NES DU CHÂTEAU
édifices restent encore debout. L'Hôtel de Ville, au pignon timbré de l'étoile à seize rais de la maison des Baux, surmonte encore les cachots creusés dans la pierre blanche. La grand'rue est encore bordée de logis des xive, xve et xvie siècles. L'hôtel des seigneurs de Manville a une belle salle voûtée à deux cheminées monumentales, avec des fenêtres d'un style très pur où est gravée, sur l'entablement, la devise de la Réforme : Post tenebras lux. La maison des seigneurs de Porcellet, parents des seigneurs de Maillane et des comtes des Baux montre une salle voûtée peinte à fresque. L'église Saint- Vincent, d'où l'on jouit d'une vue merveilleuse du Ventoux à la mer, est romane et contient des autels et des tombeaux vénérables. C'est là qu'on trouva une chevelure d'or, d'une longueur surprenante, relique de quelque jeune princesse, que Mistral fit placer dans le Musée Arlaten créé par lui à Arles. Un peu partout d'ailleurs on trouve des portes sculptées, des vestiges des siècles successifs.
Quant à la forteresse elle-même, c'est une montagne sculptée, à la fois caverne et palais. Le lieu est grandiose. On prétend que Dante, qui y
Montmajour. Chapelle Saint-Pierre.
séjourna, s en inspira pour les descriptions de son « Enfer ». Et c'est en effet l'impression d'un cataclysme infernal qu'on emporte de ce chaos de pierres mortes sous le ciel bleu. Une seule note douce :
l'exquis petit pavillon dit de la reine Jeanne, bijou de l'art Renaissant, construit peut-être pour l'épouse du roi René, et que Mistral fit copier pour son futur tombeau au cimetière de Maillane. Les Baux ont donné à la
Provence l'un de ses derniers poètes populaires en la personne du paysan Charles Rieu, « Charloun », que l'auteur de Mireille estimait hautement.
On célèbre encore la Noël, aux Baux, de la façon la plus charmante et la plus originale. A la messe de minuit s'accomplit le « pastrage », ou offrande des bergers; au son du galoubet et du tambourin, on présente à l'autel un agneau blanc enrubanné, porté sur un char aux armes des Baux, traîné par un bélier, et tout se passe comme au temps où les seigneurs des Baux régnaient sur le peuple « baussenc ».
Les Baux. Hôtel de Porcellet.
Objectif Son Bekthiot
Montmajour. Entrée de l'abbaye.
Cet attachement tenace aux coutumes antiques est l'honneur de la Provence. Tous ses royaumes sont défunts, son séparatisme se limite à la question légitime de sa langue à sauvegarder : mais elle ne veut rien renier, rien oublier, de son vieux génie. Ce fut précisément l'habileté de Mistral — car ce grand poète régionaliste était fort adroit, et sage, et souple politique — que de ménager à la fois la moindre tradition de sa race et le souci de l'unité française, du loyalisme national qu'il pouvait être accusé de vouloir détruire par son grand effort de résurrection. Il ne commit pas l'erreur des Girondins, et son immense autorité s'exerça avec un parfait bon sens pour calmer les turbulences de ce jeune félibrige qu'il avait créé. Auprès de Mistral d'ailleurs il faut placer un poète et un caractère non moins grands. La renommée de Mireille, rendue universelle par la célèbre étude de Lamartine, a beaucoup éclipsé la gloire due à Théodore Aubanel. Mais l'auteur de la Grenade entr' ouverte et des Filles d'Avignon n'en reste pas moins admirable, autant et autrement que son compagnon de lutte aux temps héroïques du réveil intellectuel provençal. Et ajoutons
Les Saintes. Chapelle Saint- Michel.
qu'Alphonse Daudet était l'intime ami de tous les deux, ceci pour mettre au point l'irritabilité que put soulever plus tard sa satire malicieuse des petits travers provençaux dans Tartarin de Tarascon. En Provence comme en Italie, les susceptibilités sont vives et s'apaisent non moins promptement qu'elles sont nées.
D'Arles aux Baux, il y a une vingtaine de kilomètres. C'est h peu près au tiers du chemin que s'élèvent d'autres ruines célèbres, sur une petite éminence : ce sont celles de l'abbaye fortifiée de Montmajour. On en voit d'assez loin la superbe tour crénelée. L'église qu'elle protège est restée inachevée : elle avait été bâtie au xne siècle sur les ruines du couvent fondé par saint Césaire. C'était, aux temps médiévaux, un pèlerinage très fréquenté, où l'on se rendait en barque, la région étant encore marécageuse. Le cloître roman, récemment restauré, est fort beau. En contre-bas de la colline, au milieu de nombreuses tombes creusées dans le roc, se voit cette vénérable chapelle Sainte-Croix-en- Jérusalem où, dit-on, saint Trophime se retirait pour faire oraison, et que surmonte
Artésiennes et gardians.
Objectif Son Berthiot
Les Saintes-Maiues-de-la-Mer. L'église,
Vieille bergerie camarguaise. Mas « Les Bruns ».
une lanterne des morts. De la route, on peut entrer librement dans cette imposante abbaye, d'où l'on voit Arles se profiler sur l'horizon. Au crépuscule, c'est un des lieux où l'on peut sentir le plus complètement le charme spécial, indicible, de la « gueuse parfumée », avec ses pierrailles, ses oliviers et ses ifs.