ET NUNC INTELL1GITE... ERUDUI1NI
Le grand philosophe Leibnitz a écrit ces paroles si dignes d'être méditées : « Ceux qui se croient déchargés de l'importune crainte d'une Providence qui les surveille et d'un avenir qui les menace, lâchent la bride à leurs passions et tournent leur esprit à séduire et à corrompre les autres; et, sïls sont ambitieux et d'un caractère un peu dur, ils seront capables de mettre le feu aux quatre coins de la terre, et j'en ai connu de cette trempe. »
Et nous aussi nous les avons connus, nous les avons vus à l'œuvre, ces hommes dont parlait le philosophe allemand.
Pitié pour ceux qu'ils ont égarés ! mais éternelle exécration sur eux ! Honte aussi sur ceux qui ont
voulu pactiser avec ces monstres, ou faire appel en leur faveur à la compassion, à l'indulgence ! Ces sympathies, on voudrait les attribuer à un sentiment d'humanité ; hélas ! on est bien forcé d'y voir tout autre chose...
Certes une âme chrétienne ne peut que déplorer amèrement le prodigieux aveuglemeDt de ces misérables, et c'est un devoir pour nous tous de supplier Dieu qu'il les épargne dans l'autre vie. Mais quant au sort qu'ils ont subi clans la vie présente, il était cent fois et mille fois mérité. Jamais ne fut faite avec plus de justice une plus juste épuration de l'espèce humaine. Jamais la société n'usa plus légitimement du droit d'arracher à ses propres entrailles une telle masse de gangrène et de sang impur (c'est de ce nom même, on le sait, que la conscience publique avait d'abord stigmatisé ces futurs assassins et pétroleurs.)
Et pourtant il était bon qu'ils apparussent tels qu'on les a vus sur le théâtre de leurs exploits, car c'a été un enseignement salutaire et instructif entre tous, que celui qui nous a été donné par ces ilotes d'un nouveau genre, s 'étalant au grand jour dans toute l'horreur de l'ivresse révolutionnaire et satanique. A travers les flammes qu'ils ont allumées, au-dessus des^ ruines qu'ils ont faites et du sang qu'ils ont répandu, s'élève et plane la
grande voix de la Providence qui crie aux hommes : « Et nunc intelligite... erudimini! Et maintenant comprenez... Instruisez-vous! r>
Oui, instruisez-vous, vous qui ne connaissiez pas encore les Sociétés secrètes... C'est l'une d'elles, Y Internationale, comme elle se nomme, qui a tramé cet infernal complot, et nul n'ignore que ce qu'elle a fait à Paris n'est qu'une très-faible partie de ce qu'elle prépare à la société tout entière. Quant à la Franc-Maçonnerie, il est notoire aussi que dix mille au moins de ses adeptes, cinquantedeux loges, ont solennellement adhéré au programme de la Commune... Il importe bien peu que les représentants officiels de la secte aient désavoué cette odieuse complicité : on sait trop bien ce que valent ces désaveux-là ; les véritables chefs de la Franc-Maçonnerie ne sont pas ses représentants officiels (1).
Et vous écrivains, professeurs, orateurs, vous qui, dans vos Livres, votre enseignement, vos discours, avez sapé la base de toutes les vérités morales et religieuses, ah ! sachez-le bien, vous n'êtes point innocents des crimes monstrueux qui ont souillé Paris. Quand une fontaine a été empoisonnée, celui-là a sa part de responsabilité, qui n'y
(t) Voir la note G à la fin du volume.
a jeté qu'une seule goutte vénéneuse. Et qui de vous oserait affirmer que pas une goutte de poison n'est tombée de ses lèvres ou de sa plume sur le cœur de ces communeux, ou du moins dans le milieu social qui les a formés et préparés? Qu'ontils fait, après tout, si ce n'est mettre en pratique vos doctrines, en en tirant les dernières conclusions rigoureusement logiques ? Vous aurez beau protester contre ces horribles conséquences : on l'a remarqué avec infiniment de raison, le peuple est conséquent, si les sophistes ne le sont pas. Quand on a dit à ce peuple que Dieu n'est qu'un mot, que la conscience n'a aucun compte à lui rendre; que toute la destinée humaine se termine à la vie présente ; quand on a tout fait pour extirper tout sentiment de respect pour Jésus-Christ et son sacerdoce, pour l'autorité religieuse et la puissance sociale; quand surtout, au nom du plus abominable de tous les systèmes, on a nié le libre arbitre et proclamé le fatalisme, amnistiant ainsi très-explicitement tous les forfaits : on n'a plus le droit de protester à l'heure où les masses traduisant dans les faits les négations de ses docteurs, secouent le joug de tous les devoirs et se portent à tous les excès. Du moment que le principe même de l'obligation morale est supprimé, vol, pillage, incendie, tout est légitime.
Et vous, hommes de la presse antichrétienne et révolutionnaire, si vous étiez capables de voir et de comprendre , vous verriez et comprendriez enfin quel est l'exécrable métier que vous faites. Si nos temples ont été dévastés, si nos prêtres ont été assassinés, la conscience de tous les honnêtes gens vous impute à bon droit une large part de responsabilité dans ces crimes. N'éliez-vous pas là depuis longtemps soufflant chaque jour la haine de la religion, et dénonçant aux vengeances populaires les prêtres et les ordres religieux? Vous aviez rempli par anticipation le rôle de Fouquier- Tinville, et vos accusations n'ont été que trop bien comprises.... Je l'affirme avec l'indomptable énergie de ma certitude, tels et tels d'entre vous sont plus coupables devant la divine et éternelle justice (je ne parle point de la justice humaine), oui beaucoup plus coupables et plus criminels que les vulgaires scélérats qui ont fusillé l'archevêque de Paris.
Mais la voix des consciences honnêtes et celle des événements auront beau parler : les hommes d'une certame presse n'entendront rien. Déjà ils ont repris avec un nouvel acharnement leur œuvre de calomnies systématiques, et ils continueront ainsi jusqu'à ce que les détestables produits de leur plume viennent à se transformer
I'l8 LA PROVIDENCE
une seconde fois en flammes de pétrole et en balles d'assassins....
Puissent-ils comprendre, ceux-là du moins qui n'ont pas le cœur entouré d'une triple cuirasse de perversité !
0 vous donc, âmes honnêtes, qui que vous soyez, rompez et brisez enfin avec cette presse aussi antisociale qu'antireligieuse, et que vos souscriptions n'aillent plus stipendier ces affreux folliculaires qui pervertissent vos consciences, et préparent à notre pays des calamités plus épouvantables encore peut-être que celles dont il vient d'être accablé.
Et vous qui exercez une influence plus ou moins grande sur les classes ouvrières, songez à l'immense responsabilité qui pèse sur vos têtes. Malheur à vous si vous ne travaillez à instruire, à moraliser ces masses ignorantes et trop faciles à séduire ! Alors vous verrez encore surgir pour votre ruine une nouvelle et plus compacte génération de pêtroleurs et de pétroleuses.
Et vous, plus que tous les autres, hommes d'État et de gouvernement, instruisez -vous, et mesurez l'effroyable profondeur des plaies qui dévorent les entrailles de la société française. Ce
n'est point par de vains palliatifs que vous guérirez cette grande malade. Il n'y a qu'un remède, et Pie IX vous l'a indiqué. La Commune de Paris a été la plus éclatante justification du Syîlabus; elle en a donné la démonstration par l'absurde et par l'horrible.