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Les deux sièges de Toulon au dîx-huitiéili™ siècle furent les deux plus glorieuses pages de son histoire, et on aime d'autant plus à se les rappeler qu'elles nous consolent un peu de désastres récents et douloureux , en même temps qu'elles sont pour tous une utile k'i;on de patriotisme.
En 1707, la France était épuisée par un demisiècle de guerres continues. L'Allemagne, \'.\ngleterre, la Hollande et la Savoie tormaieni contre nos armées affaiblies une redoutable coalition- L'invasion du Midi eut lieu à la fois par merci par terre. Toulon ctaîi Tobjectif des alliés; une fois pris, il devenait la base de ses opérations.
Le prince Eugène et le duc de Savoie franchirent le Var, tandis que la Sotte anglo-hollandaise restait maîtresse de la Méditerranée, Tout manquait A la fois dans la ville assiégée : les armes, les munitions, l'argent. Équiper et nourrir des troupes dans l'état de dénûment où se trouvait le
pays semblait un problème insoluble. Mais la Provence trouva dans son patriotisme l'énergie et rhéroïsme des grands jours. Les riches épuisèrent leurs trésors, les pauvres leurs forces et leur sang. Tout le monde lutta de dévouement et d^abnégation , jusqu^à l'intendant général des finances, qui engagea sa fortune personnelle et porta à la monnaie ses bijoux, son argenterie de famille et celle de tous les siens. La résistance fut héroïque ; les habitants, résolus à lutter jusqu^à la fin, avaient dépavé les rues et se préparaient à un assaut et à une guerre de maisons ; la marine avait armé de son côté les remparts et les faubourgs avec Tartillerie de ses vaisseaux. Le journal du siège disait que la ville ressemblait à une a foire aux canons (i) ». Mais le caractère impétueux des Provençaux s^accommodait mal d'un rôle purement passif, et on passa bien vite de la défensive à Pattaque; la population entière, avec cette ardeur et cette furie qui sont le propre des tempéraments méridionaux , s^enrôla tout entière dans les rangs de Farmée. On parlait peu alors de sorties en masses; mais on en fit en réalité, et de terribles. Les femmes apportaient à boire aux soldats au milieu du feu ; les enfants suivaient les colonnes et poursuivaient les fuyards et les blessés. Ce peuple ne voulait pas absolument se rendre et ne se rendit pas. En quelques semaines le siège dut
(i) Journal du siège. Archives de Toulon, 1707.
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étte levé. Les impériaux, harassa de Ëingue et battus de tous côtés, reprirent la route du Var. Toulon était sauvé, et avec lui la Provence, notre commerce et notre marine dans la Méditerranée.
Près d'un siècle plus tard, en ijqZ, les r étaient changés, et ce fut une armée française qui vint assiéger la ville de Toulon indignement trahie. A Aix et à Marseille, les principales familles provençales et le bas peuple, égarés par l'ardeur de leur royalisme, avaient mis leur confiance dans l'étranger; le premier port de la France avait été livre aux Anglais. L'amiral Hood, commandant en chef des forces britanniques, espagnoles, piémontaises et napolitaines, occupait la place et ses dépendances. Il s'était attaché principalement â perfectionner les défenses extérieures et avait armé tous les forts, surtout ceux de la côte, qui protégeaient la rade où son escadre était au mouillage. Cinq mille hommes occupaient la ville, dix mille les fort environnants; un corps de débarquement de quatre mille matelots était prêt sur la flotte anglaise. Les deux points que la défense avait cherché â rendre particulièrement inaccessibles étaient, du côté de l'Est, la Grosse Tour et le fort Lamalgue, dont le siège de 1707 avait fait reconnaître l'importance, et, du côté de l'Ouest, le petit fort deTÉguillette,
placé à Textrémité du promontoire qui ferme la petite rade et dont Pabord fut tellement hérissé de difficultés qu^on le désignait dans Parmée sous le nom de a Petit Gibraltar».
« Dans le conseil de guerre qui eut lieu alors , raconte le grand historien de nos guerres de la Révolution et de l'Empire, se. trouvait un jeune officier, qui commandait Partillerie en Tabsence du chef de cette arme. Il se nommait Bonaparte et était originaire de Corse. Fidèle à la France, au sein de laquelle il avait été élevé , il s^était déjà battu en Corse contre Paoli et les Anglais; il s^était rendu ensuite à Tarmée dUtalie et servait devant Toulon. Il montrait une grande intelligence, une extrême activité, et couchait à côté de ses canons. Ce jeune officier, à Taspect de la place, fut frappé d^une idée, et la proposa au conseil. Le fort de TÉguillette fermait la rade où mouillaient les escadres coalisées. Ce fort occupé , les escadres ne pouvaient plus mouiller sous la ville, sans s'exposer à y être brûlées ; elles ne pouvaient pas non plus Tévacuer en y laissant une garnison de quinze mille hommes, sans communications, sans secours, et tôt ou tard exposée à mettre bas les armes ; il était donc infiniment présumable que, le fort de PÉguillette une fois en la possession des républicains, les escadres et la garnison évacueraient ensemble Toulon. Ainsi la clef de la place était au fort de TÉguillette ; mais ce fort était presque imprenable. Le jeune Bona-
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parte soutinl fortement son idée comme la plus appropriée aux circonstances, il réussit à la faire adopter (i). »
On sait comment il la mit à exécution. Le 28 frimaire an II [18 décembre 1793), â minuit, par un orage épouvantable, une colonne commandée par un jeune capitaine d'artillerie, nommé Muiron, gravit les escarpements du fort; les soldats sautèrent à travers les embrasures, pénétrèrent dans les batteries anglaises, s'emparèrent des canons, et le lendemain au peiil Jour le drapeau tricolore flottait sur les hauteurs des fortifications de l'Éguillette et de Balaguîer. C'est en vain que, dans la matinée, les Anglais firent des tentatives désespérées pour reprendre leurs positions; ils furent repoussés avec de grandes pertes, et l'escadre, mouillée dans la rade sous le canon du Petit Gibraltar, n'eut plus d'autre alternative que d'être coulée sur place ou de lever l'ancre. Celte dernière résolution était la seule raisonnable. Les forts de Saint-André, de Saint-Antoine, de Malbourguet, lecap Saint-Elme furent évacués à la hâte. Le fort Lamaigue fut le dernier abandonné; bientôt la fioite anglo-espagnole se relirait, après avoir incendié l'arsenal, et sans poncr secours â ceux qui lui en avaient ouvert les portes, Toulon était rendu à la France.
(1) A.TiuERS, Histoire de la Révolution française, i. Vf,
Le développement de la population de Toulon a suivi la même marche progressive que le port. La ville comptait à peine dix mille habitants au quinzième siècle, dix-huit mille à la fin du seizième; au commencement du dix-septième, les rapports des intendants de Provence portaient ce chiffre à vingt-neuf mille; en 1840, il atteignait soixante mille; et aujourd'hui, en tenant compte de la population flottante de marins qui doit être considérée comme appartenant en £Eiit à l'arsenal et à ses dépendances, le recensement donne près de cent mille habitants.
Considéré dans son ensemble, rétablissement maritime de Toulon comprend à la fois la grande et la petite rade, les bassins, l'arsenal, et comme annexes, le golfe de Giens et la rade d'Hyères. Cette dernière est, en effet, au port de Toulon ce qu'un champ de tir et de manœuvre serait à un quartier d'artillerie. A Toulon ont lieu l'armement, la réparation des navires, la centralisation et la direction de tous les services de la marine ; à Hyères s'effectuent les opérations d'embarquement et les exercices de la flotte.
Tous ceux qui ont visité avec soin un arsenal ont aujourd'hui une idée générale des merveilles de l'industrie de la guerre, la plus terrible des industries modernes; la transformation du maté-
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rkl mrral et de tous les engins de la marine a dit, depuis tine trentaine d'années, des progiês si rapides qu'on peut prérmr le moment peotêtre rapprocbé où toat ce qui existe aaionrd'hoi comme moyens d^attaqne et de défense sur mer sera aossi inutile que les magnifiques naTires cniiassés sortis il y a quinze ans à peine de nos grands chantiers de construction. Rien n^est défi* nitif dans l'armement de notre flotte ; tout y est en quelque sorte provisoire et subordonné peut* être à la mise en œuvre d^un seul canon monté sur un de ces navires singuliers de forme ovoide, ▼éritables affûts flottants, auquel on donnera ime force de propulsion et de résistance supérieure à celle qu^on a pu obtenir jusqu'à présent.
L'attaque et la défense des côtes ont subi les mêmes transformations. Au moment de Faction, rhomme semble disparaître devant les engins qull a préparés pendant la paix; et la guerre n'est plus qu'une sorte de lutte violente d'ingénieurs et de machinistes oîi chacun déploie contre son adversaire invisible toutes les ressources d'un outillage savant et d'une artillerie formidable.
La conséquence de tous ces perfectionnements est qu'un arsenal est moins protégé aujourd'hui par une enceinte continue que par une série de forts détachés qui couronnent toutes les hauteurs et tiennent à une distance de plus de vingt kilomètres les forces assiégeantes. Les collines escarpées qui dominent Toulon du côté du Nord et
qui le flanquent à TEst et à POuest comme des bastions naturels, se prêtent d'une manière admirable à toutes^les exigences de la défense moderne.
Considérée dans ses grandes lignes, la rade de Toulon se divise en deux parties bien distinctes, la grande et la petite rade. La première sert d'avant-port à la seconde; elle est tournée vers TEst; mais, du cap Sepet au cap Brun, entre lesquels elle s'ouvre, la distance est de trois kilomètres, et les vaisseaux courent à Taise des bordées dans cet espace. L'entrée et la sortie en sont ainsi Êicilement praticables. La petite rade comprend, en arrière de l'étranglement formé par la correspondance du cap de l'Éguillette et de la Grosse Tour, une étendue de sept cents hectares; abritée des vents comme un port intérieur, protégée par des batteries dont les feux se croisent sur toute sa surface, elle communique immédiatement avec les darses et l'arsenal.
Telles sont les excellentes conditions topographiques qui constituent la défense de Toulon. Elles paraissaient suflisantes il y a dix ans; elles ne le sont plus aujourd'hui , et il est question de fermer prochainement la grande rade elle-même par deux jetées gigantesques qui s'enracineront à la côte, — la première au cap Brun, la seconde à la pointe septentrionale de la presqu'île de Saint- Mandrier, — et qui seront toutes deux protégées, du côté du large, par un redoutable brise-lames. La grande rade deviendra alors, comme la petite
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nule, un immense bassin fermé, à ïzYm de la boule du large, et dans rintérieur duquel on ne pourra pénétrer que par deux passes sinueuses, larges à peine de trois cents mètres, qu^il sera facile de semer de torpilles et qui seront en outre défendues par toutes les batteries de la côte. Dans ces conditions, il sera matériellement impossible de forcer rentrée du port.
Le chemin de fer de Marseille à Nice passe au Nord de la ville assez loin de la mer; mais l'établissement maritime se trouve, en bit, deux fois relié à notre grand réseau français. L^arsenal en effet est desservi directement par un embranchement à la fois militaire et industriel qui se détache à la station de la Seyne et dont les voies viennent s'épanouir sur les quais de Castigneau et se rami* fient le long des bassins; le littoral d^Hyères, de son côté, est depuis quelques années doté d^une voie maritime qui suit le contour de la plage du Ceinturon et se termine aux Vieux-Salins par un quai d'embarquement destiné aux équipages de la flotte.
Cette rade d'Hyères, une des plus belles peutêtre et la mieux dessinée à coup sûr de la Méditerranée, est en même temps un de ses meilleurs mouillages. Elle embrasse toute Tétendue comprise entre la plage et les îles. Celles-ci brisent la houle du large, tandis que les hauteurs boisées
qui dominent la vallée d'Hyères arrêtent les rafales du mistral. Quelle que soit la direction du vent, la rade présente toujours un ou plusieurs abris, et les navires viennent ranger la plage ou les îles suivant que le vent souffle de la terre ou de la mer.
La presqu^île de Giens, les îles de Roubaud, de Porquerolles, de Bagaud, de Port-Cros et du Levant forment du côté du large comme les tronçons d'un gigantesque brise-lames naturel de plus de quarante kilomètres de développement qui se soude à la côte par l'isthme sablonneux de Pesquiers.
L'immense bassin a La forme d'une ellipse dont le grand axe, orienté de TEst à TOuest, a près de dix-huit kilomètres, et le petit axe, du Nord au Sud, un peu moins de dix; la surface totale dépasse cent cinquante kilomètres carrés, et la profondeur, assez faible si on se rapproche de la plage continentale, croît rapidement vers le centre et le long des côtes rocheuses de Tarchipel. On peut y mouiller à peu près partout par un fond de sable vaseux et d'herbiers, depuis la presqu'île de Giens jusqu'à la méridienne du cap Bénat, et on y rencontre toutes les variétés d'aspects et d'expositions. A l'Ouest, les meilleurs abris sont les mouillages du Pradeau, de la Badine et de Porquerolles, qui sont protégés par cette dernière île et la flèche orientale de la péninsule de Giens , et peuvent contenir toute une flotte; au Nord, on
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tkabic, pcnôtrt le beau tecrs. par fes bateaux de pèche et ;^ rjrtanes d'un îiîble tonaige. La deuxième pssss ^sz entre Roahiud et PorqueroOes ; sa profondeor est de cinquante riiètres, sa largeor de prés de deux cîiomèrres: c'est la route classique de Fescaire à sa sortie de Toulon. La troisième est un bras de m*r de neuf kilomètres de largeur, d'une profondeur rai varie de quarante à soixanfê mètres; elle sépart les deux îles de PorqueroUes et de Port-Cros. hzls se trouve la petite passe de Port'Cros, qui conritue les excellents mouillages dont nous avons parié plus haut. Vient enfin la grande passe de TE^t. qui s'ouvre entre le cap Bénatet Tile du Levant; c*est un deuxième bras
de mer, large, profond, que suivent ordinairement les navires venant du côté de P Italie.
La rade d'Hyères forme ainsi une magnifique nappe d'eau où mollissent toujours les tempêtes du large. /C'est le rendez-vous de notre escadre d'évolutions de la Méditerranée, le champ d'exercice de nos équipages, le point de départ et de ralliement le mieux indiqué pour nos grandes expéditions ; c'est, en un mot, le complément de rétablissement de Toulon.
La marine marchande fait une assez triste iigure à côté de cet imposant appareil de guerre. Les petits ports en mer de PorqueroUes et de Port-Cros n'ont aucun mouvement commercial, et leurs môles ne servent qu'à amarrer quelques barques de pèche dont le nombre tend toujours à diminuer. Mais ces deux excellents ^bris rendent de très-grands services comme relâche, et plusieurs centaines de navires viennent annuellement y chercher un refuge contre les coups de mer imprévus du large.
Les deux ports de commerce de la Seyne et de Toulon ont une bien autre importance. Le premier est situé à l'extrémité Sud-Ouest de la petite rade; indépendamment d'un mouvement de marchandises qui varie annuellement de dix à vingt mille tonnes, le port de la Seyne sert aussi
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quelquefois de relâche, et est surtout fréquenté j\ir les navires qui ont éprouvé à la mer des «varies sérieuses. C'est là que se trouvent les i\\{i^iùtiqucs ateliers de réparation et de construction de la Compagnie des forges et chantiers \W U Méviiterranée, qui occupent plus de vingt mîUc iUivrîers, et li\Tent à l'industrie privée, au CvMumciw nationaU à TEtat et même aux nations <^i^^\^^v^^^ des navires de toutes dimensions : \4iv,hUN vtvî pUisauce^ grands voiliers pour k cabo- V^v\ 3i^KN*UKnsi pour la navigation an long cours, \^vs.\vN*u\ cuini^scj pour les flottes de guerre.
tv^ {X>ft maichand vk Toulon est honteuseluvai ivlc-;uc Jt T^uîn? extniraité 'Nord-EIst) de U Lvûic :avk\ Jt r«iadroù le plus populeux de la vieille ville; il >v: oonîpos^? vi^i deux bassins, la darse vicCi.V et le port de ia Rode, qui ont une proioadcux moyenne de cinq mètres, un développement de plus d'un kilomètre et une superficie totale de près de six hectares. Les deux bassins sont aujourd'hui isoles et les navires obligés, pour passer de l'un à lauire, de taire un crochet extérieur en traversant une panie de la rade militaire. Cette sujétion ne saurait durer, et on étudie en ce moment la question de relier les deux ports par un large canal.
Malgré la supériorité bien légitime qui s attache à tout ce qui ressort de la marine de guerre, le port marchand de Toulon présente, même au point de vue militaire, un intérêt sérieux. Son
mouvemenr commercial s'élève ou s'abaisse suivant les exigences et les demandes des équipages de la flotte; il est en moyenne de soixante mille tonnes et a souvent dépassé ce chiffre; le nombre de navires qui y entrent en relâche est de trois cent cinquante par an. Avec le port de la Seyne, il fournit à la pèche côtière plus de douze cents marins que leurs utiles fonctions en temps de paix n'empêchent pas, au jour du danger, d'être embarqués sur la flotte, oîi ils deviennent bientôt nos meilleurs hommes de guerre. Toulon n*est donc pas tout entier dans son arsenal. La pêche et la marine de commerce y rendent des services permanents dont on ne peut nier l'importance; elles y tiennent une place secondaire, à la vérité, mais qu'il serait injuste et même imprudent de réduire en sacrifiant trop au développement exclusif de lartillerie, du génie militaire et de la marine de guerre.
Les environs d'Hyères et de Toulon, dont les rades se touchent et ne sont en réalité que les deux parties d'un seul et même établissement maritime, présentent, dans leurs lignes générales, comme aspect et comme physionomie, les différences les plus tranchées. Au Nord de Toulon, la rade, les bassins, l'arsenal sont dominés par une falaise verticale de six cents mètres de hauteur; derrière
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ce rempart et à cent mètres plus haut, s'élève l'escaq^ment décharné du Coudon. Partout la roche est nue, blanche, taillée à pic, couronnée par des redoutes dont les massives constructions semblent Êiire partie de la montagne elle-même.
De l'autre côté de la vallée du Gapeau, au contraire, la chaîne granitique des Maures développe ses croupes harmonieuses et ondulées, couvertes de pins et de chênes verts dont le feuillage un peu sombre contraste d'une manière saisissante avec les lignes si nettes et Téclat un peu cm des montagnes calcaires qui leur font face.
Entre ces deux soulèvements, qui diffèrent autant par leur âge géologique que par leurs formes, leurs contours et leur couleur, s'étend la riche plaine d'Hyères. La ville ancienne occupe la partie supérieure d''une petite colline boisée. Au faîte, à plus de deux cents mètres au-dessus du niveau de la mer, se dressent les ruines du château, dont les tours massives, carrées, poétiquement enguirlandées de lierre et de vigne vierge , et couronnées de créneaux , rappellent la domination seigneuriale. La ville du moyen âge est humblement couchée au pied de cette acropole ;• elle est elle-même entourée d'une muraille dans laquelle sont engagés, de distance en distance, des fragments de constructions plus modernes. L'ancienne enceinte descendait la pente de la colline, flanquée d'une dizaine de tours alternativement rondes et carrées; deux portes
Ogivales, encore assez bien conservées, donnaient accès à cette partie de la vieille ville qui s'appelle encore la ville haulte ei n'ofifire plus aujourd'hui qu^un dédale de ruelles infectes, à pentes fort roides et très-misérablement habitées.
L'ensemble de cette ruche humaine, dominée par une citadelle et un donjon, est bien Timage de la vie féodale. Faibles et désarmés, en proie aux incursions multipliées des pirates, les premiers habitants ont cherché de bonne heure la protection de leur seigneur; mais ce maître bienfaisant est devenu à son tour tyrannique et violent. Sous prétexte de défense, il a enfermé la ville dans une enceinte semblable à un mur de prison. Les vassaux ont bientôt reconnu que cet appareil de guerre n'était pour eux qu'un instrument de servitude; ils ont voulu vivre à Taise, ont brisé leur collier de force; et aujourd'hui la ville moderne, dégagée de sa ceinture de murailles, descend d'étage en étage, forme une succession de terrasses et d'espaliers, s'élargit en triangle et s'épanouit libre et heureuse dans la plaine verdoyante.
Cette plaine incomparable est une véritable oasis; on l'appelle avec raison le «jardin d'Hyères», comme on dit la Huerta dans le royaume de Valence. Presque complètement abritée des vents glacés du Nord-Ouest, elle ne reçoit que très-rarement les rafales du mistral, lorsque celui-ci pénètre à travers les gorges étroites de la vallée du Gapeau et du mont Fenouillet. C'en