‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 98 sur 146 · DE PRESSENSÉ, op. cit. p · texte numérisé non relu

DE PRESSENSÉ, op. cit. p

dantes et enfin par des références précises. Et nous voilà ramenés par la preuve externe, ininterrompue, irrécusable, jusqu’au temps ou saint Jean vivait. Existe-il beaucoup d'exemples d’une si lumineuse démonstration ? Ah! s’il était question d’un auteur paien!f

23. Aveux signicatifs. Faut-il qu’ils soient décisifs les arguments en faveur de l’authenticité de saint Jean pour avoir arraché à Renan lui-même et à Reuss les aveux qu'on va lire ?

« Personne ne doute que, vers l’an 150, le quatrième Évangile n’existât et ne fut attribué à Jean. Des textes formels de saint Justin, d’Athénagore, de Tatien, de Théophile d’Antioche, d’Irénée, montrent dès lors cet Évangile mêlé à toutes les controverses et servant de pierre angulaire au développement du dogme. Irénée est formel ; or, Irénée sortait de l’école de Jean, et entre lui et l’apôtre, il n’y avait que Polycarpe. Le rôle de notre Évangile dans le gnosticisme, et en particulier dans le système de Valentin, dans le montanisme et dans le système des quartodécimans, n’est pas moins décisif. L'école de saint Jean est cellé dont on aperçoit le mieux la suite durant le deuxième siècle ; or cette école ne s'explique pas si l’on ne place le quatrième Évangile à son berceau même.

4. QI n’est pas, dit Salder, un livre composé par un auteur païen qui puisse revendiquer, en faveur de son authenticité, la cinquième partie des preuves que nous alléguons pour l’Évangile selon saint Jean. » The Gospel according to s. John, Londres, 1883, p. xx, cité par M. FILLION, p. XXIV.

Ajoutons que la première Épître attribuée à saint Jean est certainement du même auteur que le quatrième Évangile ; or l’Épitre est reconnue comme de Jean par Polycarpe, Papias, Irénée. Mais c’est surtout la lecture de l’ouvrage qui est de nature à faire impression. L'auteur y parle toujours comme témoin oculaire ; il veut se faire passer pour l’apôtre Jean. Si donc cet ouvrage n’est pas réellement de l’apôtre, il faut admettre une supercherie que l’auteur s’avouait à luimême. Or quoique les idées du temps en fait de bonne foi littéraire différassent essentiellement des nôtres, on n’a pas d'exemple dans le monde apostolique d’un faux de ce genre. 1 »

Reuss n’est pas moins explicite.

«L’argument le plus puissant, dit-il, qu’on a coutume d’alléguer en faveur de l’opinion qui attribue à l’apôtre Jean la rédaction du quatrième Évangile, c’est le témoignage de la tradition. Et il faut convenir que cet argument est de nature à peser beaucoup dans la balance de notre jugement. Car non seulement il est unanime et nullement contrebalancé dans la haute antiquité par quelque affirmation ou supposition contraire, mais cette unanimité est d’autant plus significative que l’ouvrage est anonyme. On est donc amené à penser qu’elle repose en fin de compte sur des données très positives.

& À la vérité les premiers écrivains ecclésiastiques qui prononcent le nom du fils de Zébédée comme celui de l’auteur du livre, appartiennent tous au der-.

À. RENAN, Vie de Jésus, p. XXV-XXWVII.

nier quart du second siècle, et sont ainsi séparés de l’époque à laquelle ce disciple peut avoir vécu par un espace de quatre-vingts ans et plus. Cet intervalle est certainement assez long pour qu'on soit autorisé à demander quelle garantie un pareil témoignage peut Offrir. Cependant il n’est pas trop difficile de montrer que cette apparente lacune dans la chaine de la tradition n’est pas aussi grande, et par cela même compromettante pour sa sûreté, qu’elle pourrait le paraitre à première vue.

€ S1,... en vue des prétendus rapports du livre avec le gnosticisme, on a cru pouvoir en remettre l’origine à une époque bien plus récente que la fin du siècle apostolique, vers l’an 150, on se heurte contre le fait que bientôt après, et dès la première mention d’un Évangile johannique, chez Théophile d’Antioche et dans le canon de Muratori, il y a parfait accord à ce sujet dans toutes les parties du monde chrétien. I] faut donc que la conviction relative au nom à mettre en tête de l’ouvrage date de plus loin.

CElle était même dèslors tellement enracinée, qu’on s'était familiarisé avec l’idée que le nombre des Évangiles reçus ou à recevoir dans l’Église était déterminé providentiellement et qu’on imaginait toutes sortes de raisons... pourquoi il ne devait y en avoir ni plus ni moins. Si les témoignages qui nomment explicitement l’apôtre Jean comme auteur ne se rencontrent (pue fort tard, les traces de l’existence du livre remontent plus haut, et peuvent être constatées chez les représentants des deux tendances théologiques qui divisaient l'Église vers le milieu du second siècle. Nous

croyons qu'on se montre bien dificile quand on conteste Cefart.t»

Laissons à un troisième rationaliste le soin de tirer la conclusion finale. « Ceux, ditle D'Ewald, qui, depuis qu’on a commencé à discuter cette question, ont été réellement au courant de ce qui la concerne, n’ont jamais pu avoir ou n’ont jamais eu un moment de doute. À mesure que les attaques contre saint Jean sont devenues plus violentes, la vérité, durantles dix ou douze premières années, a été de plus en plus solidement établie, l’erreur a été refoulée dans les coins les plus cachés, et en ce moment les faits que nous avons devant nous sonttels, qu'aucun homme, à moins de vouloir en connaissance de cause choisir l'erreur et rejeter la vérité, ne peut avoir l’audace de prétendre que le quatrième Évangile n’est pas l’œuvre de l’apôtre Jean. ? »

4. Ed. REUSS, La théologie joannique, p. 92-95. 9, EWALD, dans le Gættinge Gelehrte Anzeigen, août 1883, à l’occasion de la Vie de Jésus, de M. RENAN.

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