‹ La Provence mystique au XVIIe siècleChapitre 11 sur 30 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

§ 1. — Prise de possession.

Se sentant mourir, Jacques Pascalis, curé de Brignoles, voulut assurer à sa paroisse les services du P. Yvan. A cette fin, il résigna en faveur de celui-ci son bénéfice, c'est-à-dire la vicairie perpétuelle de Brignoles, par un acte authentique du 20 février 1620 (1). Trois jours après, Antoine Yvan obtint ses bulles du cardinal vice-légat d'Avignon (2), et le 26 février, il fut « installé officiellement en son église Saint-Pierre et Saint- Sauveur avec les formalités et les cérémonies d'usage ».

Par bonheur pour les Aixois, par malheur pour la bonne ville de Brignoles, la légitimité de cette transmission fut contestée soudain, et de deux côtés à la fois.

« Tout d'abord le prieur de l'abbaye bénédictine de la Celle, PhiUppe Tournier, agissant tant en son nom qu'au

(1) « Pour lui faire la grâce entière, ayant fait sa résignation, il envoya quérir les provisions et les Ht annexer au Parlement de Provence, à ses propres dépens, sans l'en avertir, jusqu'à ce que le8 lui présentant, il le pria instamment de les vouloir accepter. » GONDON, p. 118.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône; Parlement, Reg. 19, f»'756-763. Les bulles ontétéannexéesenParlementle:i5 février 1623.

nom de la prieure et des religieuses du monastère, fit valoir le droit de nomination de l'abbaye à la vicairie perpétuelle de Brignoles; et, sans plus tarder, le 26 février 1623, c'est-à-dire le jour même de l'installation du P. Yvan, il nommait à cette vicairie un prêtre de son choix, messire Honoré Guérin (1).

« Peu de temps après, un autre prêtre du nom de Jacques Maifredy, aumônier de l'archevêque d'Aix, essayait à son tour de se faire adjuger la même vicairie par dévolu. On sait ce qu'était le dévolu dans l'ancien droit canonique. Quiconque pouvait prouver que le collataire d'un bénéfice en avait été irrégulièrement pourvu, recueillait par le fait même le bénéfice en question... Jacques Maifredy dut donc attaquer tout à la fois et Antoine Yvan et Honoré Guérin. On voit que les choses se compliquaient (2). »

Le P. Yvan ne semble pas avoir été bouleversé le moins du monde à la pensée qu'il lui faudrait vraisemblablement renoncer à sa cure de Brignoles. Ni les honneurs ni les servitudes d'une pareille situation ne convenaient à son humilité et à ses goûts d'indépendance. D'ailleurs, s'il en faut croire Gondon, il s'attendait vaguement à quelque surprise, ayant connu « par diverses

(1) « L'abbaye de la Celle était située prés de Brignoles. Elle remontait à l'an 1011. Son principal fondateur fut Enguerrand, évêque de Cavaillon, qui donna aux religieux bénédictins de Saint-Victor la vallée d'Avolennazo, aujourd'hui la Celle. Il s'y établit peu après des religieuses du même ordre qui furent dirigées par un religieux de Saint-Victor auquel on donnait le nom de prieur. C'est ce qui explique l'intervention de Ph. Tournier dans l'affaire de la vicairie de Brignoles. — Six ans après la mort du P. Yvan, en 1659, le relâchement s'étant introduit dans le monastère de la Celle, les religieuses furent transférées à Aix. » — Buathier, d'après Papon. — Cf. dans les Débats (7 avril 1905) l'article de M. A. Hallays sur le monastère de la Celle.

(2) Buathier, chap. ix.

lumières que lui et d'autres dévotes personnes avaient eues que Dieu l'appelait à un autre emploi que la conduite d'une paroisse ))(1). Il accepta néanmoins de se défendre, et partit pour Aix en quête d'un avocat (2).

Lorsqu'il fut arrivé dans la métropole, « au lieu de songer à son affaire, et aux choses qui étaient nécessaires pour sa défense, il passa plusieurs jours à faire des dévotions dans les églises, à s'entretenir des choses spirituelles avec ses amis, et à songer aux moyens de servir Dieu et le prochain dans cette ville, comme s'il eût connu par esprit prophétique qu'il y devait faire sa principale demeure.

« Cependant ses amis et plusieurs de ses paroissiens qui s'intéressaient dans sa cause, le pressèrent de choisir un procureur. Il obéit enfin, mais en telle sorte qu'il fait connaître combien il est détaché des créatures et qu'il ne met son appui et ses prétentions qu'en Jésus crucifié, lors même qu'il porte son sac à un procureur, qui, se trouvant pour lors occupé, lui promit de le voir et de lire ses pièces un autre jour. En effet, ce procureur satisfit dès le lendemain à sa promesse. Mais comme il veut tirer les papiers du sac, il se trouve grandement surpris de ce que la première pièce qui se présente à ses yeux est un crucifix de laiton. Si bien que cet objet commença à lui faire avoir cette créance que le P. Yvan n'entendait guère bien le métier de plaider, puisque, au lieu de se servir de macl^ines de guerre contre son adversaire, il produisait un instrument de paix...

(2) 11 dut arriver dans les premiers jours de mai, ou à la (in d'avril 1623. La dernière signature qu'il y ait do lui dans le registre de l'état civil de Brignoles est du 15 avril 16^3. Celte signature, apposée au bas d'un acte de baptême, est la seule qui porte mention du titre de vicaire perpétuel : A. Ycanus, cic.

l'image du roi de la paix et du pacificateur de toutes choses,

« Quelques jours après, notre pieux ecclésiastique, étant venu le voir pour apprendre son sentiment, dès que le procureur l'aperçut : « Mon bon père, lui dit-il, je « connais bien que vous n'entendez rien aux procès, et « que vous ne désirez pas plaider. Car à quoi bon ce cru- « cifix que vous avez mis dans votre sac ? Est-ce que vous « voulez que je m'en serve dans votre affaire, ou que je « fasse des méditations sur la mort, au lieu de m'appli- « quer aux chicanes de ma profession (1)? »

On s'arrangea à l'amiable. Un des compétiteurs, Jacques Maifredy, « possédait au diocèse de Riez le prieuré de Saint-Julien d'Asse, et de plus, au diocèse d'Aix, la chapellenie de Saint-Jean-Baptiste, en l'église de Gucuron. Or, par un acte du 26 février 1624, passé « en la boutique du notaire Espérit Angle », l'aumônier de l'archevêque (Maifredy) cédait ses deux petits bénéfices à Antoine Yvan, lequel en retom* cédait à Jacques Maifredy tous ses droits sur la vicairie de Brignoles (2). Par le fait de cet acte, notre vénérable se mettait hors de cause et le procès se limitait dorénavant entre son ayant droit, Jacques Maifredy, et Honoré Guérin, le candidat de l'abbaye de la Celle.

« Pour n'y plus revenir, disons qu'après bien des péripéties, le parlement de Grenoble, par un arrêt en date du 8 août 1625 (3), confirma définitivement Honoré Guérin dans la vicairie de Brignoles, et le prieur de la Celle dans son droit de patronage. Il est donc probable que le P. Yvan ne jouit jamais des deux bénéfices à lui cédés par Jacques Maifredy, et que ce dernier, après

(2) Archives des Bouclies-du-Rhône; fonds Saint-Victor, liasse 128.

(3) Ibid.

avoir été débouté de ses prétentions à la vicairie de Brignoles, reprit paisiblement son prieuré et sa petite cbapellenie de Cucuron(l). »

Il était assez piquant de voir notre saint traverser avec tant de sereine incompétence le maquis de la procédure canonique. Si l'Eglise met un jour le P. Yvan sur les autels, assurément les plaideurs ne le choisiront pas pour patron. C'est qu'en vérité, l'affaire où il s'engageait par un sentiment de justice ou pour condescendre aux prières de ses amis ne lui tenait pas au cœur. De plus, je ne sais pourquoi, j'imagine qu'il se résignait assez allègrement à quitter sa paroisse de Brignoles. Certes, il n'oubliera jamais les amis qu'il laissait là-bas. Ses lettres nous le montrent bien. Mais enfin, je ne sais quelle mystérieuse prédestination lui faisait sentir que Dieu le voulait à Aix. A peine arrivé et avant même de se renseigner sur les chances de son procès, il s'installait déjà, il organisait sa vie comme un homme qu vient d'aborder au port.

Il restera fidèle à cette ville de son choix et dorénavant, malgré les retours périodiques du mal du désert, il ne l'abandonnera presque plus. De son côté, la noble ville semble l'avoir reçu avec une faveur singulière. Dès ses premières instances, elle l'adopta. On aurait dit qu'elle l'attendait ou que, de prime abord, ce nouveau venu répondait exactement aux idées qu'elle s'était formées sur la sainteté provençale, après une expérience de tant de siècles. Les quelques orages qui s'élevèrent plus tard entre elle et lui ne firent en somme que montrer la solidité de cette sympathie instinctive qui les portait naturellement l'un vers l'autre. Par sa nais-

(1) BuATHiER, ch. IX. Tout ce chapitre de Buathier est rédigé sur les savantes Dotes de dom Jaubert.

sance (1), par ses goûts naturels et le caractère propre de sa vertu, par trente années de séjour et de services, le père Yvan appartient à l'Eglise d'Aix, et si la métropole provençale ne peut se vanter d'avoir formé cette âme de saint, du moins elle a su la comprendre et la soutenir. Il lui a beaucoup donné, mais en retour elle lui a ménagé des grâces insignes et la rencontre merveilleuse qui allait changer la dernière période de cette vie en une seconde jeunesse.

D'ailleurs, sa réputation l'avait précédé, il n'arrivait pas à Aix comme un inconnu. Nous voyons en effet, qu'à peine installé, « plusieurs personnes dévotes lui envoyaient des aliments (2) », et, détail plus significatif, les chanoines d'Aix encouragent les premiers projets de son zèle.

« Il y a une chapelle sise au milieu de la ville d'Aix, fort petite, mais très dévote, dédiée à la mère de Dieu, sous le titre de Notre-Dame de Beauvezet : c'était la plus commode station que le P. Yvan pouvait demander, soit qu'il voulût travailler pour le prochain, soit qu'il ne désirât s'appliquer qu'à sa propre perfection...

« Il la fit demander par des amis, à Messieurs du Chapitre de Saint-Sauveur de qui elle dépend, qui non seulement la lui accordèrent avec facilité... mais ils témoignèrent même de la joie, de remplir leur chapelle d'un si excellent prêtre (3). »

Ce qui suit nous le montre pressé d'agir et de s'étendre, improvisant une maison, groupant des auxiliaires, organisant déjà la conquête de la ville.

(1) Nous avons déjà dit que Rians appartenait alors au diocèse d'Aix.

{2} GONDON, p. 130.

(3) Id., 131, 132.

« Il ne se fut pas appliqué longtemps au service de la Chapelle... qu'il y fit paraître des marques de sa libéralité et de sa dévotion : car il employa aussitôt de ses biens pour la réparer, l'orner et la faire servir... Il fit bâtir quelques chambres joignant la chapelle, pour y associer de bons ecclésiastiques, et procurer par leur aide, que le service en fût mieux fait... afin que les fidèles, y trouvant de quoi satisfaire leur dévotion, vinssent rendre leurs devoirs à la mère de Dieu (1). »

Nous voici bien loin du désert! Bâtir une sorte de couvent, l'ouvrir à un groupe de prêtres, fonder un nouveau centre d'activité religieuse dans une ville où

(1) GoxDON, p. 131, 132. Sur la chapelle et sur la maison, voici quelques renseignements envoyés à l'abbé Buathier par M. de Berlue. « Le 22 mai 166t}, la chapelle de Notre-Dame de Beauvezet fut remise par le chapitre aux religieux de Picpus, ainsi que la maison adjacente, construite par le vénérable. La propriété leur en fut déliuitivement cédée le 16 juillet 1703. En 1787, les religieux de l'icpus furent supprimés et la chapelle l'ut achetée par un sieur Leydet qui en fit sa maison. M. Sabatier, dans ses additions inédites aux Bues d'Aix, nous apprend qu'en 1816, M. Leydet fils, alors étudiant eu droit, et plus tard juge de la principauté de Monaco, réunissait dans cette maison ses camarades : Thiers, Michel de Bourges, Martin du Nord et autres, en une société secrète où ils prêtèrent un jour le serment de haine à la royauté. Michel de Bourges jeta plus tard ce souvenir, dans les bureaux de la Chambre, à la face de Thiers, devenu ministre de Louis- Philippe... Actuellement ce local appartient au docteur Caillât. C'est un immeuble ayant à chaque étage trois i'enèties de façade et portant le n" 22 de la rue Beauvezet (aujourd'hui rue Bodarride)... Les derrières de la maison ont vue sur la place de l'Aumùnerie vieille, en face duu arceau muré qui représente, entre deux fenêtres également murées, l'ancienne entrée du couvent de Picpus. — Les ciiambres construites par le P, Yvan, quoique entièrement remaniées par l'acquéreur de 1787, sont pourtant faciles à recunuaitre, car nous savons qu'elles étaient fixées vers le nord de l'immeuble. Elles sont représentées par la partie de la maison Caillât, la plus voisine du n» 24 de la rue Beauvezet, et qui a vue sur la rue Saint-Antoine. » — La chapelle existe encore, mais désaileclée, elle sert d'entrepôt.

ni les églises ni les chapelles ne manquaient, tous ces actes d'initiative et d'indépendance, montrent bien et que le P. Yvan avait une conscience très vive de sa mission, et que le public, prêtres et laïques, le tenait dès lors pour un personnage extraordinaire au-dessus des régies communes. Car enfin, cette idée qui occupait alors notre P. Yvan n'était rien moins que l'idée même de VOratoire qui allait faire en France une si magnifique fortune, et l'homme qui l'organisait ainsi à brûlepourpoint, hier encore simple vicaire à Brignoles, n'avait plus aucun titre dans la hiérarchie ofiicielle. J'ajoute que le provençal se laisse voir aussi dans cette fougue de zèle. Tout à la fois patient et impétueux, il avait toujours couvé, dans l'humilité de ses premiers postes, « de fervents désirs de s'employer à la réforme des ecclésiastiques (1) )>. Dès que l'occasion d'agir se présente, il la saisit sans plus attendre, tout prêt d'ailleurs non pas à se désintéresser mais à se détacher de son oeuvre, aussitôt qu'une inspiration plus décisive ou qu'un signe plus impérieux de la volonté divine l'appellera sur un autre point. En effet, tout nous porte à croire qu'il n'eut pas le temps d'achever cette généreuse ébauche. Des besoins plus pressants ne tardèrent pas à l'absorber, et après quelques années d'un surmenage héroïque il fut pris, une fois encore, par cette passion de la retraite qui alternait chez lui avec la passion de l'apostolat. Plus tard, quand il aura fondé l'institut de la Miséricorde, il essaiera bien encore de grouper autour de lui les jeunes prêtres et de les inviter à des « conférences » de prédication, mais enfin ce n'était pas là sa mission essentielle, « et le Seigneur l'appelait à d'autres choses, ainsi que le temps a fait voir ». « Nous pouvons cepen-

(1) GONDON, p. 134.

dant remarquer, ajoute Gondon, que Dieu inspire souvent à ses serviteurs des desseins qu'il ne veut pas être exécutés en eux jusqu'au bout... Quelquefois... Dieu inspire le même à plusieurs qui l'entreprennent, et il le fait réussir par ceux qu'il lui plaît, comme nous voyons dans l'institution des prêtres de l'Oratoire, que plusieurs ont entreprise, à savoir saint Philippe de Néri en Italie, le bienheureux Césair de Bus, dans le comté d'Avignon, le R. P. Romillion en Provence, et l'éminentissime cardinal de Bérulle en France (1). »

Cependant la foule se pressait, chaque jour plus nombreuse et plus fervente, dans la chapelle du P. Yvan et c'eût été grand miracle qu'un pareil succès fît plaisir à tout le monde. Quelques habiles s'avisèrent que ce prêtre villageois manquait de doctrine et n'entendait rien à la conduite des âmes. « Cette méprise, comme Gondon le remarque avec sa douceur ordinaire, cette méprise arrive souvent aux gens de savoir et de dévotion, quand ils abondent dans leur sens et ne prient pas assez le Seigneur pour obtenir de sa sagesse des lumières nécessaires (2). » On ne nous dit pas de quelle façon lesdites personnes « persécutèrent l'homme de Dieu », mais il semble qu'on essaya d'abord des chuchotements et des insinuations malveillantes. Mais comme cette première attaque eut un succès tout contraire à celui qu'on en espérait, « ils eurent recours à une autre invention et portèrent des plaintes contre lui et contre sa conduite au seigneur Alphonse du Plessis de Richelieu, pour lors archevêque d'Aix. »

Louis-Alphonse du Plessis de Richelieu, frère aîné du grand cardinal, était un prélat d'une vertu et d'une

(1) Gondon, p. 134.

(2) Id . p. 135.

piété exemplaires. Tout jeune encore, à l'âge de vingtquatre ans (1605), il avait refusé l'évêché de Luçon qui fut donné à son frère et il était allé s'enfermer à la Grande Chartreuse. Après vingt ans de vie religieuse (1625), il fut tiré de sa cellule, presque malgré lui, par le puissant ministre de Louis XIII, et placé sur le siège métropolitain de la Provence (1). » Il n'eut d'ailleurs pas le temps de faire intime connaissance avec son diocèse qu'il échangea bientôt contre l'archevêché de Lyon (1629).

Etranger et nouveau venu dans le pays, mal préparé par vingt ans de solitude à reconnaître et à déjouer les intrigants, formé d'ailleurs parla discipline monastique à se défier de toute apparence de singulainté, l'archevêque d'Aix devait presque fatalement s'en rapporter aux « personnes de science et d'autorité qui lui montraient dans l'influence croissante du P.Yvan un grave danger pour la rehgion. « Il n'est pas difficile de faire condamner un innocent quand il ne se justifie pas, et qu'étant accusé par des personnes puissantes il n'est protégé par aucun. » On peut bien croire que le malentendu n'aurait pas duré, si l'ancien ermite de Rians, cité devant ce chartreux d'hier, avait voulu plaider sa

(1) BuATHiER, ch. X. Mgr de Richelieu, qui reçut ses bulles d'Urbain VIII le 27 avril 1626 et qui fit son entrée à Aix le 6 dOcembre de la même année, succédait à Gui Hurault de l'Hôpital (1624-1625), qui lui-même succédait à son oncle, Paul Hurault de l'Hôpital (1599-1624), petit-fils du chancelier Michel, et nommé par Henri IV à l'archevêché d'Aix du vivant même du fameux Genebrard. — Paul de l'Hôpital, ayant eu des démêlés sans fin avec le Parlement, s'était retiré à Paris et avait abandonné l'administration du diocèse à son coadjuteur et neveu. — Pendant son court passage à Aix, Mgr de Richelieu termina l'établissement de la Chartreuse. Il prit possession de son siège de Lyon en 1629 et fut fait cardinal la même année par Urbain VIII. Il mourut à Lyon le 23 mars 1653. (Gallia Christiana.)

cause. Il n'en fit rien et cette entrevue le compromit davantage aux yeux du prélat, qui sans doute ne s'était jamais rencontré avec un paysan de Provence. Le silence du condamné fut pris comme une preuve d'obstination et d'ignorance. L'archevêque « lui interdit l'exercice de la prédication, l'administration des sacrements, le traita avec mépris et d'une façon tout à fait impérieuse. »•

Je croirais volontiers que cette disgrâce fut courte, Nous savons en effet que Gondon exagère quand il nous montre le P. Yvan livré sans défense aux machinations hostiles. Les amis ne lui manquaient pas, mais pris sans doute par surprise, ceux-ci n'avaient pas eu le temps de se mettre en ligne. La sentence rendue, ils s'employèrent activement à en obtenir la revision. L'archevêque,, soupçonnant qu'on avait abusé de sa confiance, voulut s'en éclaircir « par des personnes de foi et de probité »► Il examina lui-même et fit examiner par d'autres les. écrits spirituels du condamné, ces précieuses feuilles dont les religieuses de Brignoles avaient eu les prémices, et qui ne figuraient pas dans le dossier des accusateurs. C'était plus qu'il n'en fallait pour faire éclater la sagesse de cet ignorant. L'archevêque répara généreusement son erreur et cette éclipse passagère augmenta singulièrement le prestige de l'homme de Dieu.

« Au lieu qu'avant cette persécution, il n'était ordinairement suivi dans ses sermons que par la populace, après que l'orage fut passé, les plus savants et les plus considérables de la ville se rendirent ses auditeurs.

« L'archevêque voulut l'honorer lui-même de sa présence... Ayant un jour chez soi une très illustre compagnie de divers prélats, et de plusieurs autres personnes de grande condition, comme il les eut conviés au sermon de notre zélé prédicateur, la chapelle où il prêchait se trouva presque remplie d'archevêques, d'évêques, et

d'un bon nombre de personnes de grande qualité. » On se représente sans peine ce beau cortège, que Gondon grossit un peu et où il a peut-être compté trop de robes violettes. N'importe, chaises et carrosses défilent devant nous, du palais archiépiscopal à la chapelle de Beauvezet, prélats, grands seigneurs et beaux esprits, tous plus ou moins friands d'éloquence, et prêts à donner leur avis sur le mérite d'un prédicateur très discuté. Ils ne trouvèrent qu'un saint et oublièrent, pour un moment, les règles de la rhétorique. Plus touché que personne, l'archevêque « avoua hautement, au miheu de cette illustre assemblée, que le P. Yvan n'était pas connu et qu'il n'avait rien de grossier que sa robe, qu'il paraissait pauvre et ignorant au dehors, mais qu'il avait un intérieur très riche et très éclairé, et que l'on pouvait à bon droit dire de lui que c'était un diamant enchâssé dans du plomb (1). »

« Messire de Barreau, archevêque d'Arles (2) », traduisait la même impression par une image plus provençale, « disant parmi les louanges qu'il lui donnait, qu'on le devait comparer à une ruche de mouches à miel, dont le dehors est rude, raboteux et mal poli, mais qui ne laisse pas de contenir au dedans de la cire et du miel, faits avec une merveilleuse industrie ». Gondon, qui s'est contenté de transcrire avec déférence le plomb et le diamant de Mgr de Richelieu, ne peut se tenir de célébrer l'exquise trouvaille de Mgr de Barrault. « La comparaison de cet illustre prélat, écrit-il, est une des plus naïves images que l'on pût faire du P. Yvan. » Il a bien raison. Le P. Yvan est tout entier dans cet aimable et rugueux symbole. D'ailleurs nous retrouverons plus

(1) Gondon, p. 138-139.

(2) Jean Jaubertde Barrault, archevêque d'Arles, de 1631 à 1643.

tard l'archevêque d'Arles, encore occupé du P. Yvan, mais cette fois en compagnie d'Antoine Godeau, évêque de Vence. Quant à Mgr de Richelieu, il va bientôt quitter la Provence, mais pas avant d'avoir fait au P. Yvan une dernière grâce que nous raconterons en son lieu. , ' Plus on médite sur les premières années que passa le P. Yvan dans la métropole provençale et plus on s'émerveille de l'extraordinaire activité qu'on lui voit alors déployer, et de la sorte de primauté que lui conférait son zèle. Il n'y a pas encore cinq ans qu'il est dans la ville et il semble déjà le grand administrateur de la charité aixoise. Plein de compassion pour les malheureux, « il faisait lui-même des quêtes par les maisons pour aider les pauvres malades, leur distribuant ensuite avec grande discrétion, ce qu'on lui avait départi. Outre ces quêtes, il en faisait une générale par toute la ville, pour trouver des draps, des serviettes et toute autre sorte de linge. » Ces démarches eurent bientôt la régularité d'une fondation, si bien que lorsque plus tard le P. Yvan demanda d'être admis à l'Oratoire, il posa comme condition qu'on lui laisserait continuer toutes ses œuvres de charité. Avant lui «on avait déjà entrepris dans Aix une sorte de confrérie », assez semblable à nos conférences de Saint-Vincent de Paul. II ranima et réorganisa cette « compagnie », œuvre qui « était encore dans les faiblesses de son commencement ». Cette œuvre « de la miséricorde » existe encore aujourd'hui, bien qu'avec des statuts un peu différents et une allure plus officielle. Dans la salle des réunions, on voit un portrait du P. Yvan, avec l'inscription suivante : Le P. Ant. W'an affermit et perfectionna en mdcxxviii, Vœavre des secours à domicile, établie en mdxc (1).

(1) Cette œuvre possède aujourd'hui dans sa chapelle le célèbre

On pense bien qu'il avait sa façon à lui de faire l'aumône, et puisque nous sommes sur ce chapitre, j'en rapporterai quelques exemples pittoresques. Lui qui affectait d'ignorer toute espèce de protocole dans ses relations avec les grands de ce monde, il usait envers les pauvres d'une délicatesse infinie. C'étaient, pour l'ordinaire, des visites en coup de vent. Quand on dépliait son aumône, il était déjà parti.

« Il y avait dans Aix une vertueuse femme, qui faisait chez soi les bouillons des pauvres malades. Notre Imitateur (1) la visitait souvent, pour s'informer d'elle, du nombre et de l'état des pauvres, et pour l'encourager à continuer ses soins en leur endroit. Pendant qu'elle lui répondait, ce charitable prêtre lui mettait dans la main des écus et autres pièces d'argent sans lui dire mot; et aussitôt après lui tournant le dos, il se retirait. Souvent il arrivait que cette bonne femme, ayant à parler à lui, l'appelait, et le pressait de revenir à elle, ou de s'arrêter; mais faisant semblant de ne la pas oûir, il continuait son chemin avec tant de vitesse qu'il semblait s'enfuir, comme s'il eût été poursuivi par quelque voleur.

« Une autre fois, se doutant de l'indigence d'un bon religieux, il lui demanda s'il avait besoin de quelque chose. Le religieux lui avoua qu'il aurait bien voulu un bréviaire et une paire de sandales, dont il avait très grand besoin. Le père Yvan lui ayant acheté ces choses-là, le visita dans sa chambre, et lui laissa son présent avec tant d'adresse que le religieux ne s'en aperçut pas. II lui

tableau donné par Mgr de Richelieu au P. Yvan, et dont nous parlerons plus en détail.

(1) C'est là un rappel du titre que Gondon a donné à son histoire du P. Yvan : l'Imitateur de Jésus-Christ ou la vie du vénérable père Yvan, etc.

mit encore une pièce d'or dans la main; après quoi, il se retira sans mot dire, et sans vouloir écouter le religieux qui, courant après lui, l'appela par diverses fois pour le remercier.

« C'était la coutume de notre prudent ecclésiastique de s'enfuir, toutes les fois qu'il faisait l'aumône; en sorte que quand on la lui demandait devant plusieurs, il faisait semblant de la refuser : mais en même temps faisant signe au pauvre de s'approcher, il la lui donnait par derrière, lui tournant le dos, comme s'il eût voulu le rebuter, en usant particulièrement de la sorte envers ceux qu'il connaissait honteux (1). »

Je transcris pieusement ces anecdotes, parce qu'elles montrent l'homme, au naturel, avec sa bonté brusque et charmante. A propos de ce parfait provençal, il faudrait toujours répéter le mot de l'archevêque d'Arles, évoquer une ruche « raboteuse » et pleine de miel.

§ 2. — La grande peste (1629-1630).

A la fin de l'année 1628, ou dans les premiers mois de 1629, il tomba gravement malade, et l'archevêque dut intervenir en personne pour lui faire interrompre ses flagellations et ses jeûnes. « A peine relevait-il de cette maladie que la peste se déclara dans la ville et vint offrir à son zèle un aliment nouveau. » « C'est une des incommodités de Provence, écrit à ce propos notre historien, d'être souvent frappée de ce fléau du Seigneur, à cause du commerce que les provençaux ont avec l'Egypte et beaucoup d'autres pays du Levant et du Midi où cette maladie est presque continuelle. Dans vingt années la ville d'Aix en a été infectée trois fois, en cha-

(1) GoNDON, p. 489-490.

cune desquelles le P. Yvan a donné d'illustres marques de son zèle. Mais particulièrement en la première, durant laquelle le mal fut si violent et fît de si grands ravages... qu'elle emporta la plus grande partie des habitants (1). »

Nous ne parlerons que de celle-ci, et nous laisserons la plume à l'abbé Buathier, qui a bien résumé et mis au point les événements qui nous intéressent. Je me contenterai seulement de compléter quelques citations empruntées par lui à la correspondance du P. Yvan.

« Le fléau avait commencé à Digne dès le mois de juin; il y fit en quelques mois de tels ravages que, sur dix mille habitants, quinze cents à peine survécurent. Aix en ressentit les premières atteintes vers la fin de juillet 1629; bientôt les victimes ne se comptèrent plus, et, pendant un an que dura la contagion, douze mille personnes furent emportées. Il faut lire la description de ce terrible mal :

« Les personnes attaquées éprouvaient d'abord une soif ardente, l'insomnie et des pesanteurs de tête; il s'y joignait la lassitude, avec une extinction de voix, des nausées, des vomissements, des ardeurs d'urine, des crachats teints de sang, une sueur abondante, des frissons et des 'convulsions, accompagnés de délire. Le mal se manifestait ensuite par des bubons de la grosseur tantôt d'une amande, tantôt d'un œuf de poule ; quelquefois on n'en avait qu'un, et plus souvent deux, avec des douleurs violentes, quoique sans inflammation; il n'était pas rare de les voir rentrer, mais pour l'ordinaire ils crevaient, et alors les douleurs devenaient insupportables. Outre ces bubons, on avait assez souvent des charbons, quelquefois jusqu'à douze, tantôt

(1) GONDON, p. 154.

noirs, tantôt livides, et tantôt couleur de pourpre, accompagnés d'ardeurs très vives ou de pustules qui rongeaient les chairs. La plupart des malades devenaient enflés. Cependant il y eut beaucoup de personnes qui moururent subitement, sans avoir donné aucun signe de maladie. Les cadavres étaient horribles à voir : ils avaient le visage contourné, les membres raides et ordinairement contractés (1). »

« On comprend l'affolement produit par un pareil spectacle. C'était à qui fuirait le foyer d'infection. Le Parlement lui-même, après avoir hésité quelque temps, abandonna la ville et se retira à Salon, Pertuis, Toulon et Trets, Une partie du clergé, et notamment une partie du Chapitre, ne fut pas plus fidèle au devoir; mais, pour l'honneur du sacerdoce, tous les prêtres ne suivirent pas d'aussi tristes exemples. A Sainte-Madeleine, Messires Félix et Unardy, curé et desservant de la paroisse, moururent à leur poste; l'église fut fermée. Il ne restait dans cette paroisse que deux prêtres : Gastaud, qui succomba bientôt, et Pascalis. A Saint-Sauveur, le Chapitre, nous l'avons dit, s'était réfugié aux champs, mais le prévôt Louis Marchier, les chanoines Lieutard et de Mimata, et un certain nombre de bénéficiers et de serviteurs étaient restés sur la brèche. Une déhbération du 3 novembre 1629, au plus fort de l'épidémie, rédigée par Mimata, nous donne la liste de ces hommes dévoués et elle y ajoute : « M. Antoine Yvan, prêtre de Beauvezet, que M. le Prévôt a toujours entretenu pour la nécessité de l'église (2). »

(1) Histoire générale de Provence, par Papon, t. IV, liv. XIII.

(i) Ms. 274 do la Méjanes. Ce précieux manuscrit et un autre (275), ont été légués à la bibliotliùque p;u' Mgr Rey, mort ovéquo de Dijon, lis conlieniieut une table et de nombreux extraits des délibérations capitulaires. Nous leur ferons plus d'un emprunt.

« De fait, le P. Yvan ne s'épargna point. « Nul, dit Gondon, ne s'exposa avec tant d'ardeur et moins de réserve que lui (1). »

« N'ayant point directement charge d'âmes, affaibli d'ailleurs par une longue maladie, il aurait pu, à plus juste titre que d'autres, s'éloigner de la ville et aller au dehors achever paisiblement sa convalescence. Plusieurs de ses amis le sollicitèrent en ce sens et lui offrirent un asile à la campagne. Loin d'accepter il alla sans retard se mettre à la disposition du Grand Vicaire (2) ; celui-ci, connaissant son homme, lui assigna aussitôt le poste le plus difficile, à l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, Le P. Yvan y exerça la charge du curé, célébrant la messe, instruisant et encourageant le peuple, administrant les Sacrements, rece\.ant avec bonté tous ceux qui se présentaient, sans se demander s'ils étaient sains ou malades. Quand on sut qu'il craignait moins que les autres de s'exposer, l'affluence auprès de lui devint telle qu'à lui seul, disent les témoignages contemporains, il confessa la plus grande partie des habitants restés dans la ville.

« Il s'en faut, du reste, que ce ministère à l'intérieur de l'éghse épuise son zèle. Chaque jour, on le voit dans les rues, allant de maison en maison assister les pestiférés, baptiser les nouveau-nés, distribuer des aumônes, c onsoler les familles. Il sort même de l'enceinte, et recherche à travers champs les malheureux qu'on oublie et auxquels

(1) Plus tard, se trouvant éloigné d'Aix, il écrivait à une religieuse : « S'il arrivait qu'il y eût du mal contagieux dans Aix, il faut m'en avertir, car aussitôt je m'y en irai. Je ne veux point fuir Dieu ni sa colère qu'en me corrigeant. » Lettres, II, 13.

(2) 11 n'y avait plus alors d'archevêque à Aix. Mgr de Richelieu venait d'être transféré à Lyon, et son successeur Louis de Bretel, nommé en 1630, ne reçut l'onction épiscopale que deux ans plus tard, le 2 janvier 1632. ...te^

iciV\

il porte à la fois les secours spirituels et les secours temporels. Son cœur va plus loin encore, et il insiste auprès de ses supérieurs pour obtenir d'eux l'entrée des infirmeries où agonisaient les pauvres malades; mais les supérieurs refusent, jugeant avec sagesse que ce vrai prêtre de Jésus-Christ faisait plus de bien ailleurs.

« Pour lui, au milieu du danger, il s'abandonnait sans réserve à la Providence, désirant la mort plus qu'il ne la redoutait, n'ayant souci que de la gloire de Dieu et du salut des âmes : «Dieu, écrivait-il, m'a conservé jusqu'à maintenant sans artifices ni remèdes, ni préservatif aucun. Je passerai outre dans les mains de Dieu; je lui ai déjà, dès longtemps, souvent donné ma vie, mort, maladies, peines, peurs. Je suis d'avis de ne faire aucune recette pour vivre davantage, que les ordinaires que Dieu veut, comme manger, boire, dormir... Je vois que je ne suis pas grand cas pour la gloire de Dieu, au contraire je pèche et cours danger de me perdre davantage. Il m'est tout un de mourir de la peste ou de quelque fièvre chaude. Nous sommes bien peu de chose et faisons encore moins pour Dieu. Qu'aucun ne se glorifie de rien qu'il soit, de rien qu'il fasse, de rien qu'il veuille ou ne veuille... Oh! que tout ce qui n'est pas Dieu est bien peu (1)! »

Voici une autre lettre écrite dans ces mauvais jours : « Ma fille, le Seigneur soit toujours avec vous. J'ai reçu vos lettres lesquelles dans l'ombre de la mort m'ont bien réjoui et contenté, entendant le soin que vous avez toutes de nous... Demandez à Dieu que si nous mourons ce soit en sa paix, en sa bonne grâce et pour lui; et résignés dans les douleurs que cause le mal. Je n'ai peur que de ce côté. Je vous recommande surtout M. N..., car

(1) Lettres, I, 44-45. Buathibr, ch. xi.

il est nécessaire qu'il soit toujours par la ville avec les consuls, pour les affaires du public. Et j'ai grand peur qu'il ne prenne mal, ce que je ne voudrais pas, pourvu que Dieu en soit content. Pour moi quand je serais mort il y a trente ou quarante ans, il n'en serait que mieux pour mon salut. Il me semble aussi qu'il vaudrait mieux que je mourusse maintenant que d'attendre davantage ; car au lieu de profiter, je ne fais que perdre... Saluez votre parent et remerciez-le pour moi de la métairie qu'il m'a offerte pour m'y retirer, car il faut que je ne bouge de cette ville jusqu'à ce que la peste y ait cessé, ou pour mourir ou pour vivre. Grand dommage à l'Eglise de Dieu, quand le P. Yvan serait enseveli il y a cinquante ans ! Seulement priez Dieu pour moi et quand je serai en l'autre monde, je ferai office de père très fidèle. »

Il ajoute ce post-scriptum deux fois touchant en de pareilles circonstances.

« Mandez moi toujours de vos nouvelles, maintenant dans la veille de notre bon jour, cela me réjouit, comme quand le curé donne du courage aux mourants (1), »

Il n'y a pas un seul mot cornél en dans cette lettre, rien qui sente son héros, et c'est là précisément ce qui lui donne une beauté surnaturelle. On n'est pas plus simple, plus détaché de soi, plus égal, plus calme, plus tendre. Qui croirait qu'une telle lettre a été écrite, au milieu de la plus affreuse contagion, par un homme qui voyait à chaque instant et de tout près « les douleurs que cause le mal. »

(1) Lettres, I, lS-16.

Page 1