‹ La Provence maritime, ancienne et moderneChapitre 10 sur 39 · N ».^\F!TRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

N ».^\F!TRE QUATRIEME

v\.,s.^k^ g&>fectc du pays; et il existe encore un . *^v^*è;if A? Nice appelé lou canton dei Sarraïns, , ^, >;àI i>cut'étre Tendroit où les prisonniers furent

u:^'(KS après la destruction du Fraxinet(i). »

La race sarrasine subsista donc en Provence, et il uVst pas rare de rencontrer encore aujourd'hui, &ur tout le littoral et principalement dans les gorges des Maures et de TEstérel, dts descendants direc{s de la grande famille arabe, dont les traits anguleux, les yeux noirs, le front fuyant et les cheveux presque crépus rappellent, à plus de huit siècles de distance , les principales lignes du type africain (2).

Quoi qu*il en soit, la prise du Grand-Fraxinet a marqué la fin de la puissance sarrasine en Provence. A dater de ce jour, la lutte changea de caractère, et les Sarrasins ne furent plus à proprement parler que des pirates errants. Les croisades

(1} Carlone, De la domination sarrasine dans Li Sarbonnaise et sur le littoral de la Méditerranée, Nice, i865.

(2) Les Bcrbers d'Afrique ont pris une irès-grande part à toutes les expéditions des Sarrasins en Provence (Rei- NAUD, Invas. des Sarrasins en France, pass.), et le souvenir de cette peuplade du dcseit s'est conservé dans plusieurs cantons des départements du Var et des Alpes-Maritimes d'une manière fi)rt singulière. Les enfants s'amusent souvent à un jeu qu'ils appellent la guerro dei berbcro, et qui consiste à attaquer vigoureusement et à chasser du terrain où elle s'est retranchée la bande qui prend cette dénomination, et à la poursuivre à outrance. C'est évidemment une réminiscence desanciennes invasionssarrasines.(Mag]. GiKAVDy H ist. du prieuré de Saint'Damien, TouloTïy 184»).)

achevèrent leur ruine jusque dans leurs possessions orientales ; et, si les Barbaresques infestèrent pendant longtemps encore tout le linoral de la Méditerranée, on ne doit regarder leurs agressions que comme des faits isolés de brigandage, dont la répression ne fut plus qu^une affaire de corsaires et de police maritime.

Ce fut la gloire des chevaliers de Malte d'avoir lutté pendant près de trois siècles contre les derniers pirates africains, et leur disparition complète a été la conséquence naturelle de la glorieuse expédition d'Egypte et de la conquête de l'Algérie par la France.

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Nous ne saurions trop le répéter : l'histoire a presque toujours été injuste envers les Sarrasins. On n'a voulu voir en eux que des hordes de pillards armés ou des bandes d'écumeurs de mer. On oublie trop que le résultat le plus clair de leur séjour en Espagne a été rétablissement hiérarchique d'un pouvoir régulier, le cuite des sciences et des lettres, le développement du commerce et de l'industrie, la renaissance des arts, et que, lorsqu'ils furent définitivement chassés de la Péninsule, ils y laissèrent des mœurs élégantes, des monuments admirables, une agriculture prospère, et tous les éléments d'une civilisation bien supérieure alors à celle de tous les autres pays de l'Europe.

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Sans doute des actes sauvages et d^odieuses brutalités ont déshonoré les conquêtes des Arabes; il serait puéril de le nier; mais il est juste aussi de reconnaître que toutes leurs cruautés n'ont eu, en général, pour théâtre que le territoire de la Gaule, où ils n'ont jamais pu fonder d'établissement durable, et où leur séjour n'a été qu'un campement et leur domination qu'une série de marches militaires. Quelles que soient d'ailleurs les accusations de pillage, d'extermination et d'incendie qu*on ait portées contre eux, il est douteux qu^on n*en puisse dire autant de toutes les troupes armées qui dévastaient comme eux notre territoire à la même époque. Les Wisigoths , les Francs, les Lombards ont été, dans maintes circonstances, des vainqueurs tout aussi implacables que les Sarrasins. Les formes courtoises de la guerre sont un bienfait des temps modernes ; et il est certain que la somme des méfaits que Thistoire impute aux Sarrasins ne dépasse pas la mesure accoutumée. Les épisodes sanglants de leurs coups de main et de leurs guerres ne nous sont d'ailleurs connus le plus souvent que par les récits de leurs adversaires et de leurs victimes ; il est dès lors impossible de demander à ces documents une complète impartialité et de ne pas y retrouver à chaque page l'expression d'une haine et d'une colère bien légitimes.

On rencontre d'ailleurs des essais de civilisation sur cette terre même de Provence, qui eut

tant à souffrir de Poccûpation sarrasine et sur laquelle ils n'ont jamais pu établir d'empire stable. Dans toute la région des Alpes Maritimes no* tamment, après cette première période d^excès qui accompagnent si fatalement la victoire, les villes et les campagnes commencèrent à jouir d'une tranquillité relative. L'agriculture et le commerce reprirent un certain essor; et, si Ton ne voit pas d'autres ruines sarrasines que celles des rebaths ou des châteaux forts qui rappellent l'occupation armée, si Ton n'y rencontre jamais, comme en Espagne, des monuments gjrandioses et utiles qui fournissent la preuve d'une longue prospérité et d'une paix féconde, c'est que les attaques incessantes dont les Arabes furent l'objet les empêchèrent de rien fonder de durable et les forcèrent de rester toujours les armes à la main.

Dans certaines gorges des Alpes Maritimes cependant, on a retrouvé des traces de galeries souterraines dont l'origine sarrasine est aujourd'hu prouvée ; ces galeries permettaient d'exploiter des filons de cuivre et de plomb argentifère, et il est hors de doute qu'on avait essayé de développer dans le pays une certaine industrie métallurgique. Des villages, des groupes d'habitations, des champs cultivés sont encore des indices très-certains que le pays n'était pas en proie à de continuelles dévastations et livré à toute la fureur d'une soldatesque effrénée ; et il est très-probable que, s'ils avaient pu avoir devant eux quelques

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années de tranquillité, si leur domination avait été acceptée seulement pendant un siècle, ils auraient fait de la Provence une seconde Andalousie, tiré un merveilleux parti de la basse vallée du Rhône et de toute la région de la Provence, et transformé par l'agriculture et l'irrigation la plaine d^Arles, comme ils avaient fait de celle de Valence et de Grenade.

Toutefois, malgré leur supériorité intelleauelle sur la plupart des peuples qu^ils ont un moment dominés, les Sarrasins ne purent réussir à implanter violemment d(ins l'Occident leurs mœurs, leurs lois et surtout leur religion. Le Sematisme, qui avait puissamment contribué au succès de leurs armes, en faisant d'eux des guerriers incomparables, fut en même temps la principale cause de leur perte. Le développement, la transformation et la ruine des empires sont soumis à des lois supérieures aux volontés des hommes. Quelque barbares qu'elles fussent encore, les sociétés de rOccident étaient devenues chrétiennes; et il étnit désormais impossible de substituer de vive force la loi de Mahomet à celle du Christ.

San?* aborder ici le côté religieux de la question et en iVHiniu au point de vue moral et social , il e«t i«M lain v|uc les hommes de l'Occident se révtiliMii'iii surtout à cette pensée de l'asservissement de la luiinnc, que le Christianisme avait régénérée ot ^JHaliiv, Cl que les musulmans frappaient d'abl^niMii i»| vicgradaient plus encore que ne l'avaient

fait toutes les sociétés antiques. C'était toucher au cœur de Thoipine par sa fibre la plus noble et la plus sensible. La chevalerie chrétienne s^arma en masse contre les Infidèles; elle lutta avec Thé* roïsme de Pamour et du désespoir. Les guerriers francs mirent résolument leur cœur et leur âme au service de leurs dames et de leur foi , et, après quatre siècles de combats acharnés et de péripéties sanglantes, finirent par expulser définitivement de leur territoire ceux qui Pavaient si souvent violé. Vainqueurs chez eux , ils allèrent plus loin et transportèrent la lutte sur un autre théâtre. De même que les Sarrasins avaient envahi l'Europe, ils se jetèrent à leur tour sur PAsie ; et le royaume de Jérusalem devint ainsi la glorieuse revanche de celui de Grenade et le triomphe définitif de la Croix sur le Croissant.

Telle fut dans ses lignes principales la marche des Sarrasins depuis l'Asie jusqu'en Europe. — Errants et nomades à Porigine de leur' histoire, ils ont été successivement colonisateurs en Espagne, dévastateurs en Gaule , corsaires sur la mer, guerriers partout. Leur grande passion a été la conquête, et la conquête n'a jamais lieu sans la violence. Mais, à tout prendre et malgré les déprédations qu'on leur a si souvent reprochées, leurs excès mêmes ne furent jamais que des accidents isolés. Le mal qu'ils ont fait n'a laissé que peu de traces, et les germes de civilisation qu'ils ont déposés ont été féconds et bienËEiisants.

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Ce sont eux, on ne doit pas l'oublier, qui ont ciabli les premiers un échange continu d'idtes et de produits de toutes sortes entre des races différentes, séparées par les préventions et l'ignorance non moins que par les mers et les continents. Quel que soit donc le mobile qui les ah poussés, le résultat incontestable de leurs audacieuses entreprises a été d'ouvrir aux peuples demi-barbares de l'Occident des horizons jusqu'alors fermés et de leur révéler des routes à peu près inconnues. Par eux s'est agrandi ie champ de l'histoire, et le développement de la vie intellectuelle de l'humanité a été la conséquence directe de cette fusion de la jeune Europe et du vieil Orient.

MafiliAt^tercrui

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