‹ La Providence et la guerreChapitre 3 sur 83 · Sap., XI · texte numérisé non relu

Sap., XI

?>. Nous en a. jiis groupé qnelques-nns dans notre article sur L'esprit religieux et l'esprit scientifique, dans la Fiivue pratique d'Apologétique, io avril 19lb.

4. « Le premier regard de l'homme jeté sur l'univers ny découvre que variété, diversité, multiplicité des phénomènes. Que ce regard soit illuminé par la science, — par la science qui

complexité inexprimable qui constitue une cellule vivante, un organe, un organisme ! quelle prévoyance emmagasinée dans la graine ou dans Fœuf où se prépare la forme adulte! quelle harmonie dans les espèces et les règnes qui se coordonnent et se subordonnent les uns aux autres : dans les besoins des insectes et des fleurs, des animaux et des plantes, qui se correspondent ou se compensent ; dans ces échanges incessants entre le sol, Tatmosphère et les mers qui équilibrent les innombrables conditions indispensables à la vie, qui ravitaillent, depuis des millénaires, en eau, en air respirable, en denrées alimentaires, en lumière, en chaleur, malgré leurs exigences diverses et changeantes, tous les milliards de vivants! Quel amoncellement de merveilles par où se révèlent la maîtrise souveraine de l'artiste, l'immensité de son génie et de sa puissance, et sa volonté de poursuivre, à travers rétendue de l'espace et de la durée, un plan défini! Si la Providence consiste à prévoir et à disposer les choses en vue d'un but, on peut dire que la Providence de Dieu se manifeste avec splendeur dans la nature, et que la science, à chacune de ses découvertes, ajoute une strophe à cet hymne de gloire ^

rapproche l'homme de Dieu, — et la simplicité et lunité brillent de toutes parts » (Pasteur, cité par René Vallery-Radot, La vie de Pasteur. Paris, Hachette. 13« édit., 19H, p. 209). « La science va vers lunité et nous fait aller vers l'unité » (H. Poincaré, Dernières pensées. Paris, Flamarion, 1913, p. 238).

1. On pourra voir en abondance des témoignages autorisés, dans le volume que nous publierons prochainement, à la librairie académique Perrin, sous ce titre : La part des croyants dans les progrès de La science au dernier siècle.

L'histoire, qui raconte les actions des hommes, a sa partie dans ce concert. Nous ne la déchifîrerons complètement qu'au jugement générai. En ce monde notre regard est trop court pour embrasser toutes les causes, surtout les plus profondes, qui sont les plus lointaines et dépassent notre horizon. Il est parfois difficile de savoir si la manœuvre de telle compagnie est due à l'initiative du capitaine, du général ou du généralissime. Le généralissime peut agir sans que le public soit informé. Et demême Dieu peut mener les événements sans nous le dire.

Mais quand on sait qu'à la Marne tous les chefs ont marché de concert, alors il n'y a plus de doute '.l'action a été voulue et menée par le généralissime. Etde même la Providence, si elle se cache souvent, laisse en d'autres occasions voir sa main qui conduit tout.

De ces circonstances, nous en connaissons tous dans l'histoire de notre vie. Les ex-voto qui garnissent les murs de tant de sanctuaires témoignent que d'autres ont fait la même expérience. Cette expérience se révèle plus fréquente et plus frappante dans la vie des saints. Elle s'impose avec plus d'évidence encore quand elle devient l'expérience de l'histoire, et qu'on voit, à travers une longue suite de siècles, tous les hasards innombrables converger vers un même but. Les penseurs les plus vigoureux, les génies les plus profonds, Saint Augustin, Bossuet, Joaeph de Maistre. ont été ravis à ce spectacle, en contemplant, « la suite

des Empires » et les ofrandes civilisations du passé les destinées de la France et surtout la miraculeuse histoire du peuple juif et de TEglise ; en voyant par exemple la Révolution française tissée de «tant de crimes très justes dont les exécuteurs furent très coupables » ; en voyant Cyrus remplir de point en point le programme tracé par les prophètes 150 ans à Favance; ou TEmpire romain, par sa politique, préparer les voies au Christianisme et assurer son triomphe en le persécutant, tout comme les forces de la nature en suivant leurs lois, ou les espèces animales en suivant leurs instincts, travaillent sans le vouloir ni le savoir à l'équilibre du monde et à l'évolution de la vie. Et, qui donc, génie ou non, ne s'est pas écrié à certains jours en face de certains événements contemporains où les problèmes les plus complexes se dénouent à ["encontre de toutes les prévisions et de toutes les causes naturelles en présence : Digitus Dei est hic. Le doigt de Dieu est là ! Seul, il était capable de débrouiller Fécheveau d'un geste aussi simple à la fois et aussi efficace. Et qui donc, pourvu qu'il sache un peu Fhistoire, ne répète pas, quand il la regarde d'un coup d'œil d'ensemble, le mot de Fénelon : « L'homme s'agite, et Dieu le mène «^

Tacite n'était qu'un païen, mais il savait Fhistoire : « Pour moi, disait-il, plus je rappelle dans ma mémoire les événements anciens et modernes, plus il me semble y voir je ne

i. Fénelon, Discours pour la fête de l'Epiphanie.

sais quoi se jouer des choses humaines ^ w Les nouvelles méthodes historiques, malgré leur .effort pour y réussir, n'ont pas éliminé le je ne sais^ quoi. Un historien, Charles Lenormant en faisait Taveu : « J'ai voulu, disait-il, n'être qu'un savant pour échapper à ma conscience qui m'ohligeait à être chrétien ; mais j'ai trouvé le christianisme ^embusqué dans la science; il m'attendait au passage avec sa vérité triomphante. A chaque pas que je faisais dans une carrière oiije ne poursuivais qu'un but spécial..., le Christianisme s'emparait de moi par le côté vulnérable, Famour de la vérité. »

S'il trouvait le Christianisme embusqué dans l'histoire, c'est qu'il y trouvait Dieu sous la forme de la Providence. Il n'est pas nécessaire, pour cela, de le voir se dresser majestueusement au dé-i tour de chaque fait. On n'a pas besoin, dans la vio civile, de rencontrer à chaque pas les représentants du pouvoir, le ministre, le préfet, le juge ou le gendarme : un certain ordre constaté, quelques interventions opportunes suffisent à nous convaincre qu'il y a un gouvernement.

Ainsi, à travers l'histoire comme dans la nature, l'action de Dieu est assez manifeste et assez fréquente, pour nous faire voir que le monde est gouverné, qu'il y a vraiment une Providence.

4. Tacite, Annales, III, 18. — 11 est intéressant de rapprocher de cette phrase le témoignage du « grand Frédéric «, un ancêtre du Kaiser actuel : « Ne paraît-il pas étonnant que ce qu'il y a de plus raffiné dans la prudence humaine joint à la force, soit si souvent la dupe d'événements inattendus ou de coups de la fortune ? Et ne paraît-il pas quil y ait un certain je ne sais quoi qui se joue avec mépris des projets des hommes » ? (Cité par H. Joly, les Grands hommes. Paris, Hachette, 2» édit., p. i\2 sq.).

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