‹ La Providence et la guerreChapitre 26 sur 83 · EccL, m · texte numérisé non relu

EccL, m

Le malj c'est la privation du bien. Le vrai mal de riiomme, c'est donc laprivalion de Dieu. Et ce sera le lot des pécheurs.

La séparation sera faite comme le veut la justice : aux bons le bien : aux mauvais le mal. A chacun ce qu'il aura choisi. Et il y en aura pour une éternité.

Qu'importe, si les justes ont leur part des maux, si Icb pécheurs ont leur part des biens de ce monde I Qu'importe si le froment et Tivraie restent pour un temps nourris côte à côte des mêmes sucs de la terre, exposés aux mêmes caresses du soleil et aux mêmes secousses de Forage ! Le vanneur saura bien toujours les trier sur son aire...

Mais déjà en ce monde, si nous savons bien voir, les vrais biens, les vraies richesses, il n'y a que les justes qui les possèdent.

La richesse, disent les économistes, c'est « ce qui est utile et appropriable » ; c'est une valeur qui nous appartient et que nous pouvons mettre en réserve pour nous procurer à l'occasion de quoi satisfaire nos besoins. Les vraies richesses, les vrais biens sont donc ceux qui peuvent satisfaire nos vrais besoins, ceux qui peuvent, le jour venu, nous acheter notre part d'infini bonheur et d'éternel amour. Ce sont nos mérites. Seuls, ils ont cours dans la patrie vers laquelle le temps nous emporte.

Les chambres de commerce ont mis en circulation des coupons représentant de maigres sommes, et

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qui servent aux menus échanges avec les voisins ; mais ils ne sont acceptés que dans un ressort circonscrit, et ils servent de peu aux voyageurs qui ne font que passer. Un jour d'ailleurs viendra, quand l'ordre sera rétabli, où ils ne serviront de rien, oh ils ne seront que de vains morceaux de papier défraîchi. Tels sont les biens de la terre: une monnaie utile en passant pour nos besoins accessoires, aussi longtemps que nous sommes de ce côté-ci de la frontière qui borne leur ressort. Passé le seuil de l'éternité, ils n'ont pas cours. La fortune : rien ! elle se cote zéro au change de l'éternité. Le succès, la réputation, la gloire : zéro. Les plaisirs : zéro. Chiffons ! Rien d'utilisable : toutes ces valeurs sont périmées. Rien d'appropriable : il faut les laisser aux autres en partant. Seul l'or pur des mérites a cours là-haut.

Les mérites sont app?-opr{aôles et appropriés dans toute la force du terme ; propres vraiment à ce point qu'ils ne peuvent pas se négocier, se transférer à d'autres ; personnels à ce point qu'ils font partie intégrante de notre moi, qu'ils sont en nous une façon d'être et de vivre, une intensification et un épanouissement de notre vie surnaturelle î Et voilà comment ils restent éternellement utilisables. Il partir du moment où les justes se trouvent face à face avec l'infini de Dieu ; car c'est alors précisément l'intensité de leur vie surnaturelle telle que leurs mérites l'ont faite, qui mesure la puissance avec laquelle ils voient, ils compr --nnent, ils aiment, ils goûtent l'infinie beauté de Dieu.

Ah î nous comprenons que ce soit à nous, aidés

par le Père qui nous a donné celle vie, de vivre noire vie surnaturelle : que ce soit à nous de nous faire nos mérites, de nous les approprier, puisque c'est à nous ensuite de les utiliser. Nous comprenons qu'ici, en dehors de Dieu et de nous, nous ne relevions de personne ni de rien. Mais pour les biens et les maux de la terre, nous comprenons aussi que la Providence en abandonne pour une large part la distribution au jeu des causes secondes : ils n'ont pas beaucoup d'importance ! Ou plutôt ils ne valent que par l'usage qu'on en fait. Des uns et des autres, nous pouvons faire, à notre choix, des moyens ou des obstacles, des mérites ou des péchés, — de vrais biens ou de vrais maux.

Les justes ne sont des justes que parce qu'ils en font des mérites. « Ils choisissent la bonne part, celle qui ne leur sera point ôtée\ »

Les pécheurs prennent pour eux la mauvaise ; et s'ils ne s'en dépouillent pas avant de quitter ce monde, ils ne peuvent qu'aboutir à l'éternel et inconsolable ergo erravimus, nous nous sommes donc trompés"!

i.Luc, X, 41.

2. Sap., V, 6. — Saint Augustin dit, dans La Cité de Dieu\ chap. VIII (traduction de L. Moreau, Paris, Lecoiîre, 18b4. J, 14) ' « Les bons et les mécliants ne sont pas confondus entre eux' pour être confondus dans les épreuves. La similitude des souf irances n'exclut pas la différence de ceux qui souffrent, et l'identité des tourments ne fait pas Tidentité des vices et de la vertu. Sous l'action du môme foyer, l'or brille, la paille fume ; le mOme fléau brise le chaume et sépare le froment; l'huile et la lie ne se mêlent point pour couler sous la même pression. Ainsi le même creuset éprouve, purifie, fond dans l'amour les âmes vertueuses ; damne, ruine, anéantit les impies; ainsi, dans une même affliction, les méchants se répandent en imprécations et en blas-

DISTRIBUTION PROVIDENTIELLE DES BIENS, ETC. ?l

En ce monde comme dans Tautie, les vrais biens sont pour les bons, les vrais maux pour les mauvais. « La prospérité des méchants » n'est qu'un leurre, et il n'v a rien à dire vraiment contre la Providence.

phèmcs , les bons en prières et en bénédictions. Tant importe, non ce que l'on souiïre, mais de quel cœur on souffre î Le même mouvement qui remue la fange ou des parfums, dégage, là des niiasmes fétides, i.-i une odeur exquise. >;

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