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TATUE DU GÉNIE DE LA NAVIGATION

Toulon. Fontaine place Puget.

La cité elle-même, qui compte environ cent mille âmes, est assez peu intéressante. Elle ne présente guère à l'artiste que son antique cathédrale romane, Sainte-Marie-Majeure, refaite en partie aux xvne et xvme siècles, avec deux Vierges de Puget et de Canova, et de son Hôtel de Ville, dont le balcon est supporté par deux magnifiques Atlantes de Puget. On sait que ce Marseillais génial, qui était le premier sculpteur de son époque et ne put remplir tout son destin, séjourna très longtemps à Toulon, où il décorait les proues des somptueuses frégates louis-quatorziennes à l'arsenal. Celui-ci même a une fort belle porte du xvme siècle, avec, comme il convient, deux statues de Mars et de Bellone. La visite de cet arsenal, ordonné par Vauban, est d'un intérêt technique incontestable : l'amateur d'art n'y trouvera que le musée naval, avec une série de belles figures et frises décoratives, œuvres de Puget et des élèves de son atelier, et deux fières images dues au ciseau du maître lui-même, une Bellone et une Renommée. Enfin, Toulon possède un muséebibliothèque où l'on trouve quelques tableaux assez louables, mais

Hyères. Dans la vieille ville.

surtout un David et une de C'est tout. Mais le charme

premières toiles d'Eugène Carrière, e Toulon est fait de son animation, de sa gaîté lumineuse, de ses jolies passantes, de l'incessant défilé des officiers de marine et des « cols bleus » qui fourmillent dans les quartiers neufs, propres et coquets, ou dans les vieux quartiers, malpropres mais très amusants, qui avoisinent l'Hôtel de Ville et ce qu'on appelle « le carré du port » devant la vieille darse, entièrement close par des jetées sauf un passage étroit qui s'appelle encore la Chaîne- Vieille, en souvenir de la chaîne qui y était tendue. C'est une joie que d'être sur ce carré, par une belle matinée, et de contempler le va-et-vient d'une

Hyères. Vieille porte.

Hyères. Le jardin Denis.

multitude d'embarcations, d'entendre les dialogues pittoresques et pimentés des commères toulonnaises. Seule une promenade en bateau peut permettre de se rendre compte de l'extrême complexité du dessin de cette série de bassins, d'anses, de promontoires, si capricieusement

découpés, qui constituent la rade fameuse, du Mourillon aux darses, à la baie de La Seyne, à l'Aiguillette, à la rade du Lazaret, à la presqu'île de Cépet où se groupent les logis de Saint-Mandrier. Ce ne sont que chantiers, usines, forts et sémaphores. Et partout se silhouettent, gris et noirs, les bâtiments de l'escadre, cuirassés, véritables cités d'acier, longs croiseurs de bataille, destroyers, torpilleurs, porte-avions et porte-mines, lévriers de la mer, poussière navale, que relient constamment une multitude de mouches d'escadre, de canots automobiles, de vedettes. Cet imposant

Les remparts d' Hyères.

étalage de forces guerrières et industrielles n'empêche pas d'ailleurs ces côtes déchiquetées d'abriter dans leurs replis les oasis les plus séduisantes sous la protection des canons géants. Il n'y a rien de plus joli que les environs immédiats de Toulon, avec des stations balnéaires comme Tamaris et Les Sablettes alignant au ras des flots leurs villas enfouies dans la verdure, avec ce cap Sicié où s'élève la vieille petite cité déchue de Six-Fours, dont le nom est une déformation de « six forts », par allusion à six redoutes médiévales dès longtemps disparues, avec le pèlerinage de Notre-Dame de Brusq, avec les alentours du mont Faron et du mont Coudon. De partout on a, sur la ville, la rade, la haute mer, les Alpes, des vues d'une fascinante beauté.

d'hyères a fréjus

Elles ne font que préluder à d'autres surprises. A peine a-t-on quitté Toulon qu'on se trouve devant la presqu'île de Giens et la région d'Hyères, dont les collines d'environ trois cents mètres, dites mont du Paradis, mont des Oiseaux, chaîne des Maurettes, encadrent un paysage maritime très justement vanté.

A Porquerolles.

Port-Cros. Le port.

La petite ville d'Hyères est fière de ses palmiers, orangers et lauriersroses, de son florissant commerce de primeurs qui l'a enrichie bien avant que les colonies d'hivernants eussent assuré sa fortune définitive. De toutes les stations balnéaires du littoral, c'est la plus ancienne. On est déjà ici sur la Côte d'Azur, qu'une convention arbitraire circonscrit de Saint-Raphaël à Menton. Les environs sont délicieux, qu'il s'agisse de Costebelle, du mont des Oiseaux, des ruines de couvent à Saint-Pierred'Almanarre ou de celles de la villa romaine dite Pomponiana.

La presqu'île de Giens, à peine rattachée à la terre par des dunes très basses, est un site isolé et magnifique, qui domine la vaste rade d'Hyères. C'est

On étend les filets.

Saint-Tropez. Chapelle Sainte- Anne.

à son extrémité, au petit fort dit de la Tour Fondue, qu'on s'embarque pour aller aux îles que les anciens appelaient Stœchades, et qu'un célèbre poème de Mistral a fait appeler les Iles d'Or. Elles sont quatre : l'île du Levant, l'île Bagaud, l'île de Port-Cros et l'île de Porquerolles. Mais les deux dernières sont les seules dont on parle. Elles sont très peuplées, et en

partie fortifiées. Elles seraient paradisiaques si le vent n'y était parfois d'une violence extrême. Porquerolles surtout est d'une surprenante luxuriance forestière et florale. La traversée permettant d'y atteindre est, bien que courte, parfois fort difficile, comme celle

Sur la plage.

Une rue a Bormes-les-Mimosas.

Saint-Tropez. Goélette et tartanes.

de Cannes aux îles de Lérins. La radieuse Méditerranée n'a point que des sourires, et il ne faut pas trop se fier à sa sérénité bleue.

D'Hyères à l'Argens, une petite ligne d'intérêt local longe la côte, et dessert une série de stations d'hiver plus séduisantes les unes que les autres. Elles sont placées entre les monts des Maures et la mer, et tout le monde aujourd'hui connaît au moins les noms de ces localités jadis obscures, humbles agglomérations de pêcheurs provençaux dont le soleil et la beauté naturelle étaient les seules richesses, exploitées aujourd'hui par tous les privilégiés de la fortune qui fuient la tristesse hivernale du Nord. Qu'il s'agisse de Bonnes, du Lavandou, de Cavalière, du Canadel, du Dattier, de Cavalaire, de Pardigon, de La Croix, des très curieux villages de Ramatuelle et de Gassin, toute description serait banale : il faut tâcher d'aller là et d'y vivre. C'est la fleur même de la Provence maritime, si différente de la Provence terrienne, et c'est, sur le rivage de France, le charme oriental. On arrive ainsi à Saint-Tropez. C'est une très vieille petite cité guerrière, où les peintres affluent autant qu'à Martigues. Elle est très fière d'avoir eu pour seigneur le grand bailli de Suffren, et d'avoir, en 1637, si °ien résisté aux Espagnols qu'ils durent

lever le siège. Cet événement se commémore encore, au mois de mai, par une fête dite de la Bravade, avec de curieux cortèges. La citadelle a toujours grande allure. Quant à saint Tropez lui-même, on prétend que ce fut, au temps de Néron, un officier romain qui, converti par saint Paul, subit le martyre en 66 : et lors de la fête de la Bravade on porte encore son buste en grande pompe. Saint-Tropez est fort pittoresque, son quartier de pêcheurs est amusant, on y mange des bouillabaisses succulentes, et ce serait un séjour parfait, beaucoup moins banalisé que la Côte d'Azur, si le fâcheux mistral n'y sévissait. Les Provençaux aiment leur mistral : il est permis aux étrangers de le maudire, depuis Avignon jusqu'ici. Mais on lui doit, ainsi qu'à l'insuffisance des trains, de voir se conserver la beauté primitive de ce merveilleux littoral.

Les monts des Maures, qui s'étendent parallèlement à la mer, et que la grande ligne longe au delà du versant opposé, doivent leur nom, dit-on, au séjour séculaire de ces obstinés Sarrasins qui s'y fortifiaient et de là multipliaient leurs razzias en Basse-Provence. Ce sont de hautes collines de six à sept cents mètres, couvertes de pins d'Alep et de chênes-

Sam/- Tropez. Dans le port.

lièges dont de nombreuses fabriques débitent l'écorce. Les terroirs qui les avoisinent sont d'un rouge qui, avec les verts des pinèdes, forme une harmonie puissante, faisant songer au chromatisme d'un Van Gogh ou d'un Guillaumin. Les effets de soleil, exaspérant les pourpres et les teintes violettes des ombres, y créent des éclairages fantastiques. C'est à la petite rivière du Gapeau que commence la chaîne de ces monts admirables, qui ne sont presque pas habités quoique deux voies ferrées les côtoient. On n'y trouve que quelques localités où l'on ne pourrait guère séjourner avec confort, comme Cogolin, Grimaud, La Garde-Freinet. L'excursion aux ruines de la chartreuse de la Verne, jadis célèbre et désertée depuis la Révolution, est une des promenades les plus belles qu'on puisse faire : et là encore, comme à la Sainte-Baume, c'est à Assise, au cœur ombrien, qu'il faut songer.

Fréjus. Le cloître.

Sainte-Maxime. Le port.

Lorsqu'on redescend vers la côte, on trouve encore de charmantes stations comme Sainte-Maxime et Saint-Aygulf avant de franchir l'embouchure de l'Argens, dont le cours limitait les frontières de l'ancienne Provence. Et voici Fréjus. C'est le Forum Julii des Romains, une véné-

rable petite cité déchue, dorée par le soleil, et qui garde quelques traces de son passé.

Elle somnole à près de deux kilomètres de la mer, et cependant ce fut un port, que César avait fondé, et où Auguste envoya les nombreuses galères qu'il avait capturées à la bataille d'Actium, cette bataille qui, avec une autre issue, eût changé le sort du monde non

Leçon de gymnastique sur la plage.

Fréjus. Les arènes.

moins que ne l'eût changé, s'il eût eu une autre forme, le nez de Cléopâtre. On voit par les vestiges de l'enceinte que Fréjus fut cinq fois plus grande qu'actuellement. Septime Sévère y fit édifier des arènes où dix mille spectateurs pouvaient trouver place. Le plan du port est encore très visible à cause d'énormes terrassements et de murailles soutenues par des contreforts et des arcades cintrées; on les appelle les citadelles ou buttes du Levant et du Couchant, et elles défendaient la rade contre les vents. Il y a aussi des restes de thermes, et une porte qui faisait partie d'un portique romain et qu'on appelle porte « Dorée » alors qu'il faut entendre « d'orée » c 'est-à-dire de sortie vers la mer. Une sorte de pyramide est dite « lanterne d'Auguste ». Des vestiges de théâtre et d'aqueduc, ceux-ci encore grandioses, complètent avec un modeste musée d'antiquités la physionomie romaine de Fréjus, qui en outre est un évêché. La cathédrale est romane, du xne siècle, avec un reste de cloître gothique. Tout cela est ensoleillé et silencieux.

Et là se limitera notre voyage : car à quelques pas c'est la mer, et Saint-Raphaël, où commence la Côte d'Azur proprement dite. Ce n'est

point qu'elle ne soit comprise dans la Provence. Mais d'autres auteurs en ont judicieusement parlé dans d'autres volumes de cette collection (i). Elle reste surtout un royaume spécial, « le gai royaume de l'azur », la patrie cosmopolite des hivernants, où seuls les paysans descendus des Alpes-Maritimes et des Basses-Alpes apportent encore l'accent et la coutume de Provence. Le « Niçard » n'est pas le Provençal. Le ciel, et en partie les sites, sont les mêmes : l'âme est tout autre. Il y a un monde entre un habitant d'Arles ou des Baux et un habitant de Beaulieu ou de Menton, et l'annexion de la Savoie et du comté de Nice n'y a rien changé, non plus que l'unification politique et administrative.

(i) Gabrielle Réval : La Côte d'Azur, même collection, même éditeur.

Coupole, fenêtres et arcs inférieurs du baptistère de Fréjus.

Grasse. Jardin de villa.

Une partie de boules.

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