L'HYPOTHÈSE D'AUTRES HUMANITÉS ET LEUR PLAGE DANS LE PLAN PROVIDENTIEL
Pourquoi Dieu n'a-t-il pas créé un monde meiU leur? — A cette question nous avons donné une réponse que la raison est bien forcée d'accueillir, mais qui laisse Fimagination déçue et le sentiment troublé.
On peut en faire une autre que la raison n'admettra qu'à titre d'hypothèse, — ce qui d'ailleurs est déjà un titre à ses yeux, — mais qui laissera, croyons-nous, Timagination et le cœur pleinement satisfaits. A celui qui demande : Pourquoi Dieu n'a-t-il pas fait un monde meilleur? cette hypothèse, en effet, consiste à répondre : Mais il en a fait des milliards !
Nous entendons la soutenir comme un argument, non pas nécessaire mais non méprisable, d'apologétique. Or, les adversaires du catholicisme la dressent contre lui comme une objection décisive. Vidons d'abord cette querelle : ce sera l'occasion de déblayer le terrain et de bien poser le problème.
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On présente l'objection sous cette forme syllogistique et triomphale : La science affirme l'existence d'autres humanités autour des étoiles; or le dogme catholique affirme le contraire : donc le dogme est en opposition avec la science.
L'argument est « en forme » ; mais il boite des deux pieds. Il lui suffirait de boiter d'un seul pour ne pas marcher droit à la conclusion ; mais il boite des deux pieds : il n'est pas vrai que la science affirme d'autres humanités; et il n'est pas vrai que le dogme les nie.
La science vit de constatations, ou si elle bâtit des théories, si même elle consent à faire des hypothèses, c'est à la condition de les confronter avec les faits.
Or, elle n'a pas constaté directement l'existence des hommes dans les astres. Elle ne peut pas les constater. Il y a à la portée du télescope une limite tenant à la construction de notre œil et aux lois des vibrations lumineuses. Pour voir un homme sur la lune notre plus proche voisine, il faudrait que cet homme fût aussi grand que les pyramides d'Egypte ^ On ne peut pas lui demander cela.
Par ailleurs, dans ses hypothèses, la science ne peut envisager que des hommes semblables ou du moins analogues à ceux qu'elle rencontre sur la
i. îl. Favc, Sur Vorigine du monde, Paris, Gauthier-YilJars, 3» édit., 1896, p. 300.
Terre. Or toute vie sur la Terre, et surtout la vie hu-naine est soumise à uae multitude do conditions rigoureuses. Rappelons-en quelques-unes.
« La vie a besoin de lumière, et il faut que cette lumière soit à radiations complètes, c'est-à-dire qu'elle émane d'une source à haute température ^ » A cet é^ard, nous sommes admirablement servis : il y a. dans l'espace, -les n^iilions de soleils^ qui ont été, qui sont ou probablement qui seront à l'état d'incandescence pendant des millions de siècles. Le luminaire ne nous manque donc pas.
rJais les autres conditions oscillent entre des lirni'es teilementprccisesel délicates qu'elles auront plus de peine à être réalisées.
îl faut d'abord à la vie les éléments chimiques dont se composent les cellules. « Il serait bien étonnant que tous les globes de l'univers en fussent pourvus ^ » Il ne suffit pas qu'ils en soient pourvus, il faut encore qu'ils les mettent à portée de la vie, sur la croûte superficielle du globe ou dans son atmosphère ; pour cela, il faut que le
•i . Faye, 303.
2. Peut-être des milliards. En calculant d après les photographies du ciel, on peut avancer d*;jà le cliiiïre de d2o millions. Voyez L. Murât, Le Firmament, Paris 1909, I, 48.
3. Faye, 307. — Il y en a de 12 espèces di.fïérentes. Voici comment le Cosmos, n» o2C, décompose un homme de 78 kilos :
0 = ''.\ kilos Cl = '■■ ki!o ÇOi;.
li = 7 -
Ca = i — 730
Az = 1 — 760
Ph = 0 — 800
Ov ces éléments sont très inégalement répandus dans le monde slell ire ou planétaire.
Fl = 0
Na = 0
— cco.
Fe = 0
l'hypothèse d'autres humanités 119
globe, en se refroidissant, présente des bouleversements répétés qui mêlent violemment les divers matériaux et les empêchent de se superposer dans l'ordre de leurs densités.
La température de Funivers varie du froid absolu ( — 273°) à des milliers de degrés. La vie n'occupe qu'une toute petite portion de cette longue échelle.
Les organismes contiennent plus de 60 p. 100 de leur poids d'eau, et il ne faut pas que celte eau se congèle : or, elle gèle à 0° sous la piession de notre atmosphère. Les matières albuminoïdes sont la base de toute cellule vivante, et il ne faut pas qu'elles se coagulent : or, elies se coagulent à partir de 55% et déjà à partir de 44° elles sont impropres à la vie. La vie demande donc à être placée dans une sorte d'étuve maintenue à une température à peu près constante entre 0° et 45° environ. « Au-dessous de 0° les germes ne se développent plus, ils sont gelés. Au-dessus de 50% ils ne se développeraient pas davantage, ils sont cuits ^. » Ces limites s'étendent un peu plus pour les microbes, mais elles se resserrent notablement pour les organismes supérieurs ; pour Thomme, elles oscillent à peine entre 34° et 42°. Un mécanisme vital admirable tend à maintenir cette température interne, même quand le milieu extérieur s'en éloigne, mais pour un temps et jusqu'à une certaine mesure.
La vie ne peut donc subsister que sur un globe