‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 96 sur 146 · Ali ut donum spiritus frustrentur, quod in novissimis · texte numérisé non relu

Ali ut donum spiritus frustrentur, quod in novissimis

Etle témoignage de ces hommes, à lui seul, contrebalancerait le témoignage dix-huit fois séculaire de la tradition tout entière ! Saint Jean leur déplait; qu’estce que cela prouve ? Est-ce de la conformité des idées d’un livre avec nos idées que la question de son authenticité doit dépendre ? Les hérétiques dont parle saint Irénée, sans s’occuper de la provenance du quatrième Évangile, en rejetaient partiellement le contenu ; les aloges s’imaginant que le prologue de saint Jean favorisait les erreurs de Cérinthe, en attribuaient gratuitement la composition à cet hérésiarque. Où trouver, soit dans la réserve des premiers, soit dans la négation des seconds, l’ombre même d’une raison historique ou critique contre l’authenticité de notre Évangile ? Comme leurs glorieux héritiers du dixneuvième siècle, les obscurs précurseurs du rationalisme biblique des environs de l’an 150 font de leurs vues personnelles l’unique criterium des réalités de l’histoire.

Dès le milieu du second siècle ils rejettent notre quatrième Évangile, et quelques-uns vont jusqu’à contester qu'il soit de saint Jean ; notre Évangile existait donc dès le milieu du second siècle et on croyait déjà que Jean en est l’auteur. C’est la seule EM à tirer de leur témoignage ; elle a son prix.

Elle est d’ailleurs si ferme et si puissante la preuve

temporibus secundum placitum Patris effusum est in humanum genus, illam speciem non admittunt, quæ est secundum Joannis Evangelium, in qua Paracletum se missurum Dominus promisit ; sed simul et Evangelicum et propheticum repellunt spiritum. » Saint IRÉNÉE, 1. c.

d'autorité en faveur de notre saint Jean. Nous avons reproduit plus haut les témoignages d’Irénée, de Clément et de Tertullien. Peut-on seulement concevoir affirmation plus catégorique, plus confiante et plus motivée de la parfaite authenticité de nos Évangiles ; plus invincible assurance que celui qui nous occupe est bien réellement l’œuvre du fils de Zébédée ? Comme on sent bien, à les lire, que ces écrivains sont sûrs de ce qu’ils avancent ; et qu’il est aisé de se rendre compte que leur voix n’est qu’un écho et qu’ils se contentent de formuler la conviction de leurs contemporains et de leurs devanciers ! On croyait donc, avant saint Irénée, à l’authenticité du quatrième Évangile. « Le nier, ce serait nier qu’un chêne au tronc noueux et aux larges branches compte déjà plusieurs années, parce que les circonstances ont empêché de constater plus tôt son existence. 1 »

La preuve qu’on croyait avant saint Irénée à l’authenticité de saint Jean, nous la trouvons, éclatante, irrécusable, dans la tranquille confiance avec laquelle les écrivains du milieu du second siècle, lui font des emprunts abondants et manifestes. S'il n’est encore nommé nulle part, il est cité partout, chez les orthodoxes, chez les hérétiques et chez les paiens euxmêmes. |

Nos lecteurs savent à quoi s’en tenir sur le témoignage du représentant le plus illustre de chacune de ces trois catégories d'écrivains. Justin s’en inspire,

1. Lightfoot, the supernatural religion, dans le Contemporary Review, janvier 1875, p. 184.

Marcion le rejette, { Celse l’oppose aux synoptiques ; trois attitudes également expressives, plus éloquentes peut-être qu’une affirmation verbale. 2

L'évêque orthodoxe d’Antioche Théophile le cite textuellement. 3 Parmi les hérétiques, universel et constant est, dès cette lointaine époque, l’usage de notre Évangile. Les sectes gnostiques le citent à tout propos ; * les judaïsants eux-mêmes l’emploient sans scrupule ; 5? Valentin et ses disciples le reproduisent et le commentent ; Ô Montan lui emprunte l’idée de son Paraclet.

« Ce ne sont pas seulement tous les partis religieux, ce sont toutes les contrées de l’Orient qui rendent témoignage par la bouche de ces hommes: car saint Justin avait parcouru la Palestine, l’Asie-Mineure et l'Italie; Valentin venait d'Égypte; Montan parut en Phrygie; Celse avait visité la Palestine, la Syrie et l'Asie-Mineure. Redisons-le : pour que, dès le milieu

4. « Si tu n'avais pas rejeté les écrits contraires à ton système, lui dit Tertullien, l'Évangile de Jean serait là pour te confondre. » Adv. Marc. IV, 3.

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