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CHAPITRE XII Paris et ses châtiments

Pour être juste envers Paris, il faut commencer par dire que cette grande capitale renfermait des éléments de vie chrétienne et des œuvres catholiques qu'on ne saurait trop glorifier; et, à vrai dire, si tout cela s'était trouvé réuni dans une ville de deux ou trois cent mille âmes seulement, cette ville eût été, sans contredit, le plus admirable centre chrétien qui existât dans le monde. Mais hélas ! dans l'énorme multitude de l'agglomération parisienne, le bon grain disparaissait presque au milieu de l'ivraie, et la cité de Dieu se trouvait comme perdue dans la cité du prince des ténèbres. Celle-ci avait atteint des proportions inconnues jusque-là, et qu'il est tout-à-fait impossible do mesurer, car les termes de comparaison manquent absolument. Il y a bien eu peut-être, il y a peut-être encore des villes aussi profondément

corrompues en elles-mêmes; mais aucune n'a jamais exercé à ce degré l'apostolat satanique de la corruption. Pour se faire une idée quelconque de cette abominable propagande, il faudrait se figurer quoique chose comme le grand collecteur, non plus se déversant dans la Seine, mais bien sur la France, sur l'Europe, sur le monde tout entier, pour y porter toutes les infections du vice et de l'impiété.

Un jour vint donc où le Seigneur dit : « A toi maintenant, montagne de pestilence qui corromps toute la terre; j'étendrai ma main sur toi (1). »

On sait ce que fut le premier siège de Paris. La ville qui avait corrompu le monde, se vit comme séquestrée du monde durant de longs mois ; ses voluptés, ses mépris insultants de la loi de Dieu et de son Égbse, furent châtiés par un jeûne forcé, cent fois plus rigoureux que le jeûne volontaire de Ninive.

Après avoir subi ce premier châtiment, Paris respira. Alors il s'accomplit une de ces combinai-

(l) Ecce ego ad te, mons pestifer, a'it Dominus, qui corrumpis oninem terrain : et extendam manum meam super te. [Jér. li, 25.)

sons d'événements où l'on touche, pour ainsi dire, du doigt l'action secrète de la divine Providence. — Si nos plénipotentiaires avaient consenti, comme le leur proposait la Prusse, au désarmement de la garde nationale ; ou bien si, plus tard, le président du Gouvernement avait compris avec sa rare finesse d'esprit l'immense danger qu'il y avait à laisser l'émeute se fortifier sur les hauteurs de Montmartre ; ou si du moins il avait su, pendant qu'il en était temps encore, organiser les forces de l'ordre ; — il est très-vraisemblable que les événements auraient pris un autre cours. Mais, redisons-le avec Bossuet, « tous ceux qui gouvernent se sentent assujettis à une force majeure ; ils font plus ou moins qu'ils ne pensent, et leurs conseils n'ont jamais manqué d'avoir des effets imprévus... » Dieu n'envoya pas aux hommes dont je parle, une de ces inspirations salutaires qui conjurent les grands malheurs ; il voulait donner une nouvelle leçon au monde, et à Paris un nouveau châtiment (1).

(I) Remarquons comment, d'un autre côté, la divine Providence empêcha que l'émeute parisienne ne sortit des limites qui lui étaient tracées. Cela ne tint qn'à un fil... Si le brave commandant du Mont- Valérien n'avait eu l'heureuse idée d'inspecter le fort à telle heure donnée, ce fort tombait

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Le premier châtiment, en effet, n'avait point ouvert les yeux à cette population coupable. En plein »iége, elle décernait un ignoble triomphe à l'ennemi effronté de Jésus-Christ, au calomniateur de la France et de ses plus pures gloires, au lâcho courtisan de la Prusse : à Voltaire. Elle applaudissait aux décrets impies qui bannissaient le crucifix des écoles et qui installaient l'athéisme dans l'enseignement. Sa frivolité, ses désordres, ses blasphèmes, sa bestiale curiosité devant les gra-

le lendemain entre les mains des émeutiers; le siège de Paris devenait impossible et la hideuse révolution du 18 mars s'étendait probablement à toute la France. — On sait encore que, si, en tel moment, les insurgés s'étaient portés en masse sur Versailles, tout était perdu. — Enfin, dans cette même circonstance, la divine Providence apparaît trèsvisiblement sur l'armée. On se demande comment le moral de nos troupes aurait pu se relever après tant de désastres ; comment elles auraient résisté à ces dissolvants qui déjà commençaient à les entamer profondément.... Dieu y a pourvu de la manière que l'on connaît ; et c'a été, ce semble, un signe certain qu'il n'avait point condamné la France pour toujours. Bénissons-le de ce qu'il nous a délivrés en ce jour-là, en versant sur nous les premières gouttes de la rosée de ses miséricordes ; Benedicentes Dominum qui liberavit eos in isto die, misericordix initium sUllans in eos.

(n Mach. vin, 27.)

vures obscènes et les caricatures infâmes, n'avaient fait que grandir durant les jours de sa longue épreuve. Elle avait inoculé sa gangrène corruptrice à un grand nombre de ces généreux mobiles eux-mêmes qui étaient venus verser leur sang pour elle ; et, par un raffinement de perversion satanique, ses indignes administrateurs marchandaient ou refusaient brutalement les suprêmes secours de la religion aux soldats qui succombaient dans ses hôpitaux. Enfin, à peine échappée aux souffrances du siège et de la famine, elle proclamait hautement ce qu'elle était et ce qu'elle voulait, par ces élections à l'Assemblée nationale, dont la signification révolta la conscience de tous les honnêtes gens. — En vérité, à ces incorrigibles habitants de Paris, on eût pu dire comme saint Augustin aux Romains après le saccagement de leur ville : « Tous les peuples sont consternés de votre infortune et vous l'oubliez. La prospérité vous a dépravés, et l'adversité vous trouve endurcis dans le mal. Brisés, mais non convertis par les châtiments de vos vices, vous perdez les fruits du malheur, parce que, devenus les plus malheureux, vous ne cessez pas d'être les plus impies des hommes (1). »

(l) De Civit. Dei, lib. i, ch. 30. — Nous trouvons dans

Cependant une solennelle occasion fut ménagée à la grande ville pour revenir à Dieu. Quelques jours après la fin du siège, le temps de la pénitence quadragôsimale commençait. Les ministres de la parole évangéliquc convoquaient le peuple dans les temples. Jamais les temples ne restèrent plus déserts. A ceux qui lui annonçaient Jésus- Christ, Paris répondit par le langage très-accentué de ses actes et de son attitude : Toile, toile, non hune, sed Barabbam!

Et il fut exaucé d'une manière épouvantable.

Salvien une description de Cartilage assiégée, qui s'applique presque trait pour trait au siège de Paris : « Qui pourra exprimer la profondeur de ce mal? s'écrie l'éloquent prêtre de Marseille. Les légions étrangères faisaient frémir du bruit de leurs armes les murs de Cirta et de Carthage, et derrière ces murailles ébranlées le peuple s'enivrait des folies du cirque et des orgies du tbéâtre. Au dehors on était égorgé, au dedans on se livrait à la volupté ; une partie de la population tombait sous le joug de l'ennemi, l'autre s'abaissait sous le joug du vice. Les cris de l'agonie et ceux du plaisir se confondaient dans un hideux concert.... Et c'est ainsi que les malheureux que Dieu peut-être ne voulait pas perdre encore, le forçaient, par leurs criminelles extravagances, à les faire périr. » {De Gubern. Dei, lib. vi, C. 12.)

Barabbas lui fut donné, en effet ; ou plutôt la plus insigne troupe de Barabbas que les hommes aient jamais vue réunie (1)....

Paris se glorifiait d'être la capitale du monde civilisé, et le monde lui avait envoyé les dignes représentants de cette civilisation athée : l'élite des conspirateurs cosmopolites, des hommes tarés et patibulaires ; en sorte que Satan eut alors dans son sein son conciliabule infernal vraiment œcuménique.

Paris avait dit à Dieu : Je ne te servirai point ; sous le nom de liberté, il avait revendiqué la licence la plus hideusement effrénée ; et il sentit le poids d'une tyrannie qui devait dépasser ce qu'on avait pris jusqu'alors pour les colonnes d'Hercule de l'horrible : les atrocités de 93.

Un jour, d'un pôle à l'autre, au milieu des peuples glacés d'effroi et d'horreur, un cri épouvantable retentit : Paris est en flammes ! Et l'on vit se vérifier sur la troisième Babylone le formidable oracle de l'Apocalypse : « Sortez du milieu de Babylone, mon peuple, de peur que vous n'ayez part à ses péchés, et que vous ne soyez enveloppé

(1) L'Évangile remarque que Barabbas était un voleur, un émeulier, un homicide. (Jo. xvm, 40. Luc. xxin, 19.)

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dans sos désastres. Car ses péchés sont montés jusqu'au Ciel; et Dieu s'est ressouvenu de ses iniquités. Traitez-la comme elle vous a traités; rendez-lui au double toutes ses œuvres.... Multipliez ses tourments et ses douleurs, en proportion de la hauteur de son orgueil.... En un même jour, les plaies qui lui sont destinées viendront fondre sur elle : la mort, le deuil et la famine ; et elle sera brûlée par le feu ; car c'est le Dieu fort qui l'a condamnée. Alors les rois de la terre qui se sont corrompus avec elle, pleureront sur elle et se frapperont la poitrine en voyant la fumée de son embrasement.... » (Apoc. xvm, 4 et suiv.)

Et ce ne furent point les barbares du dehors qui allumèrent ces horribles flammes; ce furent, pour la plupart, ces ouvriers, ces femmes exécrables, ces enfants mômes, ce misérable peuple enfin, que Paris avait corrompu et souillé par les provocations de ses scandales ; dignes instruments choisis comme tout exprès pour montrer une fois de plus que les villes criminelles sont, elles aussi, punies par où elles ont péché...

Le dirai-je ? Les pierres elles-mêmes qui furent touchées par cet incendie, avaient à leur tour crié vengeance au Ciel : tant de ces édifices portaient la malédiction du travail profanateur du dimanche ! Tant de ces murs des maisons, des théâtres

et des palais, suintaient pour ainsi parler la luxure et le blasphème (1)1

0 Paris! ô Paris! Si ces effroyables catastrophes ne font aucune impression sur toi, si, malgré ces terribles avertissements, tu persistes dans tes voies mauvaises, oh ! alors, prends garde que ta ruine totale ne soit décrétée dans les conseils éternels ! Beaucoup de prédictions avaient annoncé que le feu vengeur s'allumerait dans tes murs : les esprits forts s'en étaient moqués, et pourtant voilà ces prédictions en partie réalisées : Dieu est assez puissant pour les réaliser tout entières et jusqu'au dernier iota!

(I) Le prophète Habacuc avait ainsi annoncé la ruine de la Babylone assyrienne : « Lapis de pariete clamabit... Vœ qui sedificat civitatem in sanguinibus, et praeparat urbern in iniquitate. Numquid non hœc sunt à Domino ? Laborabunt enim populi in multo igné. » (n, 11, 12, 13.)

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