LA CAVALERIE DU CHATEAU
Le strict nécessaire. — Les clievaux de Madame; ceux de Monsieur; ceux des enfants. — Chevaux d'invilés. — Grosse cavalerie et cavalerie légère. — Carrosserie spéciale. — Apologie du poney en général. — Des qualités d'un poney de tir.
Si je ne craignais de passer pour un personnage absolument paradoxal, je me risquerais à dire qu'il n'e.xisle pas de capitale dans laquelle la vie soit aussi chère qu'à la campagne — j'entends vivre avec un certain confort et sans
I,A PIIOVLVCE A CHEVAL.
trop s'ennuyer. — Il est certain (jue s'il ne s'ayit que du prix du bt!urre, il y a économie; mais pour \k'u (pie l'on veuille se procurer une dislraclion, il faut la payer, et beaucoup plus clier cpie partout ailleurs.
Pour ne pas nous perdre dans des considérations générales qui nous éloigneraient par trop du point de vue spécial auquel nous nous sommes placé, il sufiit d'étudier les dépenses indispensables à un citadin qui n'aime pas à marcher en regard de celles que doit s'imposer un habitant des champs qui lient à avoir des moyens assurés de locomotion.
.— A la dispOBÎcioD de UBled,
Avec un budget restreint, le premier pourra se faire transporter pendant toute la journée en omnibus, tramways et autres fiacres.
Si le second veut seulement faire deux visites par semaine à quelque voisin, il lui faudra avoir, en propriété personnelle, chevaux, voitures et cochers.
Le minimum de voilures qu'il faut se procurer, si Ton veut circuler par tous les temps et par tous les chemins, s'élève immédiatement à trois :
Une voiture couverte pour le mauvais temps ,
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Une autre découverte pour les beaux jours.
LA PROVIMCE A CHEVAL.
Kl une Iroisièino à doux roues cl ayant la voie pour peu qu'on ait à suivre un chemin à ornières, seule voie de communication existant, jusqu'à présent, dans bien des pays.
Trois voilures comportent un nombre égal de chevaux, dont deux formant paire — harnais double par conséquent, et harnais simple.
C'est donc, au bas mol , un capital d'une vingtaine de mille francs de premier établissement pour l'homme modeste qui veut simplement disposer d'un moyen de transport assez confortable pour le garantir des intempéries, et lui permettre de jouir du beau temps, quand, par hasard, il fait beau, ce qui d'ailleurs arrive bien rarement à la campagne, l'été surtout.
Si le rural dont nous parlons aime à monter à cheval, et qu'il ait dans sa famille un membre aflligé de la même tendance, c'est immédiatement, en plus, l'achat de deux autres animaux, leur entretien et celui d'un second homme.
Avec ces cinq chevaux, le sei-vice quotidien de la famille, si elle n'est pas trop nombreuse, sera peut-être assuré, à la condition, toutefois, de n'avoir
aucuns invités à faire prendre à la gare, sans quoi, il faudra renoncer à toute promenade le jour de leur arrivée et de leur départ.
Après cette organisation modeste, à peine sufflsante dans une véritable campagne, située à quelques lieues de toute ville possédant des loueurs ou une ligne de banlieue, dont les trains se succèdent pour ainsi dire sans interruption, examinons l'effectif nécessaire à une installaliou plus grandiose qui permette au cbàtelain de recevoir,
De promener ses invités à cheval et en voilure,
De les faire chasser;
Qui lui donne, en un mot, les moyens de jouir du plein air, et de proflter de l'étendue de ses propriétés ou de celles de ses voisins.
Prodi3aaDt à ses ÎQvitéa des conseils sur la manière dont il convient de monter ses cbevanx.
Ce n'est plus par unités, mais par dizaines qu'il lui fimdra chiffrer ses chevaux.
Postières pour le transport à la gare dos voyageurs et des bagages, breaks de chasse, transport des victuailles pour les garde n-parties, voyages d'exploration, etc., visites aux monuments locaux ou aux points de vue des enviions ;
Chevaux d'attelage pour Monsieur, pour Madame, pour les enfants, pour les invités;
Itein^ chevaux de selle pour le même nombre de personnes; Item, effectif égal eu chevaux de chasse ; Item, poneys pour les enfants.
C'est à première vue un total de trente à quarante chevaux, s'ils sont conduits par des gens sages sachant les ménager.
^'^\/~ ^ i-^ vuljnire panier. — Eié-
^ ^ ~^' crable poar la lucomolion des *"■ - Iiumaius vivanls. Parfait poar le
traosporl da gibier orcis.
L'omnibus. — Régervé aa ocrïice de la gare, iadiBpeosable qaaod on va cbcrcber nne dame sfule. \oyageaDt avec 6a seule femme de cbambre.
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Dans le cas contraire, aucun calcul ne peut permettre de déterminer le chiffre indispensable; ce peut être un tiers en plus, le double ou le triple! nul ne peut le prévoir, et alors l'hôte ne doit plus compter que sur la
Providence, qui peut seule limiter ses dépenses.
Son intérêt, comme celui de ses invités , lui commande de rechercher les chevaux froids , parce que d'abord ils s'usent moins vile, et qu'ensuite ils détériorent moins fréquemment leurs cavaliers improvisés.
Les chevaux pour amazones doivent principalement être doués de caractères d'une douceur iualtéi'able et sérieusement éprouvée.
Trjin mofen d'un invité auquel on a codBi) un cbeval ayant buDDC volonté.
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Une foule de femmes, en effet, qui n'oseraient jamais monter à Paris , par crainte de la foule, se risquent à la campagne , par ignorance des difficultés de l'équitalion elle-même, et il est de toute nécessité que , quoi qu'elles fassent pour les horripiler , leurs montures ne se départent jamais du calme nécessaire à la stabilité du centre de gravité de ces téméraires inconscientes.
Ch'val d'invité. — Type n" I , pour cavalier on préfinmé ttl. Emballeur, relivard, dur à toutes les allures, mais un fouds du diable.
LA P110V1\-CE A CIIEVAF,.
L'idral du dicval d'invilé serait un cheval de bois, ayant de la vitesse et du fonds : il l'audiait ([u'il fût en bois, pour rester insensible aux à-enup
qui lui sont prodigués , et infatigable pour résister aux corvées qu'on exige de lui.
J'ai connu certains queues-dc-rat qui réalisaient ce j)rogramme, mais je crains fort que les derniers spécimens de ce précieux type n'aient
f^^'*f^'.YV<^^-t-
Chetal cCinvUé. — Type if 2. pour hommes de cabioet. Doux, froid, impassible : de iérilables strapODlius.
disparu.
L'entretien d'une pareille cavalerie , grosse ou légère, est ruineux — on le comprend de reste; — c'est cependant un luxe de première néces.sité, si l'on tient à ne pas mourir d'ennui.
A Paris , les distractions naissent du hasard.
Si vous vous ennuyez ch(!z vous , vous n'avez qu'à pi'endre votre canne et votre chapeau, et, sans espérer des aventures digncsd'è-
liife
Cheval d'inrilé. — Type ti° 3. Cbecam spécialemeot réservés nnx amazones. Impavidumferient ruinx. le véritable sage d'Horace.
tre racontées par
Scheherazade, vous pouvez être certain que le spectacle de la rue changera
vos idées.
LA PROVmCE A CHEVAL.
A!a campagne, si la contemplation de la nature ne vous suffît pas, il faut vous procurer à domicile toutes les choses capables de vous maintenir en
belle humeur.
La queue-de rfit. — Réservé ponr tontes corvées — Service spi-cial poar le télégraphe et la poste. — On n'a qo'one dislribntion par joor, et, ponr des gens qni tiennent à rester an coarant do tout Paris, ce n'est pas suffisant.
Si vous aimez voir vos amis, il vous faut les faire venir , et savoir les retenir.
Si vous aimez la comédie, vous en êtes réduit à la jouer vous-même, et ainsi pour tout.
Quand on ne peut se procurer un visiteur sans l'aller chercher soimême, ni aucun objet quelconque sans l'envoyer prendre à des distances invraisemblables, la facihté des moyens de locomotion devient une nécessité, et il faut bien se résigner à nourrir l'efTectif d'un escadron, à moius quion ne préfère entretenir une légion de vélocipédistes.
On en arrivera peut-être là, grâce à la mauvaise volonté des cochers, mais la mode n'y est pas encore.
Cltevaitx d'invilus. — Les poneys : ça sert toujoars, el c'est indispensablp puur l'cducâliou dfs géiiéraliooB futures.
Pour atténuer les charges d'une écurie de ce genre, il ne faut donc pas songer à économiser sur le nombre des quadrupèdes ; plus on en a, mieux il
LA puovivr.r, a cheval.
vaut! Mais on ])C'iil se rallrajxT sur leur laillc, cl, par suile, sur leur cousoinmalion.
Le j)oney est, en général , résistant et sobre; — en l'employant , on obtient un service égal à moindres Irais.
Déplus, il est, à l'ordinaire, beaucoup plus intelligent que ses congénères supérieurs par le volume, et, quoique souvent fantasque, il est rarement dangereux, parce que ses caprices apparents reposent la plupart du temps sur un motif raisonnable.
Le poney est un aniaal teltcnienl réBislant qu'aloie même qu'on croit en abuser, on n'en exige rien qu'il ne puiese faire.
A l'ajjpui de celte llicoric, prenons un exemple, et comparons, si vous le voulez bien, lafaeondont se comportent un cheval et nn poney aux prises avec une mouche.
Le premier commencera par donner des preuves d'agilalion, et se mettra à tirer
à la main, en mettant la tête en l'air, puis filera droit devant lui de toute
la vitesse de ses jambes.