‹ La Provence maritime, ancienne et moderneChapitre 11 sur 39 · LA CARTE DE PEUTINGI · texte numérisé non relu

LA CARTE DE PEUTINGI

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MARSEILLE ET L'ITALIE pu

IMmion de la côte en trois segments séparés par les vallées du Gapeau et de TArgens. — Différence de constitution géologique et d'aspect de ces trois segments. — La côte calcaire, la côte granitique, la côte éruptiTe. — Les ports de Bandol et de Saint- Nazaire.

Llle des Embiez, Mmines porhu. — La rade du Brosq. — Le promontoire Citkarista. — Le cap Sicié et le nx>me de Six-Fours, Sex-Fumi. — Traditions chrétiennes. — L'église souterraine, Véglise romane, l'église gothique.

Le Gapeau. — Changement de lit. — La plaine de la Crau entre Toulon et Hyères. — Le cap Sepet. — Sa soudure à la côte. ~ Le lido des Sablettes. — La presqu'île de Pesquiers.

Anciennes Stœchades, Ztmx^cc, aujourd'hui Iles d'Hyères. — Leur nombre, leur emplacement. — Opinions diverses des anciens géographes. — Porquerolles, Protè; Fort-Cros, Mesè;\t Titan, Hippœa,

La ville gallo-romaine de Pomponiana. — Le couvent d*AI- Manar. — Etat des ruines. — Olbia, l'heureuse.

Toulon, Telo-Marttus. — Documents anciens. — Exiguïté de la ville dans les premiers siècles. — La montagne et la tour de guet du Faron. — Le port et l'arsenal depuis Louis XII jusqu'à Louis XIV. —Sièges de 1707 et de 1793. — La rade d*Hyères, son importance miliuire et maritime. — Ports marchands de la Seyne et de Toulon. — Le jardin d'Hyères. — La flore et le climat. — Les orangers. — Le Marais du Ceinturon, — Mise en valeur de la zone littorale.

A rheure où nous écrivons, le département du Var est très-certainement le plus mal nommé de la France.

Tout le monde sait que le Royaume était autre-

.ri.VWTXE CIKQUIEMF.

.* . jt^M ^a provinces; ces provinces, qui for- > .ji. îin 17S9, trente-trois généralités et qua- ....:i jj;ouvemcmenis militaires, avaient pour la .'^upari une physionomie distincte, une sorte ii*individualité assez tranchée, et différaient piresquc toutes entre elles par leur régime intérieur, leurs coutumes, leurs institutions. Bien qu'elles ne répondissent pas exactement à la division du territoire par vallées ou par bassins, ni à tout autre groupement géographique bien déterminé, elles constituaient en fait autant de petits États à peu près séparés, sans aucun lien fédératif, quelquefois hostiles, reconnaissant sans doute Tautorité royale comme pouvoir souverain, mais trèssouvent aussi en guerre ouverte avec ce pouvoir; elles s'administraient elles-mêmes, avaient chacune leur vie propre et conservaient toutes les traditions d'indépendance locale de Tâge féodal. En un mot, la France n'était pas une; et lorsqu'en 1790 l'Assemblée constituante, dans un grand intérêt politique, voulut centraliser toutes les forces vives de la nation sous une direction unique, elle commença par faire disparaître tout ce qui pouvait rappeler les errements du passé. Les gouvernements des provinces furent supprimés, et le territoire divisé en quatre-vingt-trois départements, subdivisés eux-mêmes en districts et en cantons. C'est le principe de la répartition administrative qui exisie aujourd'hui.

On a naturellement essayé de donner autant

SIX-FOURS, HYÈRES, TOULON. IqS

que possible à tous ces départements la même superficie, et on a été inévitablement conduit à leur tracer des limites de convention et tout à dit artificielles. Quant aux dénominations, on ne pouvait mieux faire que de recourir à la géographie locale ; et chaque département a reçu le nom soit d'une chaîne de montagnes, soit de tout autre accident topographique, le plus sou* vent d^un fleuve ou d*une rivière qui permettait de le retrouver facilement dans le morcellement du territoire.

L^ancienne Provence comprenait trois départe* ments : les Bouches-du-Rhône , les Basses-Alpes, le Var. Celui-ci était, jusqu'à ces derniers temps, le plus éloigné dans la région du Sud- Est, et n'était séparé de l'Italie que par le torrent qui lui avait donné son nom. Depuis l'annexion à la France, en 1860, du comté de Nice, la frontière a été reportée à l'Est jusqu'au petit ruisseau de Saint- Louis, à quelques kilomètres de Vintimille; et un nouveau département, les Alpes-Maritimes, a été formé en partie avec les territoires de Nice et de Menton nouvellement acquis sur la terre italienne, en partie avec les cantons d' Amibes et de Grasse situés sur la rive droite du Var.

L'ancien département du Var, ainsi diminué de toute sa zone frontière, a continué cependant à porter le nom d'un cours d'eau qui lui est tout à fait étranger. Ce torrent prend en effet sa source en Italie, au pied du mont Cemelione, dans Tan-

r aiJiWTIlE CINQUIÈME. 0^

. m^rjuisât J«-' Saluces, traverse le départet Jc5 Alr«-Maritinies et n entre pas dans le ^^^flïcnt voisin, avec lequel il n'a plus au/our- Jhai q^^^^ *^^^ malheureuse identité de nom. ^>jje anomalie singulière ne saurait longtemps Jinret: il suffit, pensons-nous , de la signaler pour ]g voir bientôt disparaître ; et, si Ton veut rester ^jdci i^ logique et à la vérité géographique, on sera inévitablement conduit à donner, un jour ou lâUtre, au premier département maritime de la Fmince une désignation un peu plus rationnelle. Ce n*cst pas ici le lieu, et nous n'avons pas la prétention de lui en trouver une nouvelle ; disons seulement que celle qu'on lui conserve est absolument inadmissible. Un fleuve et une chaîne de mvvaiai^nes, TArgcns et les Maures, tous deux d une réelle imp^>riance et célèbres dans l'histoire, existent sur le territoire même du département du Var Cl en sont les accidents topographiques les plus remarquables. Quel que soit celui des deux noms que Von adoptera, il vaudra beaucoup mieux que celui d'un torrent avec lequel ce département n'a plus, depuis bientôt vingt ans, le moindre cvMUaci.

Aucune côte en France n'est plus accidentée que celle du Var. Vue du large, l'ossature générale du continent présente tout d'abord et sur le premier plan une ligne à peu près continue de

SIX-FOURSy HYÈRES, TOULON. jgj

collines et de falaises, les unes abruptes, les autres entièrement boisées, mais dont les altitudes ne dépassent pas en général cinq à six cents mètres. Par derrière se dressent de plus hauts sommets ; le massif de la Sainte-Baume, quelques pics de la chaîne des Maures et les escarpements calcaires qui dominent la ville de Grasse sont déjà de véritables montagnes qui atteignent douze cents et même dix-sept cents mètres d'élévation. Au fond, le rideau blanc des Alpes neigeuses semble flotter dans cette douce vapeur lumineuse et azurée qui fait le charme des ciels de Provence.

Cette magnifique progression du rivage à la &laise nue et blanchâtre, de la colline couverte de végétation à la montagne inaccessible et vierge est un des traits caractéristiques de toute la côte ligurienne, et en rend depuis près de trois mille ans la reconnaissance très-facile pour les navires qui s'approchent de la terre. De Toulon à Gènes, c*est le même ordonnancement grandiose; et le relief du sol se compose d'une série d'étages et de plateaux qui descendent des plus hauts sommets de la chaîne des Alpes, s'abaissent peu à peu vers la plaine et le rivage, et se prolongent en terrasses invisibles, au-dessous du niveau invariable de la mer.

Au premier abord, cet échafaudage de collines et de montagnes paraît être une ligne continue, et on serait presque tenté de croire que c'est la même chaîne qui court parallèlement au rivage

depuis le cap Sicié jusqu'aux derniers contre- forts de FEsiérel ; mais une observation plus attentive permet de la diviser en trois groupes qui diffèrent non-seulemeni par leur aspect extérieur, mais encore ei surtout par leur constitution géologique. L'embouchure du Gapeau, dans la plaine bassed'Hyères,et celle de l'Argens, dans les marécages de Fréjus, s'ouvrent perpendiculairement à la côie et déterminent ces trois divisions : la première commence à la baie de la Ciotat et se termine à la rade d'Hyéres; la seconde comprend le massif de la chaîne des Maures ; la troisième enfin est le soulèvement plutonique de l'Estérel.

Considéré dans son ensemble et abstraction faite de quelques collines d'origine plus ancienne en nature de granit, de grès ou de terrains de transition, comme le cap Sicié et la presqu'île de Six-Fours, le contre-fort escarpé contre lequel est adossée la ville de Toulon forme comme un énorme rempart calcaire; ei les montagnes du Faron et du Coudon dressent, au-dessus du grand port militaire de la Méditerranée, leurs falaises verticales, couronnées à leurs sommets par des assises presque horizontales, semblables ù des constructions cyclopéennes et complètement dénudées.

Les Maures, au contraire, appartiennent à la formation granitique; cou vencs jusqu'à leur sommet d'une magnifique végétation de pins et de fhènes-liéges , elles sont en général arrondies et

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mamelonnées, et présentent de tous côtés un dessin ondulé, des contours harmonieux et adoucis.

Les roches éruptives de TEstérel enfin sont beaucoup plus abruptes, leurs arêtes plus vives et plus aiguës; les sites sont sauvages; les gorges désertes de la montagne, les creux des vallées et les pentes fort roides sont garnis d'arbousiers et de chênes verts. La mer s^engouffre avec fracas dans des anfractuosités'sans nombre, le ressac des vagues borde d^un liséré blanc d'écume le pied des £daises inaccessibles et bouillonne tout autour des rochers épars et des écueils cachés le long de cette côte bouleversée.

Ces trois groupes de montagnes, si distincts par leur âge géologique, par leurs lignes générales et par la nature de leur végétation, diffèrent aussi par la couleur; et, tandis que les falaises de Bandol et les escarpements du Faron revêtent ces douces teintes grises et légèrement bleues qui caractérisent toutes les roches calcaires de la Provence, la chaîne des Maures garde la teinte sombre des forêts éternelles, et les porphyres rouges de TEstérel, tranchant par leur couleur ardente sur l'azur du ciel et le bleu profond de la mer, offrent, à certaines heures du jour, Taspect d'un véritable embrasement.

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