CilO par Perricr, p
sions politiques. Ils sont des moyens longueinent étudiés en vue du môme but toujours poursuivi : la plus grande Allemagne. La prévoyance et la méthode y sont à la base. Elles encouragent ou suscitent l'essor économique et scientifique à l'intérieur, l'expansion àTextérieur. Tous les Allemands répandus à travers le monde, même naturalisés dans d'autres nations, restent attachés à la mère patrie. Elle les protège, mais elle leur demande de la servir, fût-ce par l'espionnage — à quoi d'ailleurs ils se prêtent avec empressement.
Car l'organisation impériale a eu ce succès de fondre tous les sujets de l'empire dans une mentalité et une volonté communes, se ployant sans résistance, avec enthousiasme, à n'être que les rouages dociles de la grande machine destinée à mettre « l'Allemagne au-dessus de tout ».
Il y a des socialistes là-bas, et même, si c'est en France qu'on a inventé la chose, c'est là-bas qu'on l'a exploitée, qu'on en a codifié la doctrine pour la prêcher à l'univers ^ On en a tiré les conséquences, l'internationalisme et Tantimilitarisme, comme le reste, mais pour en faire un article d'exportation ; et on aurait été bien fâché, comme disait Bebel, de garder ces choses-là à l'usage des Allemands -.
Il y a un tiers de catholiques dans cette nation protestante. Bismarck, de sa rude poigne, essaya
1. Vovez Laskine, L'Internationale et le Germanisme. Flourv. 1916. "
2, Voyez James Guillaume, Karl Marx pangermaniste. Paris; A. Colin; Laskine, Les Socialistes du Kaiser. Paris, Flourv, J. Bourdeau. Les Socirj'i^fcs allemands, dans Revue des Deux Mondes, 1" octobre 1915.
de leur appliquer le Kulturkampft ; mais, quand il s'aperçut que la persécution religieuse était admirable pour diviser un peuple et en briser Tessor, il en fit cadeau à la France par l'intermédiaire de Gambelta, et, pour son compte, il s'entendit tranquillement avec les catholiques et avec le pape.
li y a dans cet empire des races très diverses et tout un parterre de rois ; mais tous ces rois et toutes ces races, oubliant leurs divergences, leurs amours-propres,leurségoïsmes, se sont unis, fondus dans un tout sans fissure, sous la main du kaiser.
Ils croiront, ils feront tout ce qu'on voudra.
On leur a dit qu'ils sont « le peuple mondial », le « peuple porte-histoire », l'âme de la civilisation, qu ils sont aux autres peuples comme le bien est au mal, qu'ils ont la mission divine d'organiser le monde à leur profit; et ils le croient. On leur a dit que « l'Allemagne est au-dessus de tout », et qu' « étant au-dessus de tout, elle a droit à tout » ; que le droit c'est la force et qu'ils sont la force, et que, lorsque l'heure sonnera, ils se jetteront sur les autres peuples ayant à « tenir compte seulement du facteur force et à mépriser les lois qui ne sont pas à leur avantage » ^ ; on leur a dit que les peuples écrasés par la force de l'Allemagne lui reviendront de droit « comme une pièce de gibier qu'ils auront abattue » -. On leur a dit "^ : a Comme
d. Beruhardi, dt6 par Le Bon, p. 35 sq. Voir p. 37.
2. Lolal-Anzeir/er, cite par Verrier, La folie allemande. Pan^, Terger-Levrault [l'Jli)], p- 2o.
3. Gazette de Voss, citée par Le Bon, Enseign. psych., p. 3HS. Rudolf Eucken, l'un des 93 intellectuels, ne parle guère autr > mont. Voyez Verrier, 26-29
nous sommes le peuple suprême, notre devoir est désormaisdeconduirela marche dei'humanité. C'est un péché contre notre mission que de ménager les peuples qui nous sont inférieurs. » Et toutes ces monstruosités, toutes ces insanios, ils les croient.
« Jamais, écrit un rédacteur de la Gazette de Lausanne, je n'aurais cru que l'on puisse parvenir à une telle unification psychologique des masses... On dirait qu'un seul cerveau pense dans des milliers de têtes... Il n'y a plus d'individus en Allemagne, il n'y a plus qu'un peuple, un être social dont TEtat tout-puissant est le cerveau \ »
Et ce cerveau ne pense que pour agir, il n'agit que pour préparer la guerre. Quelques mois avant la terrihle échéance, un de nos diplomates à Berlin notait dans ses dépêches : « Le parti de la guerre agit sur le pays avec des idées claires, des sentiments ardents, une volonté frémissante et tendue ^ »
Et le pays a fait siens ces sentiments, ces idées, ces vouloirs, uni comme jamais peuple ne le fut, dans sa marche à l'étoile, à l'étoile qui devait le conduire vers la conquête du monde, fallût-il aller son chemin, comme le dira plus tard un officier, « sur des montagnes de cadavres et sur des mers de larnics » \