‹ La providence et les châtiments de la FranceChapitre 21 sur 36 · M 2 LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

M 2 LA PROVIDENCE

rien ajouté sur les feuillets de ce glorieux livre ; mais ce qu'il faut bien reconnaître aussi, c'est que depuis longtemps elle en compose une horrible contre-partie qu'on devrait intituler : Gesta Satanse per Francos, les Faits et Gestes de Satan par les Français.

Coupable envers le monde entier, la France l'était beaucoup plus encore envers certains peuples et certains pays qu'elle avait pour mission spéciale de protéger ou d'évangéliser. C'est ainsi, pour ne citer ici que cet exemple, que Dieu lui ayant donné une vaste colonie sur les bords de la Méditerranée, il lui avait imposé en même temps charge d'âmes à l'égard de ces populations. Comment donc a-t-elle répondu à cette mission de confiance ? Elle a avili le Christianisme aux yeux des Musulmans ; elle l'a déshonoré par les désordres de ses camps , par l'irréligion de ses colons , par l'indifférence et souvent par l'impiété de la plupart de ses administrateurs. Parfois elle a stupidement affecté de glorifier la religion du Coran ; toujours elle l'a protégée et favorisée beaucoup plus qu'elle ne protégeait et ne favorisait la religion de l'Evangile. Une consigne sévère interdisait à l'apostolat catholique de porter la lumière de la

foi à ces peuples , même lorsque la Eabylie promettait à nos missionnaires le plus favorable accueil. On sait quelles indignes entraves étaient imposées au zèle de l'Archevêque, quand, il y a trois ou quatre ans , il recueillait avec un si noble dévouement les orphelins du choléra.

A l'égard de sa grande colonie , la France avait violé les obligations de la tutrice vis-à-vis de la pupille; à l'égard de l'Eglise romaine, elle avait trahi les devoirs de la fille aînée vis-à-vis de sa mère.

Ce fut la gloire des deux Assemblées de la seconde Républque de renouer les plus glorieuses traditions de notre histoire en rétablissant Pie IX sur son trône. L'Empire continua pendant quelques années ce noble protectorat. Mais à partir de 1859, quand les sociétés secrètes eurent signifié leur ultimatum par la bombe Orsini, les choses changèrent de face.

Cette même année, la guerre est déclarée à l'Autriche. Un personnage dont l'éloquence brutale ne connaissait pas les ménagements diplomatiques, le prince Napoléon dira plus tard au Sénat qu'en abattant cette puissance, on voulait abattre avec elle le Catholicis-me. Ce qui est certain, du

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moins , c'est que le Gouvernement impérial se faisait très-notoirement le complice de l'insurrection des Romagnes, laquelle enleva au Souverain - Pontife une partie considérable de ses États. En vain Pie IX fulmina-t-il l'excommunication contre les auteurs de cette spoliation sacrilège , ainsi que contre leurs fauteurs et complices : dès l'année suivante, le même gouvernement se rendait coupable d'une complicité beaucoup plus odieuse encore. Le monde catholique avait envoyé au secours du Saint-Siège une légion de nobles et vaillants défenseurs. Le Piémont entreprit de les assassiner, et il le fit en effet dans son infâme guet-àpens de Castelfidardo. La Franco officielle simula quelques protestations qui ne pouvaient tromper personne : on avait eu soin de dire sous main à Cialdini : Faites, mais faites vite...

Cet attentat, le plus ignoble peut-être que l'histoire ait consigné dans ses annales, enlevait de nouveau à Pie IX une grande partie du patrimoine de saint Pierre.

Une immense explosion d'indignation et de douleur retentit à travers le monde chrétien. Pie IX lança une seconde fois les foudres de l'excommunication. La plupart des évêques français élevèrent la voix pour liétrir devant Dieu et devant

les hommes les monstrueuses iniquités qui venaient de s'accomplir.

Il importait d'imposer silence à ces voix importunes ; il fallait à tout prix tromper l'opinion publique. Le gouvernement impérial ne s'en fit pas faute. Tous les scribes de cour, tous les sycophantes du journalisme, toute la valetaille de la littérature interlope, reçurent un mot d'ordre. La campagne des brochures scélérates et des diffamamations sacrilèges fut ouverte. Les grands corps de l'État, avec leur majorité servile, s'empressèrent de reconnaître les faits accomplis, tout en rendant à leur digne souverain les basses adulations qu'il méritait.

L'auguste pontife persistait pourtant à répéter le Non possumus apostolique. Il affirmait avec une force croissante l'absolue nécessité du Pouvoir temporel comme garantie de son indépendance spirituelle. Le gouvernement, qui se piquait d'être bien meilleur théologien qu'un simple pape, le rappelait à une plus saine appréciation des choses. Il le harcelait de ses filiales représentations; il le conjurait, le suppliait de laisser là ses préjugés par trop surannés, et de se réconcilier une bonne fois avec le Progrès, avec la Civilisation moderne représentée par l'honnête et loyal Piémont. Bref, il lui signifia la fameuse Convention de septem-

bre qui stipulait à courte échéance l'évacuation de Rome par nos troupes.

Pie IX, fort de son droit et de la vertu de Dieu, n'avait cessé de repousser les perfides suggestions de l'hypocrisie couronnée. Il répondit à la Convention de septembre par la publication de l'encyclique Quanta cura et du Syllabus. Ce n'était point, comme on l'a voulu prétendre, une provocation; c'était un solennel avertissement adressé au monde et à la France en particulier. Le Vicaire de Jésus - Christ déchirait d'une main sûre les nuages de ténèbres amoncelés par les erreurs contemporaines, et en même temps il montrait dans la lumière des vrais principes l'unique salut des sociétés. Heureuse la France si, prêtant l'oreille à ces enseignements de Pie IX, elle avait rejeté le poison révolutionnaire qui rongeait ses entrailles et qui hâtait de jour en jour sa décomposition et sa ruine !

Son gouvernement se sentit comme personnellement atteint par les ana thèmes du Vatican : il leur opposa ses armes ordinaires ; les articles organiques f Liront évoqués ; les orateurs officiels dénoncèrent à l'indignation publique cette nouvelle agression d'un ultramontanisme sénile, et la presse dévouée hurla le plus immense toile qu'elle eût encore fait entendre.

Dieu enregistrait un à un ces outrages qui, en s'a (laquant à son Vicaire, le blessent lui-même à la prunelle de l'œil.

Cependant, grâce à l'ascendant de l'opinion catholique, on n'osa point exécuter la Convention de septembre. On se prêta même, non, il est vrai, sans avoir longtemps tergiversé, ni sans avoir donné contre-ordres sur contre-ordres ; mais enfin on se prêta à la campagne réparatrice de Mentana ; et, plus tard encore, on se laissa arracher par le généreux Berryer le célèbre jamais de M. Rouher.

Sur ces entrefaites arriva la convocation du Concile du Vatican. Bien que l'attitude prise alors par le gouvernement fût loin d'être sans reproche, ce n'est pas de son côté, il faut bien le dire, que vint l'opposition la plus coupable. Elle vint hélas! du

côté d'où l'on devait le moins l'attendre Un

parti, que je ne veux point autrement désigner, prit prétexte de certaines imprudences ou de certains excès de polémique, échappés aux défenseurs de Rome, pour soulever l'opinion du monde entier contre la croyance à l'Infaillibilité pontificale. Pendant toute la durée des travaux conciliaires, la France eut le lamentable spectacle de cette conjuration en permanence contre l'œuvre de l'Esprit- Saint. Livres et brochures, lettres privées et publiques, articles de journaux, même de journaux

catholiques, se succédèrent sans interruption, comme autant de machines de guerre destinées à battre en brèche le dogme abhorré. Un même souffle de passion aveugle animait ces écrits; quelques-uns étaient de vrais chefs-d'œuvre d'imposture et de haine vénéneuse. Ah ! Dieu veuille que ces écrits n'aient pas profondément altéré, ou peutêtre entièrement déraciné la foi dans un grand nombre cl âmes ! Plût au Ciel du moins que ceux qui s'en étaient faits les auteurs ou les inspirateurs eussent rendu à Jésus-Christ, à son Vicaire et à son Église, une réparation aussi éclatante que le scandale qu'ils avaient donné !

Il n'est point téméraire d'affirmer que cette vaste conspiration contre le dogme de l'Infaillibilité a été comptée parmi les crimes de la France.

Mais le crime suprême, celui qui devait mettre le comble à tous les autres, allait être consommé. Avant d'aller se mesurer sur les champs de bataille avec son formidable ennemi, l'Empire voulut arracher de gaîté de cœur le dernier paratonnerre qui protégeait encore notre pays. Ordre fut donné à nos soldats d'abandonner les États pontificaux.

Il semble que, du sommet des cieux, le héraut des décrets divins n'attendait que l'exécution de

cel ordre pour crier aux Anges tutélaires de la France : Laissez passer la justice de Dieu !

La justice de Dieu fut terrible. Le 6 août, le jour où nos troupes s'embarquaient à Civita-Vecchia, ce jour-là même (qu'on le remarque bien), nos premiers désastres éclataient comme des coups de foudre ; quelques semaines après, toutes nos provinces de l'Est étaient envabies, et l'Empire s'effondrait dans la boue de Sedan.

Et ce n'était pas fini avec les cbâtiments pas plus qu'avec les crimes qui les provoquaient.

Gomme on pouvait le prévoir, l'Italie révolutionnaire se jeta sur Rome sans défense. La Ville Sainte fut de nouveau profanée par l'invasion, et l'on vit encore une fois le Christ prisonnier dans la personne de son Vicaire. Alors l'ambassadeur de notre gouvernement de la a Défense nationale » près du roi Victor-Emmanuel, fut ebargé d'exprimer à ce prince les congratulations de la Répubbque française. Il lui écrivit : « Sire, je n'ai pas » voulu porter un visage, malgré moi, toujours » triste et anxieux, au milieu des joies vives et » légitimes qui saluent la délivrance de Rome et » la consécration définitive de l'unité italienne. » Mais je ne veux pas différer d'un instant à

» adresser à Votre Majesté, au nom de mon gou- » vernement et en mon nom personnel mes féli- » citations sincères pour cet heureux événement, » et l'expression de mon admiration pour la mo- » dération et l'énergie qui ont présidé à sa réali- » sation.... »

Le dirai-je? A cette provocation, l'ange vengeur ne répondit pas tant par la malédiction que par la dérision. J'oserai traduire cette réponse en ces termes :

0 vous qui vous êtes arrogé la mission de sauver la nation française, vous avez espéré acheter par cette lâche connivence le concours de l'Italie révolutionnaire. Eh! bien, oui; ceux dont vous vous êtes faits les complices, Garibaldi et ses Chemises rouges, iront à votre secours. L'un de vous serrera ces mains encore teintes du sang français ; il donnera l'accolade fraternelle à cet ennemi personnel de Pie IX et du sacerdoce catholique. Un autre, comme s'il était honteux de tels auxiliaires, les enverra combattre loin de lui; et là vous verrez quelle bravoure ces hommes savent déployer à piller les églises et à rançonner les couvents. Le grand profit qui en reviendra à la France, c'est que tous les honnêtes gens tiendront pour condamnée de Dieu une cause servie par de tels défenseurs. Et quant à vous, votre plus

grande gloire, ce sera d'avoir conféré le grade de général dans l'armée française, à un pharmacien escroc (1)....

Et il en a été ainsi! Et la France a subi l'incomparable affront de se voir secourue et défendue par les hordes de Garibaldi !

0 ma noble et malheureuse patrie ! 0 France de Gharlemagne, de saint Louis et de Jeanne d'Arc ! 0 terre nourricière des croisés de Godefroi et des zouaves de Pie IX ! devant cette ignominie, je ne puis que me voiler le front et m'écrier avec Jérémie : « Nous pommes confondus d'opprobre ; la honte a couvert nos visages, parce que ces étrangers sont venus profaner la sainteté de nos temples (2). » 0 France! voilà la lie la plus amère du calice de tes humiliations! Le Seigneur Dieu

(1) On sait que vingt-deux caisses expédiées par ce personnage furent arrêtées à la frontière; elles étaient remplies de calices et autres objets volés dans nos églises. — Quand donG sera-t-il fait une sérieuse enquête sur les exploits des Garibaldiens en France ?

(2) Confusi sumus, quoniam audivimus opprobrium : operuit ignominia faciès nostras ; quia venerunt alieni super sanctifleationem domûs Domini. ( Jcr. u, 51.)

t'a infligé le châtiment de son ironie vengeresse (1) !

Et pourtant, grâces soient rendues au Ciel qui nous a épargné une honte et un malheur plus grands encore : — la honte de nous voir délivrés par de tels hommes, et le malheur de voir la France et l'Europe entière souillées par la plus infâme de toutes les démagogies que ces misérables prétendaient inaugurer sous le nom de République universelle !

Le grand publicisto que nous citions en commençant ce chapitre, a prononcé cette grave sentence : « Il n'y a qu'à ouvrir l'histoire pour voir que le châtiment envoyé à la France, quand elle est coupable contre Dieu ou l'Église, sort de toutes les

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