‹ La Providence et la guerreChapitre 40 sur 83 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

« S'il y avait une Providence, nous n'aurions pas la guerre, cette guerre gigantesque, folie, abominable » : voilà ce qu'on entend, clamé chaque jour par des bouches amères.

Cri de douleur, cri de doute, cri de révolte, qui blasphème et qui accuse, mais qui ne se soucie pas de prouver, qui vient de la passion et qui n'a rien à voir avec la logique.

Avant de condamner Dieu, a-t-on pris seulement la peine et le temps de demander à la raison, son avocate en ce monde, si elle a quelque chose à dire pour sa défense ?

Elle a beaucoup à dire. Imputer cette guerre à Dieu, c'est le calomnier. Ce n'est pas lui, ce sont les Iwmmes qui l'ont faite. Ils l'ont faite, ils la font malgré eux, comme les intempérants font malgré eux les mauvaises digestions de leur orgie. Et les apologisles de l'avenir, quand ils auront pris du recul, quand ils pourront juger, en même temps que ses causes, ses résultats, y verront sans doute un des plus magnifiques exemples de la Providence sur l'histoiro.

Nous ne pouvons encore juger que les causes, et

nous y verrons une terrible paraphrase do ce passage de l'Ecriture : « Je vous ai appelés et vous in*avez tourné le dos ; je vous ai tendu la main, et vous n'avez pas même regardé. Vous avez méprisé mes conseils, vous avez fait fi de mes avertissements... Vous avez banni toute crainte de votre Dieu... Alors, il vous a bien fallu manger les fruits de votre jardin, et vous gorger des moissons amères de votre folle sagesse ^ »

« Frutex enim peccati - : Cetle guerre, c'est le rejeton de vos péchés. »

Leî5 causes n'en tiennent pas toutes dans les événements qui se sont déroulés au mois de juillet 1914. Elle est bien, comme les autres, un conflit armé entre des nations : « mais elle est en outre quelque chose de plus grand, de plus profond, de plus complexe: une de ces grandes crises... par lesquelles se déno^uent violemment les difficultés accumulées peu à: peu par les erreurs, les imprévoyances, les mauvaises passions, les intérêts égoïstes de plusieurs générations... Les causes sont beaucoup plus profondes et compliquées que celles des autres guerres ^ » On ne les trouvera pas dans lés livres blanc, gris, jaune, orange ou rouge. Il

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