D CINQUIÈME
Toulon; à gauche, le soulèvement granitique de la chaîne des Maures ; d'un côté, les escarpements blanchâtres et dénudés du Coudon et du Faron; de l'autre, les montagnes arrondies et boisées que couronnent la forêt de Collobrières et les ruines de la Garde-Freinet ; entre les deux, s'étend la vallée d'Hyères, large en moyenne de trois a quatre kilomdtres, au milieu de laquelle émergent des collines isolées, — Carqueyranne, Cosiebellc, le Fenouillct, — qui géologiqucment sont des îlots granitiques noyés dans une mer presque horizontale de terrains de transport et d'alluvions récentes. L'ancienne voie Aurélicnne, la rouie de terre moderne, et le chemin de fer de Toulon à Nice occupent presque côte à côte le fond de celte vallée, suivent à peu près le même tracé et contournent au Nord le massif de la chaine des Maures. C'est aussi dans ce thalweg que se rendent les eaux pluviales qui tombent sur les versants du Coudon et de la chaîne des Maures, et viennent grossir la rivière principale de la région, le Gapeau, qui donne son nom à la vallée.
Le Gapeau prend sa source au pied de la montagne de la Sainte-Baume, coule d'abord de l'Ouest à l'Est et vient se jeter à la mer au Sud d'Hyères, après avoir traversé un étroit défilé dans lequel il ne s'engage qu'en faisant un coude très-prononcé, comme s'il avait été brusquement dévié le cause tout accidentelle. 11 semble en etfet, lorsqu'on examine la pente générale de U
vallée et la marche de tous les ravins qui viennent alimenter et grossir le Gapeau, que la réunion de toutes les eaux de la région devait avoir lieu dans le principe aux environs du petit village de la Garde. L^examen d^une carte un peu détaillée permet de reconnaître très-nettement que les anciens écoulements suivaient à peu près la direction du ruisseau de TÉgoutier, qui vient aboutir à rOuest de la montagne de Colle-Nègre dans la rade de Toulon. Là se trouve une plaine doucement inclinée vers la mer, formée de cailloux roulés, et qui porte le nom de Cr^u, xpavaôv mSiov, plaine basse et pierreuse , caractéristique de tous les terrains récemment formés par des phénomènes de diluvium. Il est donc très-probable qu^à Torigine de la période géologique moderne tous les cours d^eau qui descendent soit des montagnes du Coudon et du Faron, soit de la chaîne des Maures, venaient se réunir dans la plaine de la Crau un peu au Nord de la montagne isolée du Fenouillet, se rendaient ensuite directement à la mer en suivant la pente générale de la vallée dont le thalweg porte encore le nom de PÉgoutier, et débouchaient, à TOuest de la côte de Carquëyranne, dans la grande rade de Toulon.
A quel moment cet écoulement a-t-il été modifié, et les eaux ont-elles éié brusquement rejetées vers F Est pour passer derrière la montagne d'Hyères et s'étaler sur la plage des Vieux-Salins? Il est difficile de le dire. Le déboisement général
CltiPrTRE CINQUIEME.
^p,^, qui est un fair relativement mo- *^ *t jùe l'on doit mettre au passif de la cm- T^ est très-certainement une des causes de ^Z^annation des couches supérieures du sol. lori^ioe des temps historiques, les gorges calires àe !& vallée du Gapeau n'étaient pas aussi j^jijees quelles le sont aujourd'hui; le petit ^eute avait par suite un régime beaucoup moins j^fieotiel; et, sans pouvoir rien préciser k ce «yjec, on peut très-bien se rendre compte que les ^i^^sîons nombreuses qui se sont produites depuis li disp^i'ition des forêts ont, pendant une certaine j^ode de siècles, entraîné une masse énorme de matériaux dans la partie basse de la vallée; il $*est produit ainsi un véritable comblement pierf«ux. et cette Crau a constitué une sorte de barrage qui a arrêté les eaux dans leur écoulement naturel et les a forcées à prendre une nouvelle direction. Cest ainsi que s*est ouvert le lit du Gapeau moderne. Le fleuve dévié débouche aujourd'hui sur la plage du Ceinturon dans une plaine marécageuse, de formation tout à fait récente, qui se modifie tous les jours sous nos yeux, et où nous voyons se produire, dans un cadre relativement restreint, tous les phénomènes de transformation de l'appareil littoral.
Au devant d'Hyères, en mer, à douze kilomètres environ de la côte, un soulèvement grani-
tique a fait sortir de Feau trois grandes îles rocheuses et un certain nombre d'îlots secondaires, à peu près orientés suivant la direction de l'Est à rOuest. Le petit territoire de Giens et le massif rocheux terminé par le cap Sepet, qui enveloppe du côté du Sud la grande rade de Toulon et sur lequel sont construits le fort Saint- Elme et Thôpital militaire de Saint -Mahdrier, appartiennent à la même formation géologique.
L'examen le plus sommaire des lieux ou même d'une carte littorale permet de reconnaître que ces deux presqu'îles ne sont soudées au continent que depuis une époque relativement récente. A l'origine de notre période moderne, peut-être même dans les premiers temps historiques, elles étaient encore complètement entourées par la mer et faisaient incontestablement partie du même archipel. Le petit lido sablonneux qui réunit la presqu'île de Saint- Mandrier à la côte de Sicié n'a que deux cents mètres de largeur, et il n'est pas besoin d'avoir recours à l'hypothèse d'un léger soulèvement de Técorce terrestre pour en expliquer la formation. Les vagues du large, en venant se briser contre les deux promontoires voisins, les ont peu à peu usés, ont arraché à leurs falaises des blocs qu'elles ont roulés d'abord, puis réduits à l'état de galets et de sable ; ces matériaux, tenus en suspension dans l'eau par l'agitation même de la mer, se sont déposés; et les courants littoraux les ont distribuée suivant des flèches de sable
enracinées à k côte même qui leur avait donné naissance. Il s'est formé ainsi, en avant des deux caps« deux jetées dont les extrémités ont marché à la rencontre Tune de l'autre et ont fini par se joindre. L'action de la mer seule a donc déterminé la construction de ce brise-lames sablonneux; et les plus grosses tempêtes, loin de le détruire, n ont pu que le consolider en anétant les vagues qui sont venues lui apporter de nouveaux éléments. La plage des Sablettes, formée de sable et d^algues, émerge à peine de deux mètres au-dessus du niveau de la mer; au-dessus de cette petite ligne de dunes, on aperçoit les bateaux ' mouillés en rade de Toulon, les quais des bassins, les maisons de la ville; et il est arrivé bien souvent que des navires, oubliant que l'entrée de la rade est à TEst, sont venus se perdre en mettant le cap sur le lido sablonneux dont ils n^avaient pas observé la présence.
Le même phénomène s'est produit sur une plus grande échelle à la presqu'île de Giens. Deux flèches de sable hn, longues de cinq kilomètres environ, la rattachent à la terre, en formant deux courbes régulières dont la concavité est tournée vers la mer. A droite est la belle rade d'Hyères, à gauche celle de Giens; au milieu, entre les deux cordons littoraux, la lagune de Pesquiers et les bassins carrés des salines miroitent au soleil comme un immense vitrage. Cette cuvette peu profonde, soumise à une évaporation
active, serait même depuis longtemps complètement asséchée, si Tindustrie moderne n'avait établi dans la plage Ouest une coupure artificielle, un véritable grau d'alimention et de navigation au moyen duquel les tables salantes sont périodiquement approvisionnées d'eau de mer, et qui permet aux gabares d'aller prendre leurs chargements de sel sur les lieux mêmes de la production.
On voit donc que, malgré son apparence rocheuse, la côte de Provence, entre Toulon et les premiers contre-forts de la chaîne des Maures, n'^est pas ce qu'on peut appeler une côte fixe ; et , sans qu'il soit besoin de faire intervenir le phénomène incontestable , mais toujours indéterminé , des oscillations du sol terrestre dues à des forces intérieures, le dessin du rivage a éprouvé, depuis Torigine de notre période géologique, par le seul fait des agents physiques extérieurs, des modifications très-marquées.
Le Gapeau primitif devait déboucher , dans le principe, au fond d'un golfe qui a été bientôt comblé par des dépôts diluviens et n'existe plus aujourd'hui. Dans les premiers siècles de noire époque quaternaire^ non-seulement les presqu'îles de Sepet et de Giens, mais encore les^massifs boisés du FenouiUet, de Carqueyranne et de Costebellc étaient de véritables îles et faisaient partie du même archipel que les îles d'Hyères. Bientôt après s'est formée la plaine de la Crau qui a rejeté
la rivière du côté de TEst où nous la voyons aujourd'hui; et c'est alors qu'a pris naissance toute la zone littorale désignée sous le nom de Ceinturon. Un premier cordon sablonneux a commencé à dessiner la plage, et par derrière les étangs et les marais ont constitué une lagune assez semblable à toutes celles de la basse Camargue et du golfe de Lyon. Le travail de Tatterrissement continue sans cesse, et Ton peut prévoir Tépoque relativement prochaine où ces flaques d*eau croupissantes seront vivifiées p)ar Parrosage, colmatées par les limons de la rivière et transformées en une plaine d'alluvions d'une très-grande fertilité.
Les îles d'Hyères étaient désignées par les anciens sous le nom de Stœchades, Stœchades insulœ. Pline raconte qu'on y faisait, depuis la plus haute antiquité, la pèche du corail, dont les Gaulois ornaient leurs épées et leurs boucliers. Dioscoride les appelle Stichades, du nom d'une herbe particulière, IdiSticha, qu'il nous représente comme une espèce de thym (i). C'était, paraît-il, une sorte de lavande, lavanduîa stœchas, odorante, ayant à la fois la feuille et le goût amer de l'hysope, qui croissait en abondance dans les trois îles et dont la décoction était souveraine, toujours d'après
(l) DiOSCOR., III, XXXI.
Pline^ (( pour les maux de poitrine et les maux de côté(i) ».
Une explication aussi subtile serait à peine digne de certains étymologistes modernes; les anciens étaient plus simples et plus vrais. En général, ils désignaient leurs archipels sous trois noms différents qui rappelaient le dessin que les îles faisaient à la surface de la mer. Lorsqu'elles étaient groupées en cercle^ comme dans la mer Egée, on les nommait des Cyclades (xuxXoç, cercle) ; lorsqu'elles étaient disséminées sans ordre et jetées pour ainsi dire à la volée, comme le grain lancé à la main à la surface d'un champ, elles portaient le nom de Sporades (<nn$poç, semence); lorsque enfin elles étaient disposées en chapelet suivant une direction à peu près rectiligne, on les appelait des Stœchades (arotxoc, rangée). Aucune étymologie ne saurait être plus claire; ce qui Test moins, il faut en convenir^ c'est le nombre de ces Stœchades. Il y a, à ce sujet, des divergences très-grandes dans les textes des géographes classiques les plus autorisés. Mêla désigne sous ce nom, sans en fixer le nombre, toutes les îles littorales de la côte de Provence depuis Marseille jusqu'à la Ligurie italienne (2).
(1) Pline, XXVI, xxvii, 7, et XXVII, cvii, 12.
(2) At in Gallia, quas referre conveniat, solce sunt Stœchades, ab ora Ligurum ad Massiliam usque dispersas, (Mêla, 1. II, c. vu.)
a CHAPITRE CINQUIEME. J20 ■
en compte cinq. « Au-devant de la côte,
?"*r^«i tenant de Marseille, on trouve les îles
^^^^jj^ II y en a trois grandes et deux petites;
"lks*>** habitées par des cultivateurs marseillais;
%f anciennement elles avaient même une gar-
^!»xt rour les garantir des descentes des pirates;
■jr <^î<* "^ manquent pas de ports. » Et le géo-
^^^1^ grec place à la suite les îles de Leron
"SjiîîWC- Marguerite) et de Planasia (Saint-Hono-
^; . que nous appelons aujourd'hui les îles de
ï crins (i}. Agathémère adopte la même classifi-
xM^ùon que Strabon, mais il place les deux petites
^vchades près de Marseille (2;.
Pline est plus précis : a Les trois Stœchades, dit-il, sont ainsi nommées par les Marseillais qui en sont voisins, à cause de Tordre dans lequel elles sont rangées. Les noms de chacune d^elles sont : Prote, Mese, aussi appelée Pomponiana; la troisième est Hjyœa; à partir de ces îles sont Iturhim, Phœnice et Phiîa, » Puis il mentionne les îles Lero et Lerina, qui sont évidemment les lies de Lérins que nous avons citées plus haut (3). Le poète Lucain parle des Stœchades en faisant le récit du siège de Marseille et semble
( I ) "Al lToixdo£; vYjToi , Tpeî; |jièv àÇioXoyoi , âuo Se (xtxpaC. (Strab., Gcog., liv. IV, c. i, 12.)
(2) 'Al (ùv {jLEÎsOu; Tpei;, Suàoà (xixpai ocOtî}; ^TIPC MaoaoXia;. (Agath., Géogr. min., éd. Didot, II.)
(3) Plin., 1. III, c. XI.
indiquer qu'elles étaient assez voisines des embouchures du Rhône (i). Etienne de Byzance en compte aussi trois, les place résolument dans la rade de la ville phocéenne, et ajoute qu^elles s^appelaient Ligustides, ce qui n'apprend pas grand^chose, puisqu'elles étaient en face de la côte ligurienne (2).
a II y a des choses que tout le monde dit parce qu'elles ont été dites une fois », remarque trèsjudicieusement Montesquieu (3). Nous n'étonnerons donc personne en disant que tous les auteurs postérieurs au troisième siècle ont successivement reproduit, sans les vérifier, les assertions de leurs devanciers. Les géographes du moyen âge ont été encore plus obscurs et plus contradictoires; et, tandis que les uns placent les Stœchades un peu partout sur la côte rocheuse de Provence, d'autres les voient dans l'estuaire du Rhône ; et quelques-uns les confondent avec l'île de la Camargue. Valois lui-même, dont l^rudition était profonde, mais qui n'avait sous les yeux que des cartes imparfaites et des documents défec*
(i) Etjam turrigeram Bruti comitata carinam Venerat in fluet us Rhodani cum gurgite classis
Stœchados arva tenens
(Luc, Phars.^ III, v. 5i6-5i8.)
(2) ZTOixa^e; v)î<toi Tpst; irpà; t^ Ma<T<TaXiqt • xfltXoOvxai ôè xaî Aifu<rr(8îç. (Steph. Byz.)
(3) Montesquieu, Grandeur et décadence des Romains, ch. IV.
ç CHAPITRE CINQUIEME.
ne paraît pas avoir fait personnellement 1 reconnaissance de la côte, et groupe toutes les Strchades» grandes ou petites, dans les eaux de Marseille et au devant du cap Croizette, Tancien 7^ promontorhim, où nous avons déjà signalé un pc"* archipel dont Tîle Maïre, Immadras insula, est le principal îlot.
On le voit, la confusion est extrême; et, malgré les études approfondies qui ont été faites tout récemment sur la topographie de la Gaule ù Torigine de notre ère, il est bien difficile de mettre d'accord tous les textes anciens et d^établir avec une certitude absolue la concordance des tics modernes avec celles qui sont mentionnées par les géographes du moyen âge et ceux de Pépoquc grecque ou romaine.
Nous n'entrerons pas ici dans une discussion qui ortVirait beaucoup plus d'ennui que de véritable intérêt scicntitique; nous dirons seulement qu'on peut regarder comme très-probable que les anciens comprenaient sous la dénomination générale de Slicchades toutes les iles littorales échelonnées le long de la côte de Provence; et nous n'hésitons pas à y comprendre à notre tour tous les petits archipels cjui émergent à l'extrémité des princijxiux promontoires et qui sont, comme le nom ancien l'indique, de véritables rangées voisines du continent. Les iles de Lérins et d'Hyères, Tarchipel des Embiez, Tile Verte près de la Ciotat, les iles MaKre et de Riou à l'extrémité du cap
SIX-FOURS, HYÈRES, TOpLON. 23 1
Croizette, le petit groupe des lies de Marseille peuvent en effet être considérés comme Élisant une longue traînée et justifient très-bien ce nom de Stœchades que les géographes ont donné indifféremment, tantôt aux unes, tantôt aux autres.
Mais ce qui est encore plus certaiil, c^est qu^on désignait d'une manière plus spéciale sous ce nom les deux groupes des îles d^Hyères et les îles de Marseille. Le témoignage de Pline a ici d^autant plus de poids que cet auteur était, en sa qualité de préfet de la flotte de Misène, parfaitement renseigné sur la topographie maritime de la Méditerranée.
Les îles de Marseille s^app>elaient , diaprés lui, Jturium, Phœnice, Phila; et nous y reconnaissons aujourd'hui les trois îlots rocheux de Pomègues, de Ratonneau et du château d*If; c'étaient les u Petites Stœchades». Les trois plus grandes des îles d'Hyères formaient le groupe des «Grandes Stœchades» et portaient des noms qui rappelaient leur position relative. La première , PorqueroUes , en marchant de l'Ouest à l'Est, s'appelait Prote (wpwTT), première); la seconde, Port- Cros , était celle du milieu et s'appelait par suite Mese (îiii<rjr), milieu) ; la troisième, Tîle du Levant ou du Titan, placée après et comme au-dessous des deux autres, portait le nom àiHypœa (&7n^, sous, — île inférieure).
Toutes trois présentent d'ailleurs la même constitution géologique; ce sont des fragments déta-
cbés de la chaîne des Maures; leurs crêies som arides, battues par tous les vents; et elles justifient fort mai le nom p>oétique d'îles d'Or qu'on leur avait donné à l'époque de la Renaissance, sous l'influence des études classiques et par allusion sans doute aux îles Fortunées, où l'on plaçait ce fameux jardin des Hespérides dont les pommes d'or rappelaient les oranges de la côte de Provence (i). Les conditions climatèriques de Tarchipel d'Hyères différent , en etfet, de tout point de celles du littoral qui lui fait face; celui-ci, abrité des vents du Nord, exposé en plein au soleil du Midi, jouit d'une température exceptionnelle et voit prospérer en pleine terre une végétation semi-lropjcale ; les îles, au contraire, reçoivent de première main tantôt les violentes rafales du mistral, tantôt les vents glacés des Alpes ou les rudes assauts de la mer, et semblent plutôt faites pour une occupation militaire ou industrielle que pour la résidence paisible des malades, des oisifs ou des heureux. Elles sont presque désertes, et leur population se réduit au personnel d'une fabrique de produits chimiques, de quelques employés des douanes, à des gar-
(i) Le nom d'Iles d'Or csl tout à tait moJcrne; on ne le trouve dans aucun auteur ancien. A début de meilleure explication, on a quelquefois pensé que cette de'sîgnatioa avait é\i donnée aux îles d'ityères à cause de l'éclat mél&ilique et doré que jettent au soleil couchant leurs rocher* granitique* & facettes et leur sable pailtetf de mica.
diens de batteries, de phares et de Êinaux. Les ruines qu^on y rencontre permettent cependant de supposer qu^elles étaient un peu plus peuplées dans les temps anciens. On y a trouvé, en effet, un nombre assez recommandable de monnaies romaines (i) et surtout massaliotes, et des substructions qui p)araissent indiquer un établissement d'une certaine importance.
L^empereur Claude, assailli par une violente tempête, lors de son voyage dans la Grande-Bretagne, vint y chercher un excellent refuge; elles furent aussi le théâtre de l'arrestation de Valens, le plus ambitieux des généraux de Vitellius, qui fut transporté de là à Urbinum , où Paulin le fit mettre à mort (2).
Aux premiers siècles du Christianisme, les moines de Lérins y établirent une succursale qui prit bientôt un très-grand développement ; en peu de temps le nombre des religieux s'accrut tellement dans Tîle de Porquerolles, qu'ils durent en même temps occuper les deux îles de Port-Cros et du Titan. Dans ces premières années de la vie du monastère , qui furent véritablement une
(i) La plupart des monnaies romaines recueillies dans les îles d^Hyères et la presqu*île de Giens sont à TefBgie des empereurs Néron, Vespasien, Titus, Nerva et Trajan. Les monnaies grecques sont aux types plusieurs fois décrits de Marseille. (Voir Ch. Lenthéric, la Grèce et l'Orient en Provence, passim.)
(2) Tac, Hist,f 1. III, c. XLiii et lxii.
234 CHtprrmE
période de trarail, de prières et d'amstérité, les (Usdples de sûnt Honorât ne mirent iamais le pied sur le axitinent. Sqnrés du monde par un brss de mer, ib se livraient sans idiche à ces émdes patientes et fëoiodes qui seront rétemel honneur des grandes corporations religieuses du moyen âge ; pendant près de dnq siècles ik vécurent sur ces trois rochers, repoussant les invasions des Barbares et sauvant à plusieurs reprises les trésors des sciences et des lettres dont ils s'étaient constitués . sous la protection de Dieu , les fiddes gardiens. Mais la lutte était in^le; et, à la 6n du douzième siècle, les Barbaresques, viaorieux e: maîtres de Tarchipel , rasèrent leurs couvents, Jen^isir^nt leurs églises, brûlèrent et jetèrent au vent les livres et les manuscrits qu^ils avaient pieusement recueillis. A dater de cette époque, les Samuùas iMraissent avoir occupé les trois îles sans avoir çric inquiétés; c'est de là qu'ils envovaient des exiwiitu^ns sur le littoral; c'était en quelque svvrte le:^ ;i\^nt-postes de leur petit royaume vie K^ v h^iae vies Maures , et ils réussirent à sV n><iinteiùi bien après avoir été chassés du continent iV^ n irv^uve encore aujourd'hui des vestiges nonUMVux vie leur occupation militaire; on voit de vlisinnce en distance les ruines de leurs forts quadrangulaires, et partout le sol est couvert de débris de jx>ieries, de briques et de tuiles caractéristiques dont quelques-unes entre autres ont été utilisées pour des constructions modernes
^V STX-KOORS, HVKRES. TOULON, 235
H et coniinuem à porter dans l'idiome provençal le
■ nom de mallouns sarrasins.
m xui
~ Dans les premiers siècles de notre Ère, il existait sur cette partie de la côte une ville assez importante du nom de Pomponiana. L'Itinéraire maritime la mentionne â trente milles d'Alcône, L dans la rade de Bormes et à vingt-cinq milles de
■ Toulon (il. L'emplacement exact de l'ancienne B cité gallo-romaine a donné lieu à de nombreuses
et très-vives discussions. Les ruines romaines
abondent depuis la sortie de [a grande rade
d'Hyères oCi se trouve. te fort Bre'ganson, l'an-
L cien Pergantiim d'Etienne de Byzance (î;;
■ toutes les collines qui bordent la mer étaient
■ couvertes de villas et de bourgs asscii populeux qui devaient donner à la côte l'aspect du célèbre golfe de Baïa, chanté par Horace (3). On n'a donc, pour ainsi dire, que lembarras du clioix
L entre ces ruines qui se ressemblent toutes; et cet I embarras est encore augmenté par le texte évi- 1 demment erroné de Pline, qui place la ville dans
1 (i) Ab Akonis Pompo»ianis,j!OrtHa, .... mpm. xïx. H A Pompon ianis Telone Martio, portus, mpm. xv.
■ (3) Sra Hqaidir placuere Baix. [Hos., Carm.. 1, ill, ^H
Tîle Mese (Port-Crosj, celle des trois îles d'Hyères où les vestiges du passé sont précisément les moins nombreux.
D'après un assez grand nombre d'auteurs, la station officielle de Tltinéraire maritime, que Tancien préfet de la flotte de Misène place dans une île, devait se trouver non à Port-Cros, mais à la presqu'île de Giens; et cette presqu'île, qui n'est qu'un massif isolé du continent et rattaché seulement à la terre par deux minces cordons littoraux, aurait fait anciennement partie de l'archipel des Stoechades. C^est donner à la marche des atterrissements et à la formation des flèches de sable une trop grande vitesse. Il est absolument certain que la péninsule de Giens, comme celle du cap Sepet, était, à l'origine des temps historiques, une véritable île entourée de tous côtés par la mer ; et nous avons déjà dit qu'à ces époques éloignées, plus ou moins voisines des premiers siècles de notre période quaternaire, la rade de Giens et celle. d'Hyères communiquaient librement entre elles par un détroit large et profond qui s'est peu à peu resserré et fermé en donnant naissance à la lagune de Pesquiers ; mais , à en juger par la progression normale de tous les lididt même nature, il est non moins certain qu'aux premières années de notre ère la soudure existait déjà depuis longtemps.
Quelle que soit d'ailleurs l'importance des ruines romaines retrouvées autour du château de
■ SIX-FOURS, HVÈRES, TOULON. 23y
Giens, elles ne peuvent avoir constitué une ville dans la véritable acception du mot; et. en présence des résultats bien autrement importants obtenus par des fouilles exécutées depuis une trenlaine dannées sur la plage de Carqueyranne, au pied de la gracieuse colline de Costebetle, il est impossible de douter de remplacement réel de l'ancienne station romaine de Pomponiana.
La ville éiait sur le bord même de la mer et s'élevait ensuite à Hanc de coteau, sur le versant méridional que couronnent aujourd'hui les débris du couvent de Saint-Pierre d'Al-Manar, dont le nom, d'origine évidemment arabe (al-manar, le fanal), rappelle l'existence d'une ancienne tour de guet sarrasine. Sur cette petite éminence a été bâii plus lard un monastère habité d'abord par des moines de Tordre de Saint-Benoit, ensuite par des religieuses qui suivaient la régie de saint Bernard. Le couvent était fortifié de manière à pouvoir résister à une brusque invasion des pirates; il exerçait d'ailleurs un véritabledroit de suzeraineté sur le pays ; ei, au premier appel de la cloche d'alarme, les vassaux accouraient en armes pour débloquer le monastère et chasser les Barbaresques. L'espiègleried'unejeuneabbesse fut. dil-on, la cause de sa ruine. Par une triste nuit d'hiver, on voulut mettre à l'épreuve la fidélité des manants. Le tocsin retentit. Les serviteurs venus au secours de leurs maîtres reconnurent qu'on avait voulu se jouer d'eux. La vengeance fut pas-
sive , mais terrible. Quelques mois après , les Sarrasins débarquèrent en réalité sur la plage. Le couvent fut cerné et fil entendre des appels de détresse. Personne ne vint. Moins héroïques que leurs sœurs de Marseille qui préférèrent la mort à la honte et se tnutilêrent le visage pour faire horreur à leurs vainqueurs, les nonnes J"A1- Manar furent réduites à livrer leurs richesses et durent subir dans toute leur rigueur les lois alors impitoyables de la guerre. Le monastère fut détruit, et c'est au pied de ses murs mutilés que se dressent encore sur la hauteur les ruines romaines beaucoup moins apparentes de l'ancienne Pomponiana.
L'honneur de la découverte appartient en grande partie à un prince ami des sciences et des ans. En 1843, Frederick de Danemark, qui est devenu depuis le roi Frédéric Vil , visitait les côtes de Provence. Très au courant des premiers travaux archéologiques dont cette partie du littoral avait été l'objet, il voulut faire des recherches personnelles et fit exécuter quelques fouilles au pied du versant de Carqueyranne qui regarde la mer. Les premiers résultats furent très-heureux, et on mit bientôt à découvert le sol antique. Aujourd'hui les ruines de Pomponiana, classées parmi les monuments historiques de la France, comprennent une acropole, un nombre considérable de subsiructions, des puits et des citernes, des termes, un hypocausie, des magasins voûtés
SIX-FOURS, HYÈRES, TOULON. 23q
qui paraissent avoir été un entrepôt pour les provisions de la flotte romaine, des vestiges de canalisation et les débris, très-apparents sous Peau, d^une jetée à Tabri de laquelle les galères pouvaient venir mouiller.
Tout autour de ces ruines , on a retrouvé des objets en bronze, des bijoux, des armes, des meules qui servaient autrefois aux colons, aux soldats et surtout aux esclaves pour écraser le blé, des monnaies grecques aux types de Marseille, et romaines à Teffigie des empereurs des premiers siècles, et un nombre tellement considérable de fragments de poteries anciennes que, sur une étendue de plus de cinq hectares, il est impossible encore aujourd'hui de ne pas en ramasser à pleines mains lorsqu'on prend une poignée ,de terre , et qu'on est obligé d'en purger les champs nouvellement aménagés par la culture.
La ville d^Olbia ('OXôCa, heureuse), que Strabon mentionne comme une colonie marseillaise (i), se trouvait aussi dans ces parages fortunés ; mais il est bien difficile d'en préciser l'emplacement. Ptolémée et Pomponius Mêla ne donnent à ce
( I ) T6 8è TocupoévTiov xal t^ X)X6tav xal 'AvrCicoXtv xal NCxaiv... (Strabon, Géogr., 1. IV, c. i, 5.)
sujet que des indications très-insuffisantes (1). Était-elle bâtie sur le versant oriental du petit monticule d^Al-Manar (2) ou de Tautre côté de la baie au château de Léoube, avec lequel on a voulu quelquefois lui trouver une certaine analogie de nom (3) ? Faut-il la voir dans la presquUle même de Giens? Nous Pavons dit; peu de rivages sont aussi riches en ruines romaines que la côte de Toulon et de la chaîne des Maures ; les textes des anciens géographes sont insuffisants et contradictoires; et cette colonie d^Olbia, qui paraît avoir été tour à tour ligurienne, grecque et romaine, est placée par les commentateurs un peu partout dans la rade, à Hyères, à Bréganson, à Giens, dans les îles, à Al-Manar, à Léoube, même à Toulon.
Il n'en est pas de même de Pomponiana, dont
(i) Tum post Athenopolim, et Tauroin. (Mêla, 1. II, c. v.) xal ô Ki6api<rri^; tô dcxfov. 25° » 43® 3o'
'OXêta iroXi; 25'» 10' 42045'
'ApYEvTto'j iroTa|xoù éxêoXai. 2 5" 40' 42*45'
(Ptol., Géog,, 1. II, c. IX.)
(2) Walckenaer, Géog. anc. des Gaules, t. II, p. 191. Baron de Bonstetten , Carte archéolog. du dép. du Var, Toulon, 1873.
Etienne de Byzance donne Olbia contme une ancienne ville ligustique, parle du mons Olbianus voisin de la ville, et, d'après le Pseudo-Seymnus, semble la placer assez près de Tauroentum :
Taupoei; xal irXridiov
TToXi; X)X6ia. (V. 2i5-2i6.)
(3) Papon, Hist, de Provence, t. I. Chorographie.
les ruines présentent une plus grande consistance, qui est mentionnée comme un véritable port de relâche par T Itinéraire de Pcmpire, et était vraisemblablement, à répoque romaine, une des villes maritimes les plus riches et les plus peuplées de la côte de Provence, après Fréjus et Marseille.
Toulon, en effet, qui est aujourd'hui le foyer vers lequel convergent et d'où rayonnent la puissance et la vie de notre marine nationale, n'était, à l'origine de notre ère, qu'un petit havre d^une importance très-secondaire. Aucun des géographes classiques, Ptolémée, Strabon, Pline le naturaliste, Pomponius Mêla, n'en fait la moindre mention. Ni les Phéniciens, ni les Grecs de Phocée, qui ont cependant pratiqué toutes les criques de la Méditerranée gauloise, ne paraissent y avoir fondé d^établissement digne d'être noté.
Il n^existe sur les origines de Toulon que trois documents authentiques; le premier est Pltinéraire maritime d'Antonin, dont la rédaction remonte au deuxième siècle (i) ; Toulon y figure sous le nom de Telo Martius, comme une des stations officielles de la flotte romaine. La « Notice des dignités de Tempire », publiée plus tard , nous apprend ensuite qu'il existait dans ce port, comme à Narbonne, une teinturerie impériale de pourpre
{1) A Pomponianis, Telone Martio, portus, mpm. xxx. A Telone Martio, Taurento, portus, . . mpm. xii.
(Itin. marit.)
CHAPtrrt cîisyraaŒ-
.ucu^c DTàT an intendant, procurator bapkii I Ct0iè£ns2s (^. Le vroWitmt docament enân est uac lettre synodlque. adressée au pape saint U^tt par les évèques des Gaules et qui donne le lïQist àc FéTéque de Toulon, episccfw» Tdùo^ mirais, qui siégeait en 43 1 ,
Ces tétnoignages sont confirmés par k iecouirene d*un certain nombre de sépultures amden-- SKS, tombes à inhumation et à încinéracÎQit,. pa- Tiges en mosaïques, et médailles romaines* «{uc Ton retrouve de temps à autre au Nord de la vàlfi moderne et dans la banlieue, dés qu'on remue k sol à une certaine pro£3ndeur. Il est remaïqtsthk qu^on n'ait recueilli aucune inscription iai&ressantc et surtout rien qui rappelle la coIoqîsidoil grcajue; il est cependant difficile d'admettre quie les Grecs n'aient pas tout au moins coimu les excellentes conditions nautiques de Toulon; et le nom de Telo lui-même, qui n'est qu'ime altération d'un mot grec latinisé qui signifie lieu de péage, Ts/itfvcîov, semble bien indiquer que les Phocéens avaient occupé, sinon fondé, la ville
yi) Phil. Labbe, Sotitia difpt. imper. Rom. ex recensions. Biturici, i63i. — Bockixg, II, 5o.
L.es teintures rouges que l'industrie moderne fabrique Aujourd'hui avec la cochenille , la garance et les produits de U distillation de la houille ne pouvaient s'obtenir âutT^tbis qu'avec la matière colorante contenue dans un petit coquillage, le murex, que l'on péchait en abondance sur les côtes de la Méditerranée, et notamment aux abords du cap Sicié.
ancienne, et qu^ils y avaient établi une sorte d^entrepôt commercial. Mais, comme la moindre plage suffisait autrefois pour des navires d^un très-Èiible tonnage, et que, pendant la nuit et le mauvais temps, on tirait le plus souvent les vaisseaux à terre, il est peu probable que la double rade et les bassins intérieurs, si nécessaires aujourd'hui à nos immenses vaisseaux, à nos arsenaux et à nos chantiers de construction et de réparation, fussent alors fort appréciés; il était à peu près inutile à la marine de Pépoque d'aller chercher un abri à une assez grande profondeur dans l'intérieur des terres; la moindre crique, terminée par une plage de sable où Téchouage était facile , et protégée du côté de la mer, comme Tauroentum, par une saillie rocheuse de la côte qui formait un môle naturel, était de beaucoup préférable. L'histoire des grands ports de guerre ou de commerce, précédés et défendus par des rades à peu près fermées et par des jetées artificielles, ne commence guère qu'avec les temps modernes, au moment où Ton a créé une marine militaire permanente.
Telo cependant devait être, à Torigine de notre ère, une ville constituée, sinon très-peuplée, puisqu'on y avait établi de bonne heure un siège épiscopal, et que les actes des conciles nous ont conservé les noms des prélats qui ont gouverné ces églises depuis l'année 45 1 jusqu'au milieu du treizième siècle.
244 CHAPITRE CINQUr^E.
La série épiscopale présente ensuite une lacune de plus de trois siècles, pendant laquelle la ville, sans cesse ravagée par les incursions des Barbaresques, devint presque inhabitable et fut à peu près abandonnée. Le territoire, si Ton en croit les chroniques de Provence, fut un moment dépeuplé, et les terres sans culture de ce désert pouvaient appartenir au premier venu. La ville se reconstitua peu à peu sous la protection des vicomtes de Marseille et des seigneurs abbés de Saint-Victor; mais ce développement fut lent et pénible. Les descentes des Sarrasins se succédaient presque sans interruption; et, diaprés les historiens Ruffi et Bouche, le chef de ces écumeurs de mer, qu'on appelait alors « le roi de Mayorque», mit la ville deux fois au pillage dans la seconde moitié du douzième siècle, la livra aux flammes et massacra sans pitié toute la population mâle en état de porter les armes. Quelle que soit Texagération évidente de pareils récits, il est certain que Texistence de la petite ville de Toulon a été fort précaire pendant la plus grande partie du moyen âge, et que ses habitants, constamment en alerte, ont dû être sur un pied de guerre permanent.
On en trouve en quelque sorte la preuve dans le nom même de la montagne qui domine la ville et qui paraît avoir été de toute antiquité un poste d'observation destiné à signaler l'approche de l'ennemi. Ce grand massif calcaire, couronné
aujourd'hui par une forteresse redoutable, s'appelle le Faron , Pharus, Farus, Farotus, Pharonum, Faronum; et dans la basse latinité on désignait ainsi les tours de guet. Pendant la nuit on y allumait des feux clairs, pendant le jour on y brûlait de la paille mouillée; et ce langage de signaux donnait Féveil aux populations de la côte dès qu'on apercevait à l'horizon quelque navire suspect de piraterie.
La vigie du Faron était, par sa position escarpée, tout à fait inaccessible; les signaux qu'elle faisait étaient répétés par les vigies voisines placées comme elle sur la crête des falaises littorales. L'entretien de ces fanaux primitifis était la sauvegarde du pays, et les archives de Toulon ont conservé de précieux documents qui rappellent les actes et les conventions passés entre les habitants de la ville et ceux des communes voisines, au sujet de Tentretien et de la garde de cette tour qui a été, avec la vigie de Six-Fours, un des plus anciens phares de la France (i).
(i) Ces documents remontent jusqu'au treizième siècle; et Tun des plus complets est celui que Ton retrouve dans un inventaire de titres anciens, dressé en 1549, et dont voici la teneur :
a Premièrement, ung instrument de convention pour £aire Farot et gardia nuyt et jort en la montaigne appelée la Bada (*), terroir de Toulon, par lequel Guillem Rey-
(*) La Bada, la vigie : en italien badar, observer, aviser, prendre garde; en provençal badar, bayer aux corneilles, regarder à droite et à gauche, a une signification un peu détournée.
Le rôle militaqpe du port de Toulon dans les temps modernes ne commence guère qu^à Tépoque où Louis XII fit construire à l'entrée de la petite rade le bastion circulaire désigné encore aujourd'hui sous le nom de «Grosse Tour», dont le type rappelle celle du Havre, et que les ingénieurs militaires n'ont pas encore démoli, ce dont on ne saurait trop les remercier au nom de Tart et de Tarchéologie.
Notre intention n^est pas de parler ici avec détail des transformations incessantes que le port et la rade ont subies depuis près de quatre siècles. Le Dépôt de la marine et la Bibliothèque nationale possèdent des collections de plans du port et de la rade depuis les derniers Valois jusqu'à nos jours; et, bien que les plus anciens et les plus
noir, de la Valette, estre convenu avec Martin Chabert, Raymond Lambert, dict Botin, procureur de la commune de La Valette, de faire la dicte garde par Tespace de cinq ans, à raison de quatorze florins chascun an, avec quallité que icelluy gardia ne bogeron d'icelle garde ni nuyt ni jort, pour seureté, fera ung farot,et pour chascune fiiste armée, passant par mer, tant qu'il la porra voir, ung aultre farot; et passant fuste de jourt, faire fumée, ou notifier nombre de l'armée qui passera le jour; en manière qu'il n'ausera boger, si ce n'est pour quérir vivres, comme appert acte receu par M* Jacques Ricardi, notaire de Toulon, en date 1419 et à x de octobre. »
Henri, Notice sur F origine du nom de la montagne du Faron. Toulon, 1849.
curieux ne soient que des images sans signature, sans date et sans classement chronologique , on peut se rendre compte , en parcourant ces documents précieux, de la progression rapide du grand port militaire de la France.
Un petit quai en ligne droite et complètement découvert constituait à la fin du quinzième siècle tout rétablissement maritime. La ville ne formait alors qu^un polygone de cinq à six hectares, entouré d^un fossé. Henri IV comprit le premier que le port de Thollon, comme on l'appelait alors , devait être le pivot de la défense de la Provence ; il fit allonger le quai de près de cinq cents mètres et creuser une darse neuve qui est devenue depuis la darse vieille, et offrait aux navires un bassin de quinze hectares, ce qui, pour Tépoque, était un mouillage d'une superficie considérable. La ville fut agrandie, portée à vingt-quatre hectares, entourée de murailles, flanquée de cinq bastions. Mais les exigences de la marine et de la guerre allaient toujours croissant. Louis XIV venait de confier à Colbert, alors intendant général des finances , le soin de réorganiser la flotte ; il fallait des chantiers, des bassins, des aménagements bien autrement considérables pour les escadres nouvelles qu^ allaient commander Tourville, Vivonne et Duquesne. Vauban, envoyé à Toulon, résolut d'en faire le premier arsenal de la France, creusa la darse neuve dans le marécage de Castigneau, agrandit les quais, construisit
CHAPtTRE CINQUI^E.
les magasins et les ateliers, tripla la surface de la ville, l'entoura de fonîticalions régulières et de bastions étoiles d'après le système qui a immortalisé son nom , en fit, en un mot. la place forie qui devait soutenir les sièges mémorables de 1707 et de 1793, et que le génie militaire transforme aujourd'hui pour la mettre à la hauteur des nouvelles exigences de la guerre.