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Il était dans les ordres sans avoir reçu la prêtrise

3. Les preuves apportées pour la validité de son second mariage nayaut pas paru suffisamment établies, la cause a été abandonnée^ au moins provisoirement, en 1877.

initiateurs, les hommes, en conquérant la terre, avaient gardé la foi pleine et tranquille des aïeux? La science et l'or rendent l'homme maître des choses : s'il fût resté maître de lui, si le vieil Evangile avait réglé l'usage de ces deux outils d'une admirable puissance, si le progrès moral avait marché de pair avec le progrès matériel, quelle civilisation de beauté, de noblesse, de bonheur, se fût déroulée à travers le monde ?

Mais entre Colomb et Copernic, — les deux génies chrétiens qui, les premiers, ont mis aux mains des hommes ces deux grandes forces : la science et l'or, — un mauvais génie s'est dressé, le génie de l'Allemagne, Luther, qui, d'un geste brutal, a fermé le ciel.

Il n'a voulu d'abord que s'affranchir du pape; mais tout se tient dans l'esprit de l'homme comme dans les dogmes de Dieu. Une négation en impose une autre. « Le libre examen », la consigne donnée aux hommes de croire le blanc ou le noir, chacun à sa guise, quitte à changer de croyances au jour le jour ou à l'heure l'heure, au gré du caprice ou de la passion, c'était la cognée enfoncée à la racine de l'arbre planté par le Christ, c'était un explosif placé à la base de toute croyance et de toute raison.

Et la cognée a fait son œuvre ; l'explosif a tout démoli. Les héritiers de Luther n'ont eu qu'à suivre son principe et ses exemples pour nier peu à peu tous les dogmes, toutes les morales, toutes les certitudes et pour aboutir à cette fameuse philosophie allemande faite de tous les délires de

Tesprit, à ce fameux « renversement des valeurs » prôné par Nietzsche, où toutes les vertus de FEvangile s'appellent des vices, et où l'orgueil, Tesprit de domination, la haine, l'envie, la férocité, tous les péchés capitaux, tous les appétits débridés, toutes les exaspérations de l'animal de proie sont donnés pour les vertus indispensables du surhomme.

Ces idées allemandes ont franchi les frontières, trouvant partout des complices dans les instincts mauvais du cœur. Le libre examen est commode pour ceux qui ambitionnent la libre vie. La mode s'en mêlant, les autres s'y sont laissés prendre. Peu à peu tous les évangiles de folie ont retenti dans le monde moderne, mêlant leurs voix cacophoniques, dressant les uns contre les autres leurs credos contradictoires, attisant les haines, émiettant à tous les vents de doctrine la belle unité morale de ce qui fut la chrétienté. Finies, les convictions unanimes qu'on recevait des aïeux comme un héritage, qui dressaient au-dessus des instincts un idéal indiscuté, qui donnaient une réponse à tous les grands problèmes de la vie et conduisaient l'homme dans la lumière vers son magnifique destin.

On s'est acharné à masquer cette lumière, à faire insolubles ces problèmes, à proscrire cet idéal, à détrôner Dieu.

La philosophie et la science, l'histoire et la préhistoire, l'érudition et l'exégèse, la législation et la politique, les écoles et les universités, les journaux et les livres, les théâtres et les cinémas, les

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salons et la rue. tout a été mobilisé contre Dieu. On l'a exilé des relations internationales, et on n'a pas voulu, aux conférences de La Haye, le pape qui aurait parlé de lui ; on l'a exilé de la société : on a biffé son nom, on a proscrit son souvenir, partout, dans la loi, dans les tribunaux, dans les hôpitaux, dans les cimetières : ni pour proclamer le devoir, ni pour dire la justice, ni pour consoler la soufirance, ni pour mettre une promesse sur les tombes, on n'a voulu de lui. « Nohunus hune recjnare super nos. Celui là, nous ne voulons pas qu'il règne ». « Ni Dieu ni Maître. » « Guerre à Dieu ! 11 faut crever le ciel comme une voûte de papier. » Tous ces blasphèmes ont retenti ; et combien d'autres ! Comme aux premiers siècles de noire ère, Dieu n'est plus servi que par une élite qui doit conquérir sa foi et défendre sa vertu contre la poussée permanente et formidable de tout le paganisme ambiant.

Cette tare de paganisme dans notre civilisation, c'est en grande partie le péché de l'Allemagne.

Et ce paganisme uni au culte de la science et de l'or : voilà les trois caractères essentiels de la civilisation moderne.

Mais l'homme est ainsi fait qu'il ne se suffit pas. Il a besoin d'adorer, et, quand il chasse Dieu, il le remplace par des idoles. Il a besoin d'espérer, et, quand il renonce au ciel, il rêve d'un paradis sur la terre. Pour espérer et adorer, il a besoin de

croire, et, quand il ne croit plus au Christ, il porto sa foi à un autre messie.

Le plaisir : tel fut le paradis rêvé; l'or et la science : telles furent les idoles ; le progj'ès matériel, Taccroissement indéfini de la science et de l'or : telle fut, au travers de tous les évangiles contradictoires, la foi commune de ces derniers siècles.

Et les sacrifices qu'on ne faisait plus pour mériter le ciel, on les a consentis, sans marchander, pour hâter l'âge d'or qu'on escomptait sur la terre; on a travaillé dix fois plus que nos aïeux, avec lièvre, avec acharnement, sans trêve, acceptant, dans le bureau, la mine ou l'atelier, des tâches de forçat.

La qualité surtout importe au progrès moral. Le progrès matériel vise à la quantité, au nombre ou à la masse. On s'est donc acharné à produire vite pour produire beaucoup; toujours plus vite, pour dépasser les autres, pour se dépasser soimême; toujours plus que la veille. Pas de limite à l'effort. Jetons bas cette maison, montons plus haut, cinq étages, dix étages, vingt étages. Jetons bas cette gare, cette usine; faisons plus grand. Il y avait mille ouvriers, mettons-en dix mille, cent mille, tout un peuple de fantômes, toute une ville de fer et de feu qui s'appellera Essen. Après les navires de 10.000 tonnes, mettons-en 15.000, 20.000, 50.000; donnons-leur une quille de 100 mètres, de 200, de 250, de 300. Après io <( Ticanic », r «Imperalor»; après r«Imperator)) le «Vaterland»; après les dreadnoughts les siiperdrcadnoughts; après les avions, les superavioiis: après les zeppe-

lins, les superzeppelins. Toujours plus énorme! Le colossal! On avait quelques milliers de soldats de métier pour faire la guerre, mettons-en des centaines de mille, des millions, la nation entière, de 20 à 50 ans; mobilisons tout, jeunes et vieux, les hommes et les femmes; faisons une guerre de Titans. Le colossal : Voilà le rêve^

L'art noble, la poésie, la philosophie, les livres pensés prennent du temps et « ne rapportent pas » ; la valeur morale « ne rapporte pas »; la valeur du produit « rapporte peu ». Le nombre « rapporte ». Ayons le nombre. De la camelote, mais à bas prix et jetée sur tous les marchés du monde ; des peintures hâtives, mais étonnantes, choquantes si possible, et répandues, par la gravure ou la photographie, à cent mille exemplaires; des images obscènes, de la basse littérature : on aime ça, il y a la vente. Mettons-en partout. D'autres ont fait de même; faisons pis. Les sots l'emportent par le nombre sur les gens d'esprit; les avilis sur les délicats; travaillons pour les avilis et pour les sots : il y a le rendement. La camelote, l'ignoble au besoin, avec le colossal : voilà les deux conséquences de l'évangile du progrès.

Et voilà pourquoi cette civilisation a été l'apothéose de TAUemagne.

1. Cette idée de la civilisation moderne tendue tout entière vers le progrès quantitatif, vers le colossal, est admirablement mise en lumière par G. Ferrero, La Guerre européenne, Paris, Payot, 1916. Il signale aussi, en Te-^pliquant de façon différente, l'influence de la découverte de l'Amérique, mais sans mentionner celle de Luther ni — au moins de façon aussi explicite — celle de la scicjicc.

LES CAUSES DE LA GUERRE ET LA PROVlDKiNCE 160

Qu'est-ce que rAlleinagae?

Elle a commencé petitement, au point de vue delà qualité comme de la quantité.

Les Chevaliers teutoniques étaient un ordre hospitalier militaire où l'on se liait par les trois vœux ordinaires de religion. Ils possf'daient le duché de Prusse. Alhert de Brandehourg en était le grand-maître, quand Luther, par sa parole et par son exemple, déclara que les vœux monastiques devaient être violés. Albert de Brandebourg trouva dans Luther un maître et un modèle commodes à suivre. Il se fit son disciple et se maria : de ce mariage est issu le Kaiser actuel. Mais en quittant son ordre, l'apostat en garda les biens; et ce fut l'origine de la Prusse (lo2o).

Simple duché aux frontières étroites, elle s'est agrandie comme elle s'est fondée, par la ruse, par la trahison, par la violence. Autour d'elle, les autres Etats s'indignaient d'abord; puis, gagnés les uns aux dépens des autres, ils finissaient par s'incliner devant le fait accompli. Après un siècle de rapines, le duc de Prusse se fît reconnaître roi par la Suède en trahissant la Pologne, et par la Pologne en trahissant la Suède. Tous les Etats de l'Europe, bernés à tour de rôle, après avoir travaillé pour le duc, continuèrent à travailler pour le roi de Prusse, qui grandit toujoui's à leurs dépens. Au xviii° siècle, il récompense la Pologne en imposant à la Russie et à l'Autriche le partage

à trois. En 1865, l'Autriche aide la Prusse à prendre un morceau du Danemarck. L'année suivante la Prusse Jui paye sa dette de reconnaissance en allant la battre à Sadowa. « Je frappe qui m'assiste, c'est sa devise », disait Edgard Quinet. La France aurait pu secourir l'Autriche, elle laissa faire. Quatre ans plus tard, la Prusse lui disait son merci à Sedan. Puis, dans notre palais de Versailles, le roi de Prusse se trouva assez riche de biens volés, pour se faire proclamer empereur d'Allemagne. Pas une main en Europe ne se tendit vers la France abattue. C'est pour avoir économisé ce geste, que l'Europe doit faire aujourd'hui l'ofTort de l'immense guerre.

Il y a longtemps qu'on l'a dit : « La Prusse est le péché de l'Europe'. » Et non pas seulement le duché ou le royaume de Prusse, mais l'empire d'Allemagne, c'est le péché de l'Europe. Si l'Europe en souffre, elle l'a voulu : Qui facit peccatum^ servus est yœccali'. Le pécheur est le serf de son péché. Son péché le tient. L'Allemagne depuis quarante-cinq ans a tenu l'Europe.

L'Europe ne lui en a pas gardé rancune. Dans une civilisation où la morale ne compte pas, où le progrès matériel est tout, où l'arrivisme est le grand art, on traite les nations comme les individus ; on admire les coquins qui réussissent. L'Allemagne a réussi. Ses rapines ont élargi ses frontières, et ses défauts comme ses qualités, les

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