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de rhorizon cju'ils regardent, ils n'aperçoivent aucune étoile pour orienter leur espoir; ils ne rencontrent pas un appui pour se garder contre le vertige.

Heureusement, ils valent mieux que leur doctrine. Ceux-là surtout qui vivent eh plein vertige, au front, pencliés de tout leur être sur cet abîme d'horreurs et d'épouvantes, valent mieux que leur doctrine. L'instinct de la race, l'atavisme chrétien de tant de générations, les réalités qui les empoignent et les jettent de vive force h la tâche terrible et nécessaire, d'autres causes sans doute qui ont fait bloc, et, par-dessus tout, un miracle de Provî^ dence qui, dès le premier jour, a donné à l'immense foule anonyme, avec la conviction que l'heure était décisive, la volonté indomptable de gagner la partie, tout cela nous a valu une armée de héros décidés et tranquilles. Même s'ils ne savent passe prouver la patrie, le devoir, ils sentent que ces grandes choses sont des réalités vivantes et qu'elles méritent tous les sacrifices. Môme s'ils ne savent pas s'expliquer la sagesse et la beauté du sacrifice, ils ont le parti pris dé se sacrifier. S'ils ne pensent guère à l'humanité future, ils pensent à leurs foyers qu'ils ont à défendre ; ils savent dans quel flot de boue et de sang les rouleraient les hordes de Barbares qu'ils ont la mission de contenir. Et c'est des Barbares qu'ils disent : « Ils ne passeront pas ! » La terre a beau tourner à l'est : ils ne passeront pas ! Eux-mêmes, alors que peut-être — dans le civil — ils croyaient au déterminisme, ils sentent que leur libre effort les fera tefiivi Ils veu-

CROYANTS ET INCROYANTS EN FACE Dis LA GUERRE 293

lent. Ils sont décidés à vouloir plus fort ou plus longtemps que l'ennemi, et s'il le faut, à cimenter, dô leur sanir, le rt-mparl de poitrines (jui barre le flot de l'invasion.

Ils sont braves, ils font leur devoir; mais il faut les plaindre ; car ils ne peuvent pas meltre d'accord, en un tel moment, leur doctrine et leurs actes. Leur doctrine ne les soutient pas : elle ne leur explique rien et ne leur promet rion : elle ne leur donne ni une lumière ni une espérance ; elle no leur montre, dans ce qu'ils sentent être leur devoir et dans leur courap^e, qu'une occasion et un moyen de « se faire casser la figure » : un éclat d'obus, leur cbair en lambeaux, le sang qui coule, la douleur qui les convulsé, un dernier râle, puis rien. Finis !

Un espoir qui ne va pas plus loin est, pour réebauffer les cœurs, un soleil bien pâle.

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Nous avons mieux.

Nous croyons, nous, aux lois et à la science, comme eux; mais nous croyons aussi à la liberté, à la Providence, au ciel. Nous sommes mieux armés pour voir, pour espérer et pour agir, pour nous adapter au réel. Nous avons comme des sens en plus. Le croyant n'est pas un bomme diminué, mais complété. La foi n'est pas un éteignoir, mais un télescope; elle ne supprime pas les yeux de la raison, elle lui donne une autre lumière et d'autres

horizons, elle prolonge sa portée. En imposant les véritésnécessaires, elle s'opposeà certaines erreurs, mais elle autorise toutes les vérités. Toutes les explications raisonnables qu'on pourra nous donner sur la guerre, toutes les raisons économiques, psychologiques, sociales, morales, nous les admettons. Mais au delà de ces raisons, nous en avons d'autres, et ce sont précisément celles qui donnent du cœur, qui expliquent Faction et l'encouragent, qui mettent une splendeur au sacrifice même, qui répondent à nos aspirations et à nos besoins d'hommes.

Nous avons besoin de lumière et d'espérance, d'expansion au dehors, de dévouement aux autres et de développement personnel, de justice et de miséricorde, de moralité et de bonheur, d'infini bonheur et d'éternel amour. Tout cela, nous savons que la Providence le place à notre portée.

Nous savons que si la guerre et les maux de la guerre résultent en partie des lois fatales, c'est la liberté, c'est le mépris de la morale surtout, qui a mis ces lois en branle; et nous pouvons espérer que la France, que le monde, instruits par l'expérience, s'ingénieront à épargner le plus longtemps possible une pareille épreuve à nos héritiers. Nous savons que, si nous n'avons pas à marchander notre sang à la patrie, nous pouvons du même coup le donner pour hausser nos âmes, pour faire notre mérite plus grand, et ainsi notre ciel plus sûr et plus beau. Nous savons que, si nous avons beaucoup à souffrir, c'est justice, car nous avons péché; mais que cette souflrance acceptée appelle

la miséricorde, (jue notre sang, uni au sang du Christ, nous associe à sa vertu rédemptrice. Nous savons que si, en ce monde, la force peut primer le droit, le droit aura sa revanche ; que si la justice des hommes prévarique ou se trompe, une autre justice viendra, impartiale, informée, infaillible, souveraine, resplendissante, qui revisera toutes ces justices manquées, qui comptera tout, qui paiera tout, qui mettra chacun à sa vraie place pour une éternité. Nous savons que si parfois la morale est dure, que si nous avons à tenir les rênes de court à nos instincts, que si nous avons à dompter la bête qui est en nous, c'est pour dégager l'ange, c'est pour nous faire à la hauteur de notre destin, c'est pour monter au ciel. Nous savons que si la route est pénible, elle est courte et que le but vaut la peine deTeftort. Nous savons que, là-haut, c'est le bonheur et l'amour idéal, sans inquiétude et sans nuage, sans mesure et sans fin, et que toutes les douleurs de ce monde ne seraient pas de trop pour le payer. Nous savons que la douleur, à la bien prendre, n'est plus que du bonheur que nous ne comprenons pas encore; que la mort n'est que la porte à ouvrir pour entrer dans Téternelle vie; et que ceux dont la mort nous sépare nous retrouveront à ce rendezvous de riadéfectible amour.

Nous connaissons un sens acceptable à la vie, à la vertu, à la douleur et à la mort. Nous avons la réponse, non pas h tout ce que demande notre curiosité, mais à tout ce que réclame notre tâche d'hommes. Et là oî^i nous ne comprenons pas, nous pouvons faire confiance à la Providence paternelle

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qui dirige tout; elle nous a promis que « pas un cheveu ne tombera de notre tête sans sa permission », et que. quelles que soient les circonstances, la grandeur des épreuves, Tinjustice des hommes ou les tentations de notre cœur, « tous ces maux se tourneront en bien si nous voulons aimer Dieu ». Nous sommes donc armés pour nous adapter au réel même le plus tragique. Gomme saint Augustin devant les Vandales, comme Salvien devant reflondrementde l'Empire, comme J. de Maistre devant la Révolution française, nous avons le droit et le moyen d'espérer devant l'ébranlement du monde. Dieu est là! Le monde tremble, mais il le tient, les peuples s'agitent, mais il les mène ; nous passons, mais il demeure ; nous pouvons être emportés comme des brindilles dans la tourmente, écrasés comme le grain de blé sous la meule, mais nous gardons notre âme et avec elle tout notre destin. Pour nous, pour ceux que nous aimons, pour la patrie, pour l'humanité^ nous avons droit h Fespéranco. Si terribles que soient les forces déchaînées, si noir que nous apparaisse l'horizon, si difficile que soit notre route, nous pouvons nous en remettre à celui qui voit, qui peut et qui est bon.

Je sais quelqu'un de grand qui m'écoute et qui m'aime.

« Me tuerait-il que j'espérerais en lui ^ » Il suffit qu'on espère, avec une foi pleine et un amour vrai, pour n'être pas confondu-.

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