‹ La province a chevalChapitre 18 sur 49 · X.fW · texte numérisé non relu

X.fW

Le pODey coDSliluc la moDlure par picellence des cavaliers qui, élast à cbeval , aiment à s'occuper d'aatie clioee que d'équitation. — PeodaDt qu'ils lisent, dostineut ou reflèchisseDl, il »aif, lui aQ^si, trouver loujoars l'eunploi de eod temps.

êmmÊM

Encore une dépense obligaloire pour QD maître de naaieon qui lient à n'offrir à ses JuvilileB que des animaui réellemeul mis pour daaies! Héberger à poste Gse pendant la durée de leur séjour la dreaseuse en renom.

Pourquoi cette lubie?

Vous n'en savez rien, — vous constatez seulement qu'il est affolé; et s'il rencontre un obstacle quelconque, il s'y beurtera avec une violence complète, et, du choc ainsi obtenu, il adviendra ce que pourra.

AGsailli par les moacbes.

Le poney (appelons-le Bob si vous n'y voyez pas d'inconvénient, en souvenir d'un petit bai brun que j'ai eu en ma possession), le poney, dis-je, est moins bête :

Il sait parfoitement distinguer de la piqûre de l'éperon celle du taon ;

Il obéit à la première ;

Mais, comme il sait que la seconde ne résulte pas de votre volonté, il cherche à vous faire comprendre qu'un intrus vient raiguillontier, et partant contrecarrer vos indications.

Aussitôt qu'une mouche bourdonne autour de lui, il couche les oreilles et

Ii6

LA PROVINCE A CHEVAT,.

s'ébroue de façon à adirer voire attention. Dès qu'elle l'atteint, il porte la tête du colé où elle s'est placée.

Comme vous connaissez ses habitudes, vous regardez dans la direction qu'il vous indique et que vous signalent, en outre, les frémissements de sa peau : vous savez, dès lors, si c'est à droite ou à gauche que doivent se porter vos investigations.

Sivotre inspection ne vous fait pas voir tout de suite l'ennemi. Bob s'arrête et accentue son mouvement indicateur.

Malgré tout, vous n'arrivez pas à découvrir le repaire du monstre ailé qui s est établi, trop bas, sous le ventre ou près des sangles; Bob se i-appelle alors

qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même, et d'un pied habile, intelligent , précis , il chasse son agresseur... qui s'enlève et va se placer un peu plus haut, hors portée de la jambe du cheval, mais sous l'œil du cavalier : vous prenez alors vos dispositions.

Vous réunissez vos rênes et votre stick dans une seule main, de façon à pouvoir frapper juste de la main que vous avez libre.

IVé

Bob suit vos préparatifs avec une attention émue : en même temps que votre main s'enlève, son encolure se courbe de plus en plus, et son œil ne perd pas plus de vue la mouche que votre bras; d'ailleurs, il est immobile, et malgré la piqûre, aucun frisson ne ride son flanc.

Les ap[irèlB d'une eiécatioa.

l'otre main suffisamment élevée, vous la rabaissez brusquement :

le taon s'écrase sous la claque , roule sur la route dans les dernières convulsions de l'agonie, et Bob, satisfait de l'exécution dont il a suivi les détails avec l'attention d'un reporter de profession, reprend, satisfait , son temps de trot interrompu.

Je trouve cela suffisamment intelligent pour uu animal duquel on dit comnmuément : « Béte comme uii cheval. »

Il est vrai que pour être juste, et balancer ce que cette locution proverbiale a de fondé, on devrait ajouter : « Intelligent comme un poney. "

Ce n'est pas seulement le peu d'élévation de sa taille qui le fait choisir comme monture par les amateurs de tir.

A ce compte, l'àne est plus petit, moins cher et aussi robuste : ce qui le fait préférer pour cet emploi spécial à toute autre bête de somme, c'est précisément cette aptitude à comprendre, cette intelligence que nous venons de constater.

Posons le problème à résoudre quand il s'agit du choix d'un poney de tir.

Ii8

LA PROVIXT.r, A CHEVAL.

Un i)oiicy, un gros honinio et un fusil clanl donnes, il s'ayit d'arriver à ce résullal, qu'après la délonalion du dernier, le second demeure sur le premier.

Premiers essais.

Solution difficile d'un problème dont la complication saute aux yeux!

En effet, pour qu'un poney soit capable de transporter un bomme qui se sent trop pesant pour cbasser à pied, la qualité essentielle à lui demander est la vigueur.

Or, on peut s'attendre à ce que la surprise ressentie par un cbeval vigoureux se manifeste par des gestes rapides, brusques au besoin, tels que ruades, sauts de côte, départs violents, toutes opérations susceptibles de déplacer notablement le centre de gravité d'un cavalier naturellement lourd, peu agile, et embarrassé d'un fusil qui veut être manœuvré à deux mains.

Si donc l'bommc puissant dont il s'agit veut, de prime abord, avant que sa monture ait reçu une éducation préalable, tirer de sa selle un gibier quelconque, voici, point par point, le résultat de sa tentative.

LA PROVIMCE A CHEVAL.

Supposons le cas le plus favorable à son expérience : Le cheval est arrête depuis un moment au coin d'une enceinte où les chiens chassent.

Dans cette hypothèse, l'animal jouit de la sécurité la plus complète ; le lapin, prenons que ce soit un lapin, c'est-à-dire le gibier qui au passage fait le moins de bruit, passe à quelques mètres à sa droite ou à sa gauche.

Asx»:

if- a,.:n

Le cheval ne s'est même pas aperçu de sa présence, l'homme puissant ajuste et fait feu.

Instantanément, une sorte d'eflondrement se produit sous lui; — le cheval, terrifié par le bruit tonitruant qui vient d'éclater au-dessus de sa tète.

LA PROVIMCK A CHEVAr,.

s'iipIalK comme quelqu'un qui appréhende la chute d'un plafond; puis, par une hrusqiie détenle de ses quatre jandjcs contractées dans la première surprise, il s'élance du côté opposé où la détouatiou a retenti.

Le gros homme, déjà porté par l'inclination de son tir dans la direction du passage du gibier, s'y trouve précipité, à moins d'une puissance de contraction invraisemblable chez quelqu'un pour qui la sinq)le marche constitue un exercice excessif.

>^'tt,%'''hi :,

La situation qui résulte presque forcément de cette succession de faits est celle-ci : au point extrême d'une ligne idéale se trouve le lapin... qui continue sa course; puis on trouve le fusil, puis le gros homme, tandis qu'à l'autre extrémité le cheval fuit à toutes jambes.

Tel est le spectacle qui frappe les regards des bassets au moment où, continuant leur poursuite, ils sortent à leur tour de l'enceinte.

Si tout s'est passé comme on doit le prévoir, les canons du fusil sont

pour le moins remplis de terre; le tireur est plus ou moins contusionne;

Quant au cheval, il restera invisible pour le reste de la journée,

Et, dans l'avenir, aucune personne ne pourra plus en approcher si elle a dans les mains quelque objet que ce soit ressemblant même vaguement à une arme à feu.

Conclusion : en matière d'éducation de chevaux, ne jamais vouloir aller trop vite.

Ceci admis, voyons quels moyens on peut utilement employer pour atteindre la solution du problème ci-dessus énoncé.

Et d'abord quelle est la race qui donne des chevaux répondant à l'usage qu'en attend notre lionnne puissant , qui aient la force et la douceur nécessaires.

Le cob, le poney des fermiers anglais, aux reins solides, aux jambes courtes et nerveuses, dont le pied sûr permet de laisser flotter les rênes, est de tous les

chevaux connus le plus apte à ce service spécial; mais il a souvent la tête

lourde, la mâchoire commune.

Il est laid, et, pour beaucoup de chasseurs, un pareil défaut est un vice rédbibitoire.

Nous avons dans les montagnes d'Auvergne un type plus élégant, qui joint à une très-grande force une plus grande légèreté de l'encolure, et qui prend un très-bon caractère quand on a su corriger vertement les incartades du premier âge.

C'est ce poney trapu, nerveux, très-résistant à la fatigue, porlant le poids

LA PROVIMCE A CHEVAF,.

avec une aisance merveilleuse, très-peu impressionnable, qui semble le plus apte à profiter des loeons d'un cavalier amateur de cbasse à tir.

Ajoutez à CCS (|u;ilités ([u'il est généralement inlelligcnt et facilement éducable, qu'il entend la voix de son cavalier liabituel et obéit souvent mieux à la parole qu'à un mouvement de la main ou des jambes; en outre, il est gourmand et lérait des bassesses pour un morceau de sucre.

Notez ce renseignement qu'il vous sera facile d'utiliser.

Le choix arrêté, reste la question de dressage.

Vous avez constaté que votre bidet n'a pas facilement peur des différentes choses qui effrayent habituellement les chevaux dans la campagne :

Les chiens qui, à la traversée des villages, se précipitent dans ses jambes, le laissent impassible ;

Les chats qui, lapis sur le pas d'une porte, s'élancent tout à coup, et passent sous son nez, ne lui causent aucun émoi ;

11 traverse imperturbablement les troupeaux de moulons qui couvrent toute la largeur du cliemin que vous suivez, et le départ d'une compagnie de perdreaux au détour d'un chemin de traverse ne lui fait ni ralentir sou allure, ni dresser les oreilles.

Si vous avez à allumer un cigare, il reste au repos jusqu'à ce que vous li;i

ayez indiqué d'une façon quelconque qu'il peut se remellre en marche ; il a, en un mot, toute la tranquillité que peut acquérir un cheval habitué à son cavalier, et est arrivé à la docilité d'un cheval de troupe à la fin du congé de son titulaire.

C'est le moment psychologique attendu :

Faites prendre une allumette-bougie à tête bleue; la chose n'est pas absolument impossible!

Si, au moment où l'explosion aura lieu, votre monture n'est agitée par aucun tressaillement, tout ira bien...

Alais ne risquez cette expérience que quand vous aurez constaté, par son indifférence aux incidents notés plus haut, qu'il est arrivé à un degré de scepticisme déjà remarquable.

Du bruit produit par l'explosion d'une allumette officielle à celui d'un pistolet de salon, la différence est faible, et vous pouvez, si la première expérience a réussi, tenter la seconde avec une sécurité d'autant plus grande qu'il

r. A l'ItOVIVC.K A CHEVAr,.

vous reste une main libre pour irpriiner les éearls que pourrait tenter voire moulure.

Le mieux serait de faire la tentative à pied, en vous tenant prêt à ealnier l'émotion du poney, en le flattant de la main — après quoi vous laites appr.raître un morecau de sucre, que vous ne donnez que quand les dernières traces d'elfroi vous paraissent dissipées.

Du pistolet de salon il fiiut passer au fusil, car je ne connais pas d'arme intermédiaire : mais la détonation en est tellement plus forte qu'il y aurai! danger à passer brusquement de l'un à l'autre.

Pour habituer progressivement l'élève à la vue du fusil et à son explosion, voici les moyens à prendre :

Avoir soin que l'homme qui donne les repas au cheval soit porteur d'un fusil foutes les fois qu'il entre dans l'écurie;

Vous-même, soyez armé si vous faites sur le dos du conscrit quelques promenades dans le parc.

Au bout d'un lenqjs très-court, l'étonnement que lui causera au début cet appareil guerrier aura complètement disparu; si, en même temps, vous

avez fait tirer des coups de fusil répétés, à des distances de plus en plus rapprochées, son oreille sera bien vite familiarisée au bruit formidable du lefaucheux.

Ces deux points acquis, reste à lui faire accepter sans protestation la vue de la fumée, du trait de feu qui illumine dans les jours sombres aussi bien qu'à la nuit l'oriGce du canon ;

Enfin, pour que son éducation soit complète, il faut qu'il supporte sans terreur la secousse produite par la détonation même, c'est-à-dire l'ébranlement de l'air.

Cette absolue indifférence ne s'acquiert pas du jour au lendemain ; mais on l'obtient avec de la patience et en multipliant les détonations.

11 est cependant essentiel que l'émotion causée par l'une soit complètement calmée avant qu'une autre ait lieu.

^■ni;P'i)7'iir'^'^'"

Ce n'est qu'après une très-longue expérience qu'un cheval arrive à écouler sans broncher un feu de peloton : le jour où il en est là, son éducation est terminée, et n'importe qui peut alors se livrer sur son dos au plaisir de fusiller à discrétion.

151! LA PROVIVCE A CHEVAL.

Il n'est pas dit pour cela que tous vos coups porteront I

Bien au contraire; attendez-vous à ceci que, pendant les premiers jours de ce nouvel exercice, votre tir aura un imprévu considérable.

' ;/v^,va^3;v^'^i.^,

x\yKiw»v>BM^.

li:i#Hsë#&*

.Mmmmit

Si paisible en effet que soit devenue votre monture, elle sera pendant assez longtemps encore agitée par un frémissement qui, si léger soit-il, aura encore assez de force pour faire dévier votre coup.

Il faudra, en outre, vous habituer à tirer d'un seul bras, à vous équilibrer sur votre selle de façon à pouvoir tirer à droite ou à gauche sans perdre votre assiette ;

Il faudra que l'encolure de votre cheval ne vous gène en rien, que vos rênes ne soient plus un embarras pour vous, que votre fusil ne parte qu'au moment où vous le voudrez...

Ces mille riens obtenus, si le parc dans lequel vous chasserez de la sorte est excessivement giboyeux, mais ce qui s'appelle excessivement giboyeux;

Si vous avez habituellement et en toutes choses une chance considérable,

r,A l'ROVIX'CE A CHEVAt..

vous arriverez, certains jours, pas tous les jours, mais enfin quelquefois, si vous êtes à pied ce qu'on appelle un bon fusil, vous arriverez, dis-je, à fuer, ou tout au moins à blesser un lapin ou deux, mais vous aurez Irès-agréablenient passé votre après-midi.

Nota. — Grand nombre de chasseurs préfèrent descendre de cheval an moment où ils ont chance de tirer.

L'apologie du poney à laquelle nous nous sommes laissé entraîner nous a quelque peu éloigné du sujet de ce chapitre, qui est l'approvisionnement nécessaire au châtelain désireux de pourvoir au transport de ses hôtes.

En réservant dans son écurie une large place aux poneys et doubles poneys, il atteindra une somme de travail égale à celle que fourniraient de grands chevaux, et réalisera sur ses frais d'entretien une réelle économie.

Un autre moyen, non pas d'éviter, mais de retarder la ruine finale, consistera dans le choix des voitures à employer, à la fois résistantes et légères, et construites en raison de la conformation du pays dans lequel l'infortuné châtelain dont il s'agit compte les mettre en service.

Pour cela, il lui faudra trouver un carrossier intelligent, ayant l'expérience et l'amour de son métier, et qui ne soit pas encore devenu un assez gros seigneur pour dédaigner de s'occuper lui-même des travaux exécutés dans ses ateliers.

Il faut encore que ces ateliers ne soient pas une usine dans laquelle on

LA PROVIXCE A CHEVAL

fabrique uiiiformcment un unique modèle, de façon qu'on ne vous réponde pas, si vous demandez une modificalion quelconque au type à la mode, par celle phrase slupide qui n'a de sens que dans les Irailcs de civililé puérile et honnête : " Cela ne se fait pas. »

J'en connais un qui réunit ces j)rccieuses qualités, et, an risque d'avoir l'air de faire une réclame, ce qui, grâce au ciel, ne m'est jamais arrivé, j'écris ici la première lettre de son nom : il s'appelle Stiebel ; au lecteur de cherclier son adresse, s'il veut la connaître.

QaFI-^

Page 1