‹ La Providence et la guerreChapitre 12 sur 83 · Sap., XII · texte numérisé non relu

Sap., XII

bO LA PROVIDENCE El LA GUERRE

Il respecte notre liberté pour le bien comme pour le mal. Il la sollicite alors, mais il ne la contraint pas. Môme quand il confère une mission spéciale, qu'il s'agisse de la vocation d'une âme ou d'un peuple, il choisit, il appelle, il marque le but, il ofïre les grâces, et il dit : « Vade... si vis, va..., si tu veux. » 11 n'a pas contraint Jeanne d'Arc quand il lui a dit : « Va, fille de Dieu ». ni Glovis quand il lui a donné la mission de faire la France, ni Moïse quand il lui a confié le salut des Juifs, ni la Vierge de Nazareth quand il a voulu accomplir la vieille promesse et donner au monde le Rédempteur. Même alors, il a attendu la réponse de Marie, YEcce cmcilla de la créature qui devait s'unir au Fiat du Créateur.

Ainsi, même dans les cas les plus manifestes oii j il conduit les événements, où il veut le but d'une façon absolue et nous le fait savoir, même alors, s'il entend se montrer le Maître, il le fait avec un respect divin des prérogatives qu'il a départies à l'homme, et il laisse agir la liberté.

Cottolengo a l'idée d'ouvrir à Turin un modeste asile pour y recueillir les misères humaines, toutes, au fur et à mesure qu'elles se présenteront. Elles se présentent en foule. La première maison étant pleine, on achète la voisine. Peu à peu, c'est tout un quartier de la grande ville qui est envahi. Les malades, les inlirmes, les malheureux de toutes les catégories s'y entassent par milliers. Il faut les soigner : deux congrégations se fondent pour y pourvoir. Mais il faut les nourrir : Cottolengo ne possède rien, et il ne veut rien posséder; il ne

LKS PUOCEDES DE LA PROVIDENCE bl

capitalisera pas ; il attendra au jour le jour la charité. Et au jour le jour, elle est venue ; elle continue à venir, et toutes ces bouches affamées, depuis quatre-vingt-huit ans, mangent à leur faim. La Providence s'en mêle, c'est clair; mais elle n'a pas de collecteurs d'impôts ; c'est librement que la charité vient frapper à la porte et donner ses aumônes grandes ou petites, de telle sorte que l'addition fasse le compte ^ Et combien d'autres œuvres à^ravers le monde, fondées et prospérant sous la même raison sociale : Providence et libre charité !

La Providence a voulu faire des Juifs un peuple à part^ y maintenir, à travers l'universelle apostasie, le culte du Dieu unique et l'attente du Messie promis à l'humanité. Elle a proclamé son dessein par la voix des Prophètes. Mais les Juifs étaient un peuple d'oreille et de cervelle dure, peu enclin à l'idéal, attiré vers les biens de la terre, épris de réalisations immédiates, et qui, perpétuellement, « regimbait contre l'aiguillon », tournant le dos au Dieu du Sinaï, pour courir, à l'exemple de ses voisins, au Veau d'or, aux Baals, à tous les dieux de la superstition et de la volupté. Les Juifs ont

1. La première fondation de Cottolengo remonte à l'année 1828. La Piccola Casa délia divina Provvidenza — c'est le nom de l'œuvre — couvre une superficie de 200.000 mètres carrés., héberge environ 7.000 malheureuï, et dépense, au bas mot, plus de trois millions de francs chaque année. Elle n'a ni rentes ni fondations d'aucune sorte. Rien n'est organisé pour faire venir les aumônes, pas le moindre comité. Les Turinois l'appellent « le miracle de chaque jour ». Voyez Pietro Paolo Gastaldi, Vita del Venerabile servo di Dio Giusèppe Benedetto Cottolengo, Turin. La maison Bloud et Barrai, à l'aris, en a publié une tiaduction fran(;aise par Mgr Gonstans.

imprimé abondamment sur leur histoire la marque de leur liberté perverse. Mais Dieu a trouvé le moyen de les tenir malgré tout et de les ramener toujours à leur destinée providentielle, à la préparation et à l'attente du Messie. Leur vie sociale comme leur vie individuelle, toute leur sentimentalité comme toute leur mentalité a été imprégnée de cette grande espérance, de cette longue attente fatidique, au point quelle les a marqués d'un sceau qui persiste encore. Ils n'ont pas voulu croire que leur Messie devait souffrir ; c'est la seule de leurs prophéties qu'ils se sont refusé à croire ; mais en la niant, ils Font eux-mêmes accomplie. L'étrange histoire de ce peuple à part, aussi bas que les autres par ses instincts, plus bas que quelques autres^ par sa civilisation humaine, si haut, incomparablement plus haut, et malgré lui, par sa doctrine et par son culte '\ cette indéniable et inexplicable histoire est un merveilleux amoncellement de preuves qui font éclater, dans une égale évidence, la persistance de la liberté humaine et la maîtrise souveraine de la Providence divine. L'Eglise a pris la suite de cette démonstration exj.érimentale. Le Sauveur a déclaré la bâtir sur le roc, assurant qu elle sera debout « jusqu'à la

Page 1