CHAPITRE QtlATRlKME
retour d'une de tes expéditions qu'il conçut sérieusement le plan d'une réforme sociale et religieuse. Mais les moyens d'action lui manquaient; sans fortune, sans famille, sans influence personnelle dans un pays où le presiige des aïeux tenait toujours une très-grande place, il ne pouvait espérer que sa parole fût écoulée. L'amour de Khadidja aplanît tous ces obstacles et lui ouvrit toutes tes portes. Il devint riche. Débarrassé dés lors de toutes les préoccupations matérielles de la vie, il reprit, dans la retraite et le silence, l'étude des dogmes de la religion qu'il avait rêvée dans les solitudes du désert et dont il voulut être le seul apôtre.
A l'âge de quarante ans, se sentant suffisamment préparc au rôle qu'il allait jouer, il sortit avec éclat de son obscurité, se prétendit inspiré de Dieu et entra résolument dans la voie de la prédication. L'beure était favorable. La race d'Ismaël commençait à être fatiguée d'un polythéisme grossier et barbare qui n'avait pas même en sa faveur le charme poétique des mythes de la Grèce; elle semblait prête à recevoir les enseignements d'une religion nouvelle; et quelques tentatives, à la vérité infructueuses, avaient déjl signalé cette tendance générale des esprits. Mahomet était trop fin pour ne pas saisir adroitement ce moment psychologique. Il possédait cette éloquence vive, désordonnée, qui plaît aux masses. Ebloui lui-même par la grandeur de son entre-
LES SARRASINS. lôj
prise, enivré par ses premiers succès, ajoutant peut-être une certaine foi à ses propres paroles, il provoqua tout de suite autour de lui une trèsvive agitation et acquit bientôt une immense autorité.
Dans cette société corrompue et abrutie par le fétichisme, il proclamait hautement Tunité de Dieu et le dogme du jugement universel; au peuple idolâtre, il disait que le culte des astres et du feu était aussi impie qu^insensé, qu'il fallait faire remonter Tadoration jusqu'au Créateur suprême; à ceux qui suivaient encore la loi judaïque, il soutenait avec impudence que les livres sacrés étaient falsifiés ou apocryphes; abusant des connaissances qu'il avait acquises au monastère de Bosra, il cherchait, à l'aide de sophismes grossiers, à jeter la défaveur sur les chrétiens eux-mêmes par des accusations multipliées de polythéisme; il se disait en rapport avec Tarchange Gabriel, duquel il tenait tous les dogmes qu'il enseignait; il affirmait enfin que lui seul apportait la vraie loi de Dieu, à laquelle tout le monde devait obéir sous peine de damnation éternelle.
Conduit inévitablement, par Télévation naturelle de son esprit et par Tétude des livres saints, au mépris le plus profond de ses premières croyances et de toutes les pratiques du magisme oriental, il ne voulut pas cependant prendre parti entre les Juifs et les Chrétiens, divisés depuis