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VENCE

n peut accéder à cette région, en partant d'Aix, par la route de Meyrargues, c'est-à-dire par le chemin de fer du Sud-France. On peut aussi y accéder, depuis Toulon, par la grande ligne du P.-L.-M. qui correspond avec le Sud-France en deux points, par l'embranchement des Arcs à Draguignan et par celui de Cannes à Grasse. Les deux trajets

Draguignan. La vieille chapelle.

sont intéressants, mais le premier est certainement le plus pittoresque. Il fait mieux comprendre le caractère intime des villages et du paysage de collines si spécial à cette zone entre montagne et mer. C'est un trajet

lent, qui exige de la patience. Le Sud- France est une ligne créée à la fois pour desservir des pays sacrifiés et pour doubler la grande ligne dont le défaut, au point de vue militaire, est de longer la mer tout au moins de Saint - Raphaël à la frontière d'Italie et d'être ainsi exposée au tir des escadres. Le Sud-France, si imparfait soitil, permet des transports de troupes à l'intérieur des terres. Il n'y a rien à dire de particulier sur des bourgs comme Meyrargues, Varages, Barjols, Pontevès, Cotignac, Aups-Sillans, Salernes ou Lorgues.

On y trouve des tanneries, des briqueteries : ce qui est intéressant, c'est le

Abbaye du Thoronet. Fontaine du cloître.

paysage d'oliviers, de rochers coupés de tranchées profondes, c'est la vie agricole de ces populations douces, simples, bien provençales par leur amabilité placide, leur attachement aux vieilles coutumes, et leur piété que rien n'entame, et dont témoignent encore dans cette région, des monuments vénérables comme l'abbaye cistercienne de Silvacane. On arrive ainsi, presque cahin-caha, à Draguignan. C'est une jolie ville d'environ dix mille habitants, dominée par le Malmont. Elle date du ve siècle, mais son existence est restée obscure jusqu'en 1793, moment où, pour humilier Toulon rebelle et vaincue, la première République décida de faire de Draguignan le chef-lieu du département du Var. La sentence n'a jamais été rapportée, et la modeste cité perdue dans la montagnette s'enorgueillit toujours de sa préfecture. Elle a un petit musée où l'on voit deux Rembrandt, deux Teniers, et un Panini; une église néo-gothique de Révoil, et surtout de magnifiques allées de platanes, achèvent d'orner la ville. On y trouve une place ancienne, où les habitants se réunissent et flânent, et qui est, comme dans toute la Provence, un souvenir du forum où tout se traitait, politique locale, affaires, et médisances mutuelles. Tout en haut de Draguignan,

Abbaye de Silvacane. 'Abside de l'église.

Cueillette des olives.

il y a une tour de l'Horloge, avec des échauguettes, dans un quartier déserté, dont les maisons vides se délitent. Dans beaucoup de ces localités provençales bâties sur des pentes, on remarque cet abandon, la vie descend, se réfugie dans les quartiers bas. Le chemin de fer et l'auto ont redonné un peu de vie, pas beaucoup : l'exode est une des conséquences de la fiévreuse existence contemporaine. Les jeunes ne veulent plus s'ennuyer et moisir là où leurs pères ont vécu, ils vont chercher fortune dans les villes, attirés par la mirifique tentation du cinéma et de tout le reste, et les logis ancestraux meurent un à un. Il n'y a plus d'animation qu'autour des deux ou trois cafés, sur la place où jadis l'arrivée de la poste était l'événement du jour.

La grande ligne Paris-Vintimille peut mener à Draguignan par Les Arcs. Elle quitte Toulon par La Garde et La Pauline d'où se détache l'embranchement d'Hyères, remonte la jolie vallée du Gapeau, et s'enfonce dans les riches terroirs aux rutilantes couleurs de porphyre rouge, au pied des monts des Maures. Il y a là une série de stations pittoresques, La Farlède, Solliès-Pont, d'où l'on peut aller à la chartreuse de Montrieux,

Photo Richard, Cannes

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