Livre jaune, n» 109. Cf. n» Î
courant qui créait chez FAllemand le panthéiste féroce, faisait du Français un incrédule honasse et énervée » Et ceci donnait libre jeu à cela.
Si la France avait regardé vers les frontières, au lieu de s'hypnotiser par les luttes de partis, par les luttes de classes et par ranticléricalisme; si elle avait fabriqué des canons % au lieu de se laisser endormir avec les sornettes du pacifisme; si elle était restée, comme en d'autres temps. Je missionnaire de Dieu à travers le monde, au lieu de prêcher aux quatre vents les doctrines les plus subversives; si elle s'était imposée à Festime des nations par ses mœurs et par sa force, au lieu de s'en faire le scandale par ses vices % et l'épouvantail par son impiété; si elle avait eu des enfants pour en faire des chrétiens et, au besoin, des soldats, au lieu d'apparaître comme « la nation qui se meurt », faute de vertus et faute d'hommes; si l'Allemagne avait su que nous pouvions lui opposer, dans un élan unanime, avec toutes les qualités intactes de la race, des armées aussi denses et aussi bien outillées que les siennes, quelles que fussent ses convoitises, quel que fût son orgueil, elle n'aurait point risqué la partie. Par le simple jeu des causes
1. Comte de Chabrol, Pour le Renouveau. Paris, Perrin, 1916, p. 28 sq,
2. « A rouverture de la campagne, l'Allemagne avait 500 batteries de canons lourds ; la France en avait tout juste 26 — moins d'une contre 19. » (Maurice Spronck, Revue Hebclom., 40 mars 1017, p. 14o.)
3. 11 n y en a jamais eu chez nous plus qu'ailleurs; mais on en faisait étalage, et notre littérature d'exportation donnait à croire que la France n'avait pas d'autre idéal.
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secondes, moins coupables, nous aurions échappé aux calamités de la oruerre; plus nombreux, les fils de la France n'auraient pas été décimés par la mitraille. Ou si rAUemagiie avait fait la folie d'attaquer une France forte et prête, elle nous aurait vus d'un bond sur la route de Berlin; nous n'aurions pas connu les horreurs de l'invasion. Les péchés de la France, la guerre, l'invasion se suivent et se tiennent comme la graine, la fleur et le fruit.
Châtiment, si l'on veut; mais celui que la faute a déclenché toute seule sur les coupables ; celui qui procède de « la justice immanente des choses», et non pas encore de la justice positive de Dieu.
Cette guerre, de quelque côté qu'on la regarde, nous apparaît donc comme la suite du péché, frutex peccati.
Mais ce n'est pas seulement la guerre que l'Allemagne a déchaînée sur le monde, c'est une guerre formidable et atroce, une guerre de Titans et de bandits.
Les crimes que ces bandits mêlent à la guerre, la conscience les condamne ; si les chefs les ordonnent et si les soldats les exécutent, c'est qu'ils se moquent de la conscience : Frutex peccati, encore des fruits du péché.
Et les armes de ces Titans, ces armes terribles, qui écrasent des millions d'êtres humains comme dans le pressoir on écrase la vendange ; ces canons, ces torpilles, ces avions, ces sous-marins, ces grenades, ces gaz asphyxiants, qui donc les leur a fournis? Ce carnage, ce déluge de sang, ces char-
niers à fleur de terre, ces chairs qui volent par lambeaux, ces estropiés, cette vie atroce dans les tranchées, ce tapage affolant, ce tonnerre, ce tohubohu infernal, cette pluie de fer et de feu qui zèbre l'horizon, trouant le sol, déchiquetant les forets^ abattant les cathédrales, faisant flamber les villes, ces exodes lamentables des foules chassées en troupeaux pêle-mêle au hasard des routes, ces ruines et ces douleurs gigantesques, cette sorte de convulsion qui, depuis trois ans bientôt, secoue l'Europe, ces horreurs inouïes, à qui les devons- nous?
A la science et à l'argent . Il fallait être riche pour accumuler de telles ruines; il fallait être savant pour réussir de telles monstruosités. C'est la science qui a mis aux mains de l'homme ces engins destructeurs; c'est l'argent qui a permis d'alimenter l'industrie de guerre. Mais l'argent s'évapore au creuset de cette formidable industrie. On a calculé qu'à la date du 31 décembre 1916, la guerre avait coûté aux belligérants 300 milliards de francs ^ Trois cents milliards! trois fois le nombre de secondes écoulées depuis Fëre chrétienne; 300 milliards de francs! la valeur de cent mille tonnes d'or, c'est-à-dire à peu près de tout l'or que les hommes ont extrait de la terre depuis la découverte de l'Amérique.
1. Nous avons négligé de prendre par écrit cette référencemais dans la Revue Bleue des 27 janvier-3 février 1917, nous trouvons un article de M. René Papin, où, en calculant sur des bases très modérées, il arrive, pour la Fiance seule, au chiiïre de 43 à 50 milliards. Or il semble bien que ce chilïre soit en pleine concoriànce avec celui de 300 milliards pour l'ensemble des belligérants.
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La science, en ving-t-neuf mois de guerre, a dévoré cet or et accompli ces horreurs, cette science 011 l'homme moderne avait mis tout son espoir, cette science qui devait aménager la terre en une paisible et confortable demeure, qui devait lui donner la richesse, le progrès, le plaisir, le paradis en ce monde, assez beau pour qu'on pût en oublier l'autre ! On voit qu'elle réussit à faire la ruine et la douleur aussi bien que le plaisir et la richesse, à faire un enfer aussi bien qu'un paradis \
Et ce n'est pas la faute de la science ni de l'or mais celle de l'homme. L'or et la science font leur métier en fournissant à l'homme des outils, des moyens; mais l'homme ne fait pas le sien quand il les emploie à contre-sens et qu'il se détourne de son but; et il se détourne de son but quand il fait d'une créature son idole. L'ordre violé se veno:e : un jour ou l'autre, l'idole lui retombe sur la tête et l'écrase.
Ce n'est pas une idole qu'il lui faut ; c'est un Dieu.
Il a beau dire : « Ni Dieu, ni maître » ; il v a un Dieu, et ce Dieu est le maître.
C'est d'ailleurs un bon maître. S'il nous fait des devoirs, c'est pour répondre à nos besoins. Et l'on pourrait en voir une preuve en ceci que, lorsqu'un peuple manque à ses devoirs, il souffre, avant même que le Maître méconnu nefasse appel au cliâtiment.
1. « Mécanique, physique, chimie, optique, hvdraulique, électricité, il n'est pas une spécialité scientiliquo '[ue l'Allemagne (et les autres à sa suite) nait pous.s-i à ses extr. aios perfectionnements pour l'adapter à îart d'exterminer les hommes » (V. Cambon, Notre Avenir. Paris, Payot, 4916, p. 17).
Ce ne sont encore que les lois — les lois de la vie — qui se vengent. Si elles se vengent c'est que le péché les outrage.
Ce n'est donc pas une intervention directe, un châtiment de Dieu, qu'il faut voir dans cette gueno et dans ses horreurs, mais un exemple de ce que les hommes savent faire quand, dédaignant le droit et le devoir, ils n'en appellent plus qu'au hon plaisir et à la force ; quand ils écartent Dieu de leur vie pour se charger, à eux seuls, de leur bonheur.
Frutex peccati^ cette guerre est la progéniture du péché,
Mais, dira-t-on, si Dieu n'est pas responsable de la guerre, il pouvait Tempêcher ; et, le pouvant, pourquoi ne Pa-t-il pas fait? S'il n'y a rien à dire contre sa justice, ne peut-on pas accuser sa miséricorde? La Providence ne se devait-elle pas d'épargner au monde ces horreurs.
Non, elle ne se le devait pas.
Nous avons déjà entendu cette objection, et nous l'avons écartée avec des principes qui valent pour toutes les circonstances ^ Ils valent surtout pour le cas présent.
Qui sont-ils, en effet, ceux qui parlent ainsi? Quelques croyants peut-être que la douleur égare, qui ne voient pas clair parce qu'ils ont trop de