‹ La Provence maritime, ancienne et moderneChapitre 36 sur 39 · EST · texte numérisé non relu

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il convient de constater l'exactitude parfaite des termes employés par l'Itinéraire, exactitude d'autant plus remarquable que ce texte très-laconique n'est qu'une simple nomenclature. Nice et Vintimille ne sont désignés que sous le nom de plage, plagia; les quatre siations intermédiaires sont appelées des ports , portus. Pour quiconque connaît cette partie de la eôie. cette distinction est parfaitement juste encore aujourd'hui: elle l'était, à plus forte raison, sous le règne d'Antonin, et plus encore à l'époque grecque et romaine. Les navires venaient, en effet , se ranger â Nice et à Viniimille, le long des bancs de gravier amoncelés par le Paillon et la Roya; le mouillage était complètement dépourvu de ces ouvrages protecteurs, qui consiiiueni. à proprement parler, un port, tandis que les quatre autres stations intermédiaires, formées par les dentelures delà cote, possédaient des bassins naturels presque fermés, où les travaux de l'homme avaient eu à peine besoin de compléter l'œuvre de la nature. L'un d'eux surtout présente des conditions nautiques exceptionnelles; c'est celui d'OlivuIa, qui offre un mouillage parfaitement abrité dans la rade déjà si sûre de Viilefranche. Toutes les escadres connaissent et fréquentent aujourd'hui ce bras Je mer intérieur qui semble creusé artificiellement dans le massif calcaire dominé par la route de la Corniche, et que l'on croirait avoir été disposé tout exprès pour le stationnement des

grands navîres. Deux contre-forts des Alpes Maritimes, distants à peine d'un kilomètre et demi, Tun formé par les croupes du Mont Boron et du Mont Alban, Tautre dessinant la péninsule de Saint- Jean et terminé par le cap Ferrât, s'avancent en mer perpendiculairement à la côte, comme deux immenses môles naturels. Le premier a deux kilomètres et demi de saillie; le second, plus avancé, n'a pas moins de quatre kilomètres, couvre ainsi, du côté de PEst, le cap du Mont Boron, et, par cette heureuse disposition naturelle, amortit les coups de mer pendant les tempêtes. L'enfoncement de la rade de Villefranche, qui la met à l'abri de la houle du large, empêche aussi les courants littoraux de s'y faire sentir. L'entrée est sûre par tous les temps; et cette grande nappe d'eau tranquille, entourée de rochers abrupts et aux contours invariables depuis un nombre incalculable de siècles, présente, sur des fonds d'excellente tenue, des profondeurs qui varient de vingt à soixante-dix mètres et permettent aux plus gros navires de venir ancrer à quelques encablures du rivage.

Au fond, un peu à l'Est, la petite ville de Villefranche est comme suspendue au flanc de la montagne; ville toute moderne si on la compare à tous les ports de l'époque grecque et phénicienne disséminés sur la côte , et qui cependant n'a plus aujourd'hui sa raison d'être depuis que les populations du littoral ne vivent plus dans la

terreur permanente des incursions barbaresques. Villefranche, en effet, voisine de Nice, qui accapare à son profit tout le commerce de la région, adossée à une falaise et dépourvue d'une manière complète d'emplacement pour le débarquement des marchandises, manque de débouchés naturels, ne possède aucune des conditions nécessaires à une ville de commerce et n'a jamais été qu'un port de guerre tout à fait artificiel. C'était là que séjournait la petite flottille que le Piémont entretenait encore au siècle dernier pour faire la chasse aux corsaires, et aux frais de laquelle contrihuaient tous les navires de commerce des nations méditerranéennes. Aujourd'hui ce n'est plus qu'un amas de bâtisses militaires , de magasins bastionnés et casemates suivant les principes du dix-septième siècle, que Ton conserve sans grande utilité , et rappelant assez les fortifications d'Antibes qui datent de la même époque.

Les quais déserts servent, faute de mieux, à la manutention dii charbon que Ton fournit aux flottes en relâche dans la rade. Nul comme port de commerce, Villefranche conservera toujours une importance de premier ordre comme rade de mouillage et de refuge; et, tandis qu'une vingtaine de petits caboteurs à peine le fréquentent annuellement pour des opérations de transit tout à fait locales et à peu près insignifiantes, près de six cents navires de tout tonnage, sans compter les vaisseaux de guerre de nos escadres et même

ceux des autres nations, y séjournent comme dans un bassin, pendant des mois entiers, dans rintervalle de leurs exercices et de leurs manœuvres, ou viennent y chercher, au pied du lazaret et des jetées de la citadelle, un abri temporaire contre les grosses mers.

Les souvenirs de la vie antique, qui manquent complètement à Villefranche, abondent de l'autre côté de la rade. Presque en face de l'ancien arsenal piémontais, la côte se creuse et dessine un petit bassin demi-circulaire absolument garanti contre tous les vents de terre et de mer. Le calme est complet par tous hs temps, et il est difficile de comprendre comment ce mouillage excellent n^a reçu dans la nomenclature maritime moderne que le nom assez impropre d'anse de « Passable ». C'est là même que se trouvait l'ancienne Olivula, dont le nom rappelle, il est à peine besoin de le dire, les magnifiques bosquets d'oliviers séculaires qui s'échelonnent, depuis deux mille ans, au pied de la falaise entre Villefranche et la côte d'Eza. Des fouilles toutes récentes exécutées pour la construction d'une redoute militaire ont mis au jour plus de cinq cents squelettes, des armes, des lampes et des urnes sépulcrales, un nombre assez considérable de monnaies à l'effigie des empereurs des derniers siècles; et l'on peut regarder

V TURBrE, MONACO.

comme certain que l'isthme étroit et boisé, qui soude au continent k massif kiu cap Ferrât et qui sépare la rade de Villefranche de celle de Beaulieu, a été, comme il méritait de l'être, une des résidences d'hiver les plus recherchées par les familles patriciennes de la fin de Tempire. Quant aux deux pons désignés dans l'Itinéraire sous les noms d'Ariao et •i\Avisia, il est assez difficile de préciser exactement leur emplacement ([). On trouve indifféremment sur tous les points de la côte des vestiges de matériaux romains; mais nulle pan on ne remarque un amoncellement de débris qui indique d'une manière plus particulière une ville, un port antique, A l'exclusion des lieux voisins. Tout porte à croire cependant qu'Anao devait se trouver de l'autre côté de la rade de Villefranche, dans la petite baie de Beaulieu, soit à Beaulieu même, soit dans la crique aujourd'hui occupée par le port Saint-Jean. La station maritime d'Avisio lui faisait face, et n'était que le port du petit village d'Eza, occupé depuis par les Sarrasins, qui couronne comme un nid d'aigle la falaise à pic, et où des ruines assez nombreuses et quelques inscriptions démontrent la présence de Toccupa-

(1) V. Havs, Rectification de t'ItinârairemanthneJ'Anlonin, entre Vîniimille et Nice. (A nnales de la Société des lettres, sciencet et arts des Alpes-.Maritimes. Nice, 187S.)

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