‹ La Providence et la guerreChapitre 13 sur 83 · Par exemple, que les Babyloniens · texte numérisé non relu

Par exemple, que les Babyloniens

2. Incomparablement plus haut à cet égard que ne le seront Platon ou Aristote. Et cette doctrine est prèchée par des « prophètes » qui sortent à différentes dates de différents milieux, qui parlent chacun d'après sa mentalité et son vocabuiaiie, mais qui se trouvent d'accord sans s être concertés, et (ont accepter à un peuple têtu la doctrine, le culte et la morale qui lui répugnent le plus violemment.

consommation des siècles et que les puissances de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. » La Providence, pour donner force à cette promesse, a-t~olle enchaîné les puissances de l'enfer? Non pas. Jamais elles ne furent plus liabiles, plus organisées, plus acharnées que dans cette période de rhistoire. Contre Tœuvre de Dieu la liberté des hommes a dressé une à une toutes les forces de la terre : la politique, la loi, le bourreau, le persiflage et la haine, le mensonp^e et la science, l'orgueil de l'esprit et les passions du cœur, tout ce qu'elle a voulu, tout ce qui pouvait donner une arme aux « puissances de Tenfer ». Jésus avait annoncé des persécutions, des hérésies, des scandales : rien de tout cela n'a manqué. L'Eglise venait à peine de naître, que la liberté des Césars déchaînait contre elle la puissance formidable de l'Empire. Depuis lors, jusqu'à Napoléon et à Bismarck et au delà, combien de Césars, grands ou petits, ont eu la fantaisie d'essayer leur force contre elle ! Et combien d'autres qui, n'ayant pas de sceptre à brandir mais des passions à satisfaire, ont essayé de mordre sur ses dogmes ou sur sa morale ! La liberté a eu pleine licence. Et non pas seulement celle de ses ennemis, mais celle de ses faux amis. Jusque dans les cloîtres, jusque sous la pourpre cardinalice, jusque sous la tiare pontificale, le baiser de Judas a pu se renouveler autant que les Judas l'ont voulu.

Et cependant ces papes indignes, — il y en a eu quelques-uns, très peu, tandis que plus du quart sont canonisés. Mais enfin, il y a eu des

indignes, — eh bien, ces hommes qui avaient le redoutable privilège d'être les gardiens de la doctrine et qui pouvaient donc la livrer, qui pouvaient la modifier dans le sens de leurs passions, et ainsi, d'un mot, faire mentir la promesse du Christ, n'ont jamais dit ce mot. N'ayant pas le courage de mettre leur vie d'accord avec la doctrine, ils n'ont pas cédé à la tentation de mettre la doctrine d'accord avec leur vie. Mahomet a fait cela; Luther l'a fait : ils ont retouché au fur et à mesure leurs révélations pour les faire cadrer avec leurs pratiques. Les papes, non, pas un, jamais.

Et tandis que tous les empires les uns après les autres se sont écroulés, que toutes les organisations sociales, après un peu de temps, se désagrègent, l'Eglise de Jésus-Christ, seule, reste debout comme une forteresse inviolable, quelles que soient la mollesse et les défaillances de ses défenseurs et la violence des assaillants.

Bien des fois les assaillants ont pavoisé pour la ^ victoire ou ont composé des épita])hes pour le Christ et pour l'Eglise. La première, libellée par Ponce Pilate, était de grand style et clouée sur une croix. Les Juifs mettaient les sceaux du Sanhédrin sur la tombe. Mais le mort sortait de sa tombe et s'avançait dans l'histoire. Dioctétien crut en avoir raison, et il fit frapper des médailles pour célébrer cette date mémorable : Nomme christianorum deleto. Voltaire, qui le rencontrait quinze siècles plus tard, ne lui en donnait plus que pour vingt ans. A quatre-vingt-dix ans de là, Michelet diagnostiquait qu'il n'avait plus que quelques jours à ^

LES PROCÉDÉS DE LA PROVIDENCE o5

vivre*. Fière-Orban, quelques années plus Uir«.l, se vantait d'avoir amené le cadavre sur le bord de la fosse; il ne fallait plus qu'un geste, disait-il, pour l'y précipiter. Et depuis lors, cent fois, en Allemagne, vn France, un peu partout, ses ennemis ont répandu ses lettres de faire- part et mené ses l'unérailles avec de grands cris de triomph'.-, suivis le lendemain de cris de rage et de nouveaux complots pour tuer encore ce mort terriblement vivant.

Tl y a des hommes qui veulent le tuer; mais il veut vivre. Il laisse faire aux hommes ce qu'ils veulent; mais il garde le moyen de faire ce qu'il veul; il ne supprime pas leur liberté, mais il n'abdique pas la sienne.

Tels sont les faits. Comment cela se peut-il? Comment la liberté garde-t-elle ses coudées franches sans entraver la Providence ? Comment la Providence garde-t-elle la maîtrise des événements sans faire violence à la liberté?

C'est une question difficile à résoudre, si l'on veut aller jusqu'au détail. Mais qu'importe? L'obscurité du mode ne supprime pas l'évidence du fait. Les savants discutent aussi sur la nature et le mode de la force électrique, des combinaisons chimiques, des sécrétions thyroïdales, du métabolisme cellulaire, et ils n'y voient pas clair ou ils n'y voient

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