‹ La Provence maritime, ancienne et moderneChapitre 22 sur 39 · LAGUNE DE L^RGENS ET PORT DE FRÉJÛS · texte numérisé non relu

LAGUNE DE L^RGENS ET PORT DE FRÉJÛS

struaions de Fréjus, est formée d'assises trèsrégulières de grès rouge, de porphyre et de briques ; elle est incontestablement d'une époque postérieure à la plupart des monuments de la ville , et parait avoir été ornée avec une sorte de magnificence. On a, en effet, retrouvé tout autour des débris très-nombreux de plaques de marbre, des chapiteaux, des firagments d'entablements et de statues, parmi lesquelles une tête de Jupiter d^un assez beau style, sculptée à Peffet, comme un ouvrage destiné à la décoration. La porte n'est d'ailleurs qu^une partie d'un grand portique ou stoa qui était éclairé par de grandes arcades et précédait un édifice fort vaste, composé de plusieurs salles dont la plus grande, disposée suivant un ordre ionique en marbre blanc, était ornée de niches et de statues.

Il est assez difficile de se rendre très- bien compte de la destination primitive du monument, aujourd'hui presque méconnaissable. La porte dorée seule est debout au milieu des ruines; le soleil du Midi Ta recouverte d'une teinte tellement ardente que le pinceau ne pourrait la rendre avec fidélité sans être accusé de parti pris d'exagération. Est-ce la couleur blonde de cette maçonnerie ensoleillée, ou les riches marchandises que Ton faisait passer par cette porte pour les amener dans les magasins de la ville, qui ont fait donner à cette arcade le nom de porte d'Or, porta aurea? Il est difficile de l'admettre; encore

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moins faut-il croire, avec quelques antiquaires par trop naïfs, que de grands clous à tête dorée reliaient les stucs peints qui décoraient la porte et dessinaient, sur les piliers, les bandeaux et la voûte, des dessins étincelants.

Cette fameuse porte d'Or n'était, en réaKté, que Touvefture principal* d'un élégant portique qui donnait accès sur le quai ; c'est là qu'il faut placer l'ancien rivage de Tétang, ce que dans notre vieux français on désignait , il y a à peine trois siècles, sous le nom de Vorée (i) , dont Pétymo- * logie ora, bord, plage, est tout à fait tiairapa^ rente. La porte d'Orne, 27orta Orœ, notait donc ainsi nommée que parce qu'elle s'ouvrait sur la berge même de la lagune qui constituait le port deFréjus; et cette désignation , sainement interprétée, est d'autant plus intéressante qu'elle nous donne une nouvelle et précise indication de l'ancien état des lieux.

Une des questions que l'on se pose toujours à la vue des ruines d'une ville antique, c'est la détermination de sa p>opulation. Presque tous les

(i) « Avoit fait tendre ung pavillon sur l'orée du fleuve. » (JoiNviLLE, Hist. de saint Louis.)

ce Les porte-guidons et porte-enseignes avoientuniz leurs guidons et enseignent Torcedes murs. » (Rabelais, Garg.*,

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archéotogues locaus metient une sorte d'amourpropre à proposer des chiffres fort élevés. Deux éléments permettent cependant de renfermer celui de Fréjus dans des limites assez justes : le p>érimètre de l'enceinte et les dimensions de l'amphithéâtre.

On sait que les représentations du cirque étaient, dans le monde romain, un plaisir gratuit et public offert presque quotidiennement à tous. Une relation constante devait donc nécessairement exister sous l'Empire entre les dimensions des monuments destinés aux amusements du peuple et le chiffre même de la population. On a souvent proposé de fixer approximativement ce rapport à la moitié du nombre des habitants, et cette proportion a permis de déterminer avec une exactitude très-suffisante la population des principales villes de la Narbonnaise, Narbonne, Nimes, Arles (i).

Les ruines de l'amphithéâtre de Fréjus sont assez bien conservées pour qu'on puisse reconstituer exactement toutes les dimensions de l'édifice. L'ellipse extérieure du monument mesure cent treize mètres suivant le grand axe, et quatre-vingtcinq suivant le petit. L'arène, qui avait aussi une forme elliptique, avait 67", 71 de longueur sur ig'',6 de largeur. Ces dimensions ne sont pas de

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beaucoup inférieures à celles des grands amphîthéàires des trois villes que nous venons de citer; mais l'édifice était moins étevé, les gradins moini nombreux; et, tandis qu'à Nimes raraphithéâtre conienait près de vingt -cinq mille spectateurs, le calcul très-exact, fait d'après les restaurations do M.Ch. Texier, ne permet pas d'attribuer à celui de Fréjus plus de dix mille; et, en y ajoutant toutes les places comprises dans l'intérieur des portiques, les dégagements et les couloirs, en supposant ce que Ton appelle, en terme de théâtre, une salle comble , on arrive à peine au chiffre de douze mille. D'après cette base, la population de Fréjus aurait été de vingt à vingt-cinq mill& âmes.

Celte estimation est d'ailleurs corroborée par la comparaison que Ton peut faire entre l'enceinte de Fréjus tt celle de Nimes , par exemple , l'une des villes romaines le mieux connues du Midi de la France, et dont la population ne dépassait pas quarante mille âmes à l'époque de sa plus grande splendeur, sous le règne d'Antonin (i). Le périmètre des remparis avait â Nimes près de six kilomètres; celui de Fréjus n'avait que trois mille cinq cents mètres; une proportion facile à établir permet d'arriver approximativement au chiffre <je population que l'amphithéâtre nous avait déjA

de la ville

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