RÈGLES ORDINAIRES
Jamais cette loi providentielle ne s'est vérifiée d'une manière plus éclatante. — Mais aussi, jamais la France n'avait été plus coupable contre Dieu et contre l'Eglise.
Ceux de nos lecteurs qui ont sérieusement mé-
(I) Qui habitat in cœlis irridebit cos, et Dominus subsannabit eos. {Psalm. n.)
dite les causes de nos châtiments, ne seront plus tentés, nous osons le croire, d'incriminer la divine Justice, comme si elle nous avait frappés plus sévèrement que nous ne le méritions. Sachons-le : le caractère propre de cette Justice souveraine, c'est qu'elle récompense toujours au-dessus du mérite, et qu'elle punit toujours au-dessous; car elle n'est jamais séparée de la Miséricorde.
Les mêmes lecteurs sérieux , nous osons le croire encore, ne seront pas tentés non plus de se plaindre et de murmurer — comme l'ont fait beaucoup de chrétiens de peu de foi — parce que Dieu n'a point exaucé les prières que nous lui adressions pendant la guerre. — Ces prières n'ont pas été inutiles; elles ont très- vrai serhblablement conjuré Lien des malheurs particuliers, et arrêté certains fléaux qui auraient pu s'étendre beaucoup au-delà des limites où ils ont été arrêtés. En tout cas, ces prières sont entrées pour leur part dans la somme de nos expiations et elles seront comptées parmi nos titres à la future réparation. Mais, ni par le nombre ni par la qualité, elles n'ont été suffisantes pour faire compensation et contre-poids à nos fautes : la balance divine les a trouvées trop légères.
Ceux qui avaient le mieux mesuré du regard les grands désordres de la France, soupçonnèrent
presque dès le commencement, que les catastrophes seraient épouvantables. Puis, en voyant nos malheurs éclater coup sur coup, ils s'écriaient douloureusement avec le Prophète : « 0 glaive du Seigneur ! Jusqu'à quand seras-tu dégainé ? Rentre dans le fourreau et cesse de nous frapper ! » Mais je ne sais quel .sombre pressentiment leur faisait ajouter avec le même prophète : « Comment ce glaive se reposerait-il, puisque le Seigneur lui a commandé de frapper (1) ? »
Bien Lot, en effet, il devint assez manifeste que la vengeance d'en haut s'exerçait sur la France et que Dieu frappait cette grande coupable pour la forcer de rentrer en elle-même. La grande coupable ne faisait que s'endurcir, et parfois elle redoublait ses blasphèmes. Dès lors, force était bien de croire que les châtiments poursuivraient impitoyablement leur cours.
Notre situation se trouvait donc caractérisée avec une effrayante vérité dans cet oracle du prophète Isaïe :
« Malgré tous les maux qu'il a déjà déchaînés,
(l) 0 raucro Domini, usqnequô non quiesces? Ingrcdere in vaginam tuam, refrigerare, et sile ! — Quomodô quiescet, cùm Dominus prœceperit ei...? [Jérêm. xlyii, 6, 7. )
la colore du Seigneur n'est pas encore apaisée, et sa main demeure toujours étendue pour punir. » — Pourquoi? — Parce que « ce peuple n'est point revenu à Celui qui le frappait, et n'a point recherché le secours du Dieu des armées. » //; omnibus his non est aversus furor ejus, sed adhùc manus ejus extenta : Etpopuhts non est reversas ad perçutientem se, et Dominum exercîtuum non inquisierunt. (Is. ix, 12, 13.)