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TAUROENTUM. — UNE VILLE G RECO - ROMAINE DISPARUE.
DiTiMOii du golfe de la Ciotat en deux segments : la rade de Ceyresteet la baie des Lèqaes. — Détermination de l'emplacement de TauroeDtum d'après l'Itinéraire et les anciens géographes. — La flotte de César et la flotte gréco-pompéienne à Tauroentum. — Récit da poète Lucain, — Fouilles modernes. — Recherches et travaux de Fabbé Barthélémy, de Marin, de Millin, de Thibcaudeau, de l'abbé Magl. Giraud. — La ville, le port et l'acropole. — Les temples extérieurs à la ville. — Le Céramique. — Chauffage des vins dans les celliers. — Monnaies. — Difficulté de préciser l'époque de la fondation et de la ruine de Tauroentum. — Le Castellum Massiliensium de César — La Cadière, Cathedra, refuge des habitants après la dévastation des Barbares. — Etat actuel des ruines. — Le plan de la Mar. — Oscillations de la côte. — Comblement du port antique par les alluvions. — Ensevelissement de la ville sous les dunes mouvantes. — Le désert de Tauroentum.
Lorsque les ingénieurs étudièrent, il y a plus de vingt ans, le tracé du chemin de fer qui devait relier le grand port commercial de la Méditerranée avec le premier arsenal maritime de France, ils eurent tout d^abord la pensée fort naturelle de rapprocher autant que possible la nouvelle ligne de la mer (i). Quelle que soit en effet Fécrasante
(i) Le tracé du chemin de fer de Marseille à la frontière italienne a été étudié dans la période de i852 à 1869. La section de Marseille à Au bagne (16 kilomctres)a été ouverte
supériorité de Marseille et de Toulon sur tous les autres ports de la Provence, ils ne sont pas les seuls dignes d'intérêt ; et la voie en quelque sorte idéale eût été celle qui aurait suivi fidèlement tous les contours du rivage et aurait permis de desservir et par suite de développer les plus modestes stations du littoral.
Les navires accostant ainsi partout bord à quai et trouvant sur ces quais des appareils de transbordement tels qu'on en voit en Angleterre et des rails qui auraient facilité Técoulement des marchandises vers l'intérieur du continent, telle «eût été la solution parfaite, non -seulement au point de vue commercial, mais encore au point de vue stratégique.
La configuration du sol , sans s'opposer d'une manière absolue à ce résultat, a conduit bien souvent à s'éloigner de la mer d'une manière trèsregrettable; et la plupart des ports secondaires. Cassis, la Ciotat, Antibes, Nice, Menton, voient passer le chemin de fer au-dessus et en arrière d'eux, à Hanc de coteau, et à une altitude telle
à Texploitation le 20 octobre i858; celle d'Aubagne à Toulon (5o kil.) le 3 mai iSSq; celle de Toulon aux Arcs (68 kil.) le i" septembre 1862; celle des Arcs à Vence- Cagnes (77 kil.) le 10 avril i863 ; celle de Vence-Cagnes à Nice (12 kil.) le 18 octobre 1864; celle de Nice à Monaco (i5 kil.) le 19 octobre 1868; celle de Monaco à Menton (9 kîl.) le 6 décembre 1869; celle enfin de Menton à la frontière d'Italie (4 kil.) le 18 mars 1872.
qu^on ne peut espérer de longtemps la construction d'un embranchement maritime.
Des accidents de terrain, insignifiants en apparence, ont déterminé ces déviations. Cest ainsi qu'après la station de la Ciotat, la voie, qui semblerait devoir se rapprocher de plus en plus du rivage et épouser le contour arrondi de la côte, s'en éloigne brusquement, passe au village de Saint-Cyr et délaisse un des meilleurs mouillages de Provence.
Considéré dans son ensemble, le golfe de la Ciotat présente la figure d'une ellipse presque fermée. A peu près vers le milieu, une petite saillie rocheuse, le cap Saint-Louis, divise le golfe en deux segments un peu inégaux, et marque en même temps la limite des départements des Bouches-du-Rhône et du Var. La partie du golfe située à TOuest, dans les eaux mêmes de la Ciotat, est la rade de Céreste; celle qui est située à TEst a pris le nom d'un hameau plus que modeste, habité par quelques pêcheurs qui tirent le soir leurs embarcations sur la grève ou les amarrent à l'abri d'une petite jetée de construction récente; c'est la baie des Lèques.
La plage des Lèques est demi-circulaire et de formation géologiquement moderne. Depuis le hameau jusqu'au château de Baumelles, c'est une succession de dunes sablonneuses et arides. Le développement de cet appareil littoral est de près de deux kilomètres; sa largeur varie de
mille à quinze cents mètres. Aucune végétation : le sol est mouvant ; et, sous l'action des vents du Nord , le sable apporté par les coups de mer se dessèche et chemine avec une très-grande rapidité. On retrouve ici sur une petite échelle ce phénomène de déplacement des dunes qu^on observe en grand sur les côtes de Hollande, de Belgique, de Gascogne et sur tout le littoral du golfe de Lyon. Dans de pareilles conditions, il eût été difficile d'établir le chemin de fer d'une manière stable ; les remblais se seraient rapidement déformés, les tranchées auraient été comblées à la moindre bourrasque. On a dû rejeter la voie dans Tiniérieur des terres pour l'asseoir sur un terrain solide; le petit golfe des Lèques, qui fut, il y a plus de deux mille ans, Tun des plus fréquentés de la Méditerranée gauloise, est aujourd'hui com plétement abandonné par la vie moderne.
Presque tous les textes des historiens et des géographes classiques mentionnent l'existence, bien avant notre ère, d'une colonie grecque située entre Marseille et le cap Sicié qui commande la rade de Toulon. Les auteurs grecs la désignent tour à tour sous les noms de Taupoiç, Taupoeiç, Taupo^vTtov, TaupivTiov ; les Romains, maîtres des Gaules, ont latinisé le mot et en ont fait indifféremment Tau* rentum, Taurentium, Tauroentum, Cette der-
nière dénomination a prévalu. Aujourd'hui encore, après plus de vingt siècles, la petite plage des Lèques et les vestiges de ruines qu'on y rencontre continuent à porter dans le pays le nom de Tarento.
C'était en effet, comme nous allons le voir tout à rheure, dans un enfoncement du rivage, au pied du rocher de Baumelles, que se trouvait le port; à flanc de coteau, étaient les maisons; au sommet, se dressait Tacropole.
La position exacte de l'ancien Tauroentum est indiquée d'une manière parfaitement nette dans deux documents qui sont deux bases fondamentales de la géographie historique des premiers siècles.
L'un, rédigé vers Tan i5o de Jésus-Christ, est l'Itinéraire maritime de l'empire, connu généralement sous le nom d* Itinéraire d'Antonin; c'était en quelque sorte le livret officiel des stations obligées que devaient faire les navires de guerre et les courriers, depuis le port d'Ostie à l'embouchure du Tibre, jusqu'au port d'Arles dans l'estuaire du Rhône. On sait dans quelles conditions un peu primitives avait lieu la navigation romaine. Beaucoup moins hardis que les Phéniciens et les Grecs, que le goût des aventures et Tesprit d'entreprise poussèrent de très-bonne heure vers des régions lointaines et inexplorées , les Romains ont toujours regardé la mer comme une ennemie redoutable; guerriers incompara-
blés sur icrre, ils ne furent Jamais que d'assez pauvres marins. La science ne les avait pas armés de cette triple cuirasse dont parle le poeie (i), et qui permet d'affronter sans crainte l'immensité des flois; pour eux la mer était le désert mystérieux, !a nuit profonde, l'espace, Tinconnu. Ignorants d'ailleurs de la boussole, incapables de s'orienter pendant les nuits obscures, médiocres observateurs du cours des astres, ne disposant que de moyens de locomotion fort imparfaits, la voile et l'aviron, que la violence de la mer ou la direction du vent paralysaient souvent d'une manière complète, ne possédant que des nefs de construction assez grossière et dont les qualiiés nautiques étaient très- inférieures à celles des vaisseaux grecs, les Romains naviguaient toujours le long des côtes, sans perdre la terre de vue, voyageaient à petites journées et relâciiaient tous les soirs dans un port désigné à l'avance et spécialement affecté à cet usage.
L'Itinéraire maritime nous donne la liste de ces escales sur les côtes de l'Italie et de la Gaule; et le port de Tauroentum y est désigné entre
(i) Jlli robur, et œs triplex
Circa pectus erat, gui/ragîlem truei
^^^^^^F*^ Decertanlem AquUonibus ^^^^^B .\ec tristes Hyadas. nec rabiem Noti.
UNE VILLE GRécO-ROMAINE DISPARUE. 9I
la Station d*JSmines, qui correspond à l'île des Embiez ou au mouillage du Brusq, et celle de Citharista, qui est devenue la Ciotat moderne; le texte porte même qu'il se trouvait exactement aux deux tiers de la distance qui sépare ces deux stations, c'est-à-dire à douze milles des Embiez et à six milles de la Ciotat (i). En appliquant ces longueurs sur une carte, on tombe sur le mouillage des Lèques, à Pabri du rocher de Baumelles, où se trouvent encore quelques ruines informes de l'ancienne ville gréco-romaine.