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TOULON

La banlieue de Marseille est amusante et jolie, avec ses vallons, ses pinèdes d'où l'on découvre la mer, ses guinguettes, ses « cabanons » où va la foule des dimanches, à Sainte-Marguerite, à l'Estaque, dans les « calanques » creusées dans le roc, bien que les usines aient récemment gâté plusieurs des beaux points de vue de ce golfe dominé par la silhouette de Notre-Dame de la Garde. Dès que le train quitte la grande cité phocéenne vers Toulon, une admirable campagne commence, qui est déjà

Saint-Maximin. Les stalles.

la préface de la Côte d'Azur, mais qui reste profondément provençale. C'est la plus charmante promenade qu'on puisse faire sous le soleil : collines roses, pins verts, oliviers d'argent devenant maintenant grands et superbes, haies d'aloès, bouquets d'eucalyptus, mas safranés aux tuiles mordorées, horizons bleus, voilà le décor de ces savoureux petits villages qui s'appellent La Pomme, Saint-Menet, Camp-Major, jusqu'à Aubagne qui est un bourg plus important. C'est d'Auriol, situé non loin» qu'on part pour faire, après une vingtaine de kilomètres de route, l'excursion de la Sainte-Baume, dans la montagne. La grotte célèbre où, dit-on, Marie-Magdeleine vécut et mourut après trente années de prière et de solitude, a été transformée en chapelle, comme la Salette et Lourdes.

Son intérêt se double de celui d'un admirable site, où certaines cimes atteignent près de douze cents mètres, et d'où l'on découvre la mer, Marseille et Nice. On est là en plein pays franciscain, et l'on ne peut s'empêcher de penser aux Carceri d'Assise, à l'Alverne, aux ermitages sauvages et doux où vécut saint François.

La Sainte-Baume est un morceau de l'Italie.

Non loin d'elle est Saint- Maximin avec

Oratoire des Parisiens sur le chemin du Saint-Pilon.

Chapelle du Saint-Pilon.

Rade de Toulon. Une tartane et le cuirassé Provence.

son admirable église gothique renfermant les tombeaux de presque tous les saints, apôtres et compagnons de Marie-Magdeleine, Sidoine et Maximin, Marcelle et Suzanne.

Il faut en redescendre par le vallon de Saint-Pons et le village de Gémenos pour retrouver, au delà d'Aubagne, le littoral. Le petit village de Cassis, ravissant, aux célèbres calanques, est devenu une plage appréciée. Puis vient le pays de La Ciotat, où l'on pêche le corail,

et qui est l'ancienne colonie massaliote de Citharista.

Saint-Cyr, Bandol, n'ont pas d'histoire, ce qui vaut mieux pour leur paisible destin de localités riantes et heureuses, étalées aux bords de flots scintillants et à l'ombre de montagnettes boisées. On vient y chercher l'air pur, le plaisir de vivre, l'agrément de baies et d'anses aux belles

— Toulon. Le long de la vieille darse.

Sous-marin et cuirassé.

formes, et on les y trouve sans la foule et la cherté de la Riviera. Même en été, l'existence est là un rêve quotidien. On atteint ainsi Sanary et son petit port, tandis qu'à trois kilomètres dans l'intérieur des terres la petite ville d'Ollioules somnole à l'entrée de gorges célèbres. On y a placé

Toulon. Porte de l'Hôtel de Ville. Atlantes de Puget.

jadis bien des scènes de brigandage, vraies ou fausses, et en fait c'était un lieu propice aux embuscades contre les voyageurs se dirigeant vers Toulon. Tout est redevenu sûr et paisible, et on ne peut qu'admirer les beautés naturelles de ce défilé rocheux, plein d'ombre et embaumé par la verdure. A La Seyne, les énormes bâtiments des Forges et Chantiers de la Méditerranée, les forts aperçus sur les crêtes, annoncent déjà Toulon.

C'est le grand port militaire de la France en Méditerranée. C'est une très vieille ville, peut-être d'origine phénicienne. Elle devint la Telo Martius des Romains, dont on n'y trouve d'ailleurs nul vestige, et son histoire n'offrit aucun intérêt jusqu'au xvie siècle. Charles-Quint la prit en 1524, la rendit, et revint l'assiéger et la reprendre en 1530. Henri IV, puis Louis XIV, la fortifièrent si solidement qu'en 1707 elle tint en échec les forces alliées du prince Eugène de Savoie, des Anglais et des Hollandais. Lors de la Révolution, en 1793, les royalistes la livrèrent aux Anglais, Espagnols et Napolitains, avec le matériel de guerre et la flotte française ancrée dans le port. La Convention envoya une armée. On sait par quel prodige d'audace, avec quelle sûreté de coup d'œil, le jeune commandant inconnu qui dirigeait l'artillerie parvint à s'emparer du fort de l'Aiguillette

Toulon. Au marché.

Acheteur de poivrons.

qui dominait tout le port. Ce fut le début de sa prodigieuse fortune : il s'appelait Napoléon Bonaparte.

Les Anglais, avant de s'enfuir, incendièrent l'arsenal et les vaisseaux captifs, et les habitants payèrent durement leur trahison. Toulon reprit plus tard son rang, et on fit en une ville formidable. Sa position naturelle l'exigeait. On n'en peut rêver de plus belle pour un port de guerre. La petite rade, aux bords de laquelle se font face la ville et La Seyne, est presque entièrement close par les petites presqu'îles de l'Aiguillette et du Mourillon : la grande rade est complètement protégée par les escarpements de la presqu'île du cap Cépet, renforcés encore par ceux du cap Sicié. Une flotte considérable peut être abritée de tout risque d'attaque ou de tempête. Et la ville et les rades sont entourées de collines qui portent des forts nombreux et puissants, notamment les cinq forts groupés sur le mont Faron. Toulon est à la fois un havre idéal et une forteresse imprenable.

Déjeuner de fruits de mer.

Toulon. Quai de la Sinse,

Le « Carré du Port » et la rade. A

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