LAGUNE DE L^ARGENS ET PORT DE FRÉJUS
donné, c'est-à-dire vingt à vingt-cinq mille habitants, chiffre bien inférieur sans doute à celui que Ton cite quelquefois, mais qui représente cependant, pour Tépoque romaine, une ville d'une très-sérieuse importance.
Un port comme Fréjus, établi en pleine zone d'atterrissements, était destiné à une décadence rapide. Nous avons vu que, sous les premiers empereurs, on avait dû construire un môle avancé et détourner les eaux de TArgcns, tantôt pour rejeter au large les atterrissements , tantôt pour opérer une chasse dans le bassin. Ce ne furent que des palliatifs. Tant que l'Empire fut florissant, il fut possible d'organiser un service d'entretien pour opérer le dragage du port, continuellement menacé par les crues.de TArgens. Ce n'était qu'une affaire de main-d'œuvre, et la main-d'œuvre ne coûtait rien à l'époque romaine. Une armée de terrassiers convenablement dirigés pouvait facilement maintenir dans la lagune et le chenal une profondeur de trois mètres, bien suffisante pour les navires de l'époque; mais, dès le cinquième siècle, l'arrivée des Barbares interrompit le cours régulier de l'administration impériale, le port ne fut plus l'objet que d'un entretien intermittent, et les boues de PArgens et du Reyran, qui arrivaient d'une manière continue, exhaus-
sèrmt dans anc trÈs-ione proportion le faod di la xofoc inooiée, et axnmciBcèrcnt à OMnbkr la étangs qui sépaxaiem la ville de la mer.
L'inTasioQ samsiiie ruina amplétcmeat k pars; ramphitbéâne fut transformé en tmn ii ■■ , etlorsqne, ao dixième siècle, lesérèqoesde Frqn firent entourer d'une noureOe eiKeinic la TÎBe i peine renaissante^ presque tous les mooiuiienB de répoque romaine furent affectés à cette înntik et regrettable reconstruction. Le port de Fr^os était perdu pour toujours; car on ne poavaii appeler de ce nom un marais à peine narigable, au milieu duquel divaguaient les eaux de TAfgens et du Reyran. Comme RaTenne, Ostie, Narbonne et Aiguesmortes, le port de César a subi la loi £aitale de renvasement. Une plaine basse et marécageuse le sépare à jamais de la mer; et le seul avenir qui reste à la pauvre bourgade est de cultiver quelques jardins à la place même où, dix-huit siècles auparavant, venaient mouiller les trois cents galères conquises par Octave à la bataille d'Actium.
La baie de Fréjus est ouverte au Sud-Ouest. Le rivage dessine une ellipse très-allongée dont les deux extrémités sont : à TEst le petit port de Saint- Raphaël, à TOuest Tembouchure de l'Argens, près des rochers de Saint-.\igour. Le fond
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de la baie s^avance lentement. L^action des courants littoraux se fait sentir principalement dans la direction de TEst à TOuest; mais la petite rade qui s^étend au-dessous de Saint - Raphaël est à Fabri des atterrissements qui ont ruiné le port antique.
Cette situation a éveillé chez quelques esprits désireux de ressusciter Poeuvredes Romains l'idée de recreuser l'ancien port de Fréjus, éloigné aujourd'hui de près de deux kilomètres du rivage, à Taide d'un canal largement ouvert, entièrement différent du chenal des premiers siècles , qui partirait de la ville même et viendrait déboucher dans les eaux claires de Saint- Raphaël. Au point de vue purement technique, cette entreprise ne présente certainement pas de difficultés insurmontables; et il est certain qu'on pourrait trèsbien réunir les eaux de l'Argens et du Reyran dans un seul lit, les rejeter à POuest en temps de crue, les utiliser pendant la majeure partie de l'année pour l'atterrissement agricole de la plaine d'alluvions qui s'étend au Sud de Fréjus, et transformer ainsi cette plaine en jardins et en terres arables d'une très-grande fécondité.
Mais si une entreprise agricole de cette nature est de celles dont le résultat dépend de la volonté persévérante de l'homme, il n'en est pas de même de la résurrection d'un port militaire ou de commerce mort depuis plusieurs siècles. On ne crée pas aussi facilement un centre d'activité mari-
dme. Le port de Saint-Raphaêt, d'aiUeurs, suflBt très-Iargemeot à toutes les exigences de la nsTÎgation dans la baie de Fréjus. Quelques tnTaox d^amélioratîon ou de recreusement , le prolonge» ment du môle, la construction d'un épi desdaé à contenir les eaux du petit torrent de la Garonne, sont tout ce que Ton peut et doit £EÛre pour ce petit havre qui £siit aujourd'hui le service maritime dont le port de Fréjus est à jamais déshérité.
On ne remarque pas depuis plusieurs années un accroissement sensible dans le mouvement commercial de la région. L'importance de la pêche a même décliné sur cette partie de nos côtes; et le mouillage de Saint -Raphaël, assez ouvert du côté du large , ne présente pas des conditions excellentes comme rade de refuge. Un effectif de deux cents pécheurs forme le fond de la population de cette petite crique, dont Tavenir est moins dans le développement du commerce et de Pindustrie que dans Thivernage des riches oisifs et la vente lucrative de terrains destinés à la construction de villas de plaisance.
Peu de régions de la Provence présentent des conditions plus séduisantes de paysage et de climat. La petite ville de Saint-Raphaël est placée en dehors de la zone d'infection des marécages de Fréjus. Elle s'étend gracieusement sur la plage au pied de la chaîne sauvage de TEstérel. De tous côtés, les rochers aigus de porphyre rouge percent le sombre feuillage des chénes-liéges et