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Faye

120 LA PROVIDENCE ET LA GUERRi:

éteint placé ni trop près ni trop loin d'un soleil convenablement chaud.

Il faut encore que ce globe décrive autour de son soleil une orbite à peu près circulaire, pour que, restant toujours à peu près à égale distance de la source de chaleur, il garde une température suffisamment constante : il faut que son axe de rotation ne soit pas trop incliné sur le plan de l'orbite, pour que ses deux hémisphères se chauffent tour à tour. Il faut que sa rotation soit assez rapide pour que les nuits ne deviennent pas trop froides : mais qu'elle ne soit pas trop rapide, pour que la force centrifuge ne projette pas les habitants dans l'espace.

Il faut que la planète ait une croûte assez dure et assez dense pour offrir aux pieds de Thomme un sol résistant. Il faut que l'étendue et le relief des continents se proportionnent à l'étendue des mers pour maintenir dans les conditions voulues le régime des eaux.

Il faut que ces deux surfaces — celle de la terre et celle de Focéan — « soient enveloppées par une atmosphère assez ample pour garder une composition moyenne invariable, malgré les changements incessants qui s'accomplissent dans son sein ; assez mobile pour se renouveler aisément d'un point à un autre ; assez ténue pour n'offrir aucun obstacle aux rayons qui la traversent : assez dense pourtant pour emmagasiner, au profit des êtres vivants, comme un précieux régulateur, la lumière et la chaleur qu'elle reçoit » ^ Elle doit présenter une

1. A. de Lapparent, La Providence créatrice. Paris, Bloud, 3» édit., 1907, p. 9.

l'hypothèse d'autres humanités 121

pression définie, ni trop forte ni trop faible, sous peine de mort ; elle doit contenir non seulement les proportions voulues d'oxygène, ni trop ni trop peu, mais encore, par exemple, un ou deux milligrammes d'ozone par mètre cube, quelques dixmillièmes d'anhydride carbonique ; de même qu'il ne faudrait pas oublier de mettre, dans 1 eau d'alimentation, quelques traces d'iode. iN'en mettez pas plus, n'en mettez pas moins, sous peine de mortV

Et ainsi de suite, car l'énumération est loin d être complète". Mais nous pouvons déjà pressentir qu'il sera bien difficile de réunir sur un même globe toutes les conditions que la science requiert Dour croire à la possibilité de la vie.

Eh bien, munis de ces indications sommaires, faisons le tour des mondes à la recherche des globes habités.

Commençons par notre monde à nous, que nous connaissons mieux.

Et d'abord, allons-nous trouver des hommes

1 Voyez J.-B. Dumas, Discours et éloges académiques, Paris, Gauthier-Villars, 1885, I, 284-286: et Paye, 308.

2 Voyez, par exemple, dans Albert de Lapparent, Science et Apologétique (Paris, Bloud, 5» édit., sans date, 183-190), et l.a Providence créatrice (Paris, Bloud, 3» édit.. 1907, p. 7-16;, les grandes lignes de ce qu'on pourrait appeler le poème de l'eau. L'eau joue, en effet, dans l'entretien de la vie, un rôle étrange et magnifique, mais qui se subordonne à des conditions très complexes.

dans notre vieux soleil? W. Herschel, au siècle dernier, n'en doutait pas, et en 1842, dans VA/inuaire du Bureau des Longitudes (page 514), F. Arago déclarait, en y adhérant, que ces conceptions étaient alors « presque généralement adoptées ». Aujourd'hui, le soleil, bien qu'il soit compté parmi les étoiles les moins chaudes, parmi les astres à leur déclin, apparaît aux astronomes comme une fournaise fîambantà 6 000 ou 7 000°\ et dans laquelle tout organisme serait volatilisé en un clin d'œil.

La Lune fut-elle habitée ? Nous n'en savons rien; mais, pour sûr, elle ne Test pas. Ni eau ni air. De plus, ses jours 15 fois plus longs que les nôtres portent aux environs de 100' la face tournée au soleil, tandis que Tautre, plongée dans la nuit, descend à 260° au-dessous de zéro'.

Mercure est trop près du soleil, et,, si l'on en croit Schiaparelli, il lui présente toujours la môme face. Même s'il lui présentait ses deux hémisphères en 24 heures, il aurait une moyenne de 200° audessus de zéro.

Sauvons-nous à 700 millions de kilomètres et allons voir sur Jupiter.

« Qu^l monde serait mieux préparé pour être le séjour d'une vie supérieure? C'est le globe prépondérant de toute la famille solaire, le plus vaste

1. Il s'agit de la température des parties extérieures ou superficielles du soleil. Au centre, elle peut atteindre 6 millions de degr.'s. Voyez Svante Arrhénius. L Evolution des Mondes. Trad. de T. Seyrig. Paris, Béranger, 1010, p. 97.

2. Abbé Th. Moreux, Les autres mondes sont-ils habités 7 Paris, éditions « Scientifica », sang date (1913), chap. m.

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en surface (etc., etc.l... Quelles merveilleuses conditions sont préparées en ce séjour pour le développement de la vie, de l'intelligence et du bonheur!... Heureuses plai^^es de Jupiter ! vous ne connaîtrez point ces tourmentes et ces douleurs (etc., etc.)... Mais vous préparez dans le ciel les Etats-Unis d'une République immense bénie du Créateur, flottant pacifiquement dans l'éther lumineux, baignée dans la tiède température d'un éternel printemps, sans hivers et sans étés, et grandissant lentement au sein de la paix et de riiarmonie vers un état de perfection dont n'approchera jamais notre imparfciite et misérable planète \ » Ravissant! Allons voir.

Hélas ! nous ne trouverons même pas où poser le pied. Ce n'est plus un soleil où tout flambe; c'est encore une fournaise mal éteinte où tout bouillonne, o Des scories, moitié solides, moitié liquides, y nagent sur un océan de feu; des laves à l'état visqueux sont sans cesse lancées dans sa bouillante atmosphère ^ » Bref, l'incendie crépite pour des milliers de siècles encore. Quand il sera éteint définitivement, quand la croûte sera faite, THomme pourra-t-il venir? Non : même si notre soleil gardait encore sa ciialeur d'aujourd'hui, il ne donnerait à Jupiter qu'une température de 141"* au-dessous de zéro. « Voilà de quoi refroidir l'en-

1. Camille Flammarion, Les terres du ciel. Paris, Librairie académique, 2» édition, 1877, p. 498. — L'auteur a soin de dire (p. 497) quil ne précise pas la date, laquelle importe peu « à la grande, à l'éternelle philosophie de la nature ».

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