer de l’argument interne la preuve que saint Jean n’est pas l’auteur de notre quatrième Évangile.
22. La grande voix de la tradition. Que les partisans quand même de l’inauthenticité de saint Jean aient
senti le besoin de multiplier à l’infini leurs subtilités, leurs distinctions, leurs négations, leurs interprétations, à propos du texte lui-même, cela se comprend sans peine ; leur thèse a tant besoin de preuves et il est si aisé, d’en improviser au dépens des textes. Mais ce qu’on conçoit difficilement, c’est qu’ils aient pu un seul moment songer à donner à leur préjugé lap-. pui de l’argument externe ; il est si manifeste que la tradition tout entière témoigne contre eux ; elles sont si indigentes et si douteuses les autorités qu’ils osent produire.
Une poignée d’hérétiques du second siècle désignés par saint Epiphane sous le nom d’Aloges, {et la secte imnommée de la même époque mentionnée par saint Irénée, ? c’est tout ce qu’ils ont pu produire de témoins contre nous.
Les Aloges ! des inconnus, « de portée plus que médiocre, » au dire d'Epiphane lui-même, et qui repoussaient en bloc «les livres de Jean » comme imprégnés d’une doctrine opposée à leur préjugé philosophique d'hommes « sans Logos. 8 »
Les hérétiques dont parle Irénée ! d’insignifiants et obscurs sectaires, sans nom, sans crédit, et dont le grief unique contre les livres de Jean, « Évangile et Prophétie, » est qu’ils annoncent, de la part de Dieu, Penvoi d’un «€ Paraclet » qui n’a pas de place dans leur système. #
4. Saint EPIPHANE, Adv. Hær., 11, 51 ; Migne t. 41, col. 892.
2. Saint IRÈNÉE, Contr. Hær., ut, 10, 9 ; Migne, t. 7, col. 890-1. 3. Aloge signifie « sans Logos » et « sans esprit. »