Voyez ci-dessu
LKS CAUSES DE I,A GUERRl-: ET LA PROVIDENCE 181
larmes dans les yeux. Mais, pour la plupart, qui sont-ils ? Les coupables, les responsables, les jouisseurs qui ont mis Dieu hors de leur vie, les sectaires qui se sont acharnés à le mettre hors de la société, ceux qui ont semé le vent et qui s'indignent de récolter la tempête; ceux-là encore qui s'eflarouchaient à Tidéo (jue la Providence pourrait intervenir dans nos affaires, qui voyaient dans le moindre miracle une intrusion abusive de Dieu faisant échec à la science et au déterminisme. Et voilà que tout d'un coup ils réclament une série ininterrompue de miracles ayant pour but de masquer indéfiniment les lois fondamentales qui président à Faction descause3secondes,àla psychologie des individus et à l'évolution des sociétés humaines.
On ne peut pourtant pas demander que l'arrivisme, l'égoïsme, le mépris de la morale, ennoblissent les âmes ; que le souci exclusif de jouir, le culte de l'argent et de la force assurent en toute hypothèse le triomphe du droit; que les passions débridées établissent entre les hommes et les peuples des relations impeccables; quele vice produise les mêmes conséquences que la vertu ; que l'orgueil et la colère dictent des conseils de douceur; que la mollesse fasse peur; que deux millions de soldats sous les armes inspirent autant de respect que s'ils étaient le double, ni que l'arsenal de la « Défense laïque » remplace les canons pour tenir l'ennemi hors des frontières. On ne peut pas demander que Dieu présent ou absent, obéi ou blasphémé, rien ne soit changé dans la figure mo-
raie de ce monde. On ne peut pas, en deux mots,
demander que la récolte des faits ne réponde pas à la semence des causes, que les principes inappliqués produisent leurs conséquences ou que ceux qu'on applique ne produisent pas les leurs. Et surtout on ne peut pas demander à Dieu de s'employer ainsi, à coups de miracles, à consacrer ces absurdités, à tromper les âmes sur leurs devoirs et leurs besoins, à les encourager dans leur révolte contre lui et à leur donner la conviction que le péché constitue, au moins pour ce monde, un placement de tout repos.
On n'est déjà que trop disposé à le croire. On a tellement entendu répéter à tous les échos du siècle et sur tous les tons le blasphème fameux : Peccavi et quid mihi accidit triste^? J'ai péché, et que m'est-il arrivé de fâcheux? -Depuis que le monde a mis Dieu de côté, il ne s'en porte pas plus mal. Il reste des malchanceux? Mais la chance a ses caprices, et après tout, que m'importent les autres-? Les crises sociales? Il y a la loi pour les résoudre, et au besoin les menottes et les baïonnettes. La guerre? Allons donc 1 Un anachronisme. Les peuples ne sont plus assez fous. 11 y a la Conférence de La Haye. Comedamus et bihamus ; cras emim moriemur'\ Mangeons et buvons ; amusonsnous; car demain nous serons morts. Nous ne comptons plus sur le ciel, mais la terre nous ap-