‹ La Providence et la guerreChapitre 9 sur 83 · Gen„ I · texte numérisé non relu

Gen„ I

LES PROCÉDÉS Dt LA PROVIDENCE 37

Quoi qu'il en soit, c'est un fait que, dans le plan de Dieu, nous sommes tributaires les uns des autres. Si le déterminisme de la matière est un canal par où sa Providence habituelle fait passer les biens qu'il nous destine, la liberté des hommes en est un autre, et celui par où nous viennent les dons les plus riches.

Et d'abord celui qui sert de base à tous, la vie.

Nous la devons à la liberté de nos parents. Même pour ce don royal, plus que royal, divin, Dieu, qui aurait pu y suffire avec un fiât, a voulu associer d'autres libertés à la sienne. Il se réserve de commander au néant pour en faire sortir l'âme immortelle ; mais il laisse aux parents le soin de fournir la matière, qt ainsi de décider si, oui ou non, il créera, lui, une âme de plus ; si, oui ou non, il y aura un homme de plus dans le monde.

Que dis-je ! Il leur laisse un pouvoir plus redoutable encore. Les hommes naissent avec une mise de fonds très variable, au point de vue do la santé, du tempérament, de l'équilibre nerveux, de toutes les qualités physiques qui influeront sur l'exercice du sentiment, de l'intelligence et du vouloir; en somme, au point de vue de tout ce qui va conditionner leur valeur de vie. Eh bien, ce n'est pas le Créateur qui a dosé ces différences, c'est la famille; c'est, dans l'enfant, le contre-coup de la liberté des aïeux. Telles qu'elles sortent des mains de Dieu, toutes les âmes humaines se valent. Elles sont toutes neuves, sans histoire, sans hérédité, sans aucune tare, alertes, bien venues, faites parla main du môme ouvrier dans le moule de la même essence.

Elles sont identiques, rien ne les distingue. Mais elles ne seront pas seules pour vivre et pour agir, pour faire un homme. L'âme en ce monde n'agit qu'à travers un corps. Et le corps de chaque enfant, dès le début, a une histoire, qui le distingue de tous les autres : c'est Ihistoire de sa race.

La matière est inerte, elle garde la trace des chocs reçus ; et la matière d'un corps vivant garde donc le contre-coup des pensées, des vouloirs, des sentiments, des passions qui Font fait tressaillir. Or une loi mystérieuse veut que la parcelle de matière par où les parents transmettent la vie, soit précisément le résumé ou la résultante de tout leur organisme tel que leurs races et surtout leur propre vie l'ont peu à peu façonné. Ce n'est pas une vie humaine quelconque, c'est leur vie à eux, telle qu'ils la possèdent, qu ils donnent à leurs enfants. Nemo dat quod non habety on ne donne que ce qu'on a.

Et l'enfant qui, pour être, ne peut que recevoir, n'a comme mise de fonds que ce qu'on lui donnée

Sa vie sociale comme sa vie physique est d'abord un don de sa race. Il trouve en venant au monde des tendresses, des soins, des dévouements, un père et une mère, ces deux trésors dont il ne soup çonne pas le prix, mais dont il ne saurait se passer : un nom qu'il n'a pas choisi, mais qui a déjà sa valeur sociale ; une situation, une fortune, des relations, des sympathies spontanées qu'il ne s'est

1. Pour le noter en passant, ceui: qui réclament légalité absolue parmi les hommes, devraient d'abord trouver le moyen de leur donner à tous la mèrac hérédité.

point faites, mais qui encadreront ses premières démarches dans la société.

Sa vie morale elle-même commence par être un héritage. Tandis que Fanimal, après sa naissance, en quelques jours ou en quelques heures, a Uni son éducation, et n'a plus besoin de son père et de sa mère et ne les reconnaît plus, Tenfant, pendant de longues années encore, ne peut pas s'en passer Pourquoi? parce que Thomme n'est pas né louentier quand il est dans son berceau. Il n'est pas né encore à sa vie morale, qui est son achèvement nécessaire. Et la nature enferme l'enfant, par le besoin, dans sa famille, pour qu'il y forme peu à peu son être moral comme il a formé son être physique dans le sein maternel, pour que son âme y vive des principes de la race comme son corps a vécu du sang de sa mère : et comme il y a pris son premiei' capital de santé, il prend dans la famille son premier capital de vertu.

Et vidit Deus quod esset boniim. Oui, c'est bien comme cela. L'esprit est satisfait : c'est conforme à la nature des êtres. Le cœur est satisfait : l'une des plus grandes douleurs de ce monde, a-t-on dit, est de pouvoir si peu pour ceux qu'on aime. Le père et la mère peuvent beaucoup, même avant sa naissance, pour leur enfant ; et la Providence, en leur jnettant au cœur cet immense amour, leur a mis en mains, pour le témoigner, un immense pouvoir.

C'est dans la famille que l'homme trouve d'abord les principaux fonctionnaires de la Providence à son égard; mais il en rencontrera d'autres toujours

sur sa route. Nous sommes prompts à nous plaindre ; mais si nous faisions le compte exact de ce que nous avons reçu, nous verrions que le bien l'emporte sur le mal, et que la reconnaissance devrait l'emporter en nous sur l'amertume. Nous devons beaucoup à ceux qui nous entourent, à ceux qui sont plus baut, à ceux qui sont plus bas, aux grandes entreprises et aux petits métiers, aux ouvriers et aux industriels, aux savants qui nous apprennent h conquérir la matière, aux apôtres qui nous apprennent à conquérir le ciel, aux saints qui nous aident de leurs exemples, à ceux qui prient pour nous, à ceux qui nous encouragent, à ceux qui nous aiment, à la patrie, aux vivants et aux morts, à ceux qui ont fait à la France son capital de gloire et de vertus, à ceux, là-bas, qui meurent pour la faire vivre ; en un mot à la société des bommes, où tant de libertés travaillent pour nous et restent à notre égard ce qu'elles doivent être, les fonctionnaires de la Providence.

Et ce n'est pas seulement dans notre vie pbysique, dans notre vie sociale, dans notre vie morale, que nous sommes, pour une si large part, tributaires les uns des autres : c'est encore dans no're vie surnaturelle.

La foi, même quand elle n'est pas un héritage, est un don de Dieu qui, généralement, ne passe jusqu'à nous que par l'intermédiaire de l'homme; car qiiomodo credent ci quem non aiidieriint ? Quomodo autfm audienl sine prœdicanle ?^ Gomment

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