‹ La Providence et la guerreChapitre 60 sur 83 · Jérémie, Tlireni, III · texte numérisé non relu

Jérémie, Tlireni, III

la façon dont il oriente les iiasards vers un même but, et une multitude de petites causes vers de grands résultats, comme quand il laissait Jeanne d'Arc batailler en se réservant de guider son effort vers la victoire.

Un tel miracle, disons-nous, apparaît des le début de la guerre.

Rappelez-vous : par une propagande inlassable, les pacifistes, les antimilitaristes, les antipatriotes s'étaient multipliés chez nous, ils avaient juré « la guerre à la guerre » ; par trente ans de laïcisme forcené, on avait fait des générations qui ne pensaient plus au Dieu de nos pères que pour le nier ou le blasphémer ; par la politique, par la lutte des classes, par les luttes religieuses, nous étions la peuple le plus divisé de la terre. Et tout à coup, voilà un peuple de frères, de croyants et de héros, qui se lève comme un seul homme pour répondre à l'appel de la patrie. La veille encore, personne, ni en France, ni hors de France, pas un observateur, pas un psychologue n'aurait admis cette triple conversion comme possible, sinon avec et après l'effort bien organisé, tenace et heureux de toute une génération. Or ces trois faits se sont produits instantanément (le temps de savoir la guerre déclarée), spontanément (sans aucune propagande), imioersellement (d'un bout de la France à Fautre), avec juste assez d'exceptions pour y constater encore l'exercice de la liberté humaine. Sous cette forme, rien ne faisait prévoir ce résultat, rien ne permettait de l'espérer, rien ne suffit à l'expliquer dans le jeu des événements, dans le déterminisme

des nh<^nomënes ou dans la psychologie des foules.

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Et iiiors qui donc a su toucher à la fois tous les cœurs, au bon endroit et au bon moment?...

La victoire de la Marne a été le fait capital de la guerre ; sans elle la France était perdue. A qui ou à quoi devons-nous cette victoire ?

Un journaliste a prétendu que Joffre avait tout prévu de loin dans le détail : « Tous les ordres, dit-il, écrits de sa main, étaient déjà prêts le 21 août pour l'action qui commença le 3 septembre. Il avait tout pesé et réglé les diverses phases de la bataille une par une, comme les pièces d'un mécanisme délicat qui, à l'heure dite, se mit en marche comme un mouvement d'horlogerie ^ » Dieu me garde de dénigrer « notre Jofire » ! Mais la vérité suffit à sa gloire, et rien n'est plus faux que ce que l'on vient de lire. Loin d'avoir tout prévu et tout réglé le 21 août, le généralissime, « par son instruction générale n"* 4 du 1" septembre, prescrivait aux troupes de se retirer au sud de Paris, jusqu'à Bray en arrière de la Seine » -. Le 2 septembre, dans une note aux armées (n'' 3463), il explique ses motifs de pousser aussi loin la retraite ; et dans une communication au ministre, il expose qu'il c( est impossible d'organiser sur la Marne une ligne de défense, selon la proposition du général French » \ Pourquoi, le 4, a-t-ii changé d'avis?

i. Cité par Gustave Le Bon, Enseignemetits psychologiques de la guerre européenne. Paris, Flammarion, 191.5, p. S59.

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