‹ La Provence maritime, ancienne et moderneChapitre 26 sur 39 · TRIB . POT . XXXII · texte numérisé non relu

TRIB . POT . XXXII

VIAM . RKFEar

L^ESTÉREL, CANNES, LERINS. 3yg

les abus du pâturage en oat £iit un véritable torrent. Son débit est devenu fort irrégulier, ses inondations beaucoup plus fréquentes, sesatterrissements ont augmenté d^une manière trèssensible; et il se produit à son embouchure les mêmes phénomènes que Ton observe dans la région inférieure de tous les grands fleuves qui déversent leurs eaux chargées de limons dans une mer inerte et sans marée. Le plus simple examen d^ne carte géologique de cette partie du littoral de la Provence montre que la Siagne, dans la partie inférieure de son cours sur trois ou quatre kilomètres de développement, serp)ente dans une plaine d^alluvîons récentes dont le niveau est à p)eine plus élevé que celui de la mer, et lui est sur quelques points inférieur. Cest la plaine de Laval. Cette plaine n'existait pas à Torigine de notre époque géologique; la mer pénétrait alors dans un golfe profond, et la rivière débouchait dans une gorge enfoncée dans Pintérieur des terres. Les deux extrémités de ce golfe, semblables à deux môles avancés , étaient le contre-fort de PEstérel, qui domine le petit port de Téoule à l'Ouest, et le rocher de Cannes à PEst.

Peu à peu, par suite de l'action incessante de la mer combinée avec celle des courants littoraux, deux flèches de sable se sont soudées à ces deux caps et ont marché lentement à la rencontre l'une de l'autre ; elles se sont rencontrées ; un lido sablonneux a fermé le golfe. La petite rade est de-

38o CHAPITKE HUIllàllB.

venuealors un bassin séparé du domaine maridine par une firéle barrière ; la barrière s^est bientôt rentorcée; les eaux troubles de la Siagne, arrivant J^une manière continue dans cette lagune YÎye, ont commencé à combler sa partie supérieure; le bras de mer s'est changé en lac qui communiquait encore avec le golfe par une ou plusieurs de ces coupures du cordon littoral appelées graus, comme on en voit en si grand nombre au devant de Venise et de Ravenne^ sur tout le littoral de TAdriatique, et dans les marais de Narbonneet d'Aiguemortes le long de la plage sablonneuse du golfe de Lyon; tous ces graus se sont enfin oblitérés , et les atterrissements ont £iit de Tancienne baie un cloaque fengeux, dont le niveau s'est exhaussé après chaque crue.

La Siagne, arrêtée dans son cours par les vases qu elle avait elle-même apportées au-devant de son embouchure, s est alors divisée en deux bras, dessinant, comme tous les fleuves de la Méditerranée, un delta qui a fini par s'avancer jusqu^au cordon littoral. Aujourd'hui Tune des branches du delta est presque atterrie; le petit fleuve a complètement comblé sa lagune intérieure; une seule bouche traverse le bourrelet sablonneux, écoule les eaux à la mer; et les limons des crues, dépassant la ligne de la plage, dessinent un promontoire sous-marin dont la progression, quoique fort lente , est cependant fort appréciable.

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La plaine de Laval n^est doac qu'une lagune transformée; et, bien que les mots semblent jurer ensemble, on peut dire en toute vérité qu^elle est un produit de Tinondation , et qu^elle a été asséchée par le fleuve lui-même. La voie Aurélienne, qui allait d'Antibes à Fréjus, la contournait au Nord et passait au pied d^un petit mamelon de poudingue tertiaire, dont le nom moderne Arluc, Ara-luci, autel du bois sacré, a une physionomie antique assez reconnaissable (i).

Un bois de pins parasols couronne encore Téminence, et on voit sur le plateau des débris de murs cyclopéens à pierres sèches qui semblent indiquer un ancien poste d^observation ou un camp retranché. Polybe raconte que, vers Tannée i55 avant J. C. , lorsque le consul Quintus Opimius entreprit , sur la demande des Grecs de Marseille, cette campagne célèbre qui devait refouler à douze stades de la côte les Oxy biens, les Décéates et toutes les tribus liguriennes, et les déposséder à jamais de leur influence mari-

(i) Nai^arius, vir strenuus et pius, non ferens animas hominum illudi fraude diabolica, delubrum et aram impudicœ Veneri dicatam in quodam monticulo qui dicitur Arlucus, quasi ara-luci, prope pontem fluminis nunc vulgo nuncupati Siagnia, omnino eliminare curavit,,. (Chronol. Lerin., II, p. 80.)

382 CHAPrm HtiiiiMB,

âme (i), il campa avec ses Irions sur une pedle colline lînoralequi dominait la rivière de Tandea Apron ; 2 , qui est la Siagne moderne; cette éniinence est le plateau d^Arluc Un siècle pins taid, la Province reconnaissait la domination romaine, et l'ancien oppidum reçut une autre destination. Un temple s\ éleva en Tbonneur de la déesK préférée des marins, née si gracieusement, suivant la Cible, de Técume de cette mer bleue dont les vagues venaient battre le pied de la colline. Au sacellum païen le zèle des premiers chrétiens substitua un sanctuaire, qui fut tout d^aboid consacré à saint Etienne et placé ensuite sous le vocable de Tun des saints les plus populaires de la Provence, celui-là même qui, sorti du monastère de Lérins , alla à Marseille jeter les fondements de Tabbaye de Saint- Viaor; aujourd'hui encore, par un mélange singulier de souvenirs profanes et de traditions chrétiennes, le <€ romérage de saint Cassien », qui a lieu le 23 juillet de chaque année, voit accourir une foule ardente et convaincue, qui commence la journée par une fête exclusivement religieuse et la prolonge bien souvent dans la nuit par des bals et des festins, réminiscence des orgies païennes.

(i) ... daov xaxà pièv ta £Ù>i(i£va àic6 ti;; daXàrrr,^ ànce^Om (éict) Toù; pspêopov; èni oûS&xa axaoîou;, xonà ce tov; xpa^côva; M oxT(tf. ( Strab., Géogn, 1. IV, c. i, 3.)

(2) Zxpazontltxtaaç oï rapà tôv 'Atc&oivs iroroqiôv. (Poltbe, XXXIII, VIII, 2, éd. Didot.)

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De l'autre côté de la vallée et au-dessi;s même du château ruiné de la Napoule, le Sant-Peyré ou mont Saint- Pierre y au sommet duquel se trouvent les ruines d^une chaf)elle consacrée, comme son nom Tindique, au prince des apôtres, s'appelait , d'après les anciens actes , la montagne de Mercure, et supportait vraisemblablement quelque temple dédié au messager des dieux (i). Une autre petite éminence voisine, Mons Martini ou Mons Martis, couronnée aussi par un oratoire consacré à saint Martin, était jadis occupée par un temple de Mars (2). Le soldat chrétien, armé et casqué , a remplacé Tancien dieu de la guerre; de même que saint Pierre, qui ouvre les portes du Ciel, avait détrôné Mercure, le conducteur des âmes dans les Champs Élysées. Ces curieuses transformations sont assez fréquentes en Pro-

(i) De altero latere... montent Mercori; de uno fronie, flumen Cyagna, {Gallia Christ,, \, I. Instrumenta Ecclesi» Foroiuliensis.)

Non longe ab hoc monte Martino seu Martio, deprehendo montem Mercurii. (Anthelmy, De initiis Eccl, Foroj,, p. 8i-83.)

(2) VIGILIA . HKTIA

MASSAE . FILIA

MARTI . OLLOYBO

(Inscription de la Napoule, perdue, citée par Papon, Spon, Carlone et Ed. Blanc.)

La montagne de Mars a pris le nom de mont Saint-Martin comme celle de Sainte-Victoire, à Aix. (Achard, Géog. de laProv., t. I. Aix, 1787.)

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païenne (0, et dont le nom même, comme celui de son temple, est Texpression de la virginité (Par^ thénon , TrapOsvo; , vierge; — Athéné, 'Aôr^vn, a TiOvivr, , je n'allaite pas) (2).

Quoi qu'il en soit, le petit golfe de la Siagne semble avoir été, à Tépoque gréco-romaine, placé sous la protection de trois dieux, sinon les plus puissants de TOlympe, du moins les plus remuants sur la terre, Mars, Mercure et Vénus, les deux premiers particulièrement gaulois, la dernière essentiellement grecque et maritime, tous trois intimement liés aux affaires des hommes et ayant de tout temps personnitié les principales passions qui les agitent, Tamour, la guerre et Targcnt.

On voit, d'après ce qui précède, que l'étude géologique du terrain et les quelques vestiges archéologiques qu'on y rencontre permettent de l'aire revivre la physionomie ancienne des lieux. On

( i) Alliez, les lies de Lérins, ch. xi, g 4, notes.

(2) La déesse vierge Athéné avait chez les Grecs ses végétaux symboliques que Ton distinguait sous le nom de parthenium, napôiviov, c'est-à-dire herbe de la Vierge. Dans les légendes du moyen âge, les attributs de Minerve ou Athéné passèrent à la Vierge, mère du Sauveur; les herbes parthenium devinrent des « herbes de la Madone », et ces herbes virginales furent dotées, dans la créance popukiire, de vertus en rapport avec leur nom. (Voir Axgelo DE Glbernatis, la Mythologie des plantes. 1878.)

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t>:.i /-:.V i 0'::i< c: ir^j les riU^ffS cnvtronHamts

Hilaire (i), formée d^arches et de terre-pleins ^ était nécessaire, parce que la grande route d^Italie traverse la plaine de Laval, et qu'après les pluies d'orage du printemps et de l'automne, elle est entièrement submergée, pendant plusieurs jours;

par le débordement de la rivière de Siagne

Depuis quarante ans, on a tant coupé de bois^ tant dépouillé les montagnes et les collines des Basses-Alpes, situées au Nord du département du Var, et d'oti sort la rivière de Siagne, que les pluies entraînent une grande quantité de terre végétale et la déposent dans la plaine de Laval, de sorte qu'après tous les débordements cette plaine s'est exhaussée de plusieurs centimètres; et, comme cela dure depuis quarante ans, il en résulte que, dans plusieurs endroits, le terrain de la plaine est arrivé à la hauteur de la chaussée et a enterré les arches. Je me suis assuré par moimême que , dans un débordement qui eut lieu en avril 1821 , le niveau d'une pièce voisine de la maison oii j'étais logé fut exhaussé de plusieurs centimètres dans l'espace de quinze jours. »

La nature, on le voit , n'a pas été le seul agent de ce colmatage rapide; le déboisement des mon-^ tagnes est entré pour une très-grande part dans les transformations rapides de toutes les plaines littorales ; et Thistoire de Provence en particulier a conservé le souvenir de ces lamentables incen-»

(i) Stat.du Var, i838.

ÎS8 CHAniTRK HUITIÈHK.

dies, qui ont faii souvcnl disparaiire en quelques semaines plusieurs milliers li'jiectares de forêts ï?culaires. Les violences de la guerre, le difscspaii-dcs vaincus, la nécessilé de ruiner le territoire devant les armées dss envahisseurs, l'impossibilité de se maintenir en sûreté dans un pays couvert de bois, ont à (.ilusieurs reprises provoque des destructions dont les conséquences ont é:é fatales pour le n^ime des eaux. Ces excès datent di loin. Aussi haut qu'on peut remonter dans l'histoira dcj peuples, on voit riionime, roi de la terre, la dévaster comme un conquératii Btallaisaiit et ne laisser bien souvent après lui, partout où il a porté sa -civilisation, que des ruines et de lugubres débris (i). Le gaspillage ou lu destruction des richesses forestières a été bien souvent la triste conséquence de la conquête, La vieille terre de Judée était déjà déboisée du temps de Salomon, cl on était obligé daller chercher dïiis les forets du Liban la charpente du tc»i(^e que devaient incendier plus tard les Ic^ioas romaines. Quatre cents ans avant Jésus-Christ. Flalon regrettait les antiques ombrages de la Grèce, presque partout détruits; ci, sans sortir de notre France, nous savons, à n'en pas douter, ^a'ù l'époque barbare elle était presque entièrement couverte d; bois entrecoupés de clairières M de tnarais. C'est de César que date chez nous

(0 A. SukELL, liludcs s;ir les torrents des Uajti3-jl(/i

l"'estérel, cannfs, i.érins. 38f^

cette guerre fatale aux forêts, guerre de vingt siècles qui a failli se terminer sous nos yeux par une extermination complète. Les Commentaires nous les montrent à chaque instant incendiées tantôt par les Gaulois pour arrêter la poursuite de César, tantôt par les Romains pour forcer U retraite de Vercingêtorix. La colonisation suivit la conquête, et le défrichement, yastinium, élargit bientôt les traces de la guerre (i).

Puis on vit se ruer, en Provence surtout, les Lombards , les Wisigoths , les Sarrasins, pour lesquels Tincendie de ces forêts résineuses était un moyen d'intimidation, une arme sauvage, trop souvent un simple caprice de conquérant enivre. Après eux vint cette terrible lutte oÈi François !•' et Charles-Quint ravagèrent tour à tour la région littorale et boisée, et pendant laquelle ce dernier, harcelé par les paysans, mit le feu aux forêts de TEstérel sur une surface de plus de trois cents kilomètres carrés. Les grandes guerres du dix-huitième siècle qui amenèrent les Impériaux sur nos côtes ne furent pas plus clémentes. Les Allemands ravageaient avec un implacable acharnement le pays occupé (2). « Vous avez raison , répondaient-ils brutalement aux députés des États, mais nous avons pour nous

( i) C.KS\R, De bcU. Gall.j passim.

Alfred Maury, les Forêts de la Gaule.

(2) Hist. du siège de Toulon. Paris, ^707.

3qo cHAPrinE HcmbiF.

le droit du canon, et nous iouk>ns du vin, de Tar- ^sent, et un couvent Je religieuses à discrétion I . » L'héroïque résistance de la Provence kur prouva qu'on ne pousse pas impunément à bout une population ardente et généreuse ; mais la guerre eut des suites funestes et dont on se ressent encore aujourd'hui. Lorsque les Impériaux repassèrent le Var. toutes les campagnes étaient perdues, les forêts anéanties, et la Provence, si riche et si cultivée, ne présentait plus, au dire des contemporains « qu'un monceau de ruines fumantes, presque un désert.

vin

Toutes ces causes réunies, les unes lentes et naturelles, les autres accidentelles et dues à Tintcrvcntion violente de Thomme, ont concouru au même résultat, qui est le comblement des baies dans lesquelles se jetaient les rivières, beaucoup moins torrentielles autrefois qu^aujourd'hui, et dont les eaux relativement claires serpentaient sur les flancs boisés des collines littorales. C'est ainsi que nous avons vu se combler la lagune de TArgens et s'exhausser la plaine de Fréjus; de même s'est fermée, depuis plusieurs siècles, la baie de la Siagne. Tour à tour transformée en

(i) Mémoire manuscrit attribué à M. d'Emerigou, Baude, les Côtes de Provence.

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lagune morte, en étangs, en marécages, elle n'est plus aujourd'hui qu'une immense plaine d'allu* y ions sablonneuses, coupée çà et là de flaques d'eau de plus en plus rares, et terminée par la magnifique plage au contour elliptique qui dessine le golfe de Cannes.

L'heureuse rivale de Nice étale ses villas sur ce cordon de création récente. Les palais , les châteaux , les hôtels couvrent un espace de plusieurs kilomètres carrés, et il ne reste de la ville ancienne qu'une agglomération de maisons médiocres étagées les unes au-dessus des autres , et couronnées par une petite forteresse délabrée. Ce petit monticule, qui a été le berceau de la ville moderne, était habité bien avant l'occupation romaine, et s'appelait yEgitna, C'était dans le principe une bourgade ligure, de la tribu des Oxybiens, et dont le nom nous a été conservé par le récit détaillé que nous a laissé Thistorien Polybe de la campagne entreprise par le consul Q. Opimius au secours des Massaliotes, alliés des Romains (ij. La ville barbare, entourée, suivant l'usage de l'époque, de murailles massives et crénelées, était ainsi adossée contre la colline et surmontée par une plate-forme qui constituait une sorte de réduit de la place, une véritable acropole, dernier refuge en cas de guerre. Le port était au bas, le long de la plage qui borde le pied du

(i) Polybe, Hist,, XXXIII, iv, vu et viir.

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plade envahie, non moins défendue par Tarchitecture naturelle du mamelon qui lui servait à la lois de base et d'escarpe, que par ses murs de circonvaliation de construction presque cyclopécnnc.

Quelle fut l'importance de cette ^Egitna pri-? mitive? Il est impossible d'avoir là-dessus des notions même vagues, et il reste à peine quelques souvenirs de cette première période de l'histoire de Cannes. On trouve encore moins de traces de l'occupation phénicienne; il est hors de doute cependant que, bien avant les Grecs, les navires phéniciens ont connu le golfe de la Napoule, y faisaient quelques opérations de commerce, ou tout au moins sont venus assez souvent chercher un abri dans un des nombreux mouillages du golfe, qui ne présentent aucun, pris isolément, des conditions absolues de sécurité dans tous les temps, mais qui se suppléent mutuellement par la diversité de leurs expositions.

L'occupation grecque, sans y avoir laissé plus de monuments que les précédentes, commence à être mieux connue et entre dans le domaine de l'histoire tout à fait positive. On a même retrouvé sur la plage de Cannes quelques drachmes au type du. taureau et du lion qui attestent le séjour des commerçants massaliotes. On sait, d'ailleurs, que les victoires de Q. Opimius (i55 av. J. C; et de Sextius Calvinus ( i23 av. J. C), appelés en Gaule par les Grecs de Marseille,

394 CHAPITRE HUrnÈBCE.

transformèrent rapidement la ville liguro-barbare en une cité gréco-romaine; elle perdit alors son nom d'^gitna et s'appela « château marseillais », castellum Marsellinum i), en souvenir de sa métropole , désignation assez fréquente d'ailleurs sur la côte grecque de Provence, et que nous avons déjà vue appliquée au port de Bouc dans la rade de Fos (2}.

Ni le port ni la ville de Cannes ne sont mentionnés dans ritinéraire maritime d'Antonin et dans la Table théodosienne (carte de Peutinger). On doit en conclure que Cannes n*était une station officielle ni pour la flotte, ni pour les armées romaines. La voie Aurélienne passait au Nord de la ville, mais les géographes classiques n'en parlent pas. Le grand Itinéraire de la Province indique que la station voisine s'appelait ad Horrea (3;; c'était, comme son nom l'indique, un dépôt d'approvisionnements et un entrepôt de vivres, situé à douze mille dWntibes, c'està-dire près de Tembouchure même de la Siagne.

(i) Alliez, les Iles de Lcrins, ch. x.

A. L. SaRdou, VjEgitna de Polybe. Nice, 1878.

(2) Ch. Lexthéric, la. Grèce et VOrient en Provence, ch. VUI, XVI.

(3) Antipoli mpm. x

Ad Horrea mpm. xii

Forum Julii mpm. xviii

l'^kstérel, cannes, lérins. 395

On y voit aujourd'hui les ruines pittoresques du village et du château de la Napoule, dont les substruciions et l'origine ont été l'objet de nombreuses contestations archéologiques.

Le nom de la Napoule a une sorte de physionomie grecque assez prononcée, Neapolis, et a séduit naturellement tous ceux qui voient avec raison sur la côte de Provence an reflet de Toccupation phocéenne. Quelques commentateurs du dernier siècle ont même voulu y placer la colonie grecque d'Athenopolis; mais cV^ là une erreur manifeste; car, si on ne connaît pas exactement remplacement de cette colonie phocéenne, on est du moins absolument certain , d'après les textes si précis de Pline et de Mêla, qu'elle se trouvait entre le golfe de Fréjus et la rade d'Hyères; et nous avons vu plus haut qu'elle ne pouvait être que sur le littoral des Maures, à Saint-Tropez ou à Cavalaire (i).

Encore moins faut-il admettre Topinion de Bouche et Walckenaër qui, pour identifier la Napoule avec l'-^gitna de Polybe, ont dénaturé son nom et en ont fait de parti pris une yEgitnapolis que l'on ne trouve dans aucun texte ancien (2). On ne saurait nier sans doute qu'il existe une certaine ressemblance entre le mot

(i) Plin., 1. m, c. V. Mêla, 1. U, c. v. (Voir ci-dessus, page 370.) (2) Valckenaer, Géog, anc, des Gaules j t. I.

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aucur: icte eu: fissî ~:~::?r. ie li vîiîe disparue; :I >*e:: rirorrti i i;* jjurte* iu io-iziè.Tîe siècle qui iisî^eu: I2 *:s:u'.i:e <::uee a Fembouchiirc *ii Li Siijme sous le nr-r: i"£pi/ij virres, arrr:\:>::'-^ni:rir.:> . c: cr::: y retrouver le souv*r.ir ies crsuicrs d= 1j srjdon FDmaine,

Qu,^i qa*il in >o::. sans s'arrè:er davantage i des discussions e:yn::I?^:ques qui reposent: sur des transcbnr.aiions ie n::ot5 souvent arbitraires.

- ?*.'»■. ^3r, Krc. .V-T^. .3\\-T

; 1- SvEX-i . fU:.c::x ij Jj: Sccutc de piogrjphte,

.4-\''t. irf- ;js C*- i«rï j-.-^ç-c^j. Re«. Lfivi^ii. f. 554.

L ESTEREL, CANNES, LERINS. 3g7

il est absolument certain que la Napoule a été bâtie sur des substructions romaines, et trèsprobablement avec les matériaux provenant de la destruction des greniers et des magasins de Tépoque impériale. Les fouilles récentes, exécutées pour rétablissement du chemin de fer de Marseille à Nice, ont mis au jour un nombre considérable de grandes galeries voûtées^ communiquant les unes avec les autres, assez semblables aux réservoirs qui servent à Tapprovisionncment de Tcau dans les grandes villes et qui, dans les premiers siècles de notre ère, ne pouvaient avoir d*autre destination que Temmagasinage des marchandises et des denrées. Ce ne sont pas de simples silos, mais des greniers parfaitement aérés, divisés en compartiments réguliers, séparés par de hauts piliers sur lesquels s'appuyaient les retombées des voûtes et occupant une superficie de plusieurs hectares. De tous côtés, le sol sonne creux sous les pas; et nul doute que de nouvell'js fouilles, pratiquées à un ou deux mètres au plus au-dessous de la couche végétale, ne révèlent des constructions jusqu'à présent inconnues. Les ruines antiques sont encore apparentes sur le bord même de la mer; on y retrouve des débris de tuiles et de poteries; et, bien que l'existence du port en cet endroit ne soit pas mentionné dans Tltinéraire maritime, la disposition même des lieux indique qu'il y avait au moins un quai d'embarquement

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