‹ La Providence et la guerreChapitre 10 sur 83 · Rom., X, J · texte numérisé non relu

Rom., X, J

LES PROCEDES DE LA PROVIDENCE il

".roire à Jésus-Christ si l'on n'entend pas parler de lui ? Et comment pourrions-nous entendre cette parole de salut s'il n'y avait personne pour la dire? Mais ce n'est pas encore la foi, c'est la grâce sanctifiante qui constitue proprement la vie surnaturelle. Or ce don qui surpasse infiniment tous les autres dons — qui est vraiment un don divin, la vie dp. Dieu en nous ^ — la grâce sanctifiante elle-même, comme la vie physique, si elle réclame, pour s'accroître, le jeu de notre activité personnelle, ne commence, elle aussi, dans la conduite hahituelle de la Providence, que par l'intervention d'une autre liherté que la nôtre. Normalement, en effet, c'est le baptême qui nous la communique et c'est le sacrement de pénitence qui la restitue au pécheur : or le baptême et la pénitence, comme d'ailleurs tous les autres sacrements, supposent un ministre. Il n'est pas au pouvoir du ministre de doser, comme le font les parents pour la vie physique, la part de vie surnaturelle qui nous est communiquée avec les sacrements ; parce que c'est Dieu, ici, et non pas l'homme, qui donne sa vie et qui est père ; parce que le ministre n'est

i. Non pas la plénitude de la vie divine, mais une énergie vitale (grcîYce sur l'âme humaine) qui, par droit de nature, ne peut appartenir à aucune créature possible, mais à Dieu seul, et qui met en nous une faculté correspondante, celle de voir Dieu face à face, tel qu il est, le jour où notre évolution sera achevée, c'est-à-dire après notre naissance au ciel. Et si donc nous avons pu dire déjà que la vie est un don divin, en ce sens qu'elle ne peut venir que de Dieu : la grâce sanctifiante est un don divin en ce sens encore qu'elle est en elle-même une réalité en quelque sorte divine. Pour employer les termes de l'Ecole, on peut dire que. dans le premier cas, le don est pris au sens actif; et dans le second, au sens actif et passif.

qu'ail instrument et non pas une cause ; parce que la matière du sacrement n'est que le signe et la condition et non pas un élément de Feffet produit ; mais cette condition est requise, cet instrument doit intervenir. Si le ministre se récuse ou s il néglige d'accomplir les rites prescrits, le sacrement n'existe pas. Il n'y aura pas de baptême s'il n'y a pas quelqu'un qui baptise ; -il n'y aura pas d'absolution reçue s'il n'y a pas quelqu'un pour la donner ; il n'y aura pas de communion si un prêtre ne consacre pas l'hostie; il n'y aura pas de sacrement de mariage si chacun des époux n'a pas l'intention de donner à son oui le sens voulu ^ Et ainsi de tous les sacrements.

Et vidit Deus quod essel boniim. S'il y a, en effet, même en ces occurrences, des fonctionnaires qui prévariquent, c'est l'exception, une exception qui, d'ailleurs, ne laisse pas la Providence désarmée ni l'âme sans appel — nous le verrons bientôt. Mais la règle, c'est que la fonction s'accomplit; et de la sorte les sacrements, par les gestes du ministre, par les signes sensibles qui les accompagnent, nous donnent sur ces grandes grâces nécessaires une certitude pratique, une assurance matérielle qui était bien désirable et qu'il nous eût été sans doute difficile d'obtenir par d'autres moyens.

Quoi qu'il en soit des explications, tels sont les faits. Dans la surnature comme dans la nature, nous sommes largement tributaires des causes secondes.

1. Dans le mariage, ce sont, en effet, les époux qui sont, l'un à l'égard de l'autre, les ministres du sacrement.

C'est par elles, par le déterminisme des lois physiques et par le contre-coup sur notre vie de la liberté humaine, que nous recevons, pour une grande part, les biens que la Providence nous destine.

De ces constatations, deux conclusions pratiques se dégagent pour l'emploi de notre propre liberté.

La première est que, si nous voulons obtenir un résultat, nous devons en prendre les moyens.

Les êtres de la nature, nous l'avons dit, sont des serviteurs mais non pas des esclaves ; ils n^obéissent qu'à leurs lois, et c'est au nom de leurs lois qu'il faut leur commander pour nous faire servir. Il n'entre pas dans le plan de la Providence de modifier à tout propos leur consigne, ni de substituer à leur action régulière son intervention directe et souveraine pour accomplir les besognes dont ils ont la charge.

Demander à la prière ce que nous pouvons et nous devons obtenir en mettant en jeu les causes secondes, c'est donc aller contre Tordre providentiel ; ce n'est pas un acte de foi, c'est un acte de superstition et de paresse. Si le laboureur veut une moisson, qu'il laboure le champ et qu'il y jette la semence. Des neuvaines de prières n'y suffiraient pas. Qu'il prie pour ce qui dépasse son pouvoir; par exemple, pour confier à la Providence la protection de la récolte contre les mauvais hasards de

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Ja température; mais « aide-toi d'abord, et le Ciel t'aidera ». — Nous voulons réussir dans une afTaire, dans une entreprise; dans une carrière : il y a des hasards aui peuvent bien ou mal tourner, il v place pour une intervention providentielle et don^ pour la prière qui la sollicite ; mais cette prière ne doit pas dispenser de la réflexion, du travail, de Teflort qui consiste à chercher et à prendre tous les moyens naturels d'aboutir. — Dans notre action sociale et religieuse, confions nos grands désirs à la Providence, et d'autant mieux que nous luttons pour sa cause ; mais, si nos désirs sont sincères, traduisons-les par les actes qui en assurent l'exécution ; agissons, organisons-nous avec prévoyance, avec méthode, avec énergie. Sans doute Dieu peuL tout: mais il veut que nous puissions quelquf^ chose : commençons par faire ce que nous pouvons et demandons-lui de faire le reste. — L'apôtre luimême, s'il ne peut pas se passer des moyens surnaturels, ne peut pas davantage s'en contenter ; car si la conversion ou la sanctification des âmes est une œuvre divine, elle s'amorce par une façon de parler et d'agir, de saisir l'attention, de convaincre l'esprit, d'émouvoir le cœur, par tout un ensemble de faits qui sont des œuvres humaines. — Notre propre sanctification est soumise àla mémo loi. Nous voulons corriger tel défaut, pratiquer telhi vei tu ; nous prions : c'est bien, c'est même nécessaire : sans la grâce nous ne pouvons rien ; mais la grâce non plus ne peut rif^n sans nous. La vertu n'est pas un article manufacturé d'avance et qui se débite, en écliango d'une prière, dans un magasin

de confections ; c'est une façon de vivre, c'est de la vie. Et c'est au vivant de vivre sa vie. C'est à lui, à lui seul, de se faire, avec le lait de sa mère, du san^ ou, avec la grâce de Dieu, de la vertu. Il ne peut pas plus se passer de la grâce de Dieu que du lait de sa mère ; mais il ne peut pas davantage, ■pour faire un acte vital, se passer de le vivre, et donc d'y mettre du sien.

Les Musulmans se croisent les bras et disent : « C'est écrit ». Non, ce n'est pas l'événement qui est écrit. Ce qui est écrit, c'est la loi, c'est que les causes produiront leurs effets. Il s'agit donc, au lieu de se croiser les bras, de mettre en branle les causes. Il s'agit de prier — car, en un sens, tout dépend de Dieu — et de vouloir — car, en un sens qui a aussi sa vérité, tout dépend de nous.

C'est la première conclusion, celle que nous dicte le déterminisme des causes physiques : conclusion de bon sens.

Il y en a une autre, qui est une conclusion de bon cœur et que nous suggère le rôle de la liberté.

Puisque nous détenons tous une part d'autorité et d'influence; puisque nous sommes tous, à des degrés divers, les fonctionnaires de la Providence vis-à-vis des autres, acquittons-nous de notre fonction avec l'exactitude, l'application, « la conscience professionnelle » qu'elle réclame.

Il y a quelques années, la charité française versa des millions en faveur des sinistrés de la Martinique. Ces millions se fondirent, avant d'arriver au but, dans les mains qui avaient la ciiarge de les

distribuer. Il est à croire, du moins, que les prévaricateurs n'avaient pas l'impudence de gémir sur la misère des sinis^trés ni sur l'indifférence de i charité publique. Nous aurions, nous, mauvaise grâce à nous apitoyer sur les misères humaines en incriminant la Providence, si nous commencions par retenir et gaspiller les biens qu'elle nous a confiés pour les secourir. Il y a autour de nous des âmes que nous avons à ravitailler de sa part en lumièrCj en bons exemples, en tendresse, en bonheur, en vertu : ne les laissons pas mourir de faim. Chez les Juifs, quand on trouvait un cadavre portant les traces d'une mort violente, la loi voulait que tous les adultes du voisinage vinssent lever la main sur le cadavre et jurer qu'ils n'étaient pour rien dans la mort de cet homme ^ Il faut, nous aussi, que sur toutes les âmes mortes, sur toutes les vies brisées, sur tous les bonheurs détruits, nous ayons le droit de lever la main et de jurer que ce n'est point par notre faute.

Ce serment, ce sont les parents surtout qui doivent se donner le droit de le faire sur la tête de leurs enfants. 0 vous qui avez le désir et l'espoir d'être pères, un jour, ou d'être mères, souvenezvous du pouvoir redoutable que la Providence vous confie. Ces enfants à naître que d'avance vous aimez, préparez-leur un bel héritage. Vous voulez leur donner la fortune : c'est bien. Vous voulez leur donner une situation dans le monde, un nom respecté : c'est bien. Et pour cela, quel

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