CHAPITRE VII
La main de Dieu dans les événements de la dernière guerre.
Faisons pour un instant la simple supposition que voici : Une Puissance inexorable, le Destin, si l'on veut, avait décrété qu'un immense châtiment serait envoyé à la nation française ; et, le moment venu, cette même Puissance a tout disposé, tout combiné, pour que son arrêt fut exécuté avec la plus inflexible rigueur; — cette supposition, je le demande, ne rendrait-elle pas parfaitement compte de l'histoire de notre dernière guerre avec la Prusse ? ou plutôt, ne dirait-on pas que tous les événements de cette guerre, sans exception, se sont arrangés comme tout exprès, pour nous forcer de recon"
naître que cette supposition est une réalité évi-. dente?
Un rapide coup-d'œil seulement sur les diverses phases de cette lutte terrible.
Bien avant l'ouverture des hostilités, l'ennemi était prêt, formidablement monté en régiments, en engins de guerre de toute espèce. Ses alliances étaient assurées, et toutes ses précautions prises. Il savait à fond l'état de nos ressources ; tous les points de notre territoire, nos bois, nos forêts, nos routes grandes et petites, les rues de nos derniers villages, lui étaient infiniment mieux connus qu'à nous-mêmes. Partout il avait organisé ce monstrueux système d'espionnage, qui devait transformer la guerre en une espèce d'ignoble guet-à-pens dont Machiavel lui-même n'aurait jamais osé dresser le programme.
La France cependant avait sur les yeux un triple bandeau, et pour que son aveuglement parût plus inexplicable encore, quelques hommes clairvoyants l'avaient avertie à temps et lui avaient signalé le danger. Mais non ; ni son gouvernement , ni ses diplomates, ni ses sommités militaires, n'avaient voulu sortir de leur béate quiétude. Nous sommes prêts, cinq fois prêts, sjétait écrié le ministre de la guerre, — sincère, il faut le croire, mais alors, à coup sûr, victime d'une prodigieuse hallucination. La vérité est que rien n'était prêt,
ni armes, ni munitions, ni corps d'armée. N'importe, on déclare bravement la guerre, et l'on part pour le Rhin, comptant en finir bien vite et signer la paix à Kœnigsberg -. le mot fut, dit-on, prononcé par le chef de l'État. Un de ses ministres avait aussi déclaré bien haut que c'était, le cœur léger, qu'il assumait la responsabilité de ce formidable inconnu... Et, il faut bien l'ajouter, la France à peu près tout entière, avait applaudi à ce langage ! L'opinion publique était allée jusqu'à flétrir du nom de traîtres et de Prussiens tous ceux qui, pour une cause ou pour une autre, s'étaient prononcés contre la guerre...
Quand l'esprit de vertige en vient à ce point et atteint ces proportions chez une nation qui passe pour la plus intelligente de l'Europe, on peut affirmer sans crainte qu'il y a là un fait étrange, mystérieux, totalement en dehors des règles ordinaires. En pareil cas, l'antiquité aurait dit : Jupiter enlève la raison à ceux qu'il veut perdre; et l'antiquité n'aurait fait que parler juste.
La campagne s'ouvre par un tout petit succès, dont la presse officielle et la vanité nationale firent un grand événement. Hélas ! bientôt cet avantage ne nous apparaîtra plus que comme une amère dé-
7fi LA PROVIDENCE
rision de la fortune ! On ne savait, du reste, ce que Ton faisait. Un plan, paraît-il, avait été adopté avant de quitter Paris ; puis, on l'avait abandonné : pourquoi ? je ne le sais; ce qu'il y a de sûr, c'est que ce plan était évidemment le meilleur. On lui en avait donc substitué un autre, justement celui qu'il fallait pour assurer à nos ennemis les plus grands avantages qu'ils pussent souhaiter. — Leurs forces rapidement concentrées viendront se placer dans les bois à quelques kilomètres de nos lignes : nous ne prendrons même pas la peine de savoir où elles sont. Il sera dans notre destinée d'être pris à l'improviste depuis le commencement jusqu'à la fin. S'il est une chose élémentaire dans la guerre, c'est assurément que les généraux s'entendent et marchent de concert : les nôtres semblent s'étudier à faire tout l'opposé. Tel d'entre eux n'aurait qu'un signal à donner à un corps voisin, pour repousser une redoutable attaque et remporter probablement une éclatante victoire : il s'obstine à vouloir vaincre tout seul, et il est affreusement battu. Tel autre, au contraire, est appelé sur le champ de bataille ; s'il y arrivait à temps, comme il le peut et le doit, tout changerait de face : il s'arrange comme à dessein pour partir trop tard, et nous essuyons une sanglante défaite. A peine l'ennemi a-t-il besoin d'être ha-
bile : nos fautes pourraient l'en dispenser ; il l'est cependant et, malgré sa tactique savante, malgré son enrayante supériorité numérique, il paraît par moments comme stupéfait de la rapidité de ses triomphes. Entré comme un torrent sur notre territoire, il s'empare, sans coup férir, des immenses approvisionnements que nous avions amassés sur la frontière ; on n'avait pris aucune précaution pour les mettre en sûreté : l'idée d'un revers possible ne nous était pas même venue à l'esprit.
Après ces premiers et foudroyants désastres, la guerre semble entrer dans une nouvelle phase. Repliés autour de Metz, nous y remportons des demi-victoires qui rappellent parfois nos plus beaux jours; mais, par une incompréhensible fatalité, nous n'en savons jamais tirer profit, tandis que nos ennemis savent fort bien bénéficier de leurs défaites mêmes.
Sur un autre point, à Châlons, l'illustre vaincu de Reischofï'en a formé un plan défensif qui pourrait tout sauver; la force des circonstances l'ait prévaloir une autre combinaison qui doit tout perdre. — Je me trompe : si, dans la marche que l'on a projetée sur Metz, on obtient, ce qui paraît le plus aisé du monde, une avance de quelques jours ; ou si, du moins, un certain chef de corps,
;li LA PROVIDENCE
rision de la fortune ! On ne savait, du reste, ce que Ton faisait. Un plan, paraît-il, avait été adopté avant de quitter Paris ; puis, on l'avait abandonné : pourquoi? je ne le sais; ce qu'il y a de sûr, c'est que ce plan était évidemment le meilleur. On lui en avait donc substitué un autre, justement celui qu'il fallait pour assurer à nos ennemis les plus grands avantages qu'ils pussent souhaiter. — Leurs forces rapidement concentrées viendront se placer dans les bois à quelques kilomètres de nos lignes : nous ne prendrons même pas la peine de savoir où elles sont. Il sera dans notre destinée d'être pris à l'improviste depuis le commencement jusqu'à la fin. S'il est une chose élémentaire dans la guerre, c'est assurément que les généraux s'entendent et marchent de concert : les nôtres semblent s'étudier à faire tout l'opposé. Tel d'entre eux n'aurait qu'un signal à donner à un corps voisin, pour repousser une redoutable attaque et remporter probablement une éclatante victoire : il s'obstine à vouloir vaincre tout seul, et il est affreusement battu. Tel autre, au contraire, est appelé sur le champ de bataille ; s'il y arrivait à temps, comme il le peut et le doit, tout changerait de face : il s'arrange comme à dessein pour partir trop tard, et nous essuyons une sanglante défaite. A peine l'ennemi a-t-il besoin d'être ha-
bile : nos fautes pourraient l'en dispenser ; il l'est cependant et, malgré sa tactique savante, malgré son effrayante supériorité numérique, il paraît par moments comme stupéfait de la rapidité de ses triomphes. Entré comme un torrent sur notre territoire, il s'empare, sans coup férir, des immenses approvisionnements que nous avions amassés sur la frontière ; on n'avait pris aucune précaution pour les mettre en sûreté : l'idée d'un revers possible ne nous était pas même venue à l'esprit.
Après ces premiers et foudroyants désastres, la guerre semble entrer dans une nouvelle phase. Repliés autour de Metz, nous y remportons des demi-victoires qui rappellent parfois nos plus beaux jours; mais, par une incompréhensible fatalité, nous n'en savons jamais tirer profit, tandis que nos ennemis savent fort bien bénéficier de leurs défaites mêmes.
Sur un autre point, à Châlons, l'illustre vaincu de Reischoflen a formé un plan défensif qui pourrait tout sauver; la force des circonstances fait prévaloir une autre combinaison qui doit tout perdre. — Je me trompe : si, dans la marche que l'on a projetée sur Metz, on obtient, ce qui paraît le plus aisé du monde, une avance de quelques jours ; ou si, du moins, un certain chef de corps,
A de tels adversaires que pouvait opposer la France ? Le hasard des révolutions lui avait imposé le gouvernement qui prit le beau nom de Gouvernement de la défense nationale. Le moins qu'on puisse dire de ces personnages, c'est qu'ils n'étaient pas de la grande race de ceux qui peuvent donner le salut à Israël (1).
La postérité voudra-t-elle y croire ? Lorsque la France réclamait avant tout une tête puissante pour organiser les forces vives de la province , on lui envoya, avec charge de remplir cette mission, deux avocats vieillis, qu'on ne pouvait pas même, avec toute la bonne volonté du monde, prendre au sérieux !... Un Grémieux se nommant lui-même ministre de la guerre!... ô fortune! est-ce assez d'ironie? Non pas encore; bientôt l'on nous expédie par ballon un autre avocat, jeune celui-là, mais surtout très-loquace, très-pétu-
(1) Non erant de semine virorum illorum, per quos salus factaest in Israël. {IMachab., v, 62.) — Justice doit être rendue, autant qu'il convieut, au brave général Trochu : dans l'ordre des choses exclusivement militaires, il a peutêtre fait tout ce qui était humainement possible. Son malheur, sinon sa faute, a été de se trouver pris dans l'engrenage d'un système essentiellement vicieux et condamné.
Lant, très-entêté : vrai Garnot à rebours, doué de toutes les qualités nécessaires pour désorganiser la victoire ! En vérité , l'histoire sera presque indulgente pour ces tristes délégués de Tours, quand elle aura dit d'eux avec M. Thiers, qu'ils ont opposé à l'invasion les moyens les plus mal conçus qu'on ait employés à aucune époque, dans aucune guerre....
Néanmoins, grâce à l'énergie native de l'âme française, ou pour parler plus exactement, grâce au dévouement patriotique de quelques provinces, la lutte se continua, non sans grandeur, ni même sans quelque espoir de vaincre. Les forces imposantes qui ne tardèrent pas à se réunir sur les bords de la Loire, auraient probalement repoussé l'ennemi, si la capitulation de Metz n'était venue tout d'un coup décupler les difficultés de notre situation.
Que dire de cette navrante et à jamais lamentable catastrophe ? Le digne général Changarnier en a raconté les causes, et elles sonj connues. Mais ces causes elles-mêmes peuvent-elles raisonnablement s'expliquer sans une intervention mystérieuse et surhumaine ? Pourquoi donc alors ce maréchal qu'on n'a pas craint de proclamer un grand homme de guerre, et à qui il faut bien accorder tout au moins une capacité ordinaire
et commune : pourquoi, dis-je, cet homme a-t-il commis tant d'incompréhensibles fautes ? Pourquoi ne sut-il pas une seule fois tirer parti des brillants avantages qu'il avait remportés ? Pourquoi n'eut-il pas l'idée de s'approvisionner de vivres quand il le pouvait si aisément ? Pourquoi enfin n'essaya-t-il point sérieusement de faire une trouée lorsqu'il en était temps encore ? — Le mot de haute trahison, je le sais bien, fut lancé dans une fougueuse circulaire adressée à la France ; mais des juges plus compétents ont fait bonne justice de cette accusation. Comment donc, encore une fois, expliquer les fautes du maréchal Bazaine ? Vertige, fatalité! voilà les seules réponses à ces cruelles énigmes.
Autant nous avions été douloureusement consternés à la nouvelle de la capitulation de Metz, autant nd!s espérances furent exaltées par un accident heureux qui s'accomplit peu de temps après : la petite victoire de Goulmiers. Quelques succès remportés autour de Paris vinrent encore surexciter ces espérances, et les porter un instant jusqu'au délire de l'enthousiasme. Notre sort était de flotter ainsi sans cesse entre l'extrême confiance
et l'extrême désespoir (1). La destinée qui conduisait les choses, semblait en toute occasion se plaire à nous dire, de telle manière que nous fussions forcés de le comprendre : Tu as la puissance de vaincre, ô France ! mais il est écrit que tu ne vaincras pas!
Par un renversement inouï et qui trahit encore le caractère essentiellement fatal de toute cette guerre, nos qualités traditionnelles les plus saillantes, telles que la hardiesse des initiatives, la sûreté du coup d'œil et la rapidité des mouvements, avaient passé tout entières du côté des Prussiens, pour ne plus nous laisser en partage que les défauts de la race allemande : ses hésitations et ses lenteurs proverbiales. Bref, un temps infiniment précieux fut perdu après l'affaire de Coulmiers. Dans l'intervalle, l'ennemi, libre désormais de tout souci du côté de Metz, nous lance sur les bras près de deux cent mille hommes de ses
(I) Ou sait d'ailleurs qu'il existait une sorte d'agence occulte chargée de répandre en temps opportun parmi nous la nouvelle de quelque succès imaginaire. La mise en circulation d'un bruit semblable était devenue comme le prélude obligé de quelque désastre prochain. C'était sans doute l'une des perfidies d'un ennemi qui n'en négligeait aucune.
8i LA PROVIDENCE
meilleures troupes ; Orléans nous échappe de nouveau, et la grande armée de la Loire est coupée en deux tronçons.
Que fait alors le fameux dictateur qui présidait «à tous nos mouvements stratégiques ? Le sang bout dans les veines quand on songe à cette insigne folie : rien assurément ne fait mieux voir quelle malédiction pesait sur cet homme, et aussi, hélas ! sur la France condamnée à subir le joug d'un fou furieux (1).... Au lieu de chercher à rejoindre les deux ailes de l'armée, afin d'en former une masse compacte, il s'avise de détacher les cent mille hommes de Bourbaki et les jette dans une marche aventureuse vers l'Est, sans même prendre la peine de leur assurer les ressources les plus indispensables, et en imposant à leur chef des ordres qui le conduiront inévitablement à sa ruine !
Ce fut comme le signal de l'immense débâcle qui allait éclater sur tous les points.
Malgré quelques succès de Chanzy, malgré l'habileté relative de ce général, l'armée de l'Ouest, trop inférieure en nombre, est obligée de battre
(1) On sait à qui M. Thiers appliquait un jour cet.e qualification trop bien méritée.
peu à peu en retraite sur le Mans, où elle est écrasée.
L'armée du Nord, de sou côté, échoue misérablement dans sa tentative de marcher sur Paris.
A l'Est, le brave et infortuné Bourbaki vient se 1 iriser, moins encore contre les lignes ennemies, que contre le fatal abandon auquel on l'a condamné, et contre la rigueur des éléments qui semblent conjurés contre lui.
Enfin, suprême dénouement de tout cet effroyable drame, Paris réduit à ses seules forces, Paris impuissant à percer l'enceinte de fer qui l'étreint de toutes parts, succombe sous l'inexorable fatalité de la famine.
Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire de notre guerre avec la Puisse. Le récit pleinement véridique et définitif ne sera point sans doute publié avant bien longtemps : aussi conviendronsnous sans peine que, dans cette rapide esquisse, il a pu nous échapper quelques erreurs quant à certaines appréciations de détail ; mais pour ce qui est des jugements et des impressions d'ensemble, nous ne craignons nullement d'affirmer qu'ils seront ratifiés par l'histoire, à la seule condition qu'elle soit faite d'un peu haut, et avec quelque largeur d'esprit
Quelle conclusion faut-il donc tirer de tout ce lugubre exposé de nos malheurs ? La conclusion, cest que nous avons, ce semble, très-amplement justifié l'hypothèse énoncée au commencement de ce chapitre : Une puissance inexorable avait décrété qu'un immense châtiment serait envoyé à la nation française ; et, le moment venu, elle a tout disposé, tout combiné, pour que son arrêt fût exécuté avec la plus inflexible rigueur.
En parlant de la bataille de Waterloo, Napoléon s'écriait : Bataille incompréhensible ! Concours de fatalités inouies ! Il n'y a eu que des disgrâces !
Que devrons-nous donc dire de cette interminable série de désastres qui sont venus fondre sur la France ? A quelle époque, chez quel peuple, a-t-on jamais vu cet entassement, cette accumulation de calamités qui nous semblent encore invraisemblables, presque impossibles, bien qu'elles ne soient que trop vraies et trop réelles (1) ?
Fatalité ! Fatalité ! voilà ce qui apparaît et avant la guerre et pendant la guerre, au coinmence-
(1) Plus de trois cent mille hommes de la grande et glorieuse armée française, prisonniers de guerre en Prusse !ll Quelle imagination aurait pu jamais concevoir que cela fut possible ? Et combien d'autres choses non moins incompréhensibles I...
ment, au milieu, à la fin ! Voilà ce qui domine tout, ce qui explique tout, ce qui rend raison de tout....
Mais il est temps de nous demander enfin quel est le sens de ces mots Fatalité, Destin, Fortune, Puissance inexorable ; car il doit être Lien entendu que nous n'avons employé ces termes jusqu'ici, qu'à la condition d'expliquer ce qu'ils signifient.
Or, l'explication en est fort simple. Le sens commun nous dit qu'il n'existe réellement ni fatalité, ni destin, ni fortune, ni puissance inexorable indépendante de Dieu.... Tous ces mots, qu'on me permette cette expression, ne sont que les faux noms, les pseudonymes de la divine Providence.
Il faut ici redire encore avec la voix magistrale de Bossuet :
(Dieu) « connaît la sagesse humaine toujours courte par quelque endroit ; il l'éclairé, il étend ses vues, et puis il l'abandonne à ses ignorances : il l'aveugle, il la précipite, il la confond par ellemême; elle s'enveloppe, elle s'embarrasse dans ses propres subtilités, et ses précautions lui sont un piège.... Quand il veut frapper le dernier (coup), et renverser les empires, tout est faible et irrégulier dans les conseils. L'Egypte, autrefois si sage, marche enivrée, étourdie et chancelante;
parce que le Seigneur a répandu l'esprit de vertige dans ses conseils; elle ne sait plus ce qu'elle fait, elle est perdue (1).... Ne parlons plus de hasard, ni de fortune ; ou parlons - en seulement comme d'un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce qui est hasard à l'égard de nos conseils incertains, est un dessein concerté dans un conseil plus haut.... De cette sorte tout concourt à la même fin ; et c'est faute d'entendro le tout rjne nous trouvons du hasard ou de l'irrégularité dans les rencontres particulières. »
(1) N'est-ce pas là, trait pour trait, notre histoire? — Et noire histoire à venir n'est - elle pas aussi marquée dans ces autres paroles qui suivent daDs le texte de Bossuet? — « Mais que les hommes ne s'y trompent pas : Dieu redresse quand il lui plaît le sens égaré; et celui qui insultait à l'aveuglement des autres tombe lui-même dans des ténèbres plus épaisses, sans qu'il faille souvent autre chose pour lui renverser le sens, que ses longues prospérités.... »
Memor esto, Domine, filiorum Edom, in die Jérusalem : qui dicunt : Exinanite, exinanite usque ad fondamentum in ed! Filia Babylonis rimera! Beatus qui retribuet tibi retributionem quam retribuisti nobis '. A Dieu ne plaise que nous formions ces vœux contre l'Allemagne I Nous les émettons seulement contre une grande organisation anti-ca!holique, et selon l'esprit de la prière de la liturgie : Ut inimicos sanctx Ecclesix humiliare digneris.,..
Pour résumer d'un seul mot toute cette démonstration, disons que la Providence irritée contre la France, a permis et voulu qu'elle fût sévèrement punie ■. tel est le dernier mot et la suprême raison de tous les événements de cette guerre. Aveugles et deux fois aveugles, ceux qui n'ont pas su voir, à travers les lueurs sinistres de la foudre éclatant sur nos têtes, cette main formidable qui écrivait le Mane Tliecel Phares de la France!...
Essayons maintenant de rechercher les causes qui ont armé la divine justice contre nous. En étudiant ces causes, et aussi en considérant de près la nature des châtiments et leur corrélation étonnante avec les crimes qui les ont provoqués, nous nous convaincrons de plus en plus que la Providence est directement intervenue dans la préparation et l'accomplissement de nos malheurs.