‹ La Providence et la guerreChapitre 7 sur 83 · Gen., XIII · texte numérisé non relu

Gen., XIII

de Tordre; il triomphera, au choix de l'homme, par la récompense ou par le châliment. Et voilà comment la Providence met d'accord la puissance, la sap^esse, la justice et la bonté, dans le drame oij Dieu avec tous ses attributs et les hommes avec toutes leurs vertus et tous leurs vices sont le? acteurs.

Mais ce monde n'est que le premier acte dt drame. Il comporte des péripéties où il semble que les divers acteurs tour à tour dominent la scëne. Attendons le dénouement qui débrouillera toutes les situations dans la lumière et mettra tout en place.

Ce monde est un commencement et non pas le tout. C'est un moyen et non pas le but. Le plan de la Providence n'est pas de mettre le ciel sur la terre, mais de donner aux hommes sur la terre le moyen de mériter le ciel.

Voilà le point de vue de Dieu ; et, pour comprendre quelque chose à la Providence, il faut voir le monde dans cette perspective. On ne comprend plus rien si on regarde cette grande question par les petits côtés^ par les détails qui masquent l'ensemble comme un arbre devant les yeux peut cacher la forêt; et surtout par le mauvais côté, le point de vue terrestre; c'est alors comme une tapisserie qu'on regarde à l'envers. Si nous coupons ce monde de l'autre, il devient inintelligible. L'enfant, dans 'e sein de sa mère, s'il avait l'usage de sa raison, s'il était déjà une manière de savant sachant tout de son petit monde à lui, mais ne sachant rien de plus, ignorant qu'il doit naître un jour, ce pauvre

enfant ne comprendrait rien au hasard qui Ta mis là et aux chocs mystérieux qui le housculent, à ses poumons qui n'ont point d'air, à ses yeux qui n'ont point de lumière, à ses membres ramassés qui sont sans emploi. îl trouverait sa vie absurde. Et il aurait raison. Elle n'a de sens que par le terme où elle doit aboutir. La vie hors du sein maternel, voilà Tunique explication de cette première étape. La vie au ciel, voilà l'unique explication de la vie humaine en ce monde. C'est au ciel que la Providence nous conduit, pour autant que notre liberté ne s'y opposera pas. Ce n'est pas à la fortune, au plaisir, à tous les petits bonheurs de la terre : ces choses-là, qui nous passionnent peut-être, ne l'intéressent pas ou ne l'intéressent qu'autant qu'elle y voit des moyens pour le but. C'est au ciel qu'elle vise, et les chocs qui semblent nous bousculer avec la douleur ne sont que des moyens plus efficaces de nous mener à terme, d'assurer notre naissance au monde éternel.

Voilà, non pas, certes, toute l'explication de la Providence mais le premier mot qu'il faut en dire, le point de perspective où il faut reg-arder le plan de Dieu, pour en voir se dessiner les g-randes lignes et pour deviner déjà quelque chose de l'harmonie souveraine que l'Eternité nous révélera.

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