‹ La Provence maritime, ancienne et moderneChapitre 28 sur 39 · C . VENVSIVS · texte numérisé non relu

C . VENVSIVS

ANDROM . SEX

VI R . AVG . CORP

FILIAE l

DVLCISSIMAE

f [nscription trouvée à quatre cents mètres de ]a gare de Cannçs, dans les matériaux de la chapelle de Saint-Nicolas.)

(2) Tacite, Ann., I. XI, xiy.

j^j-ie Je Cannes, au Cannet, à Mougins, dans w j;£S Je la rade aujourd'hui désertes (i), ne n^< rermet plus de douter que cette côte privi- |g^<[ Jant la culture et les mœurs étaient déjà, ij. srmpsdc Pline i2i. aussi développées et raffig^ que celles des plus riches provinces de 2-jyîie. ne fût absolu m;:nt couverte de cottages jj Je villas somptueuses: et le golfe de Cannes, jivisi.', comme celui de Naples, en deux segments ÎQf^jJx, précédé comme lui d'un petit archipel J'iles boisées . jouissant d'un climat encore plus heureux, orné d'une végétation à la fois italienne et orientale, devait être assez semblable à ces campagnes cciêbres de Sorrenie, de Misène, de Castellamarc et aux rivages de Baia et de Capri dont les pocics classiques nous ont laissé les plus séduisantes di:>cripiions 3 .

I I^RiN cl S\Hi)Or. Efifzrjphij iintijjuc cl I user tjr: ions ancunius incJiWs. liull. de la Sovj. des icitrcs, sciences cl arts dv.s Alpcb-Marii.. ann. iNjl^ cl suiv. ;

A. CxRLoNE. Vcstif^cs vfigruf/iiqucs Je la domination fP'L\()-m.issatiotc et Je la JuminMiuJi romaine dans les A IpeS' Maritimes.

Kd. Hi.asc, lîpi^rap/iie antique des Alpes- Maritimes,

\y AL'rwum eultit, yirorum morumque di^natione, am^ plititdme iipum . niillt provifieiarum pu^tûrenda, breviterque Itjlia verius quam Provincia. ; Pline, i. lll, c. iv.,

^i\. Conlraeta pisees jrquora seutiunl,

Jaetis in altum molibus. Huefrequens Cœnienta demittit redcmptor

l'estérel, cannes, lérins. 401

Aussi, lorsque le flot de l'invasion barbare vint envahir TEurope, il n'eut pas de peine à balayer une population énervée par le luxe, et que l'abus séculaire des jouissances matérielles avait rendue absolument incapable de la moindre résistance. Pendant plusieurs siècles, le malheureux pays reçut les assauts de toutes les bandes étrangères qui inondèrent la région méditerranéenne, Vandales, Goths, Wisigoths, Francs, Lombards, Sarrasins. A l'intérieur le désordre n'était pas moins grand; et la longue série des guerres de Provence, les troubles religieux, la peste de i588, les querelles incessantes et les ambitions effrénées de tous les seigneurs locaux décimèrent la contrée et firent de cette côte, jadis si riante, une lande presque déserte, sans culture, où l'on ne vit plus bientôt que des ruines et des cendres accumulées.

Au commencement de notre siècle , Cannes, si prospère seize cents ans auparavant, n'était qu'une pauvre bourgade. Le commerce y était tout à fait nul ; et l'illustre voyageur de Saussure la dépeint, en 1787, comme un hameau misérable composé de deux ou trois rues à peiné habitées par quelques matelots. Telle serait encore sa situation si

Cum famulis, dominusque terrœ Fastidiosus... (Hor., Carm., 1. III, od. i.)

Nulîus in orbe sinus Daiis prcclucet amœnis.

(Hor., Ep.^ 1. I, i.)

402 CHAPITRE HDlTItlitE. ^B

une musaveniure de voyage n'y avaii fait séjourner pendant quelques semaines l'un des plus illustres hommes d'État de l'Angleterre, auquel la ville nouvelle et tout ie littoral sont redevables d'une vogue et d'une prospérité toujours croissanrcs.

En i83i, le grand chancelier lord Brougbam, fuyant les brouillards du Nord, se rendait en Italie, terre classique de la lumière et du soleiJ. Retenu sur le territoire français par les tracasseries de la police sarde qui redoutait en lui i*iniroduclion du choléra de l'autre côté des Alpes, il employa cette halte forcée, à de fréquentes excursions dans le golfe de la Napoule. Ce fut pour lui une véritable révélation. Ce soleil et ces fleun qu'il allait chercher à l'extrémité méridionale de l'Europe, il les trouvait dans la baie de Cannes. Lord Brougham n'alla pas plus loin et résolut de hxer-sur cette plage merveilleuse sa résidence d'hiver. Ses compatriotes accoururent à son appel; en moins de trente ans Cannes était transformée; aujourd'hui la ville compte près de dix mille habitants. Chaque année une véritable émigration russe, américaine, anglaise, tout \t highlifc d». monde entier vient y passer en pleine lumière cette rude moitié de l'année pendant laquelle les pays du Nord sont plongés dans une demi-obscurité froide et brumeuse. Le long de la plage, depuis le château de la Napoule jusqu'à la pointe de la Croiseite, dans l'intérieur des terres, sur les monticules boisés qui forment autour du golle

l"'estérel, cannes, lérins. 4o3

un hémicycle de verdure, de bosquets et de fleurs, se pressent tous les jours plus nombreux les villas, les châteaux crénelés, les palais, les hôtels, les jardins, les bois d'orangers, les massifs de palmiers et d'aloès enchevêtrés dans un pêle-mêle confus et d'un goût peut-être douteux, mais dont Taccumulation désordonnée et l'exubérante richesse suivent depuis près d'un demi-siècle une progression rapide jusqu'ici non interrompue.

C'est qu'en effet aucun pays au monde ne possède un climat comparable à celui de Cannes. On n'y connaît pas, comme dans le reste de la Provence, de température extrême. La ceinture continue des collines qui dessinent le golfe forme une sorte de paravent naturel entre la rade et les hautes montagnes; et, lorsque les vents froids soufflent des Alpes, ils passent par-idessus le littoral qui demeure toujours abrité. Grâce à cette protection, ils vont tomber à une certaine distance à la surface de la mer, dont on voit les vagues se gonfler à l'horizon, tandis que les eaux voisines de la plage présentent à peine quelques ondulations comme celles d'un lac tranquille (i).

La déperdition nocturne de la chaleur, favorisée par la limpidité d'un ciel presque toujours sans

(i) Elisée Reclus, les Villes d* hiver, c. iv. Jean Reynaud, Magasin pittoresque.

r^:r=s. L*ii:ci:z:s. ziiir-i ie Li arrc ci dcxié d'une

sit-rs ±T.:7i >£::: fsiirii, est k seol des êtres

OTfiziscs q-1 r -lisse s' iccliziircr pnesque partout 1 11 surfiCi i:: ^jice: il TÎt e se dêrelappie norsn.eTjfz: sous li zzze lorride camme dans les r^cicos «:licijiD£s. ci passe brusqiieiDcnt d'an û cxtnézr.e 2 l£.::re. presque suis edbns, perte ce :orce ni âltéradon de santé. Les v^xaux sont £utr^=:en: sensibles, et la floffc« ctxnme li ûune. vxrie cûzzplêtementaYoc les lad* luies ei les hiuteurs.

A Cannes, plus que pinout ailleuxs sur la côte de Provence, les vé^eiadons des dimats opposés 5e îonJeni dxns une ^iniiiable promiscuité. Ce ray^ce est vênublement unique, et Ton se croira :i pinbis tnasponé dans une immense serre

OÙ se trouveraient réunis par des moyens artificiels les sujets les plus disparates. La plaine est .couverte d'orangers et de citronniers, au milieu desquels émergent de distance en distance des éventails de palmiers et des tiges d'aloès ; les coteaux sont couronnés de pins parasols dont les grandes têtes majestueuses rappellent les sites classiques de la campagne romaine; le fond do tableau est tapissé de forêts de pins noirs et serrés, semblables à une draperie sévère au-dessus de laquelle se profilent les lignes pures des Alpes rayonnantes dans leurs neiges éternelles; et Ton voit ainsi groupés dans le même cadre les grands conifères du Nord, les oliviers de la Provence, les fruits dorés et embaumés des Baléares, les lauriers -roses de l'Asie Mineure et les végétaux épineux du Tell algérien.

Au point de vue militaire, maritime et même commercial, la baie de Cannes a, depuis deux cents ans, considérablement perdu de son importance. Pendant la guerre avec l'Espagne qui devait se terminer par la réunion du Roussillon à la France, on la considérait comme une position stratégique de premier ordre, une excellente rade foraine couverte par les îles de Lérins, et pouvant servir de base d'opération à nos flottes et à nos armées dans le cas où ce petit archipel tomberait entre les

tnuin?^ Jti r^r

patriotiques de

'^jMis- XJi: c ^ Ricbtjkc rexuUnt les vingt Tîcis ç::e :» Eîviifiirls .-cczpèrent les fons de 5ii::iK-\Urçjc-::5 ic i* Siîaî- Honorât (scptenrrs i^rf-zuî ::5- , i* sciUicîtude extrême AT*j '^--tlt Ls c^nd^DêrcDî k veiller sur cenc pinic du îinoril ie Ii ProrcDcs avaient alors leur raison ùé^rt.

Depuis l:>rs les coDiîiiarts iréaérales de la guerre ziaririrac e: de li iéfensc ies côtes se sont modifcss, phis tncccz peu:-éire que celles de la guerre coctineniale- La baie de Cannes, semée d'écueils que recouvre à peine une tranche d*eau de trois >u quitre rr.èr^. es: 2bs?!ument impropre au ziruillijre ces nivires de iiuerre et ne peut être ijcessible çu*2ux ^«:e^ux d'un ùible tirant d'eau

eicl-isîve— en: c^::^I:vc:^2ucy^o:a^elocal. Quoique rlus rr:::nJ. le colre J.uan. que le bouillant archevêque ue Bcrue^ux. Nîr- deSourdis, chef des conseils de la n:ar!r.e rcy^Ie, dépeint dans son rappcn au cardinal de Richelieu comme « la tête du royaume et I3. plus belle situation qu'on puisse voir, puisque de là touîes les pana nces sont excellentes et que, de toutes les navii^aiions qu'on fait à la mer, on est obligé de le reconnaître (1} », n'est

1 \ cir jans la Co.'.'tvr:. ?: Jcs documents inédits sur rhisioirc de France la correspondance de Henri de Sourviîs : CTwires. insiriicticns wi lettres de Louis XIII et du cardinal Je Richciici:, sur les opérations maritimes de id3ô à l'j^z.

l'^stérel, cannes, lérins. 407

même plus aujourd'hui un port de pêche ; c'est à peine une station de relâche ; et le petit embarcadère sur pilotis en fer que Ton a récemment construit au fond de la baie ne sert qu'à l'exportation de quelques produits locaux, et en particulier de quelques poteries délicates dont les habitants de Vallauris, l'ancienne Vallis aurea , ont conservé Télégante tradition.

Le port de Cannes, bien que médiocre, a un mouvement un peu plus sérieux et qui atteint, tant à rentrée qu'à la sortie, près de vingtcinq mille tonnes. Il y a à peine un demi-siècle, le port n'était qu'une anse naturelle, abritée par un large quai ombragé d'arbres, le long duquel venaient se ranger les navires qui faisaient, pendant les beaux temps, des opérations de commerce avec les ports voisins. On a voulu mieux faire, mais les travaux récents sont loin d'avoir produit d'heureux résultats. Un môle de cent cinquante mètres a été construit à grands frais en 18 38; précédé d'un véritable échiquier de roches sousmarines, il n'est d'aucun secours pour les navires de guerre qui exigent des profondeurs bien supérieures. La grande navigation et la marine de rÉtat ne petivent donc tirer aucune utilité d'un port dont l'approche est hérissée d'écueils. Il y a plus : la disposition de ce môle continu, enraciné

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l'estérel, cannes, lérins. 409

surbaissés. Ces môles ainsi tronçonnes n'opposent aucun obstacle aux courants qui font Tofiice de dragues naturelles et rétablissent la profondeur perdue. Grâce à cette agitation sagement ménagée, les sables ne s^arrétent pas dans le port; ils ne font que le traverser et peuvent ensuite se diriger dans le fond des golfes ou sur tout autre point de la côte que la nature leur a prescrit comme terme final de leur marche. C'est ainsi qu'un certain nombre de petits ports de Tltàlie méridionale, dont Inexistence remonte aux dernières années de la république romaine, bien qu'abandonnés depuis plus de dix-huit siècles, conservent encore aujourd'hui en plusieurs endroits des profondeurs supérieures à dix mètres.

Cannes, malgré ses mauvaises dispositions nautiques, est le port naturel de la vallée de la Siagne. C'est là que viennent aboutir tous les produits agricoles et industriels récoltés ou fabriqués dans ce magnifique amphithéâtre de collines dont le plateau calcaire de Grasse forme le couronnement. Cette heureuse petite ville de Grasse semble être la patrie des fleurs et des parfums. Ses forêts d'oliviers fournissent Thuile la plus fine et la plus moelleuse de la Provence, et ses bosquets d'orangers et de citronniers donnent à la fois des fleurs en abondance et des fruits en pleine maturité. Dans la

^10 CHAPITRE HUrriEUE.

campagne, les rosiers, les jasmins, la menihc, l'hélioirope, les violettes de Parme, les rcsédjs, sont cultivés sur de grandes surfaces, comme on fait ailleurs pour les plantes potagères les plus usuelles. La transformation de ces produits naturels en parfumerie est devenue la grande industrie de la région , et le voisinage des Alpes permet d'ajouter à celte flore pour ainsi dire domesiiqiie l'exploitation d'une foule de fleurs et de plantes sauvages, le thym, la lavande, le romarin que l'on peut recueillir à peu de distance sur la hauteur.

Tout ces produits se dirigent vers Cannes et alimentent son port; mais ce genre d'exportation n'est pas de nature, on le comprend, à grossir beaucoup le chifl^re du tonnage. Les matières lourdes et encombrantes, les produits de la grande industrie manquent complètement dans le golfe de la Napoule, et le chemin de fer est encore venu diminuer l'imporiance du mouvement maritime. Quelle que soit donc la prospérité de la campagne de Cannes, le port restera toujours dans un rang trcs-sccondaire. La pêche cependant, qui y entretient plus de quatre-vingts bateaux montés par deux cents matelots, en fait un centre maritime intéressant pour le recrutement des équipages de la Boite. Mais il est peu probable que le commerce et l'industrie se développent jamais d'une manière sérieuse dans une ville qui n'est qu'une agglomération d'hôtels et de viUas, et oli

l'estérel, cannes, lérins. 411

tout est subordonné au luxe et aux habitudes mondaines des étrangers. Le goût de plus en plus répandu des voyages, le développement général du bien-être, les exigences de la santé et la toutepuissance de la mode ont donné à cette ville, bénie du soleil, une fortune plus rapide et même plus sûre que l'industrie la plus laborieuse et la mieux dirigée. Comme la plupart des stations hivernales de la Méditerranée, Cannes est une ville oti Ton ne sent pas le besoin du travail. Elle se contente d'exploiter indifféremment l'étranger riche qui sème son or, et le moribond qui n'a plus la force de le défendre et auquel elle vend le plus chèrement possible quelques lueurs d'espérance. Elle grandit sans cesse, et il est difficile de dire où s'arrêtera ce mouvement d'extension; mais l'on peut dès maintenant prévoir l'époque prochaine où les deux plages de la Napoule et du golfe Jouan, depuis l'embouchure de la Siagne jusqu'au promontoire de la Garoupe, ne seront plus, comme la merveilleuse campagne de Gênes, qu'un immense parc moderne semé de jardins, de villas, d'hôtels et de palais.

Le grand intérêt et la poésie du golfe de Cannes ne sont pas sur ce littoral où la nature disparaît un peu trop sous le décor; il faut aller les chercher en mer, à une demi-lieue de la côte. Là,

deux petites îles, aujourd'hui presque disertes, mériieni d'ufte manière toute particulière l'attention recueillie de l'hisiorien, de Tarcbéologue, du chrétien, de quiconque, en un mot, a conservé dans son âme le culte du passé et la religion des souvenirs. L'archipel de Lérins émerge à peioe de quelques mètres au-dessus de la nappe bleue de la rade. Autour des deux lies principales, un nombre considérable de rochers aux formes bizarres, les uns â fleur d'eau, lesautres cachés, portent le nom de a les Frères i> ou « les Moines », eri souvenir sans doute de cette armée de religieux qui a peuplé pendant prés de quinze siècles Parchipel ei la côte qui lui fait face. Cette ceinture de récifs et décueils sous-marins reçoit tout d'abord le choc des vagues; et les deux iles, en quelque sorte protégées par cette avam-garde de petits môles perdus, semblent flotter comme deux radeaux de verdure sur une mer tranquille.

Elles sont régulièrement orientées comme celles d'Hyères de TEsi à l'Ouest; et on a vu plus haut que les géographes anciens désignaient sous la dénomination générique de k Stcechades n toutes les îles rocheuses échelonnées le long de la côte )igu* rienne depuis Marseille jusqu'au Var, Strabon raconte qu'elles étaient très-peuplées [ij. Pline remonte plus loin dans le passé ce parle d'une

Il KBtOlxlB;. (Stbab., Géog.,

l'eSTÉREL, cannes, LÉRINS.

ville importante et fortifiée, Vcrgoanum , dont il restait à peine des ruines de son temps, ce qui porte son existence à un nombre de siècles indéterminé avant notre ère (i). Les noms anciens de ces îles, Lero et Lerina, mentionnés par Ptolémée et Strabon, se retrouvent dans ta dénomination moderne de Lérins et rappellent , d'après les géographes classiques, le passage, les exploits ou la domination d'un héros légendaire qui lut peutêtre le fondateur de la ville dont il ne restait plus à l'époque de Pline que le nom et un vague souvenir {a).

Quel était ce Lero dont la mythologie barbare ne nous a laisse aucune trace, et dont le culte cependant était en honneur dans les îles (3)? Faut-il y voir une sorte d'Hercule ligure analogue au Melkarth lyrien, fondateur et colonisateur de villes, conquérant pacifique plutôt que guerrier? Doit-on le regarder simplement comme une sorte de mythe représentant le peuple primitif qui a occupé l'archipel de Lérins au seuil même des temps historiques? Il est difficile de rien préciser à ce sujet. Il est curieux, toutefois, de remarquer que ce même nom de Lero ou de Lerios a éié donné à plusieurs îles des Sporades,

( I } Lero et Lerina, advenus A ntipotim, in qaa VtTgocmi, oppidi memoria. fPi,w., 1. 111, c. ii.)

(l) Aiipciï-i, var. : Aîipo; vjlooe, Aiipivu. (Ptol., 11, iï, 21.) (ï) 'Ev iî îï Aiipwvi xii ^[«^ tjïi t4 toû AJi[>i«vo(. (StraB., 1. IV, et. ,0.1

414 CHAPITRE HumiaiE*

dans la mer Egée (i), et il est assez rationnel d^admettre que cette d&ignation identique révèle une communauté d^origine. Le Lero d^ eûtes de TAsie Mineure serait donc le même, ou proviendrait du même cycle légendaire que celui des côtes de la Ligurie; et nous aurions ainsi une nouvelle preuve de ces premières migrations orientales qui , aux époques héroïques de Tbistoire, ont colonisé les rivages occidentaux de notre Méditerranée.

Quoi qu'il en soit^ il est certain que, bien avant Inoccupation romaine, le sol de ce petit archipel était couvert d^habitations et même de monuments. Phéniciens et Grecs ont abrité leurs galères dans les petites criques naturelles qui découpent le périmètre des deux îles et le canal qui les sépare; et, lorsque les conquérants des Gaules y mirent pour la première fois le pied, un siècle et demi avant notre ère, ils les trouvèrent riches, peuplées, en pleine culture et jouissant déjà d^une civilisation assez avancée.

( I ) "Ecrri Se xal 'ApLopyè; xtôv InopdlSfaiv, 50ev ijv £t(iwv{£r,ç | Twv là|A0(iiv iroiyiTTQÇ, xai Aé6iv6o; xal Aepta. (Strab., I. X, c. v,

Kai nàTfjioc xal Aépoc (Strab., 1. X, c. v, i3.) Leros, prope Patmos. (Plin., 1. IV, xxv, 5.) Leros in Carice ora, (Plin., 1. V, xxxvi, 2.)

l'estérel, cannes, i.érins. 41 5

La grande île s'appelle Sainte-Marguerite, en souvenir de Téglise qu'on y construisit sous ce vocable dans les premiers siècles du moyen âge. Elle était, dans les temps anciens, particulièrement consacrée au légendaire Lero dont elle portait le nom, ainsi qu'un petit îlot rocheux, la Tradelière, Trans-Lero, situé à quelques encablures à l'Est. On y voyait, nous dit Strabon, un temple du dieu oîi les pirates ligures venaient faire des sacrifices; et, si Ton en croit la chronologie de Lérins, ce culte paraît avoir subsisté pendant les deux ou trois premiers siècles de notre ère. Il ne nous reste absolument rien de ce passé, peut-être un peu douteux. L'occupation romaine elle-même n'a laissé que de faibles traces de son passage; nous voyons cependant, dans ritinéraire maritime d'Antonin, que les deux îles Lero et Lerina étaient une station officielle de la flotte entre le port d'Antibes et celui de Fréjus (ij. Les annalistes de Lérins nous aflirment, de leur côté, que les Romains y construisirent des demeures somptueuses, des fortifications, un arsenal, dont on voyait encore les ruines

(i) Ab Antipoli Lero et Lerina, insulœ, . . mpm. xi A Lero et Lerino Foro Juli, port us. , mpm. xxiiii

(Itin. mar.)

à la fin du seizième siècle (i). Une inscription bilingue en grec ei en latin, exhumée en rSiS près du fort Sainte-Marguerite, cnalheureusement perdue et assez incorrectement rapportée, est cependant une preuve évidente que l'iie était fréquentée par les navigateurs grecs, et qu'une population grecque y existait côte à côte avec la population romaine (2).

Tous les monuments du passé ont à peu près disparu ; et les matériaux antiques, remaniés plusieurs fois, ont été, jusqu'au dernier, mis en œuvre pour les fortifications modernes. La seule construction intéressante est le fort qui a joué, pendant les deux siècles derniers , un rôle militaire de premier ordre; ce n'est plus aujourd'hui qu'une caserne. Construit par Richelieu, considérablement agrandi par les Espagnols maîtres de l'île, transformé ensuite d'après les plans de Vauban, il

(1} la qtia (Leione) Romani auleatudumicUiafimlidat-

que mumliones construxervnl (ut adhucmonslranl aatiqua vestigia) pro regijico apparatu pclivoliirum classium dirigendarum in Gatliarum parles oeciduas. — ChroHol. Lerin. Deseriptio situs.

(1) mEPTHCCQTHP pfto . SALÏTB

Mior.yoïAiri'oc m . ivu . lwv»

EriITPOnDKAÏC PROC.AVO

ArAeOK.VHC AOATHOO.»

ioi-Aoc itmimmi

ErxAntii.vsi i/nhim.iiW

LKSTEttEL, CANNES, LERIKS. 417

a été depuis lors presque loujours utilisé connue pénitencier militaire ou comme prison d'État.

Le plus célèbre des prisonniers de Sainte-Marguerite est celui qui est connu dans tous les mémoires, et surtout dans les drames, les romans et même les romances, sous le nom de « Masque de Fer ». On sait toutes les hypothèses qui ont été faites au sujet de ce mystérieux personnage, véritable sphinx de l'histoire. Les travaux récents de la critique (i) n'ont pas eu de peine à établir que, de toutes les solutions proposées, la plus répandue ei la plus populaire, celle-lâ même qui a élé adoptée par les historiens les plus brillants, mais les plus passionnés de notre époque (2), est de beaucoup la moins vraisemblable. Quelque désillusion qu'en puissent éprouver les gens avides de royales et ténébreuses intrigues, l'inconnu, dont la vie cachée aux yeux du monde n'a eu pour horizon que les murs de Pignerols, de Lérins et de la Bastille, et sur la mémoire duquel pèse encore la terrible parole de Louis XIV : « Il faut que personne ne sache jamais ce que cet homme sera devenu u, n'éiaît pas et ne pouvait pas être le propre frère du grand roi, tîls aduhérin de la séduisante Anne d'Autriche, â laquelle les romanciers modernes ont

(1) Voir Harius Topin, l'Honiine au Masque de fer.

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VesTénKL, CANNES, l£rin£. 419

après avoir commandé en maîtres, ils revenaient captifs et désarmés.

Le dernier enfin, le plus tristement célèbre des prisonniers de Sainte-Marguerite et dont, malheureusement pour nous, le crime n'est pas une énigme de l'histoire, a été un maréchal de France; et on se demande encore aujourd'hui par quel étrange concours de circonsianccs les portes de la forteresse, si hermétiquement fermées sur tant d'innocentes victimes, se sont enir' ou ver les devant celui dont le nom restera toujours écrit ù la page la plus honteuse de notre histoire nationale,

Un petit bras de mer de sept cents mètres, hérissé de pointes de rochers sur lesquels on ne trouve que trois mètres d'eau, sépare l'île Sainte- Marguerite de l'ile Saint-Honorat. Celle-ci est la miniature de la grande île; même forme ovale, même orientation, relief â peine accentué. Les anciens l'appelaient tantôt Lerina, la petite Léro, tantôt Planasia, nXava?ix, c'est-â-dire l'île plane. Le tour de l'ile dessine une ellipse à peu près parfaite et mesure à peine trois kilomètres. C'est, comme on le voit, un simple banc de rocher d'un demi-kilomètre carré, arasé presque horizontalement à trois ou quatre mètres au-dessus du zéro de la mer, et recouvert d'une mince couche d'humus et de débris végétaux. Et cependant ce rocher, dont les maigres bouquets de pins et le

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