‹ La Providence et la guerreChapitre 77 sur 83 · Page · texte numérisé non relu

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M. G. Le Bon n'a pas tort de ne plus compter sur cet espoir, au bout de son volume : il y a de belles années que cette religion de l'avenir a fait son temps *.

Alors que lui reste-t-il ?

Pierre Loti est saisi de vertige en face des catastrophes de la guerre et du vide insondable où s'effondrent tous les rêves de l'homme moderne. Et se sentant « charge d'âme » vis-à-vis des lecteurs « qui avec une anxieuse confiance suivent révolution de (son) entendement personnel », il leur crie : « Ce que je voudrais leur dire, à mes frères inconnus, c'est que, plus le vertige et le chancellement nous entourent et nous affolent, plus il faudrait s'efforcer d'établir au contraire dans nos âmes la paix et la stabilité. Ce conseil,... personne plus que moi jadis n'a douté qu'il fût possible de le suivre. Cependant je m'y rallie de plus en plus aujourd'hui ; plus que jamais, je crois que la paix intime peut à la rigueur se retrouver, non pas seulement par résignation détachée, mais aussi, qui sait ? par espoir d'autre chose, pour ailleurs, pour plus tard... » -.

Cette autre chose ne peut être que VimmatérieL « Et du moment que l'immatériel commence de s'indiquer à notre raison, tout s'éekire, tous les

4. Nous avons dit pourquoi, dans notre Naturalisme devant la Science. Paris, Perrin, 19H, chap. vu.

2. Pierre Loti, article « Vertige », dans Revue des Deux Mondes, 15 février 1917, p. 726, 729.

espoirs deviennent possibles, la terreur diminue ainsi que le vertige \ »

Oui ; mais pour que le vertige s'évanouisse, pour que le jour se fasse dans râmo, pour que les espoirs fortifient et consolent, pour qu'ils soient des espoirs et non des éclairs intermittents et lointains dans une nuit de tempête, il faut croire, de toute son àme, en sachant que la raison comme le cœur approuve les raisons de croire.

Et P. Loti n'en est pas là. « Oh! certes, elles sont trop aisément attaquables ces frêles conclusions", sans doute plus intuitives que déduites. Mais on m'accordera que celles du matérialisme exclusif, outre qu'elles nous poussent tout droit au suicide et au crime, ne tiennent pas davantage. » Et alors, puisqu'on ne peut rien savoir, autant vaut se replier « vers des espoirs anciens, après que l'on a constaté que partout ailleurs il n'y a que plus d'illogisme encore^ ».

Voilà, dans cet encore, la goutte d'absinthe qui empoisonnera dans son âme la douceur d'espérer, le virus qui exténuera son espoir : il n'est pas assez convaincu. Le cœur est conquis; le cerveau tremble, et le vertige subsistera.

Les incroyants sont à plaindre. A quelque point

2. Très frêles, en effet, telles qu'il les formule ; mais on peut les formuler autrement consistantes et les établir sur des bases autrement vérifiées.

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