‹ La Provence maritime, ancienne et moderneChapitre 21 sur 39 · LAGUNE DE L^ARGENS ET PORT DE FRÉJUS · texte numérisé non relu

LAGUNE DE L^ARGENS ET PORT DE FRÉJUS

Le véritable phare de Fréjus était en &ce et avait une tout autre importance. G)mme tous les monuments de cette nature, il rappelait par ses dispositions principales le célèbre édifice élevé à rentrée du port d^ Alexandrie. Tout le monde sait que ce monument prodigieux était construit dans la petite île de Pharos , d^oti il a tiré son nom ^apoç, phare, pour le donner à tous les édifices du même genre créés après lui, et que, ruiné par un tremblement de terre le 8 août i3o3, il ne nous a laissé que des vestiges insignifiants et même un peu contestés. Cette merveille de Pancien monde était considérée comme le triomphe de Part de l'ingénieur et de Parchitecte; et César lui-même, ordinairement assez froid et peu disposé à prodiguer son admiration , en parle dans des termes presque enthousiastes (i).

D'après les témoignages de plusieurs auteurs , Pline, Josèphe, Edrici, etc., sa hauteur dépassait cent et peut-être cent cinquante mètres; et, bien qu^il faille un peu se méfier de l'exactitude des chiffres cités dans les textes anciens, il n'est pas impossible que Ptolémée ait cédé à la tentation de surpasser les Pharaons en donnant à cette tour prodigieuse des dimensions supérieures à celles des pyramides (2).

(i) Pharus est in insula turris magna altitudine mirificis operibus extructa, quœ nomen ab insula accepit. (Cjesar, De belU civ.)

fi) D'après les calculs très-probables de Letronne, la

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Ce qu^il 7 a de certain, c^est que les plas beaux phares de Pantiquité étaient construits sut ce modèle presque toujours dté comme le type supérieur dont on ne pouvait jamais approcher (i). Tel était entre autres celui que Caligula fit construire à Boulogne, à la suite de cette folk expédition qu^il prépara sur le bord de TOcéan, où il s'avança à la tête de son armée avec un grand appareil de balistes et autres machines de guerre. Personne, raconte Suétone, ne soupçonnait son dessein, lorsque subitement il ordonna à ses soldats de ramasser des coquillages qui étaient, disait- il, des dépouilles de TOcéan dignes d^étre portées au Capitole et au Palatin. Comme témoignage de cette ridicule victoire, il fit élever à une grande hauteur une tour où Ton alluma pendant la nuit des feux pour diriger la marche des navires. Ce fut le plus ancien et le plus beau phare de la Gaule. D après le dessin qui en a été fait peu avant sa destruction et qui nous a été conservé par un savant dominicain, le Père Lequien, la tour établie sur la falaise devait être octogone. Chacun de ses côtés avait à sa base vingt-cinq pieds,

hauteur du phare d* Alexandrie n'aurait été que de cinquante mètres, ce qui le rendrait tout à fait comparable au phare de Cordouan, dont le plan focal est à l'altitude de soixante mètres au-dessus des hautes mers.

(i) Conjectisque pilis superposuit altissimam turrem in exemplum A lexandrincc Phari ut ad nociurnos ignés cur^ sum navigia dirigèrent, (Suétone.)

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et son diamètre soixante-dix. Elle était composa de douze étages en Tetniit les nns sur les autres ; et Tentablenient supérieur de diaque étage formait une sorte de terrasse ou de promenoir. L'édifice présentait ainsi uxie fonne pyramidale assez >élégante. La construction était recherchée , composée de pierres de difierentes couleurs alternaet avec des chaînes de briques qui devaient lui donner un aspect décoratif très-remarquable.

On sait que cette tour portaitpendant le moyen âge le inom de a tour de lY>nire d, turris Ordinensis, altération de turris Ardens^ tour Ardente, nom qui rappelle sa destination première. Diaprés la chronique d^Éginhard, Charlemagne la fit restaurer et rétablit à son sommet les feux qui étaient éteints depuis plusieurs siècles. En 1545, les Anglais, maîtres de Boulogne, englobèrent la tour de TOrdre dans leurs £Qa[tifications et la convertirent en donjon de forteresse. Le fort et la tour S'écroulèrent en 1 684 (i).

A peu de chose près, c^étaient les dispositions fondamentales de la tour d'Alexandrie. Sauf quelques réductions dans les dimensions, c'étaient aussi celles du phare de Fréjus. Celui-ci existait au pied de la citadelle à Torigine même de la grande jetée. Il les reliait entre elles par le moyen de chemins couverts dans lesquels on pouvait cîr-

( I ) Société française de Numismatique et d*A rchéologie,

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Ciller en sûreté. Le fort, séparé de la Tille par le canal de PArgens qabn avait détourné poar pn>« duire ane chasse au fond du port, tenait ainsi au m61e par Fintennédiaire du phare. Gomme à Alexandrie, à Ostie et à Boulogne, la tour était à plusieurs étages, en retrait les uns sur ks autres jusqu^au sommet; des salles étaient établies à chaque étage pour les surveillants, cokorUs yjgilum, et les dépôts de matières combustibles qu^on brûlait au sommet de Pédifice. Les vestiges du monument permettent encore de distinguer la plate-forme inférieure, le chemin de ronde, et Petcalier qui conduisait à la salle du premier étage; au centre un amas de briques en forme de secteur parait provenir des colonnes placées à la parde supérieure de la chambre du fanal. Mais la tour, dont les ruines branlantes s^élevaient encore, il y a à peine cinquante ans, à près de vingt-cinq mètres, s^est complètement écroulée depuis peu; et il est aujourd'hui presque impossible de £ûre une restauration certaine du monument et d^en fixer la hauteur même approximative.

Non loin du phare on voit encore la porte célèbre que Ton désigne vulgairement sous le nom àt porte dorée; elle touche à la fois à la citadelle et à Penceinte de la ville. Cette porte, exécutée avec beaucoup plus de soin que toutes les con-

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