‹ La Provence maritime, ancienne et moderneChapitre 5 sur 39 · III · texte numérisé non relu

III

Ce premier document est corroboré par un autre encore plus précis et qui détermine, aussi

(i) Toutes les distances indiquées dans Tltinéraire maritime sont exactes, quoique les noms des lieuxaientsouvent été transposés depuis Toulon jusqu'à l'île Maire, près Marseille.

Ces transpositions sont dues à des erreurs de copistes. D*Anville, Paponet les géographes modernes n*ont pas eu de peine à les corriger et à rétablir cette partie de ITtinéraire de la manière suivante :

A Telo-Martio, jEmines, positio mpm xvii

A Porta jEmines, Tauroentum, portus xii

A Tauroento, Citharista, portus vi

A Citharista portu , Car cicis, portus xii

A Carcici, Immadras, positio xii

A b ImmadriSf Massilia Grcecorum, portus. . . . xii

Itinerarium portuum vel positionum navium ab Urbe Are lato usque...

scietiiifiqueraent que pouvaient le faire les an- ; ciens, la laiîiude ci la longitude du port de Tauroentum. D'après les tables géographiques de Claude Ptolémée, Tauroentum faisait partie de la Celtogalatîe Narbonnaise, Ktlto^nit-zla NapSaivr,<iii , appartenait au territoire de la peuplade des Commoniens, et était située à vingt minutes de longitude de Marseille en se dirigeant vers l'Est, et a deux minutes de longitude du cap Skié, en se dirigeant vers POuest. Ses coordonnées étaient donc 24» 5o' longitude Est, et 42* 5o' latitude Nord (1).

Or, on sait que Ptolémée, qui vivait au commencement du deuxième siècle de notre ère, mesurait, comme nous, les latitudes à partir de la ligne équatoriale, et qu'il comptait au contraire les longitudes d'Occident en Orient, à partir de l'extrémité du monde connu des anciens, c'est-àdire des ilcs FoT\unées,insulœ Fortunat<r,où les Phéniciens avaient établi leur comptoir le plus éloigné, qui est resté très-florissani jusqu'à la ruine de Carthage. Ces lies Fortunées constituent

(.) KiXT6T<i).«Ti« N-.(;G^,ia

MiM(rii),i« irô>ij 34» 3o' 43» ^•

al Taufoimrov 24" 5o' 4a"5o'

•l d kiOepiOTT]; i4 âipov. iy- ■ 42' Sy

(pTOL.,Gcog.,\.U,ch.tx.)

aujourd'hui le groupe des Canaries situé à deux cents kilomètres environ de la côte Nord-Ouest de TAfrique ; et on est fondé à croire que le premier méridien passait par l'île de Fer, Tune des sept principales îles de cet archipel de TAtlantique. Mais il y a plus, et les travaux récents des jgéographes modernes ont établi d'une manière péremptoire que les tables de Ptolémée doivent être légèrement corrigées; d'une part toutes les villes sont portées ifn peu trop à F Est en longitude, et l'erreur est environ d'un degré; d'autre part les latitudes sont, en général, trop faibles et doivent être augmentées presque toutes de 3o' au Nord ; mais, comme ces erreurs sont constantes pour tous les lieux désignés dans les tables , toutes les positions relatives sont exactes , ei tout se réduit par conséquent à un simple déplacement d*origine pour les coordonnées géographiques. Or, en appliquant ces légères corrections aux chiffres donnés par la table ptoléméenne, on trouve avec une précision presque mathématique la longitude et la latitude de la plage des Lèques et du rocher de Baumelles. C'est donc là incontestablement que se trouvait l'ancien Tauroentum mentionné par le géographe du second siècle.

Ces témoignages ne sont pas les seuls. Strabon , un peu prévenu en faveur de la prépondé-

rancc marseillaise, regardait en général toutes les villes grecques de la côte comme issues de la métropole Massalia. «La côte gauloise, dit-il, qui s'étend depuis cette ville jusqu'au Var et à la Ligurie voisine de ce fleuve, est bordée de villes marseillaises, telles que Tauroentum, Olbia, Antibes, Nice,.. Les Grecs de Marseille. ajoute-t-il plus loin , ont bâti toutes ces villes pour se protéger contre les incursions des Saliens et des Ligures qui habiient les derniers chaînons des Alpes, pour contenir les Barbares, maîtres du haut pays, et s'assurer par ce moyen la liberté des mers (i). a Strabon, on le voit, cite Tauroentum comme colonie gréco-massaliote.

Pomponius Mcla ne l'oublie pas davantage dans i'énumération des villes imporiantes situées sur le littoral de la Narbonnaise (2).

Scymnus de Chio, qui écrivait probablement d'après Scylax et dont le texte donne par conséquent des indications qui se rapportent au deuxième ou au troisième siècle avant noire ère, mentionne aussi son existence entre Marseille ei la ville d'OIbia, à peu prés perdue, dont l'emplacement précis a donné lieu à de nombreuses con-

(1) SiBAB-, Geog; l. IV, ch. 1, passim.

(1) Sicxa taagil Alpei... tangU AntipoHi. Deinde est

et Olbiam, et Taurom, et Citharitta, est Lacydot, Massiliensîum partui, et in eo ipsa MaaUia. (Mêla, De Situ orbU, 1. II, c. V.)

troverses, mais que tout le monde s^accorde à placer dans la rade d'Hyères (i).

Etienne de Byzance enfin , quoique beaucoup plus récent, reproduit en général dans sa géographie les données des anciens périégètes et la désigne sous le nom de a Tauroeis, ville celtique, colonie massaliote (2) ».

Tous ces documents réunis ne. laissent aucun doute sur l'existence et remplacement de la ville de Tauroentum; et, bien que l'histoire ne nous ait laissé sur son compte que très-peu de souvenirs, la part qu'elle prit à la guerre civile entre César et Pompée suffirait pour la sauver de loubli.

C'était en l'an 704 delà fondation de Rome, quarante-neuf ans avant Jésus-Christ. César, vainqueur en Afrique, en Espagne et dans les Gaules , songeait à la dictature. L'armée était partagée; Marseille tenait pour Pompée; Tauroentum , colonie grecque, embrassa la même cause. César, après avoir échoué dans ses tentatives de séduction, vint

( I ) Eltev jutà TflWTTjV Taupoetç , xal irXr,<ji6v

rioXt; 'OXêîa , xal 'AvtitcoXi; aC»Ti5v è^x**"! »

Mtxà T^v Xi'pffTixi'jv

(ScYMN. Chio, in nepiTQYr.ffei, v. 219 et suiv.)

(2) TATPOEIS. IIoXk; KeXrix:^, Ma<j<jaXir,Tà»v àTcoixia.

(Steph. Byz., in voc. Tauroeis.)

()G CHIKT^T rK»r§ZÈKE.

mettre le sïégi iivxi: a vJîk phocéenne et résolut de la réduire à U :ci$ Citrïcr?«ci par mer.

La flotte écait cv>::î::%ji:\kc par un de ses lieutenants, Deciinus Jua:u$ Bruius; celle de Pompée, sous les ordres de Luctu^ NasiJius, vint mouiller dans les eaux de Taurwntum. A cette nouvelle, les Massaliotes équipent à la hâte leurs vaisseaux, sortent de leur port de Lacydon et traversent pendant la nuit la croisière que Brutus avait établie au devant des «Petîfts Stœchades» (on appelait alors ainsi les ilôts de Pomègue et Ratonncau, et peut-être aussi le rocher du château d'If dans la rade même de Marseille). Quelques heures après, ils avaient rejoint la flotte de Nasidius, déjà accrue des galères que les Grecs taumcntins avaient mises à sa disposition. Brutus, irnynnt pu empêcher la jonction des trois flottes l'hiiomics, n'hésita pas à se mettre à leur rechervhv v\ vint leur offrir le combat dans le golfe des I .i\\\\v^ , au devant même de la ville de TauroeniMin (|no Césav désigne dans ses Q)mmentaires ^iMis \\' nom de forteresse marseillaise, castellum «W»«u#/h'H.viMm, ce qui indique à la fois la soli- \U\M \\\\\ existait entre toutes les colonies grec- \\\w^ vM l\ ^npicnialic de la principale d'entre elles,

\\\ liliMM»,* I Wuùiii summa spc et voluntate civi- <*<. Ui * . «««t^iK \\ K4t \,t* O ixUmtum vcntum ex portu exeunt, • < i 'i:.' *»*.44<.4 , ^H,*,^ , M « tnhUum AMassiliensium , ad Nasi-

La flotte gréco-pompéienne se forma en demicercle. Les navires grecs prirent le large et formèrent l'aile droite ; les vaisseaux romains tinrent la gauche; Brut us porta tout son effort au centre.

Le choc fut terrible , et les détails de cette bataille mémorable nous ont été laissés dans un langage très-coloré par le poëte Lucain , presque toujours exact comme historien et particulièrement précis dans cette partie de la guerre civile dans les Gaules.

« Le jour, dit-il, venait de se lever; le soleil naissant projetait sur la mer des rayons brisés par les vagues; le ciel était sans nuages ; le calme de Tair semblait avoir aplani les flots comme pour offrir aux combattants un théâtre immobile. Tout à coupchaque navire s'ébranle et quitte son mouillage, et on voit s'avancer d'une égale impétuosité les galères de Massalia et celles de César. Les rames les font tressaillir de leurs coups redoublés et emportent leurs nefs superbes.

(( La flotte romaine se range en forme de croissant; aux deux extrémités se placent les puissantes trirèmes et les galères surmontées de quatre rangs de rameurs; les plus faibles garnissent le centre. Au milieu de la flotte et au-dessus

dium perveniuntj ibique tiavcs expédiant rursusqucadconfligcndum animos confirmant. Dextra pars MassUiensibus attribuitury sinistra Nasiiio, Eodem Brutus contendit. (CiESAR, De belL civ., 1. II, c. i.)

d'elle s^élève, comme une tour, la poupe du vaisseau prétorien; ses longs avirons s^tendent au loin sur les eaux, et six rangs de rameurs tracent de chaque côté un large et profond sillon.

(( Dès que les flottes ne sont plus séparées que par l'espace qu'un vaisseau peut parcourir d'un seul coup d'aviron, des cris innombrables remplissent les airs, et Ton n*entend plus, à travers ces clameurs, ni le bruit des rames ni le son des trompettes. La mer blanchit d'écume; et les rameurs, renversés sur leurs bancs, balayent les eaux bleues, en frappant leur poitrine des leviers qu'ils ramènent.

« Les proues se heurtent ; les vaisseaux virent de bord ; une volée de traits obscurcit Tair et couvre bientôt en tombant l'espace vide de la mer. Les deux flottes se déploient de nouveau, et les vaisseaux divisés se donnent un champ libre pour le

combat ; mais les navires des Grecs étaient

plus propres à Tatiaque, plus légers à la fuite, plus faciles à ramener par de rapides évolutions , plus dociles surtout au gouvernail; ceux des Romains, au contraire, d'une structure plus lourde, présentaient un plancher plus stable, un vrai champ de bataille tel que la terre peut en offrir.

« Alors Brutus, assis sur sa poupe magnifiquement sculptée, dit à son pilote : Nous promènerons-nous longtemps encore, et veux-tu lutter d'adresse et de vitesse avec eux? Fais-nous joindre ces gens-là; ramasse nos forces, et que

nos vaisseaux présentent le flanc à leurs éperons. Le pilote obéit, et le combat change. Dès lors, chaque vaisseau qui , de sa proue, heurte le flanc des vaisseaux de Brutus, y reste attaché, victime de son choc, et retenu captif par le fer qu'il enfonce. D'autres sont arrêtés par des grappins de fer et par des chaînes ; leurs rames s'embarrassent, et la mer devient comme une plaine oîi Ton combat de pied fer^e. Ce n'est plus le javelot, ce n'est plus la flèche qu'on lance; on se joint, on croise les armes, on se bat Tépée à la main. Une écume rougeâtre couvre les ondes, et les flots se caillent sous un manteau de sang (i). »

Dans cette lutte corps à corps , Brutus courut un instant le plus grand danger. Deux trirèmes massaliotes, ayant reconnu le pavillon de la galère prétorienne, se lancèrent sur elle des deux côtés. Le pilote de Brutus n'eut que le temps d*éviter le choc, et les deux navires assaillants se heurtèrent avec tant de violence que l'un brisa son éperon et fut à moitié détruit, et que l'autre resta engagé et fut tout à fait désemparé. Les vaisseaux ennemis leur coururent sus et purent les couler bas sans résistance. La flotte pompéienne ne rendit d'ailleurs que peu de services et se retira du combat au plus fort de la lutte. Les hommes qui la montaient semblaient peu soucieux d'affronter la mort pour une cause où ils ne voyaient directement engagé

(i) LucAiN, Pharsale, 1. III, v. 52 1 et suiv.

3£ ji >;tlut ofi J^ rj:rrl^. ri crfcù ;k leurs Ëimilles. A crci i i-,::x cjctiZiâi ir j» Gt^ks mouraient en iiar-*s: Li ^-Icr^^ln: r;<::i Icc^itecars indécise, et il csç irrt rrrcur"^ c'^i 5r^r^ ^or^t été battu, si te r:itrlr< is Ni<:i:u5 xvxàer:: été aussi braves c::Vr. iCi:: in ircl: isî I isrércr dans les circoniCtrc» c:i les MxsàJLlicCis soufraient, pour un «sirl* illii* t<:u> lis rtalbeurs Je la guerre. Mais y^sîiîus. se:: pir lich-it;?. s*^t par trahison, ^ui:ti bris^uer^en: le chirrp de bataille. Son Jéfttrt fu: le sîcnal i'u^^ déroute complète; b rlurart ces cilèr» grecques furent captufées ou coulées: c: celles qui purent regagner le port de Massa lia y répandirent la consternation. Bruîus vainqueur conrimença d'abord par s^etnparer de la ville de Tauroentum et fit occuper TacTopole: puis il suivit les navires fugitif jusqu'au devant de Marseille. Le siège touchait à sa fin. La ville était depuis plusieurs mois serrée de près du côté de la terre par les l^ons de Trebonîus. Le pon était bloqué ; on arrivait aux dernières limites de la résistance « et quelques jours suffirent pour attacher désormais aux destins de Rome la plus puissante des colonies grecques de notre littoral.

Ce qui reste aujourd'hui de Tauroentum est si peu apparent qu'il était absolument nécessaire de mentionner ces textes pour préciser l'existence et

remplacement indiscutable de l'ancienne ville gréco-romaine. Le touriste qui parcourt aujourd'hui le golfe des Lèques n'aperçoit en effet rien qui lui rappelle le passé; Farchéologue le mieux prévenu lui-même — et Ton sait que les savants se contentent souvent de peu — distingue à peine sur le rocher des ruines très-confuses de murs écroulés, quelques arrachements qui ont appartenu à des constructions de l'époque romaine, çà et là des débris de poteries, rarement des blocs de pierre de taille ou de marbre cachés sous les dunes mouvantes. Le port, la ville, la citadelle, tout a disparu. La plage est presque un désert; et il faudrait exécuter aujourd'hui un déblai considérable pour retrouver Tassiette de la ville antique. Fort heureusement ce travail très-pénible dans le sable mouvant a été exécuté à plusieurs reprises différentes; le sous-sol a été soigneusement exploré, et le succès a été complet.

On a pu relever avec précision les substructions et les soubassements des principaux monuments de Pancienne cité. Mais rien n'avait été préparé pour arrêter la marche des dunes mouvantes, et le squelette de Tauroentum, un moment exhumé, a été de nouveau recouvert par le sable comme par un véritable linceul.

Ce n'est donc que par les témoignages des explorateurs, par le récit sincère de ce qu'ils ont vu , par les dissertations et les mesures qu'ils nous ont laissées, et par les débris qu'ils ont pu re-

lOJ CHAPITRE TROISIKME.

cueillir sur place et qui ont été malheureusement dispersés de tous côtés , que Ton peut aujourd'hui se fairt une idée de l'ancienne colonie grecque. Ces documents, ne craignons pas de le dire, sont d'autant meilleurs qu'ils ne sont pas l'œuvre d^archcologues modernes et trop érudits ; ils ont été écrits sans le moindre art, avec une entière bonne foi et une scrupuleuse exactitude; pour nous, ils ont mieux que le prestige de la science, ils ont le caractère de la vérité.

Tout d'abord, vers Tan 1755, le savant abbé Barthélémy fit exécuter quelques fouilles sur la plage des Lèques qui ne produisirent aucun résultat important, soit qu'elles n'aient pas eu lieu exactement sur remplacement des ruines, soit qu'elles aient été conduites avec inhabileté ou qu'on se soit découragé un peu trop tôt, malgré l'apparition de «quelques pavés formés de petits cubes de pierre et dans le genre des mosaïques (1) ».

Les découvertes sérieuses n'eurent lieu que vingt-cinq ans plus tard. Le 25 avril 1781, un modeste érudit de Provence, M. Marin, lieutenant général au siège de l'Amirauté de la Ciotat, très-versé dans l'étude des géographes anciens et

(i) lettre de Tabbc Barthélémy à M. Marin, de la Ciotat, en date du 9 juin 1781.

UNE VILLE GRÉCO-ROMAINE DISPARUE. Io3

ayant une connaissance parfaite de la côte qu'il habitait , lisait à TAcadémie de Marseille un mémoire sur les fouilles qu'il avait fait exécuter pour retrouver l'emplacement de la ville de Tauroentum. C'est à lui incontestablement que revient l'honneur d'avoir appelé l'attention des archéologues sur l'ancienne colonie grecque ; et il résulte très-nettement de son mémoire que des ruines, importantes il y a prés d*un siècle, étaient encore très-apparentes. Dans la plaine d'alluvions modernes et presque horizontale qui s*étend depuis le petit village de Saint-Cyr jusqu'à la mer, Marin signalait des vestiges d'aqueduc et de murs de quai ; et à plus de douze cents mètres de la ligne actuelle du rivage, il retrouvait une ancre de galère à quatre pointes, indice très-certain de l'ancienne occupation des eaux; il faisait enfin remarquer avec beaucoup de justesse le nom de plan de la mar que porte le rivage aujourd'hui couvert par des montilles de dunes, celui de paluns (palus, marais), par lequel on désigne une partie du territoire située aux environs du petit village de Saint-Cyr, à près de deux kilomètres de la mer actuelle; il montrait quelques fragments d'inscriptions et de statues brisées et un nombre considérable de débris de poteries, des fibules, des médailles que l'état de la science archéologique ne permettait pas alors de classer et d'interpréter d'une manière tout à fait satisfaisante ; il constatait , le long de la mer et même

104 CHAPITRE TROrSIEXE.

SOUS leau, la présence de piusiears mosaïques disséminées sur un très-grand développement, des socles de colonne régulièrement alignés et marquant la place de poniques disparus, des ruines de tombeaux, de thermes, de théâtre; il assignait enfin avec une précision remarquable les limites de la ville, de Tacropole et du port.

« Des fouilles plus suivies, écrivait-il avec une modestie parfaite, produiront en d'autres temps des découvertes plus intéressantes. Je les aurais continuées, malgré la contrariété des sables, qui couvraient en peu d'heures les excavations faites pendant plusieurs jours; mais travaillant sans mission et sans autorité , dans ce lieu abandonné, jVtais environné de paysans grossiers, qui joi- 4;nont lavidité à une crédulité slupide; guidés }\ir de prétendus devins, ils ont souvent boulevcn^c ces terrains, pour y chercher les trésors qu'ib civicnt y être enfouis. Ils regardaient comme vie puiîis;uus talismans quelques médailles trouwvs vlans CCS terres, et refusaient de les céder à |>rt\ v^^u>^^ut » (vur ne pas perdre la fortune qu'ils w>.Vrv\>^icut > ctrc attachée. Le spectacle d'un hvM^v.^^c muni d'une boussole, d*un graphomènv. >i >vOxî^vs i;v^trumcnts. suivi d'un dessinateur, xHN\v\ ><r,vnu\;r et vk plusieurs ouvriers, excitait ïxV.s x«;W;k vr,vvcilUtît leurs espérances. Malgré V V X NV ^,^,^j\v^ à «Ks travailleurs, malgré la ^v>v^i ; ^^^ n;w "> r:^n,tîs de faire combler de ^v^ .vx, x-K^ ^>\^^\K^> cl do sable mes découvertes.

UNE VILLE GRécO-ROlCAINE DISPARUE. Io5

je craignais qu^on ne vînt tout dégrader après moi, crainte d'autant plus fondée que, tandis que je rendais compte à PAcadémie de mes recherches, ces paysans ont repris les fouilles, et en les continuant, ont détruit une partie des édifices, arraché et vendu à Toulon des tuyaux de bronze (?) et d'autres objets peut-être plus précieux.

ce Les habitants du voisinage enlèvent successivement les marbres et les pierres de ces ruines, pour en former des murailles. Ils brisent même les socles dont j'ai parlé; et l'on panagera l'indignation dont j'ai été pénétré, lorsqu'on m'a raconté que ces barbares ont mis en mille pièces une grande pierre contenant une inscription qu'on ne pourra jamais lire sous la maçonnerie qui couvre ces différents morceaux impossibles à retrouver et à rassembler. Le village de Saint-Cyr et les bastides voisines ont été bâties en partie des ruines du port, des maisons qui y tenaient et de celles de Tauroentum. Dans quelques années , il ne restera peut-être aucun vestige de cette ville (i j. »

Quelques années plus tard, en 1806, M. Millin, membre de l'Institut, parcourait les départe-

(i) Marin, Mémoire sur l'ancienne ville de Tauroentum, Avignon, 1782.

ments du Midi de la France et reprenait, en collaboration avec M. Thibaudeau, préfet des Bouches-du-Rhône , les fouilles commencées par Marin et déjà un peu oubliées ; mais au lieu de se contenter, comme son prédécesseur, de mentionner exactement le résultat de ses recherches , il s'attacha principalement à prouver que toutes les ruines mises au jour, — débris de portiques , de temples, marbres précieux, tombeaux, aqueducs même, — faisaient partie d'une opulente viiia dont les constructions avaient occupé une surface de près de deux hectares et auraient été groupées autour d'un bâtiment principal, formé de plus de soixante pièces et dont il avait retrouvé les fondations. Millin regardait même comme probable que cet immense domaine appartenait à un riche patricien de la famille Quinctiana, et croyait lire son nom sur la frise qui décorait un tombeau placé au milieu des jardins (i).

« La distribution de ces édifices, dit-il, le luxe et la richesse des ornements dont on rencontre des indices, tout fait croire que là était, non pas la ville de Tauroentum, mais une de ces charmantes habitations que les Romains aimaient passionnément et pour Tembellissement desquelles ils faisaient des dépenses excessives. Ces habitations étaient, comme celle-ci, bâties sur le pen-

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