IbîcL, p
à. lol:l.y p. iioU.
Parce qu'il apprend que von Klûck s'écarte de i'aris pour s'infléchira lEst? C'est possible. Mais pourquoi von Klûck, qui avait son avant-garde à Pontoise, qui savait Paris sans défense, qui n'avait qu'à étendre la main pour le saisir, Paris, le grand objectif, la terre promise, la proie convoitée, la gloire, le pillage, Forgie, dont les Allemands, des chefs aux soldais, ne cessaient de parler, dans leur ruée victorieuse, avec des mots gloutons : pourquoi von Kliick lui a-t-il tout à coup tourné le dos ? Par peur de l'armée française encore intacte? — Mais non, il savait bien, par son espionnage, que cette armée avait Tordre de ne pas défendre la ville. Alors, pourquoi? Mystère. Evidemment, il a eu une raison, qu'il a crue bonne ; mais elle a été mauvaise ; et que lui, le chef habile et avide de saisir sa proie, ait cru bon de différer, voilà le mystère ^
1. Klûck devait-il « foncer sur Paris, ou bien poursuivre la chasse contre le gros des forces anglo-françaises qui s'étaient dérobées? On a raconté que la question de principe avait été réglée au grand Etat-major allemand dans Ihiver 1913-1014, pendant un grand kriegsspiel, qui était comme la répétition à blanc de Toffensive ennemie. Arrivée avec ses avant-gardes sur le front Neuiliy-en- Thelle, Senlis, Crépy-en-Valois, larmée von Kliick fonçait droit s\ir Paris, pour y faire une attaque brusquée et entrer dedans." Moltke II, chef du grand Etat-major, intervint, critiqua Kliick et posa la règle quil fallait négliger Paris, sauf à s'en couvrir, pour poursuivre les armées françaises jusqu a leur destruction. La bataille de la Marne a été perdue ce jour-là de 1913, à Berlin ; Paris et la France y ont été sauvés. Le positivisme pédant et rigide des Allemands leur a joué un bien vilain tour. Ils ont confondu une règle avec le principe, le principe souverain de la guerre. Ce principe est qu'on fait la guerre pour dicter la paix qu'on veut, que le moyen d'y arriver est de produire par les armes, par une victoire décisive ou un autre grand événement aussi considérable, un effet de démoralisation tel qu'il entraîne la capitulation du gouvernement de l'adversaire » (Général
Il y en a un autre. En déviant à l'Est, il laisse en Tair son flanc droit. Sur Tordre de Galliéni, Maunoury, avec une armée improvisée, Tattaque ; mais devant la parade de Tennemi qui accourt en nombre, Maunoury, après quatre jours de bataille, menacé à son tour d'enveloppement, commençait à reculer, quand « von Klûck se replia sans qu'on sache encore exactement pourquoi... L'avenir seul expliquera peut-être les circonstances de notre victoire. Mais on peut dire déjà qu'elle fut à la fois une œuvre collective due à la valeur de nos soldats et une accumulation de hasards heureux ^ »
(f Une accumulation de hasards heureux ! » Voilà des mots qu'il est difficile d'accoupler ensemble. Les hasards ne s'accumulent pas dans le même sens. Les pierres que les obus font voler au hasard ne construisent pas un mur; les lettres de l'alphabet qu'on tirerait au hasard ne feraient pas la phrase qui exprime ma pensée, à moins de répéter l'expérience des millions de fois.
La bataille de la Marne a réussi d'un coup. Tout le monde y a vu une merveille : miracle d'héroïsme, disent les uns; miracle de Providence, disent les autres ! Rien n'empêche de les mettre d'accord en y voyant les deux à la fois. « Les gens d'armes ont bataillé », magnifiquement; et
Cherfils, Une esquisse de la victoire de la Marne, dans Etudes, 5 juin 1917, p. 577 sq.). — Plus loin (p. 599), le même auteur met cette « obstination de négliger Paris » parmi les « erreurs capitales, décisives, sans lesquelles toute l'habileté de nos chefs et toute la valeur de nos soldats n'auraient pas pu triompher ».
1. Le Bon, ibid., p. 332. 333. Cherfils fait la même réflexion sui" la retraite de von Kliick, loc. cit., 599.
la Providence a favorisé « raccumulation des hasards heureux », qui a « baillé la victoire ». Nous ne disons pas que cette conclusion s'impose avec la clarté de l'évidence: mais le moins qu'on puisse dire est que les faits la suggèrent. Ce n'est pas la main de Dieu traçant son paraphe inimitable d'un geste fulgurant ; mais c'est Dieu qu'on devine sous le pseudonyme du hasard.
Et on l'entrevoit de mieux en mieux à mesure que les hasards heureux s'accumulent, réclamant, par une logique de plus en plus impérieuse, une pensée et un vouloir qui les coordonnent.
Or, à Verdun en 1916, le miracle d'héroïsme et l'autre n'ont pas été moins manifestes qu'à la Marne. Le 24 février, si les ennemis avaient eu « du cran », comme disait, dans un journal, le général Gherfils, ils passaient. Il n'y avait devant eux qu'un rideau de troupes déchiqueté par l'ouragan de mitraille. Mais ils ont attendu, marquant le pas, pour faire leurs suprêmes préparatifs et passer à coup sûr. Pendant qu'ils attendaient, Castelnau est venu en face, et Pétain et les autres ; et les Allemands n'ontpaspassé. Le bruit a couru dans le public que si Castelnau était arrivé dix minutes plus tard, c'eût été trop tard. Son arrivée à temps et l'hésitation de l'ennemi : deux hasards heureux.
Déjà le 7 septembre 1914, devant le Grand Couronné de Nancy, au moment précis où le commandant de notre 314® recevait Tordre écrit de se replier, on s'aperçut que les ennemis se mettaient à battre en retraite. Et de même, quand, plus tard, ils lâchèrent pied sur TYser, nous étions à bout
de force et, s'ils « avaient tenu un quart d'heure de plus, écrit P. Nothomb, peut-être passaient-ils partout^ ». Encore deux « hasards heureux ». Il a fallu batailler jusqu'au bout de ses forces ; mais au bout il y a eu la victoire; méritée, oui, mais qui, sans ces deux hasards venus à point, passait à l'ennemi. Etlestranchées, ces odieusestranchées qui éternisentlalutte, qui suppriment les savantes manœuvres et les belles chevauchées héroïques où nous trouverions chaque jour des nouvelles éclatantes pour nous tenir en haleine, les avons-nous assez maudites, ces tranchées? Et n'est-ce pas à elles surtout que nous devons nos impatiences? Oui; mais, outre qu'elles ont été pour nos soldats l'occasion d'un miracle de patience, de ténacité, d'héroïsme à froid dont l'ennemi, dont tout le monde croyait incapables les fils de notre race, elles ont été, pour notre cause, un nouveau hasard singuhèrement heureux. Qu'aurions-nous fait en rase campag-ne? L'héroïsme sans armes ne mène qu'à la boucherie et à la défaite, en face des canons chargés à mitraille. Voyez les Russes dans la retraite de Galicie. Et, ni géographiquement ni moralement, nous n'avions pas le moyen, nous, de reculer sans péril pendant des mois à travers des centaines de kilomètres. Or, comme les Russes, nous manquions d'outillage et de munitions, et même des usines pour les faire. Les tranchées nous ont donné le temps d'y pourvoir,
1. Cité par Le Bon. Ejis. psych., 27. — « Cette chose, dit Cherfils (Etudes, loc. cit., 509), se vérifie dix fois, que îes Allemands reculent ju.?le au moment où il importerait qu'ils marchassent. »
et les Allemands, qui comptaient nous prendre à ce ieu de la guerre dans des trous, s'y sont pris.
Encore une « accumulation de hasards heureux», que nos ennemis, qui ont tout pesé longuement, tout étudié minutieusement, tout prévu, se soient, en dehors de la technique de l'armement et de l'organisation matérielle de la guerre, trompés, au moins dans les débuts, sur toute la ligne.
« Nous nous sommes trompés dans tant de nos calculs ! gémit le Tag de Berlin. Nous nous attendions à ce que Tlnde entière se révoltât au premier son des canons en Europe, et voilà que des milliers et des dizaines de milliers d'Indiens combattent maintenant avec les Anglais contre nous. Nous nous attendions à ce que Fempire britannique fût réduit en miettes ; mais les colonies britanniques se sont unies, comme elles ne l'avaient jamais fait auparavant, à la mère patrie. Nous nous attendions à un soulèvement victorieux dans l'Afrique du Sud britannique, et nous ne voyons là qu'un fiasco I Nous nous attendions à des désordres en Irlande, et l'Irlande envoie contre nous quelques-uns de ses meilleurs contingents. Nous croyions que le parti de la paix à tout prix était tout-puissant en Angleterre ; mais il a disparu dans l'enthousiasme général qu'a suscité la guerre à l'Allemagne. Nous calculions que l'Angleterre était dégénérée et incapable de constituer un facteur sérieux dans la guerre, et elle se montre notre ennemi le plus dangereux. Il en a été de même pour la France et la Russie. Nous pensions que la France était corrompue et
qu'elle avait perdu le sens de lasolidarité nationale, et nous constatons maintenant que les Français sont des adversaires formidables. Nous croyions que la Russie ne pouvait rien faire; nous jugions que ce peuple était trop profondément mécontent pour combattre en faveur du gouvernement russe ; nous comptions sur son effondrement rapide en tant que grande puissance militaire; mais la Russie a mobilisé ses millions d'hommes très rapidement et très bien; son peuple est plein d enthousiasme et sa force est écrasante V »
Et le journal de Berlin ne dit pas tout! Il y a bien autre chose que les Allemands ont cru et où ils se sont trompés. Ils ont cru que la Belgique s'inclinerait devant la force-, elle s'est redressée
i. Reproduit dans Le Temps du 29 mars 1915.
2. La relation de La nuit du 2 au à août 1914 au ministère des Affaires étrangères de Belgique, écrite par un des auteurs du drame, Albert de Bassompière (Paris, Perriu, 191G; est une des plus émouvantes lectures lu on puisse faire. -:■ Ceux qui lavaient rédigé (1 ultimatum allemand] n'avaient pas pensé un moment que la Belgique. ..eût osé ne pas se plier sans phrases à la volonté de sa toute-puissante voisine ! Cuux qui le lurent (immédiatement après la remise de la pièce par l'ambassadeur d'Allemagne. C étaient MM. de Brocqueville. Davignon, d'Ursel. Costermans de baimer, \an der Elst et de Bassompierre), n'avant pas la môme mentalité, eurent au contraire immédiatement, spontanément, sans discussion, sans hésitation, sans môme se communiquer mutuellement leurs pensées, la claire notion qu'une seule réponse était possible : un non péremptoire et indigné ! » (p. 2/ sq.). Parmi les fonctionnaires et diplomates mis ensuite au courant, « pas un ne mit en doute une seconde ^ la réponse à faire (p. 29). Au conseil des ministres présidé par le roi '( pas un avis ne fut exprimé formellement pour suggérer une solution autre que celle qui fut adoptée « (p. 31, en notei. Et pendant que le conseil délibérait, les emplovés du ministère prirent sur eu.x, pour gagner du temps, de rédiger un projet de réponse à 1 Allemagne; c'est à peine si le comité officiel de rédaction y trouva quelques phrases à remanier ;p ■■ï :v,j.).
indomptable devant l'iniquité. Ils ont cru que l'Angleterre ne donnerait pas son sang pour « un chiffon de papier » ; elle le donne. Ils ont cru que l'Ttalie marcherait à la suite, sur un froncement de sourcils ; elle n'a pas marché, et puis elle a marché contre eux. Ils ont ci'u par la terreur rattacher les neutres à leur fortune; ils les révoltent les uns après les autres, et le monde entier se ligue peu à peu contre leur tyrannie. Ils ont cru paralyser leurs adversaires dans l'épouvante avec leurs férocités de grands fauves ; ils les écœurent et ils les feront impitoyables dans la justice. Ils ont cru la France divisée: ils l'ont unie. Ils ont cru l'anéantir; ils la ressuscitent. Ils ont cru la biffer de l'avenir et d'un geste brutal finir son destin: ils le lui rendent. Jls en ont fait le champion du droit et de la liberté, de la civilisation contre la barbarie, du christianisme contre le germanisme: ils Font replacée dans son rôle séculaire; ils lui ont remis dans la main, malgré elle, l'épée du bon sergent du Christ, l'épée flamboyante et pure qu'elle tire dans les jours de gloire quand elle va faire les gestes de Dieu.
Surtout ils ont cru hâter leur rêve, leur rêve de domination universelle, etilsl'ont brisé. Ils le réalisaient progressivement, sournoisement. Par les tentacules qu'ils avaient poussés partout, ils suçaient l'or de la terre, et ils infiltraient dans les veines des nations l'esprit germanique. Encore vingt ans, et le monde se serait réveillé esclave. Mais ils n'ont pas eu la patience d attendre, ils ont voulu brusquer le destin et, à coups de canon,
PERIPETIES DE LA GUERRE, CAUSE PREMIERi: 227
sonner au cadran de 1 histoire Theure de régner par la terreur sur le monde asservi. Le monde, ayant vu ce qu'on lui préparait, s'est révolté dans un sursaut de dégoût et de colère tel que les générations s'en légueront les unes aux autres le souvenir. Le Made in Germany^ qu'il sorte des manufactures ou des universités, ne fera plus ouvrir les esprits ni les bourses, mais les fermera dans la défiance. La victoire même ne suffirait plus à mettre le monde dans la main de l'Allemagne, à courber devant sa force les cœurs et les âmes. Voyez les Belges : ils sont vaincus, ils ne sont pas soumise Ils font voir qu'il reste toujours contre l'oppression une suprême ressource qui est de monter au Calvaire. On peut y mourir, mais on n'y capitule pas ; on peut y perdre tout son sang, mais on y garde toute son âme. Tous les peuples réveillés en sursaut ont vomi le germanisme et ont repris leur âme. L'Allemagne, de sa main lourde, a brisé son rêve. Elle ne sera pas la maîtresse de la terre, ni l'âme des peuples. L'heure est venue, lui disaient ses oracles ; il n'y a pas de milieu : « Puissance mondiale ou décadence ». Finie, la puissance mondiale! Reste la décadence. En voici déjà une : ces prétendus surhommes, les hommes les appellent des barbares ; et ce superpeuple, les peuples Font mis au ban de la civilisation.
1. M. de Broqueville le criait à T AU a magne, de la tribune, le 4 août 1914 : « Nous pouvons être vaincus, — soumis, jamais ! » (Voyez de Ba.-sompierre, ouvr. cité, 46).
22 J LA PHOVIDENGE Eï LA. GUERRE
« Nous nous sommes Iroinpés dans tant de nos calculs ». disait le Tag. Eh! sans doiiLe, nous qui ne croyons pas aux surhommes, nous ne sommes pas étonnés que les Allemands se trompent : mais qu'ils se trompent sur toute la ligne et toujours à leurs dépens, cela fait pour nous une singulière a accumulation de hasards heureux ». Qu'Usaient en outre perdu la partie, au Grand Couronné, sur la Marne, sur ITser, pour avoir tourné les talons quelques minutes trop tôt, eux qui sont hraves, opiniâtres et qui ne marchandent pas les hommes; que la guerre de tranchées nous ait fourni le seul moyen possible de réparer notre imprévoyance; que, devant Paris et Verdun, ils aient lâché la proie pour Fombre ; que notre antimilitarisme, nos égoïsmes, nos divisions aient disparu par enchanlemenl à la minute nécessaire : « Accumulation de hasards heureux. »
Et derrière tous ces hasards, à mesure qu'ils s'accumulent, se dessine de plus en plus visible la main de la Providence qui a travaillé pour nous.
Ils ne s'accumulent pas toujours. On dirait même qu'ils le font à regret, qu'ils entendent déroger le moins possible aux lois ordinaires, pourvu que soit sauve pour nous la possibilité de la victoire. Il est frappant, en effet, qu'au fur et à mesure que les fronts se sont stabilisés, que les forces des adversaiif.s se sont fait équihbre, que
PERIPETIES DE I.V GUERRE, CAUSE PIirMIÈHi: 220
le courage et la bonne conduite de la g-uerre ont pu suffire à nous défendre, les hasards ont paru reprendre leur loi qui est de se dispersera Et si, dans les dt-ljuls, nos ennemis ont eu le monopole des contre-temps, des méprises, des erreurs lourdes, nous en avons dans la suite enregistré pour notre compte une bonne part. Mais quand ces hasards auraient pu nous être mortels, comme à Verdun, la même main mystérieuse les a retournés contre nos ennemis.
Ne dites pas : « Le hasard n'est que le mol de notre ignorance. Si nous pouvions recueillir tous les antécédents d'un quelconque de ces hasards, nous verrions que tous les anneaux en sont pris dans la nature et qu'ils s'enchaînent les uns aux autres dans un déterminisme rigoureux. » Vous n'en savez rien. Le déterminisme tient la matière, c'est entendu ; mais la question est précisément de savoir s'il n'y a eu que la matière en cause. Et je dis que vous n'en savez rien, pour cette raison toute simple que pas une intelligence d'homme ne pourra jamais vérifier les antécédents innombrables d'aucun de ces faits. Et la preuve que vous n'en savez rien, c'est que, si le résultat en question avait été exactement le contraire, vous diriez encore la même chose. Qu'est-ce qu'une explication déterministe qui sert indifféremment à expli-
1. Il est vrai aussi que. dans les premiers mois de la »uerre le recours à Dieu. !a prière, le mouvement des conversions, la ferveur de vie ont été adiiiirables, au iront et à l'arriére, et que depuis lors on ne saurait en dire autant. Nous v reviendrons dans un autre chapitre.
que? le oui ou ie non? Ce n'est pas une explication que vous donnez, c'est une fin de non-recevoir, c'est tout au plus une hypothèse; vous supposez que le déterminisme ou le jeu normal de la liberté humaine expliquerait tout; mais, au fait, vous n'en savez rien. Et sur chaque point particulier, je n'en sais pas plus que vous. Le hasard, voilà le mot qui convient, précisément parce qu'il est le mot de notre ignorance.
Mais si nous prenons tous ces « hasards heureux » en bloc, une lumière se dégage, parce que nous savons que les hasards, que les faits imprévisibles tenant à une multitude de causes diverses et enchevêtrées ne se répètent pas toujours dans le même sens. Secouez et jetez les dés trente fois sur le tapis, je suis sûr que vous n'amènerez pas trente fois de suite le même numéro sur chaque face. Si donc tant de fois, ou mieux, si toutes les fois, dans les circonstances décisives, pendant la première partie de la guerre, pendant la période où notre infériorité était manifeste, les hasards ont tourné en notre faveur, dans l'enchevêtrement inextricable des causes matérielles, intellectuelles et morales ; à travers des faits qui relèvent des réactions de la matière brute, des jugements de l'esprit ou des libres décisions humaines, si tous ces hasards ont convergé, se sont accumulés dans le même sens, il n'y a qu'une explication : c'est qu'il s'est trouvé quelqu'un d'assez intelligent et d'assez fort pour suivie la direction des résultats à travers l'enchevêtrement des causes, et pour intervenir, autant qu'il en a été besoin, de manière
PÉRIPÉTIES Dt LA GUERRE, CAUSE PREMIÈUE 231
à les coordonner vers son but. Alors oui, tout s'explique, tout est logique, tout est clair.
Mais alors, si Dieu a surveillé les événements comme le tisseur les fils que noue sa navette, intervenant d'un geste discret mais précis, quand ils s'écartent de son dessein, alors, dans le drame immense qui se joue. Dieu n'est plus seulement le spectateur qui laisse faire, quitte à juger plus lard, quand la toile sera tombée : il est acteur, il tient un rôle, il manifeste une volonté; et c'est une volonté de miséricorde envers la France.
Ce qui veut dire que nos impatiences, que nos murmures contre la Providence sont une injustice et une ingratitude.
Ah! sans doute, la guerre est longue. Elle eût été plus courte si nos soldats avaient été moins braves et Dieu moins bon pour nous. Elle serait finie, la guerre, depuis longtemps, mais finie par la défaite, par l'esclavage sous la botte allemande, et cet esclavage n'eût pas été moins dur et il eût été plus long que la guerre par où nous allons k la victoire.
Faisons taire nos murmures, comprimons nos impatiences, raidissons-nous dans la joie et dans la force d'espérer, et songeons que^ s'appuyant à la fois sur la bravoure de nos soldats qui ont fait leurs preuves et sur la bonté de Dieu qui aime encore les Francs, notre espoir dans la victoire est bien placé.