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r^niis distances, des .ionnes. dont les dîqu'elles ont apparhuir mctres de haut,
NICt, ANTIBES, CtHIBZ.
indiquent remplacement de ces salles adjacemes aux thermes et qui servaient au repos, aux plaisirs et aux exercices des baigneurs et des oisifs, L'hypocausie entin, où se trouvaient les foyers et d'oti partaient les canaux destinés à chauffer l'eau et à produire la vapeur, est entièrement découvert et rappelle dans tous ses détails les dispositions usuelles adoptées dans les thermes des principales villes d'Italie(i).
L'amphithéâtre, moins riche, est beaucoup mieux conservé et paraît avoir été construit dès les premières années de l'occupation romaine. Les matériaux sont grossiers. Aucune décoration extérieure. C'est dans toute sa brutalité le monument classique de la tuerie impériale : une grande enceinte elliptique entourée de gradins sur lesquels prenaient place les magistrats, les légionnaires et le peuple, en tout trois ou quatre mille spectateurs assis ù l'aise, protégés par une immense lente et qui venaient périodiquement voir combattre et mourir quelques centaines d'esclaves et de captifs [2). En admettant avec un grand nombre d'archéologues la proportion de un pour trois entre le nombre des spectateurs et celui des habitants de la cité, on voit que Cimiez ne devait pas
( I ) F. Bkun, Description des bains de Cemenelium d'après ks découvertes faites en fft'75. Nice, 1H77.
(:) L'arcne elliptique de l'amphithéâtre avait quarante- MX roêtrcs suit^nt 1c grand uxe et trente-quatre m6tre& quatre-vingts (cnt. suivant le petit.
compter plus de dix à douze mille âmes. C'est peu pour une ville moderne; c^était beaucoup plus pour une ville romaine, si Ton observe que Arles, Nimes et Narbonne, les trois premières colonies de la Gaule méridionale, n^avaient pas, au temps de leur plus grande splendeur , une population de plus de quarante à cinquante mille habitants.
Les ruines d'Antibes sont beaucoup moins importantes. La ville a été plusieurs fois bouleversée. L'arsenal maritime des Romains a été vraisemblablement construit avec les débris de la ville grecque; la ville du moyen âge a été à son tour bâtie avec les matériaux romains et successivement dévastée parles Goths, les Lombards et les Sarrasins. Les ingénieurs militaires ont complété 1 -œuvre de destruction des barbares; l'enceinte romaine a complètement disparu, et tous les matériaux antiques ont servi aux fortifications modernes que nous voyons aujourd'hui et qui, depuis le déclassement militaire de la forteresse d'Antibes, sont destinées à disparaître dans un avenir plus ou moins prochain.
Ce n'est donc qu'avec bien des réserves que l'on doit considérer l'église actuelle, au sommet de la ville, comme occupant remplacement d'un ancien temple de Diane d'Ephèsc. Les deux grandes tours carrées cy.u la flanquent ne sont pas davantage de
construction romaine; mais cependant on y retrouve des matériaux de grand appareil provenant incontestablement des démolitions des anciens édifices, et quelques-unes de ces pierres de taille portent des inscriptions en caractères de la belle époque dont Tune notamment, renversée sens dessus dessous, garde encore le nom d^AntipoIis. Le cirque lui-même ne nous a laissé que des soubassements tronqués et bien difficiles à reconnaître dans les caves de quelques maisons. Le théâtre, déjà en ruine au moyen âge, a été complètement rasé en 1 69 1 . Le sol en a été nivelé pour servir d'assiette à un parc d'artillerie qui n'existe déjà plus; et le seul souvenir qui nous en reste est Tinscription , tragique dans sa brièveté, mais d'une concision touchante et pleine d'atticisme, consacrée à la mémoire d'un pauvre enfant, captif peut-être, venu du Nord, loué sans doute par quelque entrepreneur de spectacle pour danser sur la scène d'Antibes, et qui fut enlevé au milieu de ses succès : Saltavit et placuit (i). Çà et là on a relevé des fragments de murs qui paraissent avoir appartenu à des tours ou à des portes de l'enceinte, quelques citernes et deux aqueducs qui s'étendent assez loin dans la campagne et dont
PVERI. SEPTENTRIONIS
QVI . ANNORVM. XII.
ANTIPOLI . IN. THEATRO
BIDVO . SALTAVIT . ET . PLAC\'IT
470 CHAPITRE NEUVlèlIR.
Fun a pu être conservé et utilisé pour Palimen-^ tation de la ville moderne.
Antibes semble avoir été destiné à être de tout temps un arsenal maritime. Les Romains en avaient fait le port officiel et militaire deCimiez; plus tard Henri IV, Richelieu et Vauban y établirent une place de guerre, la première que Ton rencontrait sur notre territoire après avoir franchi le Var, qui formait alors la limite franco-italienne. Depuis le reculement de notre frontière au delà de Menton et la transformation de notre matériel de guerre, la place d' Antibes n'a plus sa raison d'être. L'enceinte bastionnée de la ville et le fort carre qui la proiége, dorés et presque rougis par le soleil, entourés de bois d oliviers, ne sont plus qu'un ravissant décor de théâtre. Le port, à demi couvert par un môle circulaire coupé d'arceaux et de pilastres, a une élégance qui rappelle les naumachies antiques; on n'y voit plus aucun navire de l'État, et il n'abrite guère que quelques bateaux qui font le petit cabotage avec les ports voisins. Le chantier de construction, que l'on avait installé au siècle dernier dans un bastion en saillie sur la direction générale du môle, n'existe pour ainsi dire plus que de nom, et n'est guère utilisé que pour quelques réparations accidentelles de plus en plus rares et pour l'armement de petits bateaux de pèche.
Directement ouvert aux mers du large qui laissent pénétrer la houle jusqu'au fond du bassin, placé en outreà TOuest du Var dont les sables sont entraînés par le courant littoral, le port d*Antibes présente des conditions nautiques assez médiocres. Toutefois de récents travaux qui ont porté à six mètres la profondeur de l'entrée et du bassin, qui n'était que de quatre mètres du temps de Va u ban, contribuent à y entretenir un certain mouvement commercial et le font même rechercher quelquefois comme port de refuge. Près de deux cent cinquante bateaux y entrent annuellement en relâche, et le tonnage des marchamlises importées et exportées dépasse dix mille tonnes. C'est en somme un port de troisième ordre, bien suffisant pour desservir les intérêts d'une ville jadis florissante, aujourd'hui tout à fait déchue.
Le port de Nice, malgré les vicissitudes sans nombre qu'il a subies pendant toute la série des temps historiques, a une tout autre importance. Il n'a jamais eu, comme Amibes, de prétention militaire, et est resté toujours ce qu'il était il y a plus de vingt siècles, un port exclusivement commercial. Mais remplacement du port a changé. Sous la domination grecque, il se trouvait, comme nous l'avons déjà dit, à la plage des Ponchettes, qui longe l'ancienne ville, au devant du Corso
472 CHAPITRE NEUVIKMK.
moderne, transformé depuis peu en une promenade latérale à la mer, plantée de palmiers, et qui doit faire suite à cette admirable chaussée, unique dans son genre et désignée sous le nom de « Promenade des Anglais w.Cest en réalité le « boulevard des Italiens » de la Méditerranée. Le port n'était alors qu'un simple mouillage, une plage d'échouage; et les navires étaient halés sur la grève soit à bras d'hommes , soit à Taide de cabestans et de cordages, comme on le fait encore sur tout le littoral de la Ligurie entre Gènes et Monaco.
Jusque vers le milieu du siècle dernier, on distinguait même à Nice deux ports ou plutôt deux mouillages distincts dans chacune des deux anses situées à droite et à gauche du promontoire du Château : ù TFst, entre le cap de Mont-Boron et la pointe des Ponchettes, était le mouillage de Limpia, ainsi nomme ù cause des nombreuses sources d'eau douce plus ou moins limpides qui s'épanchaient à la surface du sol ; à TOuest, entre la pointe des Ponchettes et Tembouchure du Paillon, était celui de Saint-Lambert, le plus ancien, le mieux abrité des coups de mer du large par la falaise même au-dessus de laquelle se sont élevés successivement Voppidum ligure de la ville primitive, Pacropole grecque, le castriim romain et la forteresse du moyen âge. C'est ce dernier mouillage qui paraît avoir été dans le principe le port de la cité phocéenne. Il est aujourd'hui complètement abandonné depuis près de deux siècles.
NICE, ANTIBESy CIMIEZ. 478
Le port de Nice est tout .à fait artificiel. Un moment on avait eu l'idée de le creuser dans le lit caillouteux du Paillon, qui est bien le type le plus saisissant de ces torrents indisciplinés des Alpes, presque toujours à sec, qui sert de champ d'ctendage et de séchoir à toutes les blanchisseuses de la ville, et où Ton ne voit deTeau que tous les dix ans sous forme de cataractes et de déluge d'inondation. Pour se débarrasser de ce petit tleuve incommode et rageur, on avait eu le projet lie le dévier à l'Est, et de le rejeter à l'endroit oîi se trouve le port actuel. On recula devant les dépenses considérables et l'imprévu de l'entreprise ; on préféra créer directement un bassin de toutes pièces dans la plaine même de Limpia; et en lySo, le roi Charles Emmanuel 111 posait la première pierre du nouveau port moderne. Aujourd'hui, après plus d'un siècle de travaux et surtout après les améliorations et les agrandissements exécutés par les ingénieurs français depuis l'annexion du comté de Nice, le port, entouré de quais, protégé par des jetées monumentales, a une superficie de cinq hectares; et son tirant d'eau, qui n'était dans le principe que de quatre mètres, a été approfondi à six mètres dans l'intérieur du bassin, à sept mètres à la passe.
Quoique directement exposé comme celui d'Antibes aux coups de mer du large, les dispositions heureuses des jetées ont produit dans le bassin et tout le long des quais un calme complet, et les
474 CHAPITRE NFUVîftMF.
conditions nautiques seraient excellentes sans les difficultés assez sérieuses de Tentrée pendant les gros temps. Aussi, sur plus de mille deux cent bateaux qui viennent y faire annuellement des opérations de commerce, soixante à peine y entrent en relâche. Mais la nature a mieux feit que les hommes ; et la rade de Villefranche, qui s'ouvre comme une vaste échancrure à TEst même du cap de Mont-Boron et à deux kilomètres à peine de Nice, offre aux navires qui fuient la tempête l'un des plus sûrs abris de toute la Méditerranée, et constitue en fait la rade de secours et le complément indispensable du port de Limpia.
Comme importance commerciale, Nice occupe le troisième rang sur la liste des ports de la Méditerranée. Il vient immédiatement après Marseille et Cette, et fait surtout des échanges avec les ports voisins de l'Italie et de la rivière de Gênes. Son mouvement commercial dépasse quatre-vingt mille tonnes. C'est le premier de nos ports de second ordre. A ce titre il justifie parfaitement les dépenses considérables dont il a été l'objet depuis un siècle et surtout depuis dix ans. La ville classique des fleurs et du soleil n'est donc pas seulement une résidence de luxe, une station d'hiver et un pays de douce villégiature; c'est encore un utile entrepôt de marchandises, un centre de commerce important, et par suite un précieux auxiliaire de notre puissance maritime.
0 MM U N El
s R~ ' % «ta,
Aspect oriental de la côte entre Nice et Menton. — Climat de Nice.
— Sécheresses estivales. — Ressources des irrigations. — Dérivation projetée de la Vésnbie. — L'eucalyptus, son origine, sa croissance, son action assainissante dans les pays marécageux. — Derniers essais, résuTtats déjà acquis.
La • Petite Afrique • entre Villefranche et Monaco. — Les oliviers de Beaulieu. — I^s citronniers de Menton. — Populations primitives de la côte. — Débris préhistoriques. — Occupation pbénicience. — Itinéraire maritime entre Nice et Vintimille. — La rade et le port de Villefranche, Olivula;— Anao, Beaulieu;
— Avi\iOy port d'Eza; — Lumone, Menton; le port et la ville. La route de la Corniche. — Le mont Agel et la Turbie. — Trophée d'Auguste. — L'inscription des quarante-cinq peuplades des Alpes. — Mutilation du monument. — Le Meikarth tyricn à la Turbie. — Physionomie antique de la côte de Monaco. — Les temples d*Hercule et de l'Astarté phrygienne.
La principauté. — Le port d'Hercule Monœcus, M<votM<. — I^ Tille et le chiteau des Grimaldi. — Flore et climat. Monte-Carlo. — Le casino et les jeux. — Conclusions.
La physionomie orientale de la côte de Provence s'accentue de plus en plus à mesure qu'on avance vers l'Est. Déjà, à partir de Marseille, dans les creux de quelques vallons abrités et exposés au Midi, nous avons vu apparaître des palmiers, des agaves et tous ces arbustes épineux qui semblent échappés aux rivages d'Afrique ou de Grèce. Mais ce n'étaient encore que des mani-
festations isolées; et les grands végétaux exotiques se trouvaient en quelque sorte dépaysés, interpolés dans la flore indigène, comme des plantes étrangères venues artificiellement dans une atmosphère de serre chaude.
11 faut arriver à Hyères pour trouver un épanouissement complet de cette végétation tropicale. On la rencontre ensuite sur plusieurs points de la chaîne des Maures et particulièrement dans les golfes de Cavalaire, de Bormes et de Saint- Tropez, si bien défendus contre le vent froid du Nord et suréchaufifés par un soleil ardent. Au sortir de TEslérel, Je phénomène jusque-là discontinu prend un caractère de permanence trèsmarqué; et, depuis le golfe de Cannes jusqu'à Nice, la région littorale ressemble plus à un jardin de l'Orient qu'à une côte européenne.
Toutefois le tableau n'est pas homogène et manque en quelque sorte d'unité. Les orangers des Baléares et les palmiers africains sont mêlés aux pâles oliviers de la Provence; au-dessus se profilent les têtes nobles et solennelles des pins parasols caractéristiques des paysages classiques de ritalie méridionale. Les croupes arrondies des Maures et les crêtes aiguës de TEstérel sont couvertes à leur tour de chénes-liéges, de chênes verts et de broussailles sauvages. De distance en distance les gorges de TArgens, de la Siagne, du Var et du Paillon s'ouvrent perpendiculairement au rivage, et reculent la perspective; dans le
lointain, les escarpements des vallées, tantôt abrupts et dénudés, tantôt revêtus de pins noirs et serrés, prennent la teinte sévère des régions alpestres; et tout au fond, à l'horizon, la grande chaîne du mont Viso découpe sur Tazur du ciel le diadème radieux de ses neiges éternelles.
Les variations du climat sont naturellement liées à cette variété de reliefs et de cultures; et le terrible mistral descend de temps à autre de la région montagneuse, s^engage dans les couloirs des vallées et vient s'abattre en mer après avoir fait rage sur la région littorale. Les brises régulières, qui soufflent alternativement de la terre et de la mer, et dont le va-et-vient périodique a pour résultat de renouveler et de purifier Patmosphère tout en empêchant de trop grands écarts dans la température, sont souvent interrompues par l'apparition soudaine du terrible ouragan. C'est autour de Nice surtout que ces perturbations sont le plus marquées. Tantôt une poussière étouffante s'élève des routes, des sentiers et des terrains cultivés; tantôt une bise glacée s'en* gouffre dans la gorge du Paillon et parcourt la campagne avec une indicible fureur ; d'autres fois le vent d'Ouest balaye la basse vallée du Var et se charge des miasmes paludéens de l'embouchure. Quelle que soit la direction de la tempête^
la plaine se voile alors sous un immense dôme de poussière tourbillonnante aussi épaisse que le brouillard de Londres; à peine distingue- t-on les objets rapprochés à travers une atmosphère tellement obscurcie que M. Elisée Reclus ne craint pas de la comparer à la pluie de cendres des volcans; (i) et Ton a dit avec raison que si les villes littorales de la Provence n*ont pas d'hiver, elles connaissent encore moins le printemps.
On peut espérer toutefois que, dans un avenir prochain, les travaux des ingénieurs apporteront à rétat de choses actuel sinon un remède complet, du moins une amélioration sérieuse. Tout le monde sait quelle merveilleuse transformation l'irrigation a produite dans la région pierreuse et bosselée qui constitue la banlieue de Marseille. Un canal dérivé de la Durance permet de distribuer des eaux limoneuses à plus de neuf mille hectares dont près de quatre mille sont actuellement arroses et forment, autour de la grande ville phocéenne, une ceinture de prairies, de jardins et de bosquets (2).
La dérivation de Tun des affluents du Var, la Vésubie, l'ancienne Vulpis de la carte de Peutinger, est destinée à produire dans la campagne de Nice, déjà si fertile, des bienfaits analogues.
(i) Elisée Reclus, Géog. univers., t. H, ch. m. (2) F. Martin, M. de Mont-Richer et le canal de Marseille. 1878.
Plus de cinq mille hectares pourront être arrosés ; et l'on verra alors disparaître ces terribles sécheresses estivales qui désagrègent le sol calcaire, le transforment à sa surface en poussière grise, ténue comme la cendre, mobile sous Faction de tous les vents, et qui rend quelquefois l'atmosphère absolument irrespirable (i).
Déjà les travaux d'endiguement du Var ont amélioré d'une manière très-sensible les conditions sanitaires de la zone littorale ; et les vents d'Ouest n'apportent plus à Nice ces exhalaisons malsaines, Tune des principales causes des fièvres et des pestes qui désolaient jadis le pays. Ces heureux résultats sont dus non moins aux magnifiques travaux de colmatage exécutés par nos ingénieurs qu'au développement de plantations habilement disposées et qui forment à la ville un véritable rideau de défense. La culture en général et la végétation arborescente en particulier sont regardées avec raison comme des préservatifs trèsefficaces contre les mauvaises influences atmosphériques des pays bas et marécageux; et la régénération de ces territoires insalubres paraît entrer depuis quelques années dans une période nouvelle. La sylviculture moderne vient, en effet, de s'enrichir d'un nouveau végétal qui n'est encore considéré en Provence que comme un
( I ; Rapport des ingénieurs des A Ipes- Maritimes sur le canal de la Vésubie. Nice, 3 1 décembre 1877, 6 février 1878.
480 CHAPITRE DEXIKME. ^^H
arbre d'orncniEnt, mais qui est destiné à devenir sous peu un véritable agent d'utilité publique. Cet arbre est Veucaljyttis. On connaît son origine et son histoire. Le 6 mai 1792, le botaniste La Billardière, qui accompagnait l'amii-al d'Eiiirecasteaux dans son voyage à la recherche de la PérousL-, reconnut un groupe gigantesque de de ces arbres, jusqu'alors inconnus, sur la terre de Van Diemen ou Tasmanic, l'une des grandes îles de la Nouvelle-Hollande (i). Soixante-huit ans plus tard, en [8(io et en ]86i, des graines étaient transportées d'.^usiraiie eu Europe et en Afrique, et mises en terre à titre d'essai. Les semis prospérèrent et donnèrent naissance a de» sujets qui ont dépassé en quelques années la hau- 1 leur de trente mètres. Aujourd'hui toute la v»ine 1 littorale de l'Algérie ei la région entière de Cannes à Monaco montrent aux voyageurs, entre le feuillage pâle des oliviers et les vastes |iarasoIf des pins d'Italie, les jeunes tiges des eucalyptus aux feuilles en faux, d'un vert bleuâtre. Irémissam au plus léger soutfle du vent. Leurs branches supérieures, d'une extrême Hexibilité, atteignent déjà la hauteur des arbres de haute t'uiaîe et supportent victorieusement les plus rudts attaques du mistral (2).
(0 La \iti.nuD\kKf:, Histoire des planUf Je la Xouvetk-
IMIaitde et de la Nouvelle-Calédonie.
^^ ( j) ), I.. Planckos, l'Eucalyptus globuhis. ^^^J
La principale propriété de cet arbre digne d'être compté parmi les colosses du monde végétal est son extrême rapidité de croissance. Il n'est pas rare de le voir grandir de six mètres par saison, et rien ne peut faire supposer que, dans certaines parties de la Provence, il n'approchera pas un jour de la taille de quatre-vingts à cent mètres qu'il atteint dans sa patrie d'origine, l'Australie. On conçoit donc tout l'intérêt qui s'attache à la propagation d'un arbre dont le développement est infiniment plus rapide que celui de nos essences indigènes, et qui fournit cependant un bois d'une dureté presque comparable à celle du chêne (i).
On sait, en effet, que la consommation annuelle du bois en France est toujours progressive et de plus en plus hors de proportion avec la lente production de nos forêts. Le terrible arrêt de Colbert, par lequel il exagérait sans doute sa pensée : « La France périra faute de bois », ne doit pas être considéré comme une vaine parole. Dans un pays comme la Provence, où les forêts presque exclusivement composées d'essences résineuses sont fatalement exposées aux ravages des incendies périodiques, l'exploitation généralisée d'un arbre très-peu combustible est appelée à rendre d'im-
1) F. Martin, V Eucalyptus et ses propriétés industrielles.
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OU une utopie; et, pour rentrer dans le domaine des faits acquis, nous devons ajouter que l'eucalyptus, que Ton désigne souvent en Espagne, dans les provinces de Valence et de Cadix, sous le nom d' « arbre à fièvre », se recommande surtout dans les pays marécageux par ses propriétés thérapeutiques aujourd'hui parfaitement reconnues. Le précieux végétal , comme tous ses congénères de la famille des myrtacées, a des feuilles persistantes et odorantes; et son tissu ligneux est doué d'une remarquable propriété d'absorption. Les plantations d'eucalyptus, dans quelques parties de la zone littorale de l'Algérie et dans la campagne de Rome, ont fait disparaître en moins de trois ans les fièvres paludéennes (i). Dans les terrains bourbeux, les eaux sont littéralement pompées par la végétation, et l'arbre agit à la fois comme desséchant et comme désinfectant. On voit donc quelle variété de services pourrait rendre ce géant de l'Australie sur nos côtes de Provence, surtout à l'embouchure des rivières, où les eaux divaguent ou stationnent sans écoulement sur des terrains d'alluvions récentes et sont retenues en flaques d'eau putride par la barrière du cordon littoral.
Tous les essais isolés tentés depuis une quinzaine d'années ont donné, au point de vue de l'-assainissement, des résultats satisfaisants et en certains
(1) F. Martin, op. c/7., passim.
endroîs vériciblemeat menrctUcux ( i }. On peut donc arftrmer que reacalvptus a fait ses preuves; et il est remps. croyons-nous, de sortir de ]a période des expériences timides et circonscrites pour entrer dins celle d'une large applicaticm, et d'engager les agronomes et les sylvicnheurs à entreprendre avec confiance et sur une vaste échelle l'exploitation ranonnelle d'un végétal qui sera pour eux une source certaine de revenu et pour tous un élément de santé , de bien-être et de progrès.
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L'irrigation et le reboisement combinés avec intelligence sont donc destinés à taire de la campagne de Nice, déjà si favorisée par le soleil, une véritable terre promise et à corriger, de la manière la plus heureuse, les caprices d'un climat qui est, malgré ses inconvénients, l'un des plus séduisants et les plus justement célèbres qui soient au monde.
A partir de Nice, la côte change d'aspect. Plus de vallées, plus de plages. Les derniers contre forts des Alpes Maritimes plongent à pic dans la mer, et la grande falaise calcaire est un véritable rempart qui protège d'une manière absolue le rivage contre les vents glacés du Nord. Nulle part en
( I ) Docteur GiMBERT, i.iudc sur linjluawe des fiantati^^ns d'eucalyptus globulus dans les pays fiévreux. 1875.
France et même en Europe on ne trouve une température moyenne plus élevée; et c'est avec juste raison que les environs de Villefranche, de Beaulieu, d'Eza et de Monaco ont pu être désignés sous le nom de « Petite Afrique ». Les escarpements de la falaise ont pris de place en place, sous Faction du soleil, une teinte rouge feu comme celle du métal chauffé à la fournaise. Les routes qui longent la côte sont jalonnées de distance en distance d'alocs et de palmiers. Sur le bord des chemins, d^s géraniums toujours en fleur forment de longues haies , hautes souvent de quatre à cinq mètres. Les plantes épineuses de la flore tropicale tapissent les rochers de leurs feuilles larges et massives. Les citronniers surtout prospèrent mieux que partout ailleurs en Provence. C'est en particulier la culture dominante et productive de la banlieue de Menton, et les terrasses qui dominent cette ville à moitié italienne en sont littéralement couvertes. Grâce à l'admirable fixité de la température, la production est permanente, la récolte pour ainsi dire continue; et tandis que, dans l'Italie méridionale et même en Sicile, le précieux arbre ne donne son fruit qu'une fois par an à la fin de rhiver,on voit à Menton les mêmes branches porter à la fois des bourgeons à peine éclos, des fleurs en plein épanouissement et des fruits arrivés à parfaite maturité.
Mais ce qui donne à cette partie de l'extrême France un caractère antique et presque sacré, ce
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mille accidents du terrain ont été dessinés pour le plaisir des yeux par le plus ingénieux des architectes. La montagne de Mont-Boron qui sépare le golfe de Nice du grand bassin de Villefranche, la péninsule du cap Ferrât, la pointe de Saint- Hospice, le rocher de Monaco, le cap Martin qui commande la rade de Menton, forment autant de môles naturels qui se détachent de la grande falaise du littoral et déterminent entre eux un nombre égal de petites baies riantes, bordées de bois d'oliviers et d'orangers, les unes foraines, les autres complètement fermées, et dont les orientations opposées permettent aux navires de venir chercher • un abri quelle que soît la direction des vents.
Un pays pour lequel la naturea été si prpdigue de ses dons, un littoral si bien disposé pour recueillir les navires en détresse ont dû nécessairement être peuplés de très-bonne heure ei recherchés d'une manière toute spéciale par les plus anciens navigateurs de la Méditerranée. Nulle part peut-être on ne trouve en plus grande abondance des vestiges de la présence de l'homme même aux époques antéhistoriques. Les hauts plateaux du Mont Agel, du Mont Chauve, du Mont Pacanaglia, de la Tête de Chien, qui dominent la mer à prés de mille mètres d'altitude, et presque toutes les cavernes et les grottes situées dans les anfractuosités des falaises qui commencent à Nice et se prolongent jusqu'à Vintîmille, possèdent des fragments de sépultures primitives, des débris
humains et des quantités d^armes et d^outils en silex, en grès, en os, caractéristiques de cette première période de Thumanité que la science moderne désigne sous le nom d'âge de la pierre taillée (i).
Quelques siècles après arrive le premier flot de rémigration orientale; mais tout ce qui touche à l'occupation primitive de la côte ligure par les navigateurs phéniciens restera toujours enveloppé de beaucoup de mystère et d'obscurité. Toutefois on ne saurait douter aujourd'hui que, partout où on retrouve le nom ou le souvenir d*Hercule ou ^ de Melkarth, il ne faille lui subtituer le peuple tyrien lui-même, dont le héros conquérant et civilisateur n'était que le symbole et la représentation divinisés. Les récits de tous les mythogiaphes relatifs aux voyages et aux exploits du demi-dieu, dégagés de toutes les Hctions et de tous les embellissements dont Timagination poétique des Grecs s'est plu à les entourer, acquièrent dès lors pour nous l'importance de documents géographiques et historiques ; toutes les légendes d'Hercule, sainement interprétées par une judicieuse critique, ne sont autre chose que Thistoirc delà marcheet des conquctesdes premiers Tyriens; et les villes héraclécnnes , telles qu'Heraclca de
(i) Chambrln de RosEMONr, Etude sur les antiquités antérieures aux Romains dans le département des A Ipes-Mari- /ime^.Nice, 1S74. — Les Tombeaux antéhistoriqucs du Mont- A gel. Nice, 1873.
MENTOn, LA TURBIE, MONACO. 489
la vallée du Rhône, Heraclea Caccabaria de la chaîne des Maures, sont autant de villes ligures transformées et colonisées par l'occupation phénicienne.
On sait d'ailleurs par le témoignage d'Aristote qu'une ancienne route conduisait autrefois d'Italie en Gaule et en Espagne, en traversant successivement les Alpes Maritimes, le pays des Celto- Ligures, celui des Ibères et les contreforts maritimes de la chaîne des Pyrénées (i) ; et il paraît même que les Grecs et les indigènes pouvaient y circuler avec assez de sécurité, car la surveillance en était confiée aux habitants responsables, chacun sur leur territoire, des attaques et des dommages causés aux voyageurs (2).
Cette route à la fois commerciale et stratégique était la grande voie Héracléenne, via Herculea, dont on retrouve partout des tronçons en Provence et qui fut le chemin suivi, huit ou dix siècles avant notre ère, sinon par Hercule qui n a jamais existé réellement, du moins par les marchands tyriens. Le substratum de la route primitive a servi depuis à rétablissement de la voie Domitienne et de la voie Aurélienne et a presque partout disparu sous les rectifications et les réparations romaines. Mais les Phéniciens en avaient
(i) Voir page 446.
(2) E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine^ t. II, ch. Il, ^. 2.