Lac, XII
disciples ont fait retentir au long de tous les siècles le même étrange cantique, depuis les Apôtres qui s'en allaient joyeux parce qu'on les avait couverts d'outrages : Jbant gaiidentes! depuis saint André saluant d'un cri d'amour la croix qu'on lui apporte : 0 boiia Crux^ diii desiderata! depuis saint Ignace d'Antioche réclamant la joie d'être broyé parla dent des bêtes : Bestiis fruarl jusqu'à saint François Xavier, sollicitant toujours plus de souffrances : Amrjlius, Domine /jusqu'à sainte Térèse ne pouvant supporter de vivre sans souffrir : Axit fati aut mori l jusqu'à cette enfant qui vient de mourir au Garmel de Dijon, et qui, écrasée par les douleurs du corps et de l'âme, était ravie d'être pour le Sauveur comme une « humanité de surcroît en laquelle II puisse encore souffrir pour la gloire de son Père », qui datait ses lettres « du palais de la douleur et de la béatitude », qui écrivait à une amie : « Mon bonheur grandit à proportion de ma souffrance », et à sa mère : « Oh ! dis-Lui merci pour moi, je suis si, si heureuse \ »
Le monde ne comprend pas, c'est entendu: mais que l'on comprenne ou non, ce sont des faits, et il faut bien les admettre.
Et si de telles âmes sont rares, elles sont légion, celles qui, « tout en souffrant encore de souffrir », ne se plaignent pas de leur sort et ne songent pas à envier celui des pécheurs. Combien de veuves de la guerre, les unes après Fexpérience faite des bonheurs humains, les autres, toutes jeunes, qui